INTRODUCTION
L'impression de ce travail a été commencée en 1863. Des motifs indépendants de ma volonté ont seuls retardé cette publication.
Là première partie a été rédigée en collaboration avec M. A. Hardon, qu'une assez longue pratique des hôpitaux de Paris a rendu habile dans l'art des autopsies cadavériques.
Ce qui nous avait déterminés en 1863, M. Hardon et moi, à composer ce Manuel, c'est, d'une part, l'absence d'ouvrage spécial au sujet, tant en France qu'à l'étranger; de l'autre, l'importance bien légitime qu'on attribue aux études nécroscopiques, soit à l'œil nu, soit au microscope.
Telles sont les deux principales considérations que je chercherai à développer dans cette Introduction. Autrement nous n'avons aucune prétention de découverte ; le modeste mérite que nous puissions ambitionner, c'est de simplifier une étude indispensable. Je donnerai ensuite au lecteur un aperçu d'ensemble sur ce livre.
L'anatomîe palhologique est aujourd'hui plus que jamais à Tordre du jour : c'est uue des branches de la médecine qui a le plus progressé depuis quelques, années. De nos temps, maîtres et élèves semblent rivaliser de zèle pour fouiller le cadavre et demander à la mort quelque secret nouveau. En
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France, comme en Aj^leterre et eo ADem^ne, l'autopsie cadavériqDe est donc toat à fait en Togoe, et il n'y aurait pas un élève sérieux qni se dispenserait d'assister à une ouverture quand l'occasion loi en est offerte, ou de présenter aux Sociétés anatomique et biologique les pièces curieuses qu'il aurait pu extraire.
Or, il n'est pas aussi facile que le pensent les personnes inexf^rimenté^ d'ouvrir convenablement nu cadavre, quand on n'a pas de r^les pour cette opération. Tous les ans de nouveaux élèves se succèdent dans nos hôpitaux, stagiaires ou externes, qui se trouvent dans le plus grand embarras quand le chef de service ou l'interne les prie d'aller, soit avant, soit pendant la visite, constater sur le cadavre les symptômes de Morgagni^ c'est-à-dire les lésions qui devront sévèrement contrôler le diagnostic posé pendant la vie, ce quid ignotum qui fait le désespoir de tous les praticiens. C'est pour avoir éprouvé nons-même ce fâcheux embarras que nous en parlons à nos jeunes confrères exposés à le rencontrer au premier jour.
Il me serait également facile de mentionner les obstacles semblables que rencontre le praticien isolé dans la campagne, ayant fréquenté à peine un ou deux ans les hôpitaux, et requis quelque jour par l'autorité pour faire un examen nécroscopique.
Je pourrais ajouter qu'on retrouve assez souvent dans le programme des divers concours des questions ayant trait à la nécropsie(l); — que la plupart des familles riches font faire l'autopsie cadavérique de leurs parents, et que cet usage prévaudra peut-être pour toutes les villes dans un avenir peu éloigné.
En vain vous adresseriez-vous aux libraires ou bibliothécaires ; aucun ouvrage ne parle du sujet, suffisamment au moins. Quand on va disséquer, on peut emporter avec soi une foule de livres qui indiquent les coupes ou les recherches à
(1) Nous en avons un exemple dans le Guide des examens du docteur BertoD (p. 122). En 1861, les élèves eurent à traiter, pour la composition écrite de Textemat, la question suivante : Comment fait-on r examen nécroscopique du tube digestif?
En 1863 {Gazette des hôpitaux, 19 mai), au concours pour un emploi de professeur agrégé à l'École impériale de médecine et de pharmacie militaires, il sortit la question suivante, qui pourrait servir de texte à notre livre : Autopsie cadavérique avec lésions qu*on peut y observer, et application à la médecine légale.
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faire; mais, quand il s'agit de pratiquer une nécropsie, on n'a jusqu'ici aucun guide à se mettre sous les yeux.
Dans les meilleurs traités de médecine légale vous voyez discuté tout au long l'examen extérieur du cadavre d'un homicide, d'un noyé, d'un pendu, etc. ; la levée des corps, les signes de la mort, les altérations cadavériques. Quelques-uns, allant plus loin, indiqueront des méthodes pour ouvrir le crâne, le thorax, l'abdomen, le rachis ; mais leur exposé, sur ce dernier point, est fort succinct; à peine, en outre, deux auteurs sont-âs d'accord sur les procédés. Enfin, si l'on en excepte quelques lignes de la dernière édition de Ghomel, pas un chapitre n'est consacré à l'examen des lésions pathologiques, de celles que nous sommes obligés de constater chaque jour dans les hôpitaux. Tous les ouvrages s'occupent donc, quand ils parlent de l'ouverture des corps, du point de vue d'expertise médico-légale exclusivement Quelques livres d'anatomie descriptive donnent également les coupes à pratiquer pour mettre à nu tels ou tels organes : nous citerons aVant tout Marjolin, Manuel d'anatomie^ loi 2-1 81 5; Laulh, Manvel de Vanatomisée ^ 1835, et quelques passages de Jamain, de M. Sappey, de M. Cruveiihier. Si, à la différence du but près, le procédé d'ouverture des corps restait le même, il n'y aurait que peu à ajouter ; malheureusement ii n'en est généralement pas ainsi. Dans nos salles d'hôpitaux, il nous faut respecter le sujet, et à cause du règlement, et parce qu'il sera souvent visité ultérieurement par la famille. Telle n'est pas l'obligation où se trouvent Texpert par rapport à l'homicide, et surtout l'élève dans la salle de dissection. Aussi le garçon d'amphithéâtre et le directeur de la maison pousseraient-ils de grands cris, si, confiant dans les seules données bibliographiques qu'on possède jusqu'ici, un élève, armé des prescriptions de Renard, de Briand et Chaude, du Dictionnaire en 30 volumes, etc., venait fendre la commissure labiale jusqu'à Toreille, ouvrir le cou, scier ou désarticuler même en arrière les côtes, faire une incision à la tête, de la bosse nasale à l'occiput, etc.
Ainsi, rien jusqu'ici sûr les autopsies cadavériques, telles que nous les pratiquons chaque jour à l'hôpital (l).Çà et 1^, sur la pratique médico-légale, quelques indications sommaires,
(1) Au' moment d'achever cette introduction, je trouve cependant un volumineux ouvrage que je regrette de n'avoir pu consulter plus tôt, le Zergliederungskunst (Art des dissections) du célèbre Hyrtl, de Vienne. Cet ouvrage, classique en Autriche et en Russie, contient de
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mais le plus souvent discordantes, dans les ouvrages de médecine légale ou les dictionnaires.
Pour faire profiter nos lecteurs de nos recherches bibliographiques, tant en France qu*à Tétranger, nous citerons néanmoins, bien que ne s'occupant que de Texamen médico-légal des corps et presque toujours de l'examen extérieur uniquement :
Seldeman, De cadavere impiciendo, Groningue, 1692.
Sentence rendue par le lieutenant criminel au sujet des ouvertures qu'il convient de faire aux cadavres des personnes décédées de mort violente, Paris, 1722.
Salzer, De inspectione et sectione cadaveris in homicidio. Tubingue, 1736.
Gericke, De summènecessariavulnerum inspectione^ 1737.
Lieberkiihn, Deutilitofe inspectionis et sectionis cadaveris. Halle, 1771.
Teichmeyer, De cadaveris sectione leqali. léna, 1742.
Hommel, De inspectione^ etc., Leipzig, 1747.
Fabricius. Helmstadt, 1750.
Ackerman, 1801.
Rose, 1800, Manuel d'autopsie cadavérique médico-légale, suivi de Mémoires sur la docimasie pulmonaire et sur les moyens de constater la mort par submersion, traduit de l'allemand par Marc, 1808.
C'est le premier ouvrage sérieux sur le sujet. Il est épuisé, et devenn de nos jours fort incomplet.
Œchy, Jnstructimi pour l'examen médico-légal, Prague,
Chaussier, Tables synoptiques de l'ouverture des cadavres. Dictionnaire des sciences médicales (60 vol.), 1812.
Dans ce dernier, l'article Cadavre est consacré en partie aux règles à suivre avant et après les ouvertures, à l'examen extérieur des corps au point de vue médico-légal. Il n'est pas fait mention des procédés d'autopsie cadavérique, même dans les expertises. "•
Chaussier, l'auteur des ConsultationsmédicO'légales{iSi\), s'occupe ensuite du sujet , comme le prouvent quelques passages de ses contemporains.
précieux détails sur les injections^ l'emploi du microscope^ les piqûres anatomiques, et de charmantes pages sur les étudiants qui viennent disséquer en gants et en chapeau noir.