DOCTRINE DB L'ÉGLISE RELATIVEMENT AUX IMAGES
dans les actes de ce concile et, en général, dans les écrits des défenseurs de sa doctrine, c'est la persistance avec laquelle ils insistent sur la réalité de l'Incarnation, et nous dirions sur le caractère scriptural des saintes images. Entre la double réalité de la divinité et de l'humanité du Sauveur, d'une part, et, de l'autre, l'usage et le culte des images avec tous les arts qui en dépendent, il y a la plus intime connexion. Au début, en effet, des grandes hérésies, qui eurent de commun , en s'entre-combattant, de saper par sa base le mystère de l'Incarnation, et de nier que Notre-Seigneur Jésus-Christ fût à la fois vrai Dieu et vrai homme, l'arianisme avait manifesté une sensible aversion pour les images du Dieu- Homme, et, au terme de ces luttes suprêmes, la rage sauvage des ico-
oclastes ne semblerait être que le dernier effort de l'enfer vaincu :
impuissant contre la personne sacrée du Christ, il s'en prend à ses images.
De quelque côté qu'on l'envisage, il y a solidarité évidente entre le
mystère d'un Dieu fait homme et ses images, leur usage et le culte qu'on
leur rend, et, par extension, avec les images des Saints.
tDieu s'est fait homme, disaient les Pères de l'Église ; il a vécu parmi les hommes, il a conversé avec eux ; ils l'ont vu de leurs propres yeux, touché de leurs mains. Donc nous pouvons le représenter ; et l'image de son corps vivant et véritable, puisqu'il est Dieu, est pour nous l'image même de Dieu : nous l'honorons en conséquence. Dans une situation si nouvelle, les prescriptions de l'ancienne loi, qui défendaient de figurer la Divinité, ont dû, quelle que fût leur portée, tomber comme une lettre morte.
PSBPéTUFré DE L'USAGE DES IMAGES DANS L'ÉGLISE.
L'feum n'enseigne point que l'usage des saintes images soit absolument nécessaire au salut. Elle les compte parmi les moyens d'action laissés à sa disposition, qu'elle peut, selon les circonstances, permettre, ordonner ou restreindre ; ses prescriptions à cet égard rentrent dans Tordre des choses dites de droit positif.
Il n'est aucun doute que l'Eglise ne puisse aller jusqu'à une interdiction momentanée des images ; mais, en fait, elle n'a jamais pris celte mesure extrême. Elle n'a jamais imposé, même à titre provisoire, à la Propagation des images des entraves plus sérieuses qu'il n'en pouvait
résulter de ce système de réserve et de discrétion, connu sous le nom de discipline du secret. Il n'y a nulle apparence que, du coté de ses enfants, une fois régénérés, elle ait eu à se prémunir contre des pratiques idolâtriques. Il n'y a pas de point sur lequel les docteurs catholiques soient plus précis que sur la différence radicale qui exclut toute possibilité de confusion entre V image chrétienne et l'idole. L'image représente un être réel, et le donne pour ce qu'il est ; l'idole est la représentation de ce qui n'est pas, ou du moins de ce qui n'est pas oe pour quoi on le donne.
Pour nous, nous croirions que l'usage des images dans l'Église remonte aux temps apostoliques, sur ce seul fondement que les Pères du second concile de Nicée l'ont cru, ainsi que tous les défenseurs des saintes images alors et la plupart de ceux qui les ont défendues dans la suite.
Pour prouver l'ancienneté des images , il n'est plus besoin d'ailleurs d'accumuler les textes et les témoignages : l'examen des peintures des Catacombes avait conduit tous leurs interprètes : Bosio, Ârringhi, Bottari, Boldetti, Marangoni, à faire remonter un bon nombre d'entre elles au moins au ne siècle. D'Agincourfc était arrivé aux mêmes conclusions par des déductions mieux motivées. Aujourd'hui, tout en redressant les déductions de ses devanciers relativement à des monuments moins anciens qu'ils ne le supposaient, M. le commandeur de Bossi a porté à la dernière évidence le fond de la thèse qu'ils soutenaient.
Voilà le dernier mot de ces controverses renouvelées avec tant d'âpreté, à partir du xvie siècle, par les nouveaux iconoclastes. Tous leurs efforts n'ont abouti qu'à envelopper d'un cercle de glace le semblant de culte conservé par les novateurs, tandis que les décisions du concile de Trente, provoquées par leurs attaques mêmes, ont inondé d'un nouveau jour les vrais chrétiens.
Le saint concile, après avoir défini les images en tant qu'elles peuvent être l'objet d'un culte, eut soin d'en déterminer la haute utilité en tant qu'elles sont un objet d'enseignement. Il s'attacha ensuite à combattre et à prévenir les abus qui ont pu ou qui peuvent s'introduire dans leur exécution ou dans leur usage.
Ces abus sont de deux sortes : une image peut induire l'esprit en erreur, ou elle peut produire sur les sens une mauvaise impression, c'est-à-dire agir en sens contraire de sa véritable destination, puisqu'elle doit être faite pour instruire et pour édifier.