Lorsque le bras de l’étau est pris dans le collier
«t que lè pied , arrondi par le bas , tourne dans une crapaudine a, fig. 25, de cuivre ou de gayac, l’étau devient mobile; on le fait virer à volonté, lorsqu’on a desserré la vis de pression d, on le fixe dans la position voulue en serrant fortement cette vis qui lait adhérer lé collier sur le collet. •
44. L ’élau à griffe ou à attache diffère de l’étau à pied en ce qu’il ne porte pas sur un pied , mais qu’il pst suspendu après l’établi au moyen d’une patte pardessus et par-dessous d’une vis de pression assez ordinairement garnie d’une manette, levier qui sert à la faire mouvoir. La table de l’établi se trouvant pressée entre cette patte et la vis de pression , l’étau est invariablement fixé.
45. Il y a deux sortes d’étaux à griffes, les uns communs , nommés indifféremment étaux (T Allemagne, étaux français, étaux ferrailles. Les autres plus soignés, nommés étaux d'horloger, étaux anglais, étaux suisses , etc.
46. Les étaux d’Allemagne, dont nous ne donnerons pas la figure , parce que. l’armurier préfère ordinairement les beaux étaux, qui sont d’ailleurs incompara-
DK l’àRMÜRIBR, 49
klement plus solides. Les étaux d'Allemagne diffèrent de ces derniers en ce que la patte ne fait point partie de l’étau , qu’elle s’y insère au moyen d’un tenon qui est retenu à l’intérieur par une clavette. Cette patte, ordinairement trop faible , est située sous la boîte, et tient après l’établi au moyen de deux replis de ses angles formant griffes et qui entrent dans le bois.
Ils diffèrent encore en ce point que la vis de pression ne passe pas par un talon long et fort, comme dans les étaux de prix; mais que ce talon est formé par le prolongement, recourbé d’équerre, de la branche fixe. Ce prolongement étant aplati , l’écrou qu’il forme n’a que deux ou trois filets, et , à la moindre pression, l’effort fait ouvrir ce prolongement ; ce qui donne à l’étau une fausse position , et lui ôte la fixité, qui est une des conditions indispensables de son bon service. 11 arrive encore assez souvent, dans ces sortes d’étaux, que c’est la patte qui plie ou qui se rompt dans le tenou ; ils n’offrent donc pas de sécurité, et c’est avec raison que les armuriers les dédaignent , encore bien qu’ils soient moins chers que les étaux fins.
47. Les étaux d’horloger ressemblent ,* par leur partie antérieure , à ceux à pieds ; ils en diffèrent par la griffe ou attache , à l’aide de laquelle ils sont fixés àur l’établi. Pour ne point multiplier inutilement les figures, nous nous servirons de l’étau mobile dont il sera parlé plus bas, en ne faisant maintenant mention que de l'étau , et en négligeant l’appareil. La fig. S7 représente un étau d’horloger ; b est unèpftttfc robuste faisant partie de l’étau ; elle est ordinairement séparée en queue de poisson; on la fixe sur l’établi, soità l’aide de vis passant par des trous pratiqués à l’extrémité de chacune des deux parties contournées de cette queue, et indiquées sur la figure, soit à l’aide de pointes saillantes en dessous; mais cette dernière manière de fixation est moins commode et moins- sûre que la première: a est un fort talon rapporté après la braqche fixe à laquelle il tient par deux fortes rivures. Ce talon a forme l’écrou de la vis de pression c qui est mue par une manette d ; au sommet de cette vis c , ou réserve un tourillon qui entre à pression dan9 un trou décalitre c’pratiqué au centre d’une pièce triangulaire
en fer ( Voyez fig. 96) , dont les angles sont recourbés et forment griffes ; ces angles, sous la pression de la vis c, pénètrent dans le dessous de la tablede l'établi, et l’étau est fixé invariablement. Ces étaux ont en outre une commodité qui les distingue, c’est un petit tas d’acier c planté au milieu de la patte b , et qui seit à forger et à redresser des petites pièces.
48. Quand on achète un étau à griffes, il faut faire Jes mêmes observations que pour l’étau à pied, mais en outre faire attention à son ouverture ; elle doit être facile, et l’écartement des mâchoires doit être le plus grand possible. Nous insistons sur ce point , parce que, tout récemment , on vient de répandre dans le commerce une grande quantité de ces étaux qui ont un aspect brillant et des formes élégantes , mais qui sont tellement mal conçus qu’à peine s’ils ouvrent d’un pouce ; Yaciéragc , la mise d’acier , n’en vaut rien. La vis c doit également fixer l’attention ; les filets doivent être profonds et vifs. Si , quelque jour, les fabricans avaient l’heureuse idée de faire cette vis à pas carrés , ce qui ne donnerait pas plus de peine , et 11’occasiouerait aucune, augmentation de dépense , ces étaux vaudraient beaucoup mieux. Dans l’état actuel de la fabrication , l’acheteur Veillera à ce que cette vis soit bien ajustée dans son écrorr, sans y balloter uniquement. Quant à la . vis principale et aux autres -parties de l’étau, nous renvoyons à ce que nous avons dit plus haut (4o).
49. L’cfrtw à main , autrement dit , tenailles à vis , diffère des deux premiers en ce point que, destiné à être tenu dans la main pour limer en arrondissant , il n’a ni pied ni agraffe. La fig. 29 îeprésente un do ce? étaux ; il n’est composé , comme on peut le voir, que de deux branches , d’une vis et d’un ressort facilitant l’écartement. Il y a de ces étaux de toute taille : ceux dont les armuriers font usage sont de moyenne force , et affectent, à-peu-près, la forme dessinée. Les horlogers en ont de fort petits emmanches sur un manche long et cylindrique destiné à être tourné entre les doigts , et à faire de cet étau un sdppléant de la
fince à goupilles. Cette pince ne serait pas inutile- à armurier ; mais je ne a ai poiat vu entre leurs m*ûflu>s
DK l’armoribb. 5l
Les Tenailles .
50. Tout le monde connaît cet o.ntil , qui sert à arracher les clous, à retirer les goupilles; nous n’en avons pas même donné la figure. On n’aura que trois conditions à ohserver pour qu’elles soient d’un bon usage , qu’elles soient solides dans le nœud , fortes des branches , qui doivent résister à de fortes pressions , et enfin aciérées dans les mords.
Les Tenailles ou Pinces à chanfrein.
51. Cet outil n’est pas aussi connu , parce qu’il ne sert pas à des usages aussi multipliés que la tenaille ordinaire; sa fonction est spéciale et déterminée; il sert à limer des surfaces qui doivent être inclinées à 45 degrés , et qui forment le biseau sur la rive d’uné planche métallique qnelconque ; la fig. 28 en offre le dessin en profil. La pince à chanfrein se place dans l’étau à pied qui en fait joindre les mâchoires. C’est un outil cher, peu commode, d’un usage borné , mais, dont on n’a pu, jusqu’à présent, se passer, parce. qu’il n’y avait aucun moyen connu de se passer de son service.
Etaux mobiles. ' .
5a. Nous avons pris brevet d’invention pour l’appK* cation que nous avons faite de l’appareil, connu dans les arts sous le nom de genou , aux étaux à griffes ordinaires ; il n’y a eu qu’une voix sur l’utilité de cette découverte , et la Société d’Encouragement , après examen et rapport, en a ordonné l’insertion, avec figure , dans le N° de juillet i83o de son Bulletin.
Au moyen de cet appareil très-simple et peu coûteux ( voir les prix ci-après ) , toute personne ayant un étau à griffe ordinaire, vieux ou neuf, pourra rendre cet étau mobile et tournant en tous sens. Les Mécaniciens, les Horlogers, les Opticiens, les Gainiers, les Serruri/ers, les Ferblantiers, les Bijoutiers, les Orfèvres, les Ciseleurs, les Planeurs, les ABMURIERS, les Tourneurs, les Luthiers , les Couteliers , les Taillan- ; . diers , les Graveurs sur bois et sur métaux , et en général les ouvriers de toutes les professions où l’étau
5* „ MANDBt.
est mis en usage, trouveront un avantage immense à s’en servir.
Cet appareil se pose facilement après un établi , en dessus ou en dessous de la table, selon la hauteur qu’on veut donnera l’étau; il se pose également sur le champ de cette table , à l’un de ses coins, il peut être aussi placé, après l’appui et même le dormant d’une croisée, après une traverse quelconque fixée dans le mur, être pris dans un gros étau, et enfin être mis dans une infinité d’endroits où les étaux ordinaires ne peuvent trouver place. 11 peut être posé avec des vis par simple approche , ou bien avec entaille et encastrement. L’ou- ••vrier en, chambre qui n’a poiut d’établi , peut s’en servir comme s’il avait un établi. Le serrurier qui va poser de l’ouvrage peut le placer partout, sur une marche d’escalier, sur une rampe en bois, sur un pian incliné, etc.
L’étau monté sur cet appareil devient mobile à volonté ; il tourne sur lui-même horizontalement ; il tourne verticalement , il tourne incliné à tous tes degrés ; et, au moyen d’une pression facilement et promptement donnée, il acquiert, dans toute position qu’on lui a fait prendre, une immobilité aussi constante, plus constante même, que celle qu’il possède lorsqu’il est posé à demeure sur un établi. Si l’on donue seulement une pression moyenne (un huitième de tour de manivelle), on obtient une force telle que l’étau devient susceptible de prendre toutes les inclinaisons , sans qu’il soit nécessaire de faire mouvoir la vis de pression à chaque changement de position, et la force résultant de cette pression moyenne est encore suffisante aux besoins ordinaires, à l’effort des limes, aux petits taraudages, etc. Up coup de main suffit toujours pour fixer invariablement l’étau dans la position voulue , et le rendre tellement solide qu’il cassera plutôt que de tourner.
Tout étau à patte, vieux ou neuf, quelle que soit sa forme , peut être monté sur cet appareil et être surle-champ converti en un étau tournant plus solide que ceux qui coûtent a5o fr. , et ayant des mouvemens plus prompts et plus variés, sans être, comme ces derniers, sujet à de fréquentes et difficiles répara-
ds l’armurier. 53
lions : l’étau , en sortant dè dessus l’appareil , petit être replacé à demeure sur l’établi : sa forme n’étant nullement altérée.
Les avantages qui résultent de cette faculté de se mouvoir en tous sens sont innombrables. Les biseaux, quelles que soient leur longueur, leur inclinaison , la largeur et l’épaisseur des pièces sur lesquelles ils doivent être pratiqués, se font sur l’étau mobile, avec la plus grande facilité. On a l’avantage de pouvoir les dresser en les tirant de longueur, et de pouvoir les mettre d’épaisseur en les prenant par devant ; avantages que n’offrent point les pinces à chanfreiner qui sont coûteuses , peu solides, qui n’offrent qu’une seule, inclinaison , celle de 45 degrés , et qui ne peuvent saisir que des pièces de peu de largeur et de faible épaisseur. On limera aisément, l’outil tenu horizontalement, toute planche métallique, quelles que soient sa configuration et sa grandeur, quel que soit son peu d’épaisseur. Si celte épaisseur était tellement réduite que la feuille métallique n’eùt plus la force de sc supporter, on parviendrait encore à la limer en la sup- portant avec une planche quelconque , prise avec elle entre les mâchoires. Aucun moyen connu dans les arts • ne présente cette facilité. On pourra scier', buriner» graver, découper tout objet tracé ou dessiné en tournant l’étau de manière que la partie tracée soit toujours éclairée. On fera toutes sortes de forages avecia plus grande facilité, la disposition de cet étau permettant d’exposer dans une position horizontale , ou inclinée à volonté, à l’action de la mèche verticale d’une machine à percer, toutes les faces de la pièce prise entre les mâchoires, etc. , etc. , etc.
Enfin, cet appareil tiendra lieu d’un grand nombre d’outils et d’ustensiles dont on pourra désormais se passer. ... -,
Paris, le 17 mars i83o.
Le Secrétaire de la Société d’ Encouragement pour t’in-' dustrie nationale , à M. Pauun-Desoriieaux ( 1 ) , Mécanicien.
Monsieur, la Société d’Encouragement avait chargé son comité des arts mécaniques de l’exacuen de l’appareil que vous avez imaginé, dans le but de donner aux étaux à griffes la faculté de pouvoir être placés dans toutes les positions possibles.
La Société, Monsieur, a vu, avec bien de l’intérêt, les efforts que vous avez tentés, et elle applaudit aux résultats trcs-satis faisans que vous avez obtenus. Pour vous donner un témoignage de 6a satisfaction , elle a ordonné que le rapport, dont je vous envoie une copie, serait inséré dans son bulletin.
Je suis bien flatté d’avoir à vous exprimer la bonne opinion que la Société a conçue de vos travaux ; trouvez bon , je vous prie, que je joigne à ce suffrage l’expression des sentimens d’estime avec lesquels j'ai l'honneur d’être , etc. Signé Cl.-Anthelmk COSTAZ.
JExirait du procès-verbal delà séance du Conseil d’ Administration , du 10 mars i85o. Au nom du Comité des arts mécaniques , M. Benoit lit le rapport suivant :
Messieurs, vous avez chargé votre Comité des arts mécaniques d’examiner l’appareil imaginé par M» Paulin Desormeaux, dans le but de donner immédiatement aux étaux à griffes la faculté d’être placés dans toutes les positions possibles autour d’un point d’attache de ces étaux à un corps fixe.
(1) Auteur de l’art du tourneur , de l’art du menuisier, et r {-. dacteur-propriouire du Journal des Ateliers, rue des Gret-Surboane ,{(• 10.
de l'armurier. 55
Votre Comité a vu avec intérêt l’invention de M. Paulin Desormeaux. (Suit la description de l’appareil.) •
L’inventeur, qui est parvenu, àl’aide de cet appareil,
à remplacer , sans aucun travail ultérieur, les mécanismes compliqués, et par conséquent coûteux (25o à ooo fr. ) , dont on s’est servi jusqu’à ce jour dans les arts, mérite les encouragemens de la Société. Je viens, en conséquence, au nom de votre Comité des arts mécaniques, vous proposer, Messieurs, d’approuver l’invention , déjà brévetée, de M. Paulin Desormeaux, dont l’adoption contribuera à rendre plus faciles à exéeider des travaux pour lesquels Içs ètauxmobiles auraient déjà été employés, si leur prix élevé ne s’y était op- • posé. J ai l’honneur de vous proposer encore , au nom de votre Comité, de remercier M. Paulin Desormeaux de sa communication, et de publier, par la voie de votre bulletin, la description, avec gravure, du mécanisme qui lait l’objet du présent rapport.
Le Conseil approuve le rapport et en adopte les conclusions.
Pour copie conforme :
n Cl.-Anth. COSTAZ, Secrétaire .