RÈGLEMENT
» Il est défendu de disséquer ou de faire des manœuvres sur le tadavre dans les salles d'autopsie des hôpitaux (1). L'aotopsie devra se borner aux recherches nécessaires pour reconnaître les causes de la mort. — Dans aucun cas, le visage ne peut être mutilé {2). Si, pour quelques cas extraordinaires, les nnédecins ou chirurgiens ont besoin de faire des recherches plus étendues, ils peuvent demander que le sujet soit conservé à l'amphithéâlre dos hôpitaux ou à celui de la Faculté afin d'y continuer ces recherches (3).
* Aucune pièce analomique ne peut être enlevée pour quelque cause que ce soit sans une autorisation de l administration (4).
* Il est expressément défendu au garçon d'amphilhéâtre, soun peine, de renvoi immédiat, d*enlever les dents, les cheveux ou
principales. — Quant aux soins ultérieurs de lautopsie, ils iucombent entièrement aux garçons (voy. p. 11).
(1) C'est également une règle, eu médecine légale, de ne pas faire sur le corps d'incisions inutiles et de n'emporter des pièces qu'en le notant dans son rapport. — Dans les hôpitaux on mettra aux ouvertures tous les soins nécessaires, pour que le cadavre puisse encore servir ultérieurement à la dissection (Arrêté du cons. gén. des hôpit.^ 21 oct. 1812; Code administr.des hôpit., t. II, 1824, n« 3029).
(2) En tous cas, on pourrait aborder les organes de la face par derrière. Nous avons assisté quelquefois à l'extraction de l'œil; mais le chef de service a dû le remplacer par un œil artificiel ou par l'œil J'uu cadavre réclamé : nous avons aussi été témoin de l'ablation do l'œil par derrière, après fractiire de la partie correspondante du crâne primitivement ouvert. Il est évident que, dans certaines affections du cou (parotidite, cancer, etc.), on pourrait obtenir l'autorisation de disséquer les muscles, vaisseaux et nerfs de la région. Nous avons vu enlever la cloison du nez, chez un sujet où elle était, par suite de nécrose, dévice, sortie du sillon que lui présentent le vomer et la lame perpendiculaire de l'éthmoïde. — S'il s'agissait de hernie du cerveau entre les deux yeux ou par l'orbite {BulL de la Soc^d'nnat., 1855), de cancer à la face, d'aCfections des os de la face ou de leur périoste, de fistule lacrymale, on s'évertuerait pour être autorisé à disséquer la régirtn.— Règle générale, les autopsies, en cas de lésions chirurgicales de la face ou du cou, laissent une assez graude liberté à l'opérateur, surtout si l'on se contente de toucher aux parties malades, et si, pour quelques hôpitaux au moins, l'élève sait obtenir le silence du garçon d'amphithéâtre.
(3) Il existe, à cet effet, un cabinet tout spécial à l'École pratique.
(4) On peut sortir de l'hôpital, même ostensiblement, des pièces quelconques si l'on s'est muni d'un bon du directeur. — Un bon du chef de service suffit pour obtenir de la pharmacie l'alcool nécessaire à la conservation des pièces pathologiques qu'on juge utile de garder.
6 CONSIDÉRATIONS PBÉUMINAIRES.
de commettre toute autre mutilation sur les corp» confite à sa ^arde (M*
AMPHITHÉÂTRES D'AUTOPSIË CADAVÉRIQUE.
Les salles d'autopsie cadavérique m de dissection derraient être hautes, spacieuses, largement éclairées, aérées par des fenêtres élevées et en regard. Un poêie, qu*il sera bon de fairo allumer Té^é même, activera, dans les amphithéâtres d'autopsie, le renouvellement de Tair. Il serait bon que des vases de bois, contenant du chlorure de chaux, existassent dans les coins de la salle. Le garçon devra veiller à ce qu'aucun débris d'organe ne reste à terre, livré à la putréfaction.
On trouve, dans toutes les salles d'aufopsie cadavérique, des tables solides, de pierre ou de fer généralement, destinées à recevoir les corps : une table ne sera occupée qae par un seul sujet; le nom de la salle, ainsi que le numéro du lit qui avait reçu le malade, se trouvent, en regard, écrits à la craie sur un tableau noir, ou bien ils ont été marquas sur le bras.
Ces tables .sont percées, en leur milieu» de trous destinés à l'écoulement des liquides morbides.
De l'eau amenée avec une certaine force par un robinet, des seaux de bois pour laver les pièces pathologiques, ou pour recueillir les liquides qu'on peut trouver contenus en abondance dans le ventre des hydropi<iues, ou dans la cavité pleurale, sont encore de toute nécessité. II y a également, dans les salles d'autopsie cadavérique, des poteries et vases de verre p'^uvant recevoir certains organes, ou bien de petites quantités de liquide, des morceaux de bois, nommés biliotSy destinés à placer sous le cadavre. Quelques salles renferment enfin des planches ou des claies de bois permettant d'abriter les pieds de l'humidité.
Dans les amphithéâtres d'auiopsie, on trouve enfin du savon ou de la poudre grossière d amande» et quelquefois du chlorure de chaux pour se laver les mains.
Lavage des maim pour détruire inalantanémml Vodeur cadavérique. — Les lotions au savon et aux sels désinfectants chlorurés
(1) On se rappelle qu'autrefois les garçons faisaient un lucratif commerce des dents et des cheveux. Ce privilège n'est plus guère possible qu'aux garçons deClamart et de l'Ecole pratique chargés de l'ensevelissement des cadavres déjà travaillés par les étudiants : ces mêmes garçons^ et surtout leurs collègues de Strasbourg^ Lyon^ Montpellier, complètent également leurs appointements par la vente trop fréquenta de débris cacfavérioues, aux préparateurs cj'ostéologie,
AMPHITHiATlES D* AUTOPSIES. 7
ne suffisent pas pour enlever immédiatement l'odeur attachée aux mains qui ont fouillé dans des substances animales ayant subi un commencement de putréfaction. Nous conseillons de se laver avec du permanganate de potasse, un des antisceptiques les plus puissants qui soit connu, employé depuis longtemps en Angleterre pour désinfecter Tair et les matières animales (1). M. Daluna, médecin espagnol, et, plus récemment, M. Gastex, ont montré lutilité de ce précieux agent pour les plaies ou les sécrétions fétides ; leurs expériences ont été confirmées par les recherches de M. Réveil, qui conseille d'employer le sel manga* nique en solution au 4/4 0® ou au 4/100® (voyez Rapport de M, Blacke à VAcad, de méd,, 4 0 juillet 4 863). Ce sel se prépare en mêlant d'abord, dans une cuiller de fer, deux parties de potasse caustique et une partie de chlorate de potasse, puis, quand le mélange est fondu sous Taction de la lampe à alcool, deux parties de peroxyde de manganèse pulvérisé finement : après avoir chauffé au rouge , on dissout dans Teau et Vom obtient ainsi une solution acide vert foncé. Enfin, par Taddition d'un peu d'acide chlorhydrique, une partie du manganèse se dépose, et il reste une liqueur rouge pourpre. Quelques cuillerées suffisent pour désinfecter les mains à l'instant môme.
Ce sel étant dispendieux, on pourrait le remplacer avantageusement par le phénate de soude, aussi efficace, au moins, que ce permanganate. Les phénates alcalins, comme l'acide pbénique employé au 4/4 000® dans le service de M. Maisonneuve et auquel on doit attribuer les propriétés antiputrides du coaltar, sont d'excellents antisceptiques : on s'en sert depuis longtemps en Angleterre, en solution étendue, pour arrêter la putréfaction des urines, des liquides dès égouts, pour assainir les dépôts d'os, de chiffons, de peaux, etc.
Nous souhaitons fort que Tusage de ces désinfectants se vuU ganse dans les salles d'autopsie cadavérique, comme dans les pavillons de dissection.
Quant aux soins à prendre avant de faire une autopsie ou une dissection, nous en parlerons à la fin de cet ouvrage (voy. Figures anatomiques).
(1) L'odeur s'imprègne souTent aut habits plus qu'aux mains. Mais ici il y a moins d'inconvénient^ par suite de la prudente habitude qu'ont la plupart des élèves d'avoir un paletot spécial pour T hôpital.