OUTILS QUI GARNISSENT L’ATELIER
Ces outils sont très-considérables à présent, surtout que les trois états sont réunis en une seule et même profession. Les outils et ustensiles sout la l'orge complète avec enclume, las, bigorne, marteaux divers de grosseurs assorties, les- unies', les râpes, les écouennes, les compas droits, courbes , divisés et autres; des calibres doubles et simples pour roder les noix etles tètes de vis ; des calibres de bois pour servir de mtfclèles à tailler les fûts; des filière» simples et
iS MANUEL
doubles garnies de leurs tarauds ; des pinces, des étaux à pied , à main et à agraire , des tenailles ordinaires et à chanfrein ; des oiselets , des matoirs , des gouges , des ciseaux à bois et des burins-ciseaux pour couper le fer, des rabots, des planes ou couteaux à deux manches : des équarissoirs ou alésoirs à 4 et 5 pans : une machine à percer , étrier ou potence : des fraises , un tour à barre fort et robuste : des arçons , des porteforêts, des scies de toute espèce : une meule et des . pierres à affûter, des règles équerres, et autres ustensiles servant à tracer. /
Indépendamment de ces outils qui sont les plus essentiels , l’armurier doit encore avoir, dans sa boutique , des cisailles fortes et à main , des grattoirs , des brunissoirs, des mandrins ou matrices, comme mandrin de plaque, mandrin de garde, mandrin de corps , mandriri de branche, mandrin de bout et autres, des rosettiers , et une infinité d’autres outils servant à la confection des gardes et poignées : mais qui se sont modifiés considérablement depuis que les armuriers se sont décidés à acheter les fils métalliques tout tiré9 et au numéro convenable ; opération qu’ils faisaient jadis eux <■ mêmes , et qui exigeait l’emploi de filières et d’autres appareils dont ils peuvent maintenant se passer. Nous allons décrire successivement chacun de ces outils , en en donnant la figure chaque fois que nous la croirons utile pour l’intelligence du texte.
SB LA FOHGB.
La forge se compose d’un soufflet et d’un bâtis ou foyer/
Le Soufflet.
7. Le soufflet de forge est à deux ou à trois vents. On. peut forger avec deux soufflets simples , dont l’un souffle tandis qde l’autre aspire; mais cette disposition tient à l’enfance de l’art, et maintenant il n’est aucune forge où les soufflets simples soient employés, on se sert toujours du soufflet à double vent. Nous ^'entrerons pas dans les détails de la construction d^ •oufflcts , rarement l’armurier se livre à cette fabrica-
se l’abmcrier.
tion , il achète un soufflet tout fait-; nous devons seulement lui faire connaître les conditions dont la réunion constitue un bon soufflet.
Le soufflet est composé de trois planches et d'une peau de vache. La planche'inférieure qui est mobile se nomme le volant , le battant, ou le ventilateur. La planche du milieu se nomme le diaphragme , elle est immobile ; la planche de dessus se nomme le recouvre-
ment.
La planche du milieu est fixée après un morceau de bois percé dans sa partie supérieure qu’on nomme I3 têtière, c’est après cette têtière qu’est attaché un bout de canon qu\)n nomme buse. , • ’
Mais, comme la peau qui remplit les espaces qui se trouvent entre le ventilateur et le diaphragme, et entre ce diaphragme et le recouviement , serait sans soutien, un la maintient par des cercles de bois ou de fer qu’on nomme nervures. Les nervures tiennent après la têtière, non pas invariablement, mais sont assemblées avec elle soit par des brisures , soit au moyeu de pitons entrés dans la tètièré dans lesquels les bouts des nervures en fer s'ont engagés, soit au moyen de vis faisant pivot, si les nervures sont en bois.
La planche du bas, ainsi que le diaphragme, sont percés dans leur centre d’une ouverture plus ou moins large selon la grandeur du sujufflet : c’est par ces ouvertures qu’ont lieu , savoir : la prise d’air par le ventilateur et la transmission d’air par le diaphragme. Ces ouver« tures sont recouvertes de planchettes nommées clapets, et l’ensemble se nomme soupape.
Comme les soupapes doivent se mouvoir librement et feimer hermétiquement lorsqu’elles sont abaissées, les clapets, qui doivent être faits avec une matière légère et non sujette à se tourmenter ou se voiler , telle que du carton pour un petit soufflet, du bois blanc ou du sapin pour un grand soufflet, sont garnis par le côté qui vient s’appliquer contre les ouvertures d’une peau souple ou d’une étoffé moelleuse. Dans les grands soufflets on se sert de peau de mouton avec sa laine, ou de peau de lapin avec son poil, qu’on colle sur le clapet , le poil en dehors. Dans les petits soufflets on emploie de la peau blanche , dite peau de gant , ou du
20 MANÜIt ‘
taffetas qu’on laisse dépasser des trois cotés du plapct, afin que l’air condensé appuie sur ce taffetas et intercepte toute communication avec l’extérieur. Le clapet tient après la planche au moyen d’une peau faisant charnière sur l’un de ses grands côtés ; et , afin que dans l’inspiration il ne s’ouvre pas trop et ne puisse retomber en arrière, effet qui pourrait avoir lieu et laisserait la soupape ouverte , on le retient, soit par une bande de peau laissée assez lâche pour qu’il puisse s’ouvrir convenablement, soit par un ressort qui cède à l’effort du vent lorsqu’il s’introduit impétueusement dans le vide, et qui ensuite concourt avec l’air condensé à fermer la soupape. Dans quelques soupapes les clapets sont circulaires et affectant la forme d’un cône tronqué renversé , ils entrent dans des trous coniques et forment ainsi une exacte fermeture ; mais elles sont moins en usage que celles dont nous venons de donner la description ; c’est l’ensemble de ces pièces qui constitue la carcasse’ du soufflet. Nous devons ajouter que le diaphragme reçoit en outre une bande de fer très-plate à laquelle il adhère par des vis ou des clous. Cette bande de fer est terminée, à ses deux extrémités, par deux bouts arrondis dans la partie qui dépasse la plus grande largeur du diaphragme : ces bouts rervent à supporter le soufflet sur le bâtis, on les nomme oreilles..
L’espace compris entre le ventilateur et le diaphragme doit être de moitié moins grand que l’espace compris entre ce diaphragme et le recouvrement. Le premier espace s’appelle la culotte , ou mieux, il prend le nom de la planche inférieure et se nomme le ventilateur. L’espace double du premier compris entre le diaphragme et le recouvrement se nomme réservoir d’air. Si le soufflet a, neuf nervures, il y en aura six au réservoir, trois à la culotte. S’il n’a en tout que six nervures, ce qui est la mesure des soufflets de moyenne force , on en mettra quatre au réservoir et deux à la culotte; dans les petits soufflets on se contente de mettre deux nervures en haut et une en bas.
La peau qui recouvre le soufflet doit être souple et entretenue telle par l’ouvrier qui la graissera de tems en tems ; elle doit adhérer de toutes parts après la
• • db l’aemusier. ai •
carcasse : toute perte d’air serait un défaut, on s’assure qu’un soufflet est bon en bouchant la buse avec la main et en l’emplissant d’air. Si le recouvrement ne retombe que très-lentement et d’une manière non perceptible à l’œil, c’est un signe que le soufflet est convenablement fabriqué. Il semblerait en théorie que* ce recouvrement ne devrait pas retomber, la bu# étaut close; mais cet effet n’a jamais lieu,' l’air s’échappe toujours, soit par la soupape, soit pîir d’autres issuefe qu’il est impossible de reconnaître. Si le recouvrement .. retombe promptement, c’est, une preuve que le soufflet est mal fabriqué, et qu’il y a quelque perte grave d’air. Four la trouver, on promène lentement la flamme .
d’une chandelle autour du réservoir, afin de recon- -, naître l’issue par les oscillations de cette flamme , ou,.’ : bien encore, on répand sur la têtière, et aux endroits qqêl’on soupçonne, une poudre légère, sciure de bois blanc et sec ou autre, et l’on ne tarde pas à reconnaître la. perte d’air. On la bouche alors avec de la peau et üé laf • colle-forte, et, lorsqu’il est possible , en ajoutant des clous.
On voit, par la disposition de ce soufflet, qu’il n’entre d’airà chaque inspiration du ventilateur qu’un tiers delà capacité totale du soufflet , et qu’il faut deux inspirations pour que le réservoir d’air soit rempli. Cçs deux inspirations ne sont jamais-suffisantes, quelle que soit la perfection du soufflet ; mais ordinairement le réservoir a atteint son maximun de plénitude après la troisième inspiration , lorsque toutefois la buse est hermétiquement fermée; il faut quatre ou Cinq coups lors-'' que la buse esf ouverte. Au moyen de çetje division par tiers, on obtient un veut continu assez soutenu pour la forg*e ordinaire.
On a maintenant des soufflets beaucoup plus parfaits : les soufflets à la Rabier entr’autres donnent, sous un moindre volume, beaucoup plus de Vtent; mais nous ne faisons que les indiquer en pasftant , parce que les armuriers ne font pas de la forge leur principale occupation , et que ces diverses d< scriptions nous entraîneraient hors des limites de l’ouvragé que nous avons entrepris. ' . - • •
JLe soufflet est assez ordinairement suspendu au
Sia . MÀKÜEE
plancher,, au moyen d’un bâtis en bois ou en fer, dont on concevra l'idée par l’inspection de la planche Ir*, figure lre G. Le levier I se nomme branloire : par-devant un fil de fer ou une corde supporte la poignée J , qui doit être à la portée de l’ouvrier lorsqu’il attise son feu. À d’autre extrémité de la branloire est également attachée une tringle ou une corde correspondant à un piton ou crochet K, attaché avec des vis après le ventilateur et supportant en -outre un boulet, ou tout 'autre poids, servant à hâter la descente du ventilateur, lorsque la pression opérée par la main de l’ouvrier sur la poignée J vient à cesser. C’est à l’aide du mouvement de bascule de la branloire qu’on fait jouer le soufflet.
Le Foyer .
. 8. Lefoyer se compose de deux parties distinctes ; £âtre la cheminée.
L’âire est un bâtis fait, en briques s’élevant de terre un peu au-dessous de ceinture d’homme. Il se compose de deux petits murs en briques, appuyés contre' un gros mur quelconque : lorsque ces deux petits murs, parallèles entr’eux, sont élevés à hauteur convenable, on les "recouvre par des bandes de vieux fer croisées entr’elles , on recouvre ces bandes de tuilots , de briques cassées, de terre grasse, c’est ce qu’on nomme la paillasse. On perce ordinairement cette paillasse d’un trou correspondant aü-dessous de la forge : dans Je fond sur le côté , ce trou sert d’écoulement au mâchefer et aux ordures. Dessous la paillasse, entre les deux murs, se place un baquet rempli d’eau , servant à la trempe et à asperger le feu , on peut y mettre aussi la provision de charbon : mais, comme cet endroit dans le fond reçoit par le trou de la paillasse le mâchefer et les cendres, U convient mieux de mettre le charbon à part et de côté en dehors de la cavité dans laquelle if est sujet à trop sécher.
Au-dessus de la paillasse s’élève l’àtre proprement dit. C’est un bâtis de briques à plat et présentant le bout k l’action du feu , au milieu de ce bâtis est renfermée la tuyère. On appelle ainsi un parallélipipède de foéte percé d’un trou conique par son centre et
DK l’aHHCHIBR. a3
dans le sens de son grand côté. L’orifice le plus évasé du trou est placé par-derrière, le plus petit par-devant, du côté dû feu; c’est dans l’orifice postérieur que vient s’engager le bout du canon du soufflet , qui a pu suivre les courbés nécessaires, pourvu toutefois qu il ne s’y rencontre point de coude anguleux , le canon est l’interpnédiaire entre la buse et la tuyère. Si les circonstances locales l’exigent, rien ne s’oppose à ce que la buse elle-même s’engage dans la tuyère ; ipais il vaut mieux qu’il y ait un conduit intermédiaire. Le vent est plus fort et l’iatérieur du soufflet ne risqueras d’être brûlé par les corps incandescens qui peuvent y pénétrer. Ce canon peut être fait de toute matière ; rl est ordinairement en tôle, ou bien, mieux encore, c’est un canon de fusil , coudé , étiré et évasé.
Depuis quelque tems on vend des plaques d’âtre, gardes-tuyères en fonte qui sont très-commodes, et qui s’opposent à la prompte détérioration de Pâtre; ces plaques carrées ont quatre échancrures livrant passage au vent , quaid la force du feu a altéré une des faces, on change d’échancrure , et, comme il y en a quatre, on peut changer quatre fois , et quatre autres fois encore en changeant la plaque de face. Quant aux tuyères à courant d’eau fraîche , elles sont encore trop peu connues pour que les armuriers qui n’attachent pas une importance majeure à la construction de leur forge en fassent (fès-à-présent usage.
On consolide le bâtis en entourant la paillasse d’une large bande de fer scellée par les bouts dans le gros mur contre lequel la forge est adossée.
9. La cheminée autrement dite hotte , vantail , etc., se fait ordinairement en scellant dans le mur \jne bande de fer, de même forme, mais plus forte et plus grande que celle qui ceint la paillasse : cette bande est en outre renforcée par deux arcs-boutans en fer également scellés dans le mur; sur cette bandeonposc de grandes planches de plâtre, ou simplement de bois qu’on recouvre de plâtre , on les incline de manière à former l’entonnoir renversé , et l’on réserve par le haut une ouverture qui correspond au tuyau de la cheminée : on fait avec du plâtre, sur le devant, un rebord saillant sur lequel on pose les poinçons à chaud,
ai MANOBIl . ' ,
les calibres, le* compas, et autres outils serrant habituellement à forger. Assez souvent rassortiment des pinces est étalé sur la pente de la partie anterieure de
Nous avons dessiné, planche Ir#, fig. Ire, 1 ensemble d’une forge de grand atelier à laquelle on peut arriver de tous les côtés , parce qu’elle se trouve située dans le centre , les quatre côtés éçlairés de l’atelier étant
garnis d’établis.
A est le socle ou soubassement.
B le bûtis en briques à plat de forme octogone, au milieu duquel est réservé un vide servant aux usages que nous avons indiqués, et en outre à mettre 'les outils.
C la paillasse circulaire, portée par des supports en fer.
' D le bâtis de l’âtre. ,
E vaste entonnoir renversé , en tôle, supporte par une ceinture de fer appuyée sur quatre piliers également en fer. . , . , ,
F tuyau en tôle, suivant la direction convenable, pouvant monter directement, soit à travers le toit et sortir au-dessus, ou aller, parle moyen d’un coude, communiquer avec un corps de cheminée voisin.
H soufflets. “ . . ,
Les autres lettres du renvoi ont reçu leur explication plus haut. .
Les armuriers, pour forger, peuvent faire usage de charbon de terre; mais, comme ils ont peu souvent besoin â la forge, peut-être feront -ils mieux de se
servir du charbon de bois.
Accessoires de la Forge.
,iô. Indépendamment de la forge, qui est assurément la pièce principale, on doit avoir des tisonniers, des ringards , des pinces de formes variées , un goupillon pour jeter de l’eau sur lé feu, des clouières, des trtmcbes, des étampes et des poinçons , des supports nommés servantes , des chandeliers brisés.
Le tisonnier, représenté fig. 2, 3 delà même planche, te fait tantôt droit, fig. 3 , tantôt à crochet fig. 3, on
DK l’aRMOBIKR. 25
le fait plus ou moins fort ; lorsqu’il est lourd, il sert do contre pour. casser le charbon qui est trop gros.
Le ringard est un bout de fer sacrifié, après lequel on soude les morceaux de fer qu’il serait difficile de forger en les tenant avec les pinces. »
Les pinces à forger sont faites en fer croisé retenu par une goupille. On ne se donne pas la peine de faire un chat , c’est-à dire de faire passer une branche dans l’autre, comme cela a lieu pour les pinces soignées. La fig. 4- représente la pince plate ordinaire ; la fig. 5 une pince pour tenir de côté les fers ronds ; la fig. 6 une pince à, tôle et autres fers plats; la fig. 7 une pince pour' les fers carrés pris de côté; la fig. 8 une pince propre à saisir en bout les fers ronds. On fait la même pince propre à saisir en bout les fers carrés : nous n’avons pas cru qu’il fôt nécessaire d’en donner fa figure. Toutes ces pinces s’ouvrent par l’usage ; mais alors on les chauffe et on leur fait reprendre sur l’en- ' cluine leur forme première.
Le goupillon, fig. 9, se fait de plusieurs manières. Assez souvent on se contente de faire une boucle dans le bout d’une bandelette de fer, et de passer dans ce bout des chiffons et de la filasse ; d’autres fois ori tord deux forts fils de fer, et l’on prend entr’eux de longues soies : cet ustensile est, peu important , la majeure .partie des ouvriers se servent d’un ballet de bouleau ou de bruyère à manche court , qui remplit très-bien l’objet qui est de faire tomber de l’eau en pluie sur le feu. ’ . m
On appelle elouière, ng. 10, un tube de.fer plus ou moins fort suivant la force des clous qu’on veut faire , qui est percé au centre d’un trou par lequel on fait passer la tige du clou; en frappant sur le/fer trèschaud, on appiatit le bout excédent la elouière et on forme la tête du clou. * . 1
Les tranches, fig. 11 et i5, semt des couteaux d’acier trempé, avec lesquels on coupe le fer lorsqu’il est chaud. Il y en a de petits (J'oy. fig. 11) qui ont une soie qni s’engage dans un trou pratiqué sur l’enclume,, et qu’on uomme œil : elles prennent alors le- nom dç tranchets. Pour s’en servir, on fait rougir le fer ; on le pose à l’endroit qu’on veut couper sur le tranchet, et
Il ANCEL
on frappe dessus à grands coups de marteau. Si iô morceau de fer n’est pas cpupé on le retourne et on frappe de même de l’autre côté. Assez souvent il n’est pas nécessaire d’en agir ainsi i le tranchet l’entaille assez profondément pour qu’il n’y ait plus qu’à le rompre en le ployant sur U quarre de l’enclume. Lorsque le fer est trop gros ou lorsqu’il est plat et d’une forme qui rende l’emploi du tranchet difficile, oü même impossible, on se sert de la tranché proprement dite, [Poy. fig. i5), qu’on emmanche dans un morceau de fer fendu , si l’on craint de se brûler en la tenant avec la main. Ces tranches et tranchets sont sujets à se détremper par suite de leur contact avec le fer chaud ; c’est pourquoi on a soin de les plonger de tems à autre dans l’eau pour les tenir froids, et, lorsqu’ils sont devenus tout-à-fait mous par suite d’utt long usage et malgré la précaution dont nous venons de parler, on les trempe de nouveau pour leur rendre leur dureté.
Les étampes sont des outils dont on ne saurait donner le dessin, parce qu’il v a autant d’étampes qu’il y a dé formes diverses à donner au fer. Nous avons choisi pour l’exemple l 'astragale, le carré ou listel , f fig. 1a et i5. L’étampe est quelquefois double , lorsqu’il s’agit de contre -profiler les objets. L’étampe, fig. 13 et i3, est un morceau de fer massif ayant par-dessous une tige ou queue ajustée à l’œil de l’enclume dans laquelle elle s’introduit , par-dessus , à l’endroit profilé , elle est garnie d’acier soydé à chaude portée sür la masse et auquel on a donné le dessin convenable. Lorsqu’on se sert de l’étampe , il faut avoir soin de la vider à chaque instant des pailles et mâchefers qui s’y amassent nécessairement ; on frappe sur le fer rouge posé dans l’étampe, soit immédiatement , soit au moyen de marteaux emmanchés affectant une forme particulière et q^’on nomme chasses : oh frappe sur ces chasses avec le marteau à deux tètes nommé masse. Si l’empreinte doit avoir lieu des deux côtés, on se sert de l’étampe double qui se compôse de deux étampes ordinaires, dont l’une , l’inférieure, 6e place, ainsique nous venons de le dire, sur l’enclume ; l’étampe supérieure affecte la forme d'une forte chasse.
SK l’armurier. 27
ou, 'pour mieux dire, d’une masse ; sur l’une des têtes de ce marteau est le dessin qu’on veut étamper : on frappe devant avec un marteau sur l’autre tête , tandis que le forgeron tient l’étampe en place au moyen d’un long manche en bois.
Les poinçons servent à percer des trous ronds , carrés, rhombes ou rhomboïdes ; ces poinçons sont en fer aciéré par le bout et trempé convenablement ; les fig. 4, 16, 17 et 18 en donneront une idée suffisante. Comme ils sont destinés à ojüèrer sur du»fer chaud, il faut avoir soin de les tenir froids , en les plon- - géant de tems en tems dans l’eau , ainsi que nous venons de le dire pour les tranches : on trempe égale-* ment de nouveau lorsqu’ils sont devenus mous par suite d’un usage prolongé.
On nomme servantes des supports en fer qui servent à tenir, dans une position horizontale, ou toute autre voulue , les fers longs qui sont au feu. La forme de ces servantes est variée à l’infini : certains ouvriers en font de très commodes et de très -élégantes. Nous donnons , fig. 19 et 20, les formes les plus connues après l’S, qui est la plus simple de toutes , mais dont l’usage est plus borné. La pointe a , fig. 19, fait pivot s elle est enfoncée dans une bûche debout, servant d’ailleurs de billot à bûcher , ( dégrossir les bois à la la hache), elle vire sur ce pivot et1 reçoit entre ses branches b, virant sur la goupille c, le fer à supporter, La servante, fig. 20, a la faculté de se hausser ou baisser à volonté ; on la suspend quelque part après un clou planté dans le plafond , après une traverse sur laquelle elle peut glisser , après tout autre chose , au moyen du crochet a ; la bride b , s’engageant dans la crémaillère c, permet de hausser ou de baisser le bras d qui , virant d’ailleurs sur le pivot f, augmente la portée de ce bras ; quant aux chandeliers brisés dont nous avons parlé en récapitulant les accessoires delà forge, il est inutile d’en donner la description , tout le inonde en a vu après les pupitres des musiciens, et ailleurs.
L'Enclume.
tr
11. Un armurier ne peut se passer d’avoir plusieurs, çpclumes, une grosse enclume de forme ordinaire^plu*
38 MANIEE
sieurs bigornes et de petites enclumes d’établi ; il doit aussi avoir" un tas d’acier sur son billot. Sans parler de bigornes et bigorneaux, et autres mandrins propres à des fabrications spéciales et dont nous parlerons lorsque nous décrirons ces fabrications.
L’ enclume est une masse de fer recouverte d’acier : on lui donne des formes diverses, selqn les usages auxquels çlle est destinte : il y a cependant une forme commune et ordinaire qui est adoptée pour diverses professions , c’e^celle dont les armuriers font usage et qufc nous avons représentée , fig. 21 , pl. ir?.
Les enclumes sont du poids de i5o à 5oo livres. Les armuriers choisissent un terme moyen. On fait de bonnes enclumes à Paris et dans les environs ; mais ce n’est pas de-là qu’on les tire le plus souvent, parce que le prix en est trop élevé. A Nevers on a des enclumes fort bonnes au prix de g5 cent, ou un franc la livre, faites suivant modèle fourni,, qui sont trèsbonnes. Quand on achète une enclume , on l’éprouve en passant sur la table un caillou qui doit scintiller vivement. Gomme il y a une manière dè produire ce feu pétillant en donnant le coup d’une ou d’autre façon, l’acheteur doit faire lui-même l’expérience : on éprouve encore l’enclume en la sonnant , c’est-à-dire en frappant dessus avec un marteau : elle doit rendre un son pur et retentissant. Il arrive souvent qu’une enclume est dure dans un endroit et tendre dans un autre : cet effet, qui a lieu lorsque la masse n’a pa’s été également chauffée partout lors de la trempe, est trèspernicieux et est la cause de déformations importantes. Si les endroits durs se trouvent sur les quarres et vers les bigornes, l’enclume est sujette à s’écorner. Souvent même l’extrémité pointue peut être abattue d’un coup de marteau. Si ce#endroits sont suffisamment durs pour résister ,41 arrive assez souvent que le milieu de la table est mou, et alors ce milieu s’enfonce et la parfaite horizontalité de la table est détruite, et tous les forgerons savent qu’on ne fait de bon ouvrage que sur des tables exactement planes. Pour s’assurer si les enclumes ont été convenablement trempées, ou plutôt si on les a fait revenir convenablement, car c’cs» plutôt de cette seconde opération que dépend la.
DE l’aRMI’RIER. 2()*‘
bonté de l’instrument, on les tâtera avec une bonne lime neuve ou avec la pointe bien friande d’un burin de graveur. Dans une trempe bien revenue, la partie moyenne, le milieu de l’enclume est dur, les bigorifcs sont moins fermes. On tâtera de même à l’entour de la bigorne ronde pour s’assurer si l’acicr est bien remployé par-dessous ; si cette bigorne était seulement aciérée en-dessus et qu’elle ne le filt point sur les côtés et même par-dessous, elle serait promptement déforméejors de l’cmboutissement des viroles®^
On voit, fîg. aj, une enclume posée sur son billot ;a est la table, b l’œil dans lequel on*passe la soie des tranchets et des élampes , c le corps de l’enclume , d La bigorne ronde , c la bigorne carrée, /"est le billot de bois de bout. L'enclume est tenue sur ce billot par son propre poids et par des olous qu’on plante autour le billot dcsaffîcurc le pied de l’enclume, afin qu’il soit loisible au forgeron d’y faire tomber les petites piècesencore chaudes et d’y déposer les compas, poinçons, calibres et autres outils qu’il doit avoir sous la main pendant qu’il forge.
L’enclume doit être placée à portée de la forge ». mais pas assez près pour gêner les mouvemens dé l’ouvrier, elle ne doit être ni trop élevée ni trop basse; nous ne donnerons pas la hauteur en chiffres , parc© qu’elle dépend de la hauteur de la. taille de celui qui s’en sert.. .
La bigorne est une enclume plus légère que la première , ayant un long pied, et les deux pointes beaucoup moins camuses; on en fait des petites qui rie pèsent point une demi-livre, et des grosses de.75 livres, et même davantage, tous les nombres intermédiaires, sont remplis; la bigorne de l’armurier pèse de à 25 kilog., il en aura en outre une petite de 1 à 2 kilog.. pour mettre sur l’établi.
Tout ce que nous avons, dit des qualité^ et des moyens d’essai de l’enclume se rapporte à la bigorne.. Ainsi qu’on le voit, fig. 22, la bigorne n’est point simplement posée sur le billot, elle est terminée par lebas par une soie qui s’enfonce dans le billot, jusqu’à l’embase , le renflemeut a s’oppose a uae‘ introductioa.
3 a MAHBEï,
indéterminée qni pourrait occasionner l'écartement et 1* rupture du billot.
te tas trader t fig. a3, n’est pas d’une nécessité absolue pour l’armurier; mais il lui est utile *dan§ un grand nombre de cas, la table de l’enclume en peut tenir lieu ; mais, souvent mise à l’épreuve d’un travail
Iiénible, cette table se tient rarement rase et polie, et es ouvrages délicats ne sauraient s’y faire aussi bien’ sur le tas , qui est un peu bombé sur son centre et. • (OtTl’entretient d’ailleurs presque* polf et exempt de toutes empreinte|. Le tas sert spécialement à dresser des planches métalliques , opération qui se ferait difficilement sur l’enclume.
Lés" tas sont sujets à être plus durs sur les oôtés qu’au centre : la raison en est facile à comprendre. Lors de la trempe, et à l’instant de l’immersion , ces.
„ côtés anguleux sont refroidis bien plus promptement èt saisis plus parfaitement que le centre , vers lequel' reflue la chaleur; ce centre, refroidissant plus lentement, est moins dur; un bon tas est donc une chose rare, et l’ouvrier doit apporter toute son attention lorsqu’il s’agit d’en faire l’acquisition. Les tas trempés au robinet , ceux trempés à l’ordinaire , mais qu’un trempeur habile a su faire revenir convenablement en faisant foncer la couleur des angles, tandis qu’il garde le jaune au centre , doivent être préférés , et c’est encore à l’aide de la lime ou du burin de graveur que l’acquéreur pourra le tâter et s’assurer de sa bonté.
Ainsi qu’on le voit dans la figure, le tas est terminé dans la partie inférieure par une soie qui entre dans le billot ; un épaulement s’oppose à ce que l’outil lasse coin et s’enfonce indéfiniment dans ce billot.
Quelques tas ont un de leurs quatre côtés arrondi i c’est une bonne précaution, on fait de ce côté les ployures qui ne doivent point être à. vivç-arrêie.
Marteaux ,
12. La forme et le poids des marteaux dont l’armurier fait usage sont assez variés ; cependant ils n’ont
Ïien de bien particulièrement remarquable et qui s’ébigne de la forme des marteaux dont on se sert dans
dk l’abmubib». 3l •
les autres professions, des marteaux à forger, des marteaux à river : nous avons représenté, fig. 24,. pi» Ire , un marteau de forge ordinaire.
Tous les marteaux doivent être aciérés sur la tête et sur la paiAe. Ce que nous avons dit dé la trempe des tas supplique à la trempe des marteaux.
Il y a des marteaux à panne , d’autres à traverses.
La panne est la partie amincie opposée à la tête qui ç$t ronde , carrée , ou mieux , carré long ; lorsque cette panne est tournée dans le sens du manche, le marteau prend le nom de marteau à traverse, les armuriers en font usage. Quant aux marteaux à ciseler, aux marteaux à' bois, etc., il est inutile d’en parler , tout le monde les connaît, ' •
Les Limes.
i3. La lime est ljoutil qui répare les erreurs du marteau, qui dresse ej égalise les surfaces, qui façonne les contours, qui agrandit les trous ou entailles. 11 est rare que le forgeron , quelle que soit son habileté , ne laisse quelque chose à faire à la lime. En armurerie toutes les pièces sont limées, aussi un armurier doit-il être bon limeur. On appelle ainsi l’ouvrier qui , dans un grand atelier, se sert spécialement de la lime. On çst rarement bon forgeron et bon limeur à la fois ; le forgeron a la main trop fatiguée par la pesanteur du marteau : l’œil affaibli par l’aspect continuel du feu et du fer incandescent , et le limeur doit avoir l’œil exercé et la main légère. Pour les pièces qui doivent être trempées, la lime est l’intermédiaire entrele marteau et la meule : c’est donc un des outils les plus nécessaires. ■ 1
Cette grande utilité de la lime est la cause de sa grande variété de formes. Comme on l’emploie à toutes sort^ d’ouvrages, il faut qu’elle s'approprie à chacun d’eux ; il y a donc une distinction à faire entre les limes.
Nous parlerons plus bas des râpes qui sont des limes à bois : quand on dit simplement lime, cela s’entend des outils chargés d’opérer leur effet sur les métaux.
Les limes prennent des noms différens , selon leur forme et selon leur taille»
32 W MANCEL
Les limes se font, soit avec de l’acier, soit avec dit fer qu’on convertit ensuite en acier sur sa superficie : opération qu’on nfimme trempe en paquet, et qui, étant d’un usage commun dans l’art que nous décrivons, nécessitera un chapitre particulier.
Les noms*provenant de la forme des*limcs sont : carreau ^ plate, mi-rondc, ronde ou queue de rat, tiers point ou triangulaire, feuille de saule , à refendre , grelottes, rifloir.
Les noms se rapportant à la taille sont : rude, bâtarde, demi-douce, douce on fine.
On distingue dans une lime la lime et la soie. La soie est la partie qui entre dans le manche. : on a soin ordinairement dépasser la soie au feu pour la détremper,, ou du moins pour la faire revenir, afin de la rendre moins sujette à casser.
• Le carreau est une grosse lime rude, taillée sur les quatre faces, affectant la forme de parallélipipède allongé, terminé en pyramide tronquée, il sert à dégrossir l’ouvrage , (f'oy. fig. 4^). dette lime est faite ordinairement en bon acier, parce que les ouvriers la font retailler lorsqu’elle a blanchi. Il y a aussi des carreaux d’acier de bas alpi; mais alors ils sont trempés en paqufct.
Le carreau est difficile à mener, vu sa pesanteur;, si on le fait supporter sur l’objet, qu’on lime, il arrondit la pièce au lieu de la dresser : pour agir convenablement avec le carreau-, il faut le maintenir dans une position horizontale et le pousser vivement dans cette situation.
Là lime plaie u’a point de dimension , ni de taille fixes. Quant aux dimensions, il y en a qui approchent du carreau, et l’échelle est suivie de six lignes en six lignes, jusqu’à celles qui sont moins longues que le doigt ; quant à la taille , il s’en trouve de toutes les façons^ à cette exception près, que les plus petites ne sont que demi-douces ou fines , et plutôt fines qu’autrement. Les grandes limes et les moyennes sont rudes, bâtardes, demi-douces ou douces, selon le besoin de l’acheteur, (Foyez fig. 44)-
Une lime plate bien faite doit être parfaitement droite et avoir une faible bombure sur chacun de ses-
DK L'ARMORIER. - 33
côtés larges: ce qui'rend la 'lime plus épaisse parle milieu que par le bout, un des côtés étroits est taillé dans un seul sens, le quatrième côté reste ordinairement sans taille : ce côté uni sert daus maintes circonstances , lorsqu’on lime dans des angles dont on ne veut atteindre qu’un côté. Lorsque les limes sont voilées, défaut qui s’est manifesté lors de la trempe, elles ne rendent uu bon service que du côté de la bombure , et en général elles sont rebutees par les acheteurs.
La demi -ron'lc , (Poy. fig. 42) » est également de toutes les dimensions et de toutes les tailles : on s’en sert peu dans lés tailles rudes. La demi-ronde est une lime commode, mais qui n’est que rarement d’une nécessité absolue , puisqu’on peut faire presque toujours, avec la jdate ou la ronde, la majeure partie des ouvrages pour lesquels elle est employée. La demi-ronde est sujette à être voilée du côté du rond, le côté plat faisant le ventre : on doit les bornoycr en les achetant, pour les avoir droites, on doit faire attention aussi à la taille sur les angles : c’est souvent par cet endroit qu’elles pèchent; ces tailles étant peu profondes, la lime blanchit promptement dans celte partie, et son usage en est restreint. La demi-ronde est terminée par une pointe plus ou moins aiguë.
La f/ucuc de rat est une lime ronde et affectant la forme d’un cône très- allongé, on n’en trouve que trèspeu de rudes, les bâtardes sont moins rares : depuis quelque tems on en fait à taille fine qui sont trèsbonnes, mais sujettes à s’encrasser, attendu que'les tailles sont seulemcnt-idaus le sens circulaire : en général, la taille d*: la queue.de rat est plus grosse, à qualité semblable , que celle des autres limes. Cet outil est spécial, il ne sert que dans les trous et les parties rondes où la demi-ronde ne peut passer, ( Voy « fig. 45).
Le tiers- point , fig. 3a , est une des limes, après la plate , la plus connue et la plus employée ; sa coupe offre un triangle équilatéral ; on voit peu de gros tiers-points; sa taille n’est jamais rude, elle est rarement bâtarde , presque toujours demi-douce , quelquefois fine, mais toujours forte. Le tiers-point sert à-
34 MAHÜEIi
affûter les scies, à limer dans les angles, ainsi que les* autres limes, et particulièrement. Cette lime a été parfaitement faite en Angleterre, et nous les tirions de ce pays ; mais, depuis quelques années, les tiers-points français ont acquis une haute réputation ; sans parler de ceux de Raoul, qui.surpàssent tous les autres ; ceux de Schmidt et de Montmousseau jouissent d’une juste célébrité. Le tiers-point n’étant pas un outil spécia- . lement propre à l’armurier,' nous n’entrerons dans aucun détail sur ce qui concerne cet outil intéressant,
La feuille de saule , fig. 46 j est une petite lime demii douce ou douce , mi-plate, coupant sur ses deux longs côtés ; elle sert à fendre les tètes des petites vis, à atteindre dans des parties peu ouvertes ; elle n’a pas la taille croisée ; le milieu est marqué par une nervure qui se prolonge d’un bout jusqu’à l’autre; les tailles sont à droite et à gauche de cette nervure en sens contraire.
\La lime à refendre , fig. 47 ■> est large et très-plate ; il en est qui ont moins d’un millimètre d’épaisseur sur deux pen tim êtres , et même davantage, de largeur; elles servent à fendre les têtes de vis , et , en général , ainsi que l’indique leur nom , à faire des coupures profondes et peu larges dans le fer. La lime à refendre est un outil difficile à tremper et *01116 dans un grand nombre de cas.
On la remplace souvent par un morceau de lame de scie à métaux, qu’on pince entre deux joues en fer unie» entre elles par des vis. On ne la laisse saillir que de la "hauteur voulue ; elle prend alors le nom de scie à dossier, dosseret ou dossière, ou encore Vime à dossicre , parce que c’est souvent un moreeau de lirfe à refendre que l’on insère entre ces deux joues : la fig. 48 en donnera* l’idée; elle a cela d’avantageux qu’elle est moins su-
I'ctte à se rompre que la lime à refendre ; qu’elle faci-. ite l’emploi d’une lime cassée, et qu’elle ne peut entrer dans la matière qu’autant qu’on lui a donné de. saillie, ce qui est souvent nécessaire lorsqu’on ne vçulpas dépasser une profondeur déterminée, ou bien, encore lorsqu’on tient à ce que le fond d’une rainure soit parallèle à ses bords ; les jou.es forment alors ui\ régulateur qui assure cette dernière condition..
de l’armorier. ' 55
Les gretetles sont de petites limes qu’on n’emmanche {>as, et qu’on tient par une longue queue terminée par un applatissement. Ces limes sont rarement de bonne qualité ; elles ne sont pas très-dures ; la taille n’en est point régulière ; on les trouve presque toutes demidouces et douces ; quant à la forme, elles ont toutes celles qu’on donne aux autres limes, et quelques-unes qui leur sont particulières. Ces limes servent spécialement pour les découpures à jour des pièces en cuivre; elles coûtent peu, et on en fait ordinairement un grand assortiment. Les fig. 70 et 71 représentent deux de ces limes. <
Les rifloirs ou riflards sont des limes courbes, taillées par les deux extrémités, et qu’on saisit par le milieu. Ces limes sont ordinairement de bonne qualité et bien taillées; leur taille la plus ordinaire. est la bâtarde et la demi-douce ; elles affectent toute forme , mais de plus sont courbes sur leur longueur ; elles servent à fouiller dans les creux. On doit avoir un assortiment de ces limes , et ne les employer que pour les ouvrages pour lesquels elles sont propres, le rifloir coùtaut, proportion gardée , plus cher que la lime droite. Ce conseil n’est pas hors de propos ; parce que certains rifloirs se prêtent bien aux usages ordinaires. ) Voyez fig. 72 , $-3, 74, 75 et 76 ).
Il y a bien encore quelques limes de forme particulière que nous passons sous silence ; mais le besoin s’en fait rarement sentir, et d’ailleurs, la communication entre travailleurs, qui est le plus sûr desenseignemens, les fera connaître.
Nous ne dirons rien de la manière de tailler et de tremper les limes , nous supposons que l’armurier les achètera toutes laites. On remarque, en général, que les lirnfc qui sont d’un gris blanc pur dans la partie non taillée qui avoisine la soie sont les meilleures; c’est une preuve que l’acier a convenablement dépouille lors de la trempe, et que par conséquent il était^de bonne qualité. Quant à la taille, on doit aussi y faire attention lors de l’achat; une bonne taille est profonde , égale, inclinée ; l,a dent de la lime est grise , perlée, cendrée ; les angles sont vifs, sans brèches et sans endroits non taillés. On a de l’économie à payer uu peu plus cher
36 MANÜKt . ...
une qualité supérieure , qui peut coûter un tiers on , un qriart en su»,. quelquefois moins, et qui dure deuf et quelquefois trois lois autant qu’une lime de mauvaise qualité.
Les Lapes.
4. Il arrive bien qu’on, se serve quelquefois de limes neuves pour dresser et adoucir le bois; mais ce n’est point à cet usage que cet outil est destiné ; lors- . .qu’on emploie la lime dans ce cas, il faut avoir soin de la secouer de tems en teins, [en la frappant contre ùrt corps dur, ou en la brossant avec une brosse rude , ou mieux avec une brosse faite avec des fils de cuivre liés ensemble , ainsi que les horlogers sont dans l’habitude de le faire. La lime n’est donc pas propre à travailler sur le boi?, et l’on a fait des limes qui n’ont pas d’autre destination : ce sont les râpes.
Cette espèce tle lime sert pour le bois, la corne,, l’écaille et quelques autres corps durs ; la taille n’est -pas faite comme celle des limes à fer à l'aide d’un ciseau qui fait une coupure transversale inclinée. On emploie pour la tailler un poinçon ou burin triangulaire qui lève une dent ou écharpe pyramidale ; ces dents sont placées sur une même ligne; la ligne suivante est en quinconce, et ainsi de suite. Les râpes sont faites en fer , trempées ensuite en paquet. L’armurier doit en » avoir de toutes les grandeurs et de toutes les formes.
( Voyez fig. 34 s une râpe plate ordinaire. )
i5. L ’ccouane est une râpe d’une autre taille qui se rapproche davantage de celle des limes dont elle ne ■dillére qu’en ce qu’elle n’a qu’une rangée de tailles qui ne sont pas croisées. Cette espèce de râpe sert à effacer les traits profonds que la râpe à dents laisse flans le boi’s. On doit en avoir de toute grandeur, de toute forme et de tailles diverses, grosses , bâtardes J demibâtardes. £es râpes sont en fer trempé en paquet pour la plupar#; mais on en fait aussi en acier, ( Voyez fig.
3i une écouane plate.)
*6. Les compas.
Dans toutes les professions on se sert de fègles, de compas, de pointes à tracer, l’armurier doit aussi être pourra de ces instruttiensj le compas dont il se sert
n’a rien de particulier , c’est assez ordinairement uu compas en fer, dont les pointes sont en acier. On reconnaît qu’un compas est bien fabriqué lorsque les branches, en se rapprochant, ne sont nullement dissemblables. On l’ouvre et on le ferme plusieurs fois ; s’il a des forts et des faibles , c’est-à-dire, s’il s’ouvre plus facilement à certains écartemens qu’à d’autres, il doit être rejeté, et l’on doit préférer celui qui, depuis sa fermeture exacte jusqu’à son plus grand écartement, s’ouvre sous la même pression et sans secousses. Les compas avec quart de cercle divisé et vis de pression sont sans doute plus cbers, mais ils rendent un meilleur service sous le rapport de la précision. On fait aussi des compas à pointes de rechange ; l’armurier se contente ordinairement d’un compas ordinaire. Cet instrument est tellement connu, que nous ne croyons pas nécessaire d’en parler plus au long , ni même d’en donner la figure.
17. Les compas courbes sont de diverses espèces, le compas à branches courbes avec quart de cercle divisé et vis de pression, le 8 de chiffre ou compas d'épaisseur, le maitreà danser, dont les branches sont courbes d’un côté et droites de l’autre. Nous alloua examiner chacun de ces trois compas. 41
18. La fig. 79 représente le compas courbe le plus simple et le plus aisé à faire. On courbe les branches d’un compas droit ordinaire, et on a un compas qui peut servir dans un grand nombre de circonstances : mais les résultats fournis par l’emploi de ce compas ne sont pas assurés. Il plie facilement sur le rond et peut faire commettre des erreurs en moins: à un grand écartement, son elfet est presque nul. On lui préfère donc avec raison le compas dont nous allons parler, encore bien qu’il soit d’une fabrication plus compliquée, et qu’il soit par conséquent d’un prix plus élevé.
19. La fig. 77 représente ce compas qu’on fait ordinairement en acier, l’écartement est réglé par le quart de cercle a, et la vis de pression b, ce qui donne la -facilité en écrivant ou en se rappelant le nombre des degrés, de retrouver les grosseurs» cylindres , alors meute que le compas a servi s d’autres
«îO MAÎÏUEti
usages', commodité qui ne se retrouve que dans les
compas divisés. ,
ao. Le 8 de chiffre, fig. 78, est aussi nomme compas d'-cpaisseur , parce qu’indépendamment du service ou’il Peul rendre comme compas courbe ordinaire , il sert encore à faire connaître l’épaisseur précisé des pièces courbes, comme cuvettes et autres dont les hords plus épais ne permettraient nullement de connaître la force de la partie la plus mince sans le secours de ce compas. On le fait communément en cuivre : les plus estimés sont en acier. On adapte egalement à ce compas un quart de cercle divise, avec vis de pression. On reconnaît qu’un 8 de chiffre est juste lorsqu’après avoir fait tourner les branches en tou* sens , elles arrivent toujours également en contact des deux côtés, et lorsqu’à divers écartemens qu on éprouve, la distance entre les branches est toujours
bien exactement la môme. ,. .
21 Le maître à danser, fig. 80, est ordinairement fait en cuivre, mais ceux confectionnés en acier sont plus chers et plus estimés. On met aussi a la partie courbe du maître à danser un quart de cercle divisé, avec vis de Cession. 11 sert particulièrement à mesurer les ajiÂeinensdes cylindres dans les tubes ; à prendre toutes mesures intérieures et extérieures des parties rondes; il est utile pour veriher si un tube est parallèle dans sa partie inteneure à la partie extérieure, et pour évaluer de combten ces deux surfaces s’éloignent du parallehsme. Un maître à danser est bien fabriqué quand , à tout ecarlement , l’extérieur des pieds a est absolument égal en grandeur à l’espace compris entre les extrémités des branches courbes b; pour s’en assurer, on prend des boites fermant à pression exacte, comme tabatières et autres , on mesure intérieurement le couvercle avec la-partie droite du compas, qui doit alors embrasser exactement par l’extrémité des branches courbes la gorge de la boite. Ou éprouve d ailleurs le maître à danser comme le 8 de chiffre, en le iaisant tourner et le changeant de côté.
22» On a récemment inventé un compas servant .1 la fois calibre, de maître à danser , d équene à tra-
verse et d équerre ordinaire. ftous en avons donné la description dans le Journal des Ateliers, T. I , Juillet 1829, pag. 179, fig. 16 et 17; mais, comme il n’est pas encore répandu dans le commerce et que, d’ailleurs, les armuriers ne l’ont pas encore adopté, ce qu’ils l'eront infailliblement lorsqu’ils en auront connaissance, nous ne le rangeons pas parmi les outils; dont ils se servent habituellement.
20. Indépendamment de ces divers compas, le laboratoire doit encore être garni de règles d’acier, équerre h chapeau, rapporteur, pointes à tracer, et autres ustensiles servant à dessiner.
24. Les calibies. On appelle ainsi plusieurs ustensiles diil'érens. Les calibres pour forger sont de diverses natures : ce sont ordinairement des morceaux de tôle échancrés selon la grosseur des pièces : ils servent particulièrement lorsqu’il s’agit d’étirer des barres à une grosseur déterminée : dans ce cas, lu compas dont nous venons de parler (22) est d’un très-, bon usage, et est d’autant plus utile qu’il forme calibre universel pouvant servir à calibrer selon toutes les dimensions. On a aussi des calibres qui servent à arrondir, à dégraisser le dessous des têtes de vis, (on entend par ce mot aviver l’angle rentrant formé par la tige et la tête) : nons en parlerons à l’article fraises.
»5. Quant aux calibres en bois, ils ne sont autres • ^ue des planchettes en noyer taillées en patrons qui servent à conserver les formes des fûts jugés les plus élégans.
Les Filières.
26. Deux outils portent ce nom : les uns, dont nous ne parlerons pas, parce qu’ils ne servent plus depuis long-tems aux armuriers, sont des planches d’acier percées de trous coniques qui servent, à l’aide du banc à tirer, à amoindrir le diamètre des fils métalliques. Maintenant c’est le tireur-tréfileur qui se charge spécialement de ce soin, et qui vend le fil aux divers artisans qui l’emploient : l'armurier le lui achète comme les autres. IV ous passerons donc sous silence ces instrumens auxquels il a d’ailleurs été apporté dernièrement d’importans changemens.
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27. Mais ce qui doit surtout fixer notre attention , c’est la filière à coussinets ; parce qu’il y en a une espèce qui, bien que servant dans beaucoup 'd’autres professions, est spécialement adoptée par les'armu^ïiers , et est connue dans le commerce sous le nom de filière d’aAnurier. Elle se compose d’un encadrement en fer qu’on nomme fût, et de pièces mobiles en acier qu’on nomme coussinets. ( Voyez fig. 81.)
Le fût se compose de deux parties : l’encadrement , la vis de pression. L’encadrement a dans son ouverture et sur ses longs côtés une coulisse , que l’on fait de deux manières , au choix de l’ouvrier; tantôt c’est un angle de 90 degrés, saillant, sut- lequel les coussinets se placent à cheval au moyen a’un angle de Même valeur pratiqué aux bouts de chaque coussinet. (Ainsi sont faites les filières du commerce. Lorsqu’un ouvrier fait lui-méme sa filière, il préfère se donner un peu plus de peine et suivre l’autre méthode, qui consiste à remplacer l’angle saillant par une rainure bien dressée , dans laquelle s’engagent des tenons pratiqués aux bouts des coussinets. Les filières faites ainsi sont d’un meilleur usage que les premières. La vis de pression entre dans l’encadrement au moyen d’un trou placé au milieu du bout, en regard du bras opposé : cette vis, qui affecte elle-même la forme d’un bras , est percée d’un trou transversal pratiqué dans son renflement ; c’est par ce trou qu’on passe une broche ou levier, à l’aide duquel on fait tourner cette vis. Elle doit être à pas profonds et peu inclinés; l’écrou, ou oeil du fût, par lequel elle passe, doit être exactement taraudé. On préfère avec raison les filières dont l’œil est profond.
28. Les coussinets sont des morceaux d’acier ajustés dans le fût, et y glissant avec effort au moyen de la pression de la vis, formant le bras mobile du fût. Indépendamment de la rainure ou du tenon des bouts, selon la méthode adoptée , ces coussinets sont encore entaillés au milieu de leur longueur d’une échancrure semi-circulaire qu’on fait avec la queue de rat : devant correspondre avec une échancrure pareille, pratiquée dans le*coussraet suivant , et devant former à elles deux un trou circulaire ou plutôt elliptique.
DE l’aRMCRTER. 4*
Ces échancrures sont quelquefois unies à l’intérieur, la paire de coussinets compose alors un rodoir avec lequel on arrondit les tiges des vis ou des goupilles; mais ce n’est pas là leur mission spéciale, presque toujours elles sont elles-mêmes entaillées de rainures angulaires décrivant une portion d’hélice , et c’est de l’effet simultané de ces deux portions d’hélice que se forme la vis.
29. Pour former régulièrement cette hélice intérieure , on emploie un outil qu’on appelle taraud-mère ou simplement mère. C’est un cylindre d’acier, d’une grosseur déterminée par la force des vis qu’on veut faire et sur lequel sont imprimées des vis matrices, coupées d’espace en espace dans le sens delà longueur du taraud, pour qu’il y ait dégagement de copeaux et que ces tarauds-mères aient du mordant. Quand il s’agit d’imprimer en creux dans les coussinets les hélices saillant sur la mère, on prend cette mère entre les deux coussinets préalablement détrempés et recuits, on serre la vis de pression, formant l’un des
. bras, et l’on tourne la filière en montant et la descendant tenue dans la position la plus horizontale possible. Au fur et à mesure que l’hélice s’imprime , ou serre la vis, et ainsi de suite, jusqn’àceque les filets de * la mère aient plongé de toute leur hauteur dans l’acier des coussinets. On trempe ces coussinets qui deviennent alors propres à former eux-mêmes des vis, soit sur le fer, soit sur le cuivre.
30. La filière fait les vis, les écroux dans lesquels ces vis doivent s’engager sont faits à l’aide d’un cylindre d’acier fileté et trempé, qu’on nomme taraud.
Le taraud peut être fait avec la filière double, on prend un morceau d’acier, que l’on arrondit dans toute la partie qui doit être filetée et quel’on tient carré ou aplati par l’extrémité supérieure. C’est par cet endroit qu’on pince le taraud pour le tourner. Souvent on se contente de prendre le taraud dans l’étau et de tourner dessus la pièce qu’on veut tarauder; mais, lorsqu’il n’est pas possible d’en agir ainsi, et que c’est la pièce qui doit être tenue immobile, on preüdle taraud dans un instrument qu’on nomme toume-à -
4* M AIÏCJKti ;
gauche, ou même entre deux coussinets plats de la filière destinés à cet usage.
Il semble, au premier aperçu, que rien ne soit plus facile à faire qu’un taraud : cependant cette opération exige quelques soins et des précautions dont l’omission aurait des inconvéniens. ,
Il y a deux espèces de tarauds. Les uns sont coniques, les autres cylindriques. L'es tarauds coniques ne sont pas coniques dans toute leur longueur : un tiers environ de la longueur, vers le haut, est cylindrique. Le reste va en diminuant de diamètre vers la
Î)ointe, cette diminution ne doit point être telle que e plein du taraud en soit trop appauvri, on doit faire ,en sorte que le total de la différence soit un peu moins de la proîbnduur d’un filet entier.
Les tarauds coniques servent à tarauder les trous qui traversent de part en part ; lorsque le trou ne traverse
F as, on se sert du taraud conique pour commencer écrou, puis on fait agir le taraud cylindrique qui atteint jusqu’au fond, ou à-peu-près.
Pour faire un taraud cylindrique, on place dans Fêta u le morceau d’acier qu’on veut fileter ; on le filète avec la filière , en la tournant en montant et descendant dans toute la longueur du taraud, et en serrant la vis de pression d’une manière uniforme, à chaque départ ou à chaque retour. Pour faire le taraud conique , on serre la vis tous les deux ou trois tours en descendant, en remontant on la desserre également tous les deux, ou trois tours, le tout à partir de l’endroit où commence la partie conique.
Lorsque le filet est bien formé, on doit enlever avec une lime l’arête des filets , car cette arête est souvent formée par la rencontre des bavures occasionées par le refoulement de la matière : ces bavures s’éclateraient à la trempe et le taraud serait promptement altéré. Après avoir ôté ces bavures , on passe de nouveau la filière jusqu’à ce que le filet ait repris son vif.
Lorsque le taraud est dans cet état, il ne s’agit plus que de lui donner le dégagement qui doit le rendre coupant et diminuer les frottemens. Ce dégagement »e donne selon la force des tarauds, et aussi selon la
DTK l’aRMCHIER. 43-
matière dans laquelle il doit opérer. Pour le cuivre et le fer doux on fait les tarauds triangulaires et carrés, pour le fer dur et l’acier on les lime à cinq pans* néanmoins ces formes s’emploient assez ordinairement indifféremment pour toutes les matières. Les tarauds triangulaires coupent mieux , mais sont plus sujets à casser; ceux pentagones sont plus résistans, mais coupent moins.
Les tarauds d’acier sont trempés simplement, d’abord peu secs, puis peu revenus; on ne trempe pas dans toute la force de l’acier , parce que l’acier, tourmenté par le taraudage et ayant d’ailleurs par suite de la forme ondulée une plus grande étendue de surface , et présentant des angles, est sujet à se fendiller, à se gercer lorsqu’ils sont trempés trop chauds : les bons tarauds sont ceux qui sont revenus au degré bleu de l’acier fondu. Pour obtenir ce degré, et attendu le peu de force de la trempe primitive, on fait revenir à la couleur gorge de pigeon , ou même rouge d’or, selon la qualité de l’acier.
5i. Quand les tarauds sont gros et robustes , il vaut bien mieux employer le fer pour leur fabrication, sauf à les tremper ensuite au paquet. Le fer qui convient le mieux est celui qui est doux et a des grains fins et brillans. On dit que le fer aigre prend mieux la trempe eu paquet : cela paraît confirmé par l’expérience ; mais, comme le fer aigrit toujours lors de cette opération , il convient mieux de prendre du fer doux, le fer pri- . mitivement aigre devenant trop cassant.
Les tarauds de fer trempés en paquet ont un avantage sigdalé sur les tarauds d’acier : c’est qu’étant fer dans le milieu et n’étant recouverts que d’une couche d’acier, plus ou moins épaisse selon qu’on les laisse plus ou moins long-tems dans le paquet, ils sont beaucoup plus résistans aux efforts qui tendent {* le» rompre , et qu’ils sont en outre plus durs , et parconséquent moins sujets à s’émousser et à blanchir, parce
3uc la couche d’acier qui les recouvre , étant trempée ans tout son dur et sans qu’il soit besoin de faire re? venir, a un mordant qu’on ne pourrait- donner aux tarauds tout acier, qui se briseraient en éclats s’il» étaient tenus aussi fermes, les armuriers se servait
44 m AjrrEi? :
plus volontiers de tarauds cylindriques, afin d’avoir toujours des écroux de diamètre égal.
5a. Les mères et les bons tarauds ne sont pas faits à la filière, c’est sur le tour et avec les peignes, qui coupent la matière sans la refouler et sans la tourmenter, qu’ils' sont confectionnés ; mais les armuriers font rarement eux-mêmes leurs tarauds , et ce que nous venons de dire de cet important outil sera suffisant pour ce qui les concerne.
.. 33. Indépendamment des filières doubles, l’armurier doit avoir plusieurs filières simples; on appelle ainsi des plaques d’acier qui sont percées de trous dé calibres divers , dans lesquels on a passé des tarauds qui y ont imprimé des filets et en ont formé des écroux qui, étant trempés, servent à former des vis. La filière simple fait la vis d’un seul coup : elle est plus expéditive que la filière double; mais elle fait moins bien , elle tourmente , tord et fatigue le fer ou le cuivre qu’elle filète , et la vis en sort assez ordinairement gauche, surtout si elle est longue; les pas 6ont moins réguliers et moins profonds. Néanmoins la filière simple est bonne pour les petites vis, on les achète à tant le trou, celles de Lavousi et de Latard sont les plus estimées.
Les tarauds de ces filières ne diffèrent en rien de ceux des filières doubles.
Les Pinces.
34. Les pinces de l’armurier n’ont rien de particulier qui les distingue de celles employées dans les autres professions : nous avons représenté, fig. 82, 83, 84,85,8fi, quelques-unes des principales pinces dont il fait usage. La fig. 82 est la pince plate ordinaire ; il y en a de plusieurs formes, les unes plus camuses,- les autres dont les mords sont plus allongés. On doit, en les achetant, veiller à ce qu’elles soient solides dans le noeud et bien ajustées, à ce que les mords aient à l’intérieur une denture fine et régulière, et à ce que les brancheslsoient robustes, afin qu’elles ne s’écrasent ças dans la main sous les fortes pressions, ce qui a ordinairement lieu si l’on n’y fait pas attention, et si d’ailleurs elles ont été mal trempées.
D8 l’armühier. 4 5
35. La figure 83 représente la pince nommée bec , elle sert à recourber des fils' métalliques : on doit veiller à la cambrure des becs qui doit être régulière et s’assurer si ces becs sont bien trempés ; car c’est presque toujours de-là que la pince manque.
36. La figure 84 est la pince à coulant; elle remplace, dans certaines circonstances et pouries petits objets, l’étau à main, fig. 29, a est le coulant, c’est en le faisaut descendre vers l’extrémité des branches qu’on opère une pression permanente des mords, qui est très commode lorsqu’il s’agit d’arrondir avec la lime des pièces délicates. La pince à coulant sert encore dans une infinité d’autres circonstances.
57. La figure 85 représente la pince à goupilles , on en lait de toutes formes ; celle que nous avons dessinée est la plus usitée. Cette pince est d’une grande utilité pour diminuer les fils métalliques à la grosseur donnée d’une goupille quelconque : a est un manche de bois bien arrondi et d’une forme facile à faire mouvoir entre les doigts : b est une tige d’acier dépassant le manche des deux côtés, et qui est forée, dans toute sa longueur, d’un trou de calibre à recevoir les dififérens fils métalliques qu’on veut employer pour îa façon des goupilles. Cette tige est fendue dans le sens de sa longueur dans le bout qui dépasse le manche par-devant : c est un coulant en cuivre ou en acier qui sert à faire fléchir les deux branches de la tige b, et à opérer une pression sur le fil métallique dd : au moyen de cette pression, on peut limer et arrondir ce fil à volonté pour atteindre la grosseur de la goupille qu’on veut faire; après l’avoir coupée à la longueur requise, ondesserrele coulante, en le faisant remonter du côté du manche a, on fait sortir le fil de la longueur qu’on yeut donner à la nouvelle goupille, et, après avoit sei^é en poussant le coulant en avant, on recommence à limer, et ainsi de suite jusqu’à ce que tout le fil soit employé. C’est dans cette faculté que glt le grand avantage de ces pinces.
38. La fig. 86 est une autre espèce de pince que l’on nomme coupe-net. Elle sert, ainsi que l’indique son nom, à couper les fils métalliques; il y en a de deux sortes ; les unes droites, c’est celle que nous
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avons représentée, les autres, dont les couteaux sont tournés de côté ; elles portent alors le nom de coupcnet do côté. Ces sortes de pinces sont indispensables, on doit les choisir robustes et faire attention à la trempe des couteaux, car c’est toujours par laqu’ellea cessent leur service. Ou les couteaux sont mous, et alors ils blanchissent promptement et ne tranchent plus le métal , ou ils sont très-durs et sont sujets à s’ébrécher souvent , et se brisent à la moindre chute et au premier choc : il convient donc d’apporter beaucoup de soin dans le choix de ces pinces qui coûtent fort cher , vu leur prompte destruction : il faut les prendre dans le mezzo-termine , elles rendent alors un service prolongé. •
Les Étaux.
09. Les armuriers emploient toutes sortes d’étaux; niais il en est un, l’étau à pied , qui est disposé différemment que ceux dont il est fait usage dans les autres professions , et qui sont connus dans les arts mécaniques sous le nom d’étaux d’armurier. Nons devons nous étendre un peu sur ce qui le concerne.
4o. L'étau à pied d’armurier diffère des étaux à pied ordinaires en ce qu’il tourne sur lui-même dans le sens horizontal. Ce mouvement est indispensable dans bien des cas, et nous nous étonnons qu’il ne soit pas adopté par les serruriers , couteliers et autres artisans auxquels il serait également commode.
Tout le monde connaît un étau à pied ; il n’est pas nécessaire d’en faire une description verbale, la fig. 25 le représente fixé après l’établi. Si le pied de l’étau est trop long, on le rogne , s’il est trop court, on met dessous une cale a sur laquelle il appuie. L’étau à pied présente cette différence avec l’étau à griffe ou à attache dont il va être parlé, qu’au moyen de ce pied qui appuie contre térre, il offre un contre-coup lorsqu’il s’agit de forger ou même simplement de river une pièce prise entre les mâchoires. Les étaux sont vendus à tant le kiiog. ; les etaux d’armurier étant plus ouvragés coûtent 3 et 4 fr. le kilog., les autres ne coûtant que 2 fr. à 2 fr. 10 cent., 2 fr. 20 cent. Quand *n achète un étau , on doit d’abord faire attention à la
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vis, s’assurer si elle est régulièrement filetée, si les pas en sont profonds et vifs, on doit visiter la boite: c’est ainsi qu’on nomme l’écrou, pour vérifier si le pas le parcourt dans toute sa profondeur. Assez souvent le fabricant n’a mis que quatre ou cinq filets par devant, c’est une mauvaise construction et l’on doit préférer ceux dont l’hélice remplit toute la boîte : on doit examiner si la brasure a été bien faite, si la partie postérieure de cotte boîte, soit qu’elle forme épatflement, soit qu’elle soit à étoquiau, comme cela a le plus souvent lieu , est bien solide ; car c’est assez souvent de-là que l’étau vient à manquer. Lorsque tout ce qui concerne la vis et l’écrou a été vérifié , on doit faire attention aux mords , s’assurer s’ils sont bien et profondément taillés, s’ils sont durs, bien trempés, nimous nicassans : vérifier s’ils ferment bien parallèlement et se rencontrent exactement , si, en s’ouvrant , la mâchoire mobile conserve autant que possible le niveau de la mâchoire fixe. Après ces vérifications, on examine si Y œil de la mâchoire mobile est robuste ; car c’est aussi assez souvent dans cet endroit que les étaux manquent. L’œil d’un étau à pied doit avoir été percé à chaud et être un peu ovale, ce qui facilite le grand écartement des mâchoires. On doit d’ailleurs , pour le bas de l’étau et particulièrement pour le pied, le prendre évidé et le plus léger possible, sans que cependant cela nuise à sa solidité ; mais en général les fabrieans font cette partie peu ouvragée forte et massive pour donner du poids à l’étau , et cependant ce n’est pas absolument de-là que dépend sa force. Le ressort et l’attache doivent aussi appeler l’attention de l’acheteur.
Ces observations s’appliquent à tous les étaux.
4i. Nous venons de dire que l’étau d’armurier doit tourner sur lui-méme ; ce mouvement a lieu au moyen d’un collier brisé , en fer , qui embrasse la branche fixe de l’étau, et qui est solidement attaché par des vis, soit dessus la table de l’établi , soit mieux , et ainsi que nous l’avons dessiné , sur une plus grande échelle* fig. 26 et 27 , sur le champ antérieur de cette table. La fig. 26 représente le collier entier vu par-dessus; « est la partie fixe qui s’attache après le champ
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de l’établi par encastrement et avec des vis à tête fraisée ; b est la partie mobile tenant à la partie fixe au moyen de la charnière c : une vis de pression, à oreilles , ou à tête forée d opère la fermeture du collier. La partie antérieure b est percée d’un trou uni pour livrer passage à cette vis de pression qui s’engage par sa partie filejée dans l’écrou d de la partie fixe a, vue en élévation, fig. 27, dans laquelle les mêmes lettres indiquent les mêmes objets.
4a. Pour que ce collier embrasse exactement l’étau, il faut que la branche postérieure soit parfaitement ronde, aussi le collet est-il fait sur le tour; ce qui u’est pas une opération facile, vu les difficultés du pointage. Les bornes restreintes de cet ouvrage s’opposent à ce que nous entrions dans les détails de cette opération. Presque toujours l’armurier achète son étau tout fabriqué ; nous devons donc nous renfermer dans la description , sans entrer dans les faits qui concernent la fabrication.