INTRODUCTION. XVII
tocoles de toutes les autopsies cadavériques sont classés et forment un recueil scientifique très-précieux.
Ge professeur d'anatomie pathologique n'a jamais un service médical sous sa direction, mais il exerce un contrôle puissant sur le diagnoslic, le pronostic et le traitement du professeur de clinique; sans idée préconçue, sans savoir l'historique du malade, il énonce publiquement les lésions observées. Impossible de dissimuler une erreur. Le diagnostic anatomique va confirmer ou renverser brutalement le diagnostic clinique. Le médecin traitant est donc forcé d'apporter une attention ri~ gourense dans sa pratique; il s;ut l'épreuve inévitable qui l'attend. Dans les cas douteux, difiiciles, obscurs, la nécropsie prépare un triomphe ou un échec. Les élèves qui ont aussi discuté le diagnostic restent également divisés d'opinions et partagent les mêmes inquiétudes que le maître.
Le professeur chargé de l'analyse cadavérique ne se trouve point placé, comme le serait le pmfesseur de clinique, entre les intérêts de son amour-propre et ceux de la vérité. Il observe avec une parfaite liberté d'esprit et expose exactement les résultats de son examen. Ne connaissant pas l'histoire clinique de son sujet, il est obligé de faire une complète dissection |)our reconstruire et donner les symptômes observés sur le vivant, d'après l'étude exclusive des lésions anatomiques. Les intérêts de la science et ceux de l'enseignement sont de la sorte parfaitement garantis (1).
En étudiant ainsi la dépouille des êtres organisés pour y découvrir le mécanisme de la vie (2), le médecin met à couvert sa responsabilité thérapeutique , et apprend peu à peu , nous ne saurions trop le rappeler, l'art souvent bien difficile de soulager ses semblables. Les meilleures statistiques médicales sont faites sur le cadavre, et c'est par les altérations nécroscopiques qu'on reconnaît le mieux les causes de la mort (3).
(1) C'est par la même méthode que Casper a pratiqué plus de mille autopsies juridiques^ a fondé renseignement pratique et public de la médecine légale à Berlin ; il est incontestable que la supériorité est pour ces méthodes d'enseignement que nous ne possédons pas en France.
(2) « Étudier la mort, c'est s'initier au mystère de la vie; car, la mort étant le contraire de la vie, apprendre comment on meurt, c'est en même temps apprendre comment on vit. » (Cl. Bernard, Revue des cours scientifiques, 31 décembre 186ii.)
(3) Bichat a dit : « Combien sont petites les raisons d'une foule de médecins grands dans lopinion, quand on les examine, non dans les
XVm INTBODUCTION.
« L*uuveriure des cadavres, la dissection et i*exameii clinique des organes ont fourni les plus précieuses lumières sur la structure, la forme, la composition élémentaire, les fonctions et les lésions des parties du corps humain , sur Taction des aliments, des médicaments et des poisons. C'est surtout à Pouverture des corps que sont dus les progrès de la médecine depuis le milieu du dernier siècle, et ses découverles les plus récentes (1), fruit des travaux de Técole française, dont la doctrine est devenue inébranlable, parce qu'elle est fondée soi* la plus intime union de Tanatomie, de la physiologie et de l'observation clinique. « (Fin de Tart. Cadavre, Diotionn, abrégé, en 15 vol., 1821. )
La médecine moderne n'existe, à proprement parler, que du jour où le praticien, ne se contentant plus des dissections sur les animaux, commentées par Galien, au temps où les préjugés réduisaient à étudier sur des singes anthropomorphes, put, malgré le respect qu'on avait pour les morts, et osa, malgré l'horreur qu'inspiraient encore ces recherches, s'essayer sur le corps humain lui-même à l'étude des maladies de notre organisme. Jusque-là on devait se contenter de faire l'anaiomie pathologique sur le vivant, la physiologie pathologique. La grande différence de la médecine ancienne et celle des temps modernes, c'est que les anciens ne consultaient pas le cadavre. L'époque n'eût pas, au reste, été propice pour l'ouverture des morts. Les connaissances indispensables, empruntées à la physique, celle ci longtemps en germe sous le nom de sciences occultes, — à la chimie, qui ne fut d'abord que l'alchimie, et surtout à l'anatomie ou à la physiologie, — restaient encore complètement inconnues.
Toujours est-il que l'anatomie de l'homme sain était déjà cultivée avec assez grand succès depuis les travaux de Montagnana, Fallope, Vésalc, Eusiachi, et, qu'en exceptant AnL Bcnevieni, Benedelli, Dodoens, Fabricius(159û), Piètre (1634), on ne s'était pas encore occupé des lésions ou altérations morbides révélées par l'autopsie cadavérique, quand Thomas
livres, mais sur le cadavre ! Tout ce fatras de descriptions qui n'ont pas reçu la sanction de ramphithéâtre, néant. II faut de solides assises au monument nouveau. Les symptômes sont plus mobiles, il faut des lésions. »
(1) Nous citerons notamment l'endocardite (Bouillaud), la méningorrhagie, certaines paralysies, le ramollissement du cerveau ( Rostan, 1820 ), etc.