DE L'UTILITÉ DES IMAGES
Les saintes images sont des livres utiles à tous : aux ignorants, parce qu'ils ne peuvent pas en lire d'autres ; aux esprits cultivés, parce qu'ils sont dés hommes, et que tous, qui que nous soyons, en bien comme en mal, nous nous laissons prendre par les sens.
Le portrait d'une personne qui nous est chère, nous la rappelle, disonsnous ; ce portrait nous la représente, disons-nous encore.
Dieu, il est vrai, en tant que Dieu, ne saurait être représenté par aucune image comparable à un portrait ; mais le Fils de Dieu s'est fait homme : dès lors on a pu représenter ses traits sacrés comme ceux de chacun de nous; l'homme seul est représenté, le Dieu seul est présent, mais le Dieu et l'homme ne sont qu'une même personne ; c'est à Jésus-Christ Dieu et homme tout ensemble que nous nous adressons, quand extérieurement nous nous adressons à l'image qui le représente, et c'est ce divin Sauveur qui nous entend.
La très-sainte Vierge et les Saints dans l'état de béatitude sont aussi présents en quelque manière, quand devant leurs images nous leur adressons des prières, car Dieu fait qu'ils nous entendent et qu'ils puissent nous répondre par les grâces qu'ils nous obtiennent.
Voilà ce qui a lieu quand nous prions les Saints ; il en est de même quand nous voulons les honorer. Puisque leurs images les représentent , il est naturel que nous rendions à celles-ci tous les honneurs que nous leur rendrions à eux-mêmes, et ce sont eux-mêmes qui en définitive les reçoivent
Il arrive aussi, par le moyen des images, que nos honneurs prennent un caractère extérieur et public plus facilement qu'elles ne le feraient par le seul usage des paroles, et dans les cérémonies de la canonisation on a soin d'exalter l'image du saint pour célébrer sa propre exaltation.
La nature du culte rendu à l'image ne diffère pas foncièrement de celui qui est rendu à la personne, on le comprend, dès lors que l'image n'est qu'un instrument et un moyen qui n'empêchent pas l'honneur d'aller directement à son objet.
Cependant on doit dire que l'image considérée comme telle a droit encore à un certain respect, à certains honneurs qui ne s'adressent à la personne que d'une manière indirecte, respects et honneurs analogues à ceux que l'on rend aux vases sacrés, aux livres des saintes Ecritures et autres objets consacrés au service de Dieu.
Nous ne doutons pas que par la bénédiction du prêtre l'image bénite en général n'acquière une certaine efficacité pour nous mettre plus facilement et plus intimement en rapport avec l'original qu'elle représente.
Dans l'ordre de dignité spirituelle, il 7 a encore, au-dessus des images dont nous venons de parler, celles auxquelles Dieu s'est chargé lui-même de donner la sanction du miracle. Ces images, objets d'une vénération spéciale, et qui attirent souvent le concours de nombreux pèlerins, l'Église, intervenant de nouveau, les couronne quelquefois solennellement, et le diadème déposé sur le front d'une Vierge, par exemple, n'est que l'expression du triple rayonnement de prières, de grâces, de bénédictions adressées à Dieu ou obtenues de lui à leur occasion, dans un sanctuaire privilégié.
A quelque degré de faveur que puissent atteindre les autres images, le crucifix les surpasse toutes en importance, en dignité ; tandis que leur culte est recommandé sans être obligatoire, celui du crucifix l'est devenu comme règle liturgique.