OUTILS ET USTENSILES QUI DOIYENT LE GARNIR
1 . Avant d’entrer dans la description du laboratoire, il convient de jeter un coup d’oeil en arrière sur ce qu’était autrefois la profession de Yarmurier-arqucbusier. Maintenant, que les maîtrises, franchises, etc., sont abolies pour jamais , ce ne sera pas sans intérêt que l’armurier verra dans quelles entraves sa profession était jadis enchaînée ; les documens qui existent sur ces réelemens caducs disparaissent tous les jours, et deviendront de plus en plus difficiles à retrouver ; f nous devons les rapporter, comme faisant partie de l’historique de l’art , et pour que tout ce qui a trait à cet art se trouve, autant que possible , recueilli dans nos pages, -
* 2. Il s’agît d’abord- de bien déterminer le nom
, appliquable à la profession. Aujourd’hui nous ne connaissons que des armuriers; jadis on faisait une distinction entre les arquebusiers, les armuriers, les fourbisseurs. L’Arquebusier était celui qui était chargé de la confection des arquebuses, ainsi que le nom l’iudique , et en outre de la fabrication des fusils , pistolets et autres armes, servant à lancer les projectiles. Les armuriers fabriquaient les cuirasses, les casques, les brassards et autres parties constituant l’armure proprement dite : les fourbisseùrs étaient et sont encore chargés de la fabrication et de la réparation des armes blanches, épées, sabres, bayonnettes, lances, piques, etc. , chacun de ces états avait des statuts et des réglemens particuliers.
3. Les arquebusiers ou artilliers de Paris, étaient et sont encore en grande réputation-, les canons de Leclerc ont joui long-tems d’une réputation méritée. Charléville , Sédan , Abbeville, Forez et autres lieux, ont aussi produit des canons estimés. Paris et Ver- ' sailles , lors des beaux jours de sa fabrique, étaient en possession de fournir les plus belles et les meilleures platines pour les armes de prix, Charleville et Saint- Etienne , pour les armes de guerre.
Le frêne et surtout le noyer, sont les bois employés pour la confection des fûts : nous reviendrons sur cet article important. Ces fûts sont livrés, dégrossis seulement, par des marchands qui font le débitage du bois.
Avant 1789, la jurande des arquebusiers était l’une des plus nombreuses, vingt-huit articles qu’il est peu important de rapporter formaient leur réglement particulier r ils avaient quatre jurés qui étaient renouvelés intégralement tous les deux ans : on en nommait deux chaque année qui remplaçaient les sortans. Leurs attributions étaient la rédaction des brevets «Tappren tissage , les réceptions des maîtres , l’examen ^ et l’appréciation des chefs-d’œuvre fournis pour l’ob- 9 tention de la maîtrise : la visite des ouvrages faits dans l’intérieur et même celle des marchandises foraines. Nul ne pouvait tenir boutique s’il n’avait, été reçu ' maître , et aucun ne pouvait être reçu maître qu’aprés
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avoir été apprenti et compagnon. Chaque maître ne pouvait avoir qu’une boutique : tout maître devait avoir un poinçon dont il marquait ses ouvrages : l’crç'preinte de ce poinçon , imprimée *r une plaque de cuivre, devait être déposée entre les mains de l’autorité. L’apprentissage devait être de quatre années, et il était interdit de se faire recevoir maître avant de pouvoir justifier d’un travail de quatre autres années chez les maîtres en qualité de compagnon. Chaque maître ne pouvait avoir qu’un apprenti à-la-fois : ils n’en pouvaient prendre un second qu’après que le premier avait atteint la troisième année de son apprentissage ; tout apprenti , qui, sans cause légitime, était convaincu d’avoir été absent pendant plus de trois mois de chez son maître, était déchu de toute prétention à la maîtrise. Les maîtres ne pouvaient désembaucher ni les apprentis ni les compagnons, non plus que ceux-ci quitter leurs maîtres pour aller chez d’autres avant que li^ir ouvrage ou leur tems ne fût achevé. Tout aspirant à la maîtrise- devait chefd’œuvre, à l’exception des fils de maîtres qui ne devaient qu’expérience. Les fils de maîtres , soit qu’ils travaillassent dans la maison de leur père , soit qu’ils apprissent le métier dehors, étaient obligés à l’apprentissage de quatre ans , tenant. lieu d’apprenti aux autres maîtres, mais non pas à leurs pères. Nul apprenti ne pouvait racheter son tems. Les compagnons, ayant fait leur apprentissage à Paris, devaient être préférés pour l’ouvrage chez les maîtres aux compagnons étrangers, à moins que les premiers ne voulussent pas travailler au même prix que les derniers. Les veuves, non remariées, jouissaient des mômes
{>rivilèges que leurs maris, à l’exception cependant de a faculté de pouvoir former des apprentis, elles affranchissaient les compagnons en les épousant : les filles de maîtres jouissaient de la même prérogative. Toute marchandise foraine arrivant à Paris pour y être vendue , soit par les forains enx-mêmes, soit par les maîtres arquebusiers, était préalablement visitée et poinçonnée : défense était faite aux maîtres d’aller au devant des forains , ni d’acheter d’eux aucune marchandise avant que la visite en ait été faite par les
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jurés et la marque apposée : les canons brasés étaient expressément prohibés, il était défendu non-seulement aux maîtres, mais encore aux forains d’en exposer eu vente, e£les jurés avaient le droit, pour s’assurer de l’existence de cette grave imperfection , de mettre les canons au feu : à la charge néanmoins de les rétablir, s’ils se trouvaient être de bonne qualité, dans le même état où ils se trouvaient avant l’épreuve.
Quant aux objets dont il leur était permis d’opérer la fabrication à l’exclusion des autres professions, c’étaient les arbalètes d’acier, les arquebuses, les pistolets, les piques, les lances, les hallebardes, les bâtons à deux bouts , les bâtons ferrés et tous autres bâtons ouvragés en rond ou au rabot. Aucun mjûtre ne devait avoir plus de deux compagnons, que les autres maîtres n’en ayent autant si bon leur semblait, à peine d’amende., Les fils de maîtres devaient être reçus maîtres en se soumettant aux épreuves , ainsi que les compagnons épousant des filles de maîtres , etc. etc.
4. L’aeÿ\ur[er faisait, ainsi Çue nous venons de le dire, les armes défensives, le casque , le gorgeron, la cuirasse, les brassards, les cuissarts, le morion, le bausse-col, etc. Leurs statuts les plus anciennement connus sont de 1409, sous le règne de Charles VI* jls furent renouvelés en i56a sous Charles IX^Ces statuts différaient peu de ceux des arquebusiers : seulement la durée de l’apprentissage était fixée à cinq ans : les matières destinées à la fabrication des armures, fer , acier , fer-blanc , cuivre , etc. , etc , étaient soumises à vérification. Dans toutes les autres parties, ces statuts étaient les mêmes que ceux rapportés-ci dessus.
•5. Le fourbisseur. Les droits du fourbisseur étaient bornés à la monture , la garniture et la vente des épées, des lances, des dagues, des pertuisanes, des haches : ils étaient qualifiés maîtres jurés fourbisseurs et ffarnisseurs d’épées et autres, bâtons en fait d’armes . Les statuts de la communauté étaient, à peu de chose prés, les mêmes que ceux des arquebusiers et des armuriers ; leurs quatre jurés , dont deux élus tous lea ans, veillaient à l’observation des réglemens, et devaient faire des visites deux fois le mois : ils donnaient le chef-d’œuvre aux aspirans à la maîtrise, et appe»
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laiont quatre experts parmi les derniers .sortis de jurande, pour juger si le chef-d’œuvre était recevable. Four être reçu en chef-d'œuvre, il fallait avoir fait un apprentissage de cinq ans chez un maître de Paris. Ijn apprenti d’une autre ville ne pouvait être reçu qu’en justifiant de trois années d’apprentissage , et en continuant encore trois autres années à Paris." Les fds de maître n’étaient pas tenus au chef-d’œuvre. Le» marchandises foraines ne pouvaient être achetées par les maîtres qu’elles n’eussent été visitées par les jurés , et même, après la visite, elles étaient sujettes au lotis sage. Les fourhisseurs pouvaient seuls dorer , argenter et ciseler les montures et garnitures d’épées et d’autres armes, comme aussi de faire et mettre des fourreaux. Les fourhisseurs forgent très-rarement les lames qu’ils montent, ils les tirent d’Allemagne, de Franche- Comté, de Saint-Etienne et autres lieux : elles se vendent au cent, à la grouse, à la douzaine, etc.