‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériques, surtout dans ses applications à l'anatomie pathologiqueChapitre 28 sur 85 · EXAMEN EXTÉRIEUR DU CADAVRE · texte numérisé non relu

EXAMEN EXTÉRIEUR DU CADAVRE

hippocratique ou cadavérique; coloration livide et plombée des téguments ; muqueuses exsangues aux ouvertures naturelles ; affaissement et froncement des lèvres ; coloration jaune de la paume de la main et de la plante des pieds ; pointe du pied tournée en dehors ; perte de la transparence des mains; flexion de la première phalange du pouce vers la paume de la main ; relâchement des sphincters avec sortie spontanée des matières dVxcrétion; chaleur animale perdue, sueur froide du corps; hypostases sanguines ; aplatissement des parties sur lesquelles le cadavre repose ; sorraces de suppuration blafardes, desséchées ; coloration verte du ventre [4); odeur cadavérique ou de relent, et, si la' mort remonte à quelque temps, les diverses espèces de putréfaction.

On constatera la rigidité des membres et des articulations, plus grande à la suite de décès par maladies aiguës, tardive à la suite d'affections chroniques et d'asphyxie par l'oxyde de carbone, la putréfaction plus ou moins avancée (2), les taches violacées, livides (Uvidités)^ fréquentes après certaines maladies

(1) M. Deschamps a lu le 28 mars 18^3, à la séance de l'Académie de médecine^ un mémoire intitulé : Du signe certain de la mort de l'homme et des vertébrés supérieurs. Après une étude comparée des phénomènes cadavériques^ il établit dans cet ouvrage que la coloration verte du ventre est le stigmate de la mort.

« La coloration verte abdominale^ indice certain de la cessation de la vie, nous annonce le moment précis où la putréfaction va s'établir, mais ce n'est pas, comme on le dit généralement en médecine, la putréfaction commençante. Peau, tissu cellulaire sous-cutané, aponévroses, nmscles, tout est coloré, rien n'est encore putréfié ; on distinguo nettement chacun des tissus constitutifs de la paroi antérieure du ventre. Un degré cadavérique de plus, et l'odeur de relent devient piquante, et la trépidation moléculaire se manifeste : alors, l'épidernie se fronce sous la pression du doigt et se sépare du derme ; les autres organes, ramollis, désagrégés, tombent en masse amorphe, brune ou vcrdàtre foncé : voilà les phénomènes de putridité des tissus. Autant la teinture abdominale est sans danger, autant la paroi du ventre réduite en putrilagc est dangereuse. On ne doit donc pas attendre la décomposition du cadavre ; dès qu'elle commence, il faut tout de suite éloigner le corps mort des habitations. » {Union médicale y loc. cit.)

Pour être certain de la mort, M. Deschamps propose à l'autorité d'ajourner l'inhumation jusqu'à ce que la teinte verte du ventre se manifeste. Or elle ne tardera pas à se manifester, même avant les vingtquatre heures réglementaires, si la température de la chambre mortuaire est maintenue à 20-25 degrés, et saturée de vapeur d'eau.

(2) Sur la putréfaction, voyez : Orfila, t. I, p. 488-818; Devergie; Casper, t. Il; Briand et Chaude, p. 373.

(ûèvre typhoïde, scarlatine, variole, suette miliaire, peste, pustule maligne, affections gangreneuses), la facilité avec laquelle répiderme se décolle par le frottement, Tétat d'amaigrissement du corps, le gonflement général ou partiel dû à des épanchements de gaz ou de sérosité, la forme du thorax et du ventre, la pâleur des muqueuses, la fétidité du cadavre, etc. — Nous compléterons ces notions dans lexamen extérieur en cas d'expertise médicolégale (p. 4 6 et 210).

Si le sujet est décédé avant qu'on ait pu prendre aucun renseignement médical, il deviendra indispensable de constater tous les signes extérieurs qui peuvent aider à déterminer les causes de la mort, comme si l'on avait à procéder judiciairement (p. 4 6 et 20) : les traces de coups, de blessures, de brûlures, etc., les eschares au sacrum, les fuliginosités à la bouche ou au nez (indices de fièvre typhoïde), Fenûure des jambes, la voussure partielle du thorax, la proéminence du ventre, l'aspect général du malade , Tamaigrissement et la teinte jaune-paille de la cachexie cancéreuse, les pustules et ulcérations au voisinage des organes génitaux externes par suite du contact de Turine, etc.

Dans les hôpitaux on a, en effet, quelquefois affaire à des sujets inconnus, au point de vue médical du moins (I), morts subitement dans ta rue ou bien en arrivant à la salle (2). Nous avons vu, pour notre part, quelques cas de ce genre, notamment un individu transporté dans la salle Sainte-Jeanne, à T Hôtel-Dieu, et qui succomba immédiatement, avant d'avoir pu fournir aucun renseignement : la nécropsie montra un empoisonnement par les allumettes phosphoriques. Un homme relevé par les agents de police dans la rue, fut amené à la Pitié comme se trouvant en ivresse :

(1) Si ridentité n'avait pas été complètement constatée^ le cadavre serait transféré de l'hôpital à la Morgue.

(2) Indépendamment des cas d'empoisonnement^ on sait^ depuis les recherches de Biehat et de M. Andral^ comme le faisait remarquer M. Velpeau à sa clinique (Gaz. des hôp., 19 avril 4862), que la mort subite arrive par le cerveau, le cœur ou le poumon. On ne meurt subitement par le cerveau que si la lésion porte sur la protubérance annulaire ou le bulbe. La rupture du cœur ou des gros vaisseaux ne tue guère immédiatement ; la face conserve d'ailleurs une pâleur caractéristique. Quand la mort est instantanée, que la face est bouffie, presque violette, il faut songer aux embolies, ces concrétions sanguines mobiles, plus ou moins volumineuses, oblitérant, comme des corps étrangers, les branches secondaires ou même les deux branches principales de Tarière pulmonaire. La concrétion fibrineuse. naît dans une autre région, dans les veines des membres affectés de varice, de l'abdomen, etc., se dé-

'\cho do sou lieu d'origine ot est transportée par le courant sanguiu

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il mourut sans sortir de son état de somnolence et sans qu*on ait pu obtenir de détails pour la justifier : Tautopsie démontra une hémorrhagie cérébrale. Un autre, mort aus^i subitement, présenlait cette teinte brune des membres inférieurs, signe de varices : on trouva des embolies dans les artères pulmonaires et des caillots glutineux noirs dans la veine cave inférieure. — Il faudra noter rétat de coloration, les érup'ions et les affections diverses de la peau. La coloration peut être, en effet, anormale, par exemple, dans la mélanodormie ou nigritie, que celle-ci soit due à un trouble de ]a pigmentation par suite des lésions de la rate dans les fièvres paludéennes {Uélanémie, Meckel, 4 837 ; MM. Virchov^, Heschl, Pfance» Frericbs), ou qu'elle soit produite par la maladie bronzée d'Addison, et attribuée à une altération des capsules surrénales {^^ partie, chap. IV). Dans le premier cas, la peau est couleur de cendre^ ou krun gris sale ou jaune brun foncé (Frericbs); dans le second, la peau est bronzée, le malade a Taspectd'un mulâtre. — Dans la fièvre jaune, la coloration jaune des tissus est constante, surtout sur la partie antérieure du tronc, et notamment quand la mort a été rapide. — Nous ne parlerons pas de la coloration de la peau dans Fictère, dans la cachexie caucéreiise, etc.

Quelquefois ]*examen nécroscopique porte même à peu près exclusivement sur les téguments, dans le cancer ligneux ou en cuirasse^ par exemple, induration uniforme ou par plaque ou par points, de toutes les parties molles de la poitrine. Ainsi encore, si Ton voulait étudier la structure des nœvi malemi et des tumeurs érectiles, on disséquerait la peau par sa partie profonde pour examiner les vaisseaux qui se rendent à la tumeur, et pour bien suivre les veines du derme dilatées, formant sinus, et segmentées

jusqu'à l'artère pulmonaire, où elle produit un arrêt instantané de la circulation et de l'hématose.

Voyeï, à ce sujet, Clinique des affections emboliques^ étudiées surtout au point de vue pratique, par M. Gohn, ouvrage mentionné honorablement par l'Académie des sciences, dans la séance publique du 29 décembre 1862.

Sur la mort subite par le cerveau^ le poumon^ le cœur, consultez la Médecine légale de Briand et Chaude, p. 365.

On a cité des cas de mort subite par syncope, par chloroforme, par mucosités ou corps étrangers dans les voies respiratoires, par rétrécissements de l'œsophage (Soc. méd. deshdpit,^ 13 janvier 186A), par épanchements pleuraux abondants ou même ordinaires (Thibierge, Archives, 1852; B\a.chet^ Soc, méd, des hâp., 1863; Lassègne, Thirial, même Société; thèse de M. Lacaze du Thiers), par la présence de gaz dans le système circulatoire, à la suite d'opérations chirurgicales, ou (Union médicale, à février 4864, docteur Hervieux) chez les femmes en couche.

16 GONSIDÊRATrONS PRÉLIMINAIRES.

par du lis&u fibreux ; on examinerait de même si Tépiderme passe au-dessus de la tumeur, etc. La peau sera encore l'objet de recherches cadavériques dans le cas de productions épidermiques, de lipomes ou autres tumeurs sous-cutanées, d'affections du tissu cellulaire sous-dermique, etc. Nous donnerons d'autres exemples en nous occupant des membres (2® partie, chap. IX).

Alors même que tous ces caractères extérieurs auraient été relevés pendant la vie, il ne sera pas inutile de . les passer en ^ revue plus minutieusement avant l'ouverture (< ).

Dans tous les cas, on fera bien de noter le temps écoulé depuis la mort, la température extérieure, la température du corps, relativement élevée dans les cas d'asphyxie par l'oxyde de carbone, de choléra, etc., et, plus tard, celle des viscères.

Examen extérieur dans les expertises médico-légates. — Ces soins préalables seront rigoureusement indispensables, et Ton devra Jes multiplier en cas de nécropsie judiciaire, par suite de la gravité même des conclusions de l'expert.

Fœtus et nouveau-nés (2). — Un nouveau-né est viable,

(1) On devra bien avoir présent à l'esprit, dans cet examen extérieur, comme dans Tétude ultérieure des organes internes, que certaiucs lésions existant sur le vivant ont pu disparaître sur le cadavre si elles étaient légères (rougeur, etc.) ; et que, d'autre part, quelques altérations sont uniquement le résultat de la mort, de l'imbibition cadavérique : lividités, certains engorgements hypostatiques, certains épanchemcnts (le liquide, rougeur légère de l'intestin, congestion à la partie déclive des poumons, etc. Souvent, sur le cadavre, l'utérus offre une rigidité qui lui est commune avec tous les muscles de l'économie ; la muqueuse de l'estomac, blaiîche à la mort, devient souvent jaune rougeàtre vingt-quatre heures après, sa consistance diminue ; la consistance de la rate diminue également, etc.

(2) Voyez, pour plus de renseignements à ce sujet : Casper, Médecine légale, t. II, p. 468-588; Briand et Chaude, p. 215-257; Orfila, t. II, Infanticidp, p. 114-327. La législation prussienne ne laisse pas au libre arbitre des experts le choix de la méthode à suivre pour procéder aux autopsies cadavériques, dans les cas d'expertise judiciaire. Nous reproduisons les §§16 et 17 du règlement régissant, en Prusse, ces recherches de médecine légale sur les fœtus et nouveau-nés.

« § 16. Pour les autopsies des nouveau-nés, il faut observer les règles suivantes :

» On doit d'abord regarder les signes de la maturité et de la viabilité, c'est-à-dire la longueur, le poids de l'enfant, l'état des téguments et du cordon, la longueur et l'état des cheveux, la dimension des fontanelles, les diamètres longitudinal, transversal et diagonal de la tête, l'état des yeux (membrane pupillaire), les cartilages du nez et des oreilles, la longueur ot l'état des ongles, le diamètre des épaules et des

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