‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériques, surtout dans ses applications à l'anatomie pathologiqueChapitre 39 sur 85 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

L'appareil respiratoire comprend : 4° le poumon ; 2° les bron* ches ; 3° la trachée-artère, le larynx, la partie supérieure du pharynx, la bouche que nous pourrions aussi rapporter au système digestif , enfin les fosses nasales. Nous terminerons ce chapitre par l*oxamen du corps thyroïde et du thymus (\).

Poumons.

On ne fait guère d'autopsie cadavérique, dans les hôpitaux, sans examiner les poumons, les Irois quarts des malades succombant à des affections de poitrine, et l'inspection des poumons révélant souvent l'existence d'altérations qui avaient pu ne pas être diagnostiquées (tubercules chez les diabétiques, pneumonie chronique dans la syphi'is tertiaire, etc.).

Examen sur place. Plèvre ; médiaslin, — Le thorax ouvert par

(1) Pour ce qui est du diaphragme, nous renvoyons au chapitre spécial des Muscles, os et articulations.

Tun des procédés indiqués plus haut {première partie, chap. V^). il faut enlever les esquilles, s'il s'en est produit, avec des pinces ou avec le tablier, puis, replier la peau sur les extrémités chondrales ou internes des côtes, en la tirant en dedans de Tun et de l'autre côté, ou bien garnir ces extrémités de linge, ce qui se pratique moins souvent. Ces précautions permettront de fouiller sans danger dans la cavité mise à nu.

On considérera d'abord la forme interne de cette cavité, que le foie ou l'estomac hypertrophiés, déplacés, etc. , ont pu rétrécir, qui peut se montrer plus développée d'un côté que de l'autre, etc. On étudiera ensuite l'état de la plèvre viscérale et pariétale, l'aspect poisseux, gélatineux, qu'elle présente dans certaines maladies (œdème des poumons, pleurésie des nouveau-nés, etc.), la disparition du poli et du brillant qui lui sont normaux, son épaisseur résultant de raccolement de ses deux feuillets chez beaucoup de phthisiques. S'il est aisé de le faire sans avoir recours aux expériences dont nous parlerons plus loin (p. 55), on notera déjà, surplace, les communications 6stuleuses et les perforations ulcéreuses qui peuvent s'être produites entre la plèvre et les bronches ou le parenchyme pulmonaire (pleurésie aiguë, pneumothorax). Il faudra tenir compte, dans tous les cas, de l'étendue du décollement de la séreuse, s'il existe, et du liquide que contient la cavité pleurale. On constatera sa quantité, — il en a été recueilli jusqu'à 6 kilogrammes, — sa limpidité ou sa lactescence, sa couleur jaune verdâtre quand il passe à l'état purulent (phthisie au dernier degré, etc.), les flocons fibrineux qui y seraient épars (pleurésie). Il ne sera pas inutile de prendre un peu de ce liquide pour l'examiner ultérieurement : il est bon alors, s'il est en petite quantité, de l'absorber avec une éponge qui sera exprimée dans une éprouvette graduée. Le liquide de la plèvre est fréquemment sanguinolent ; quelquefois il est constitué par du sang presque pur, coagulé ou non, enkysté souvent par défausses membranes (apoplexie pulmonaire, hémothorax, etc.). On a signalé, dans la séreuse, du liquide sous forme de bouillie épaisse, couleur chocolat.

Si la plèvre renferme des gaz (pneumothorax) , qui ont déjà pu accuser leur présence en s'échappant avec sifflement à l'ouverture de la poitrine, le fait sera soigneusement relevé, ainsi que la fétidité de ces gaz rappelant l'odeur de l'acide sulfhydrique : il a été mentionné des cas où ces gaz éteignaient une allumette par suite de l'acide carbonique qu'ils contiennent, et d'autres où ils s'enflammaient au contraire par le contact d*une lumière à cause de leur hydrogène sulfuré (voy. Troisième partie^ Analyse chimique) .

APPAREIL RRSPIRATOIBE. 51

Pour reconnattre la nature, Tépaisseur et le siège exact des exsudations pseudo-membraneuses ou des plaques caractéristiques de certaines pleurésies chroniques, il faudra introduire la main dans le thorax, la portant du côté opposé à celui où Ton se trouve. Suivant alors le plus possible la face interne des côtes, pour ne pas déchirer le poumon, on détruira les adhérences qui pourraient exister entre la plèvre viscérale et pariétale, brides qui relient ainsi le poumon aux parois de la poitrine, et sont susceptibles d'enkyster localement le liquide.

On examinera, s'il y a lieu, la face interne des côtes. Elle peut présenter un périoste épaissi et des ostéophytes , comme dans certains cas de pleurésie ancienne; d'autres fois, elle se sera moulée sur le poumon (pleurésie et pneumonie chroniques) ; la portion viscérale de chacun des espaces intercostaux peut être rétrécie, abcédée, couverte de plaques cancéreuses, etc.

Soulevant ensuite le poumon, il sera bon d'en voir, dans le thorax même, la forme, le sommet, la base, la face externe, de constater immédiatement les rapports nouveaux qu'auraient pu contracter le cœur, l'œsophage, l'aorte, le poumon refoulé parles liquides pleuraux, accolé dans les gouttières costo-vertébrales, réduit quelquefois à une lamelle de 4 ou 2 centimètres d'épaisseur, au volume d'une orange, etc , et souvent alors presque imperméable aux gaz, condensé, coiffé d'épaisses fausses membranes. Il faudra chercher les points où le poumon présenterait de l'œdème, de l'emphysème vésiculaire ou interlobulaire. On le pressera pour constater dans quels endroits son parenchyme semble induré, non élastique, plus crépitant que de coutume, — par suite de la distension des alvéoles pulmonaires pleines de gaz, et rompues en certain nombre sous Teffort des doigts (emphysème, asphyxie par l'oxyde de carbone), — ou bien compacte, friable, lourd (engouement et hépatisation), fibreux (sclérose), gonflé (asphyxie par submersion), feutré, homogène, etc. On devra s'assurer si les points malades sont précisément ceux où la percussion, l'auscultation, etc., avaient fait diagnostiquer des lésions pendant la vie.

II faudra tenir compte également des altérations qui peuvent intéresser plus spécialement le médiastin : masse cancéreuse, suffusion sanguine, tumeurs acéphalocystiques, ossiformes, gazeuses (emphysème généralisé des enfants, etc.), abcès et phlegmons, abcès du poumon ouvert dans le péricarde, etc.

Exiraction. — Cette première inspection extérieure faite sur place et des deux côtés, on pourra extraire les poumons : on les enlève ordinairement en même temps que le cœur, et, chez les eofauts, que le thymus. Parfois, dans certains cas de phthisie au

52 SPLANCBNOTOMIE ET EXAMEN DES OBGANES.

troisième degré, par exemple, il est complètement impossible de détruire toutes les adhérences de la plèvre, au sommet surtout, ou bien le poumon reste en Ire les mains comme de la bouillie : il faudra se contenter de retirer le plus possible du parenchyme pulmonaire.

Pour pouvoir amener à soi la masse pulmonaire et cardiaque, de la main droite on coupe d'abord (1) la trachée aussi haut que possible, en proiong>-ant jusqu'à la colonne vertébrale Fincision qui intéressera nécessairement Taorte et ses grosses branches, les veines principales de la région, et lœsophage dans sa partie supérieure. L'index de la main gauche est placé dans l'ouverture faite à la trachée : après avoir achevé de sectionner toute adhérence, on tire l'ensemble des viscères thoraciques, selon Taxe du corps , de manière à les faire culbuter d'arrière en avant , de haut en bas. Il ne reste plus qu'à détacher le péricarde du diaphragme, ou mieux à l'enlever en divisant la partie de ce muscle qui y adhère fortement, enfin à couper l'œsophage dans sa portion inférieure (2).

Les organes extraits du thorax sont déposés sur une des tables de l'amphithéâtre et quelquefois lavés, savf du moim contre-indication (3). On sépare ensuite, s'il parait utile, les poumons du cœur, Qt,, chez l'enfant, du thymus, pour procéder immédiatement à leur examen ; on les étudie extérieurement d'abord — pour compléter l'étude que nous avons conseillé de faire préalablement sur place, de manière à bien voir les rapports des lésions siégeant à la surface (p. 50, 51).

Dans certains cas de pleurésie, surtout de pleurésie diaphragma tique, il s ra bon de suivre, dans la cavité thoracique laissée vide, le trajet du nerf phrénique, qui peut être enflammé et tapissé de fausses membranes. — On pourra également juger à

(1) 11 est rarement utile, dans nos hôpitaux, de placer, au préalable, une ligature sur les veines caves, l'aorte, les carotides^ les sous-cla- >ièrcs, comme il est recommandé en médecine légale.

(2) Quand on est pressé, par exemple si le cadavre réclamé va être enseveli, il sera bon de vider en même temps le thorax et l'abdomen^ renversant sur soi, d'arrière en avant, poumon, cœur, intestins, foie, rate, reins, vessie, utérus, tandis qu'un aide sectionne les insertions à la colonne vertébrale et toutes les aûclhérences rencontrées. On retourne ensuite sur la table cet ensemble de viscères, pour les examiner tous successivement.

(3) Il faut s'habituer à reconnautre le poumon droit du gauche : rappelons que le premier, plus large, plus court, plus volumineux, présente trois lobes au lieu de deux.

propos de regarder la face antérieure de la colonne vertébrale mise à découvert (exostoses, carie, etc.).

Examen extérieur. — Il faut constater les dimensions et le poids du poumon souvent considérablement rédoits, l'odeur pathologique qu'il peut exhaler (gangrène, etc.). On note de nouveau la coloration de ses différentes parties, — sans tenir compte, dans la naajorilé des cas, sauf s'il s'agissait d'expertise médico-légale (asphyxie par strangulation, etc.), de la teinte brune et de l'engorgement [pneumonie ou mieux congeslion non inflammatoires, hy posta tiqties) dus à la stase mécanique du sang sur les portions déclives et inférieures, du côté où le sujet s'est trouvé soit avant, soit à et depuis sa mort. — Normalement gris chez l'adulte, rose chez l'enfant, le poumon perd, par suite d'inflammation , ses nuances physiologiques, pour revenir à la couleur rouge brun qui lui est propre avant la naissance, exactement comme il peut reprendre sa compacité fœtale et l'analogie qu'il présentait chez le fœtus avec le foie {poumon hépatisé).

Le poumon offre parfois à sa surface des marbrures (pneumonie), un aspect granité (pneumonie chronique), des ecchymoses (morve aiguë, etc.), des sillons correspondants à la pression des côtes, des bosselures (pneumonie catarrhale), des vacuoles irrégulières, saillantes sous la plèvre (bronchite capillaire, .emphyscoie) (4}, des points opaques ou jaunes {points purulents) y indices de vésicules contenant du pus parfois mêlé d'air (pneumonie au troisième degré, et des vieillards; pleurésie des nouveaunés (2J, etc.), des cicatrices syphilitiques ou des cicatrices d'anciennes cavernes, des granulations piriformes faciles à écraser, etc.

Dans certains cas, le poumon se montre infiltré de poussière de silice, de verre, de métaux, de charbon. Dans la maladie des aiguiseurs, étudiée par M. Desayvre, il contient, du sommet à la base, un grand nombre de grains blancs ou noirs, plus ou moins durs, paraissant logés dans les cellules aériennes : les grains blancs sont do la silice, les autres probablement un mélange de silice et de matière pulmonaire analogue à la mélanose. — Dans la maladie des fondeurs en cuivre, des charbonniers et des bouilleurs [fausse mélanosey état charbonneux du poumon, anthracosis)^ le poumon, souvent recouvert de pseudo- membranes assez épaisses, est pénétré sur toute sa surface, mais surtout au som-

(l) M. Bouillaud a vu^ clicz un emphyscinateux^ une de ces saillies attciadre le volume de l'estomac.

^2) Voy. Gaz. des hop., 16 février 1864, mémoire de M. Hervieiix.

5U SPLANGHNOTOMIE BT EXAMEN DES ORGANES.

met, aux abords des quatre ou cinq premières côtes, sous la plèvre, d'une matière noire répandue sous forme de lâches de la largeur d'une pièce de 50 centimes à une pièce de 5 francs, se détachant quelquefois sous le doigt, inattaquable par les acides chlorhydrique ou nitrique, et qui se dépose en partie par une macération prolongée dans Feau. Cette poussière, qui siège surtout dans le tissu cellulaire extra- vésiculaire (Natalis Guillot), est du charbon végétal, comme Font montré Texamen microscopique et les analyses de MM. Chevreul, Lecanu, Grassi, Leconte, Christison, Graham, Robin et Verdeil (4). Elle peut même se rencontrer plus profondément dans le poumon, prenant alors la place des derniers ramuscules bronchiques, et rendant certains îlots pulmonaires impropres à la respiration. Le tissu pulmonaire se montre, dans ce cas, dur et résistant à la coupe ; il offîre des masses noires, variables en diamètre, sèches, amorphes et légèrement granuleuses, non enkystées, entourées d'un parenchyme sain, induré^ ou emphysémateux. — Ces matières charbonneuses ne nous paraissent pas être toujours parvenues dans le poumon par les bronches, comme on l'admet généralement. Le résultat souvent peu fructueux des expériences sur la pénétration dans la poitrine des liquides pulvérisés, tendrait à cette conclusion. Ces matières peuvent, en partie du moins, arriver au poumon par le sang. Du tube digestif elles auraient passé dans la veine porte, les expiériences d'Herbst, d'Osterlen (4 843), d'Ebhernard (1 847), de Bernard (4 849) ayant, en effet, démontré que des corpuscules solides sont susceptibles d'entrer ainsi dans le courant circulatoire. La veine cave les porte au cœur, et ils se trouvent arrêtés dans les capillaires du poumon. — 11 existe, au reste, des infiltralions du poumon par des matières noires non venues du dehors ; celte lésion distincte, qu'on a baptisée également du nom vague de mélanose, et qui se complique d'ailleurs fréquemment d'un état semblable de la plupart des organes, est due à une altéra* tion du principe colorant du sang {mélanoBe hématique) : l'acide sulfurique, sans action sur la matière charbonneuse, dissout ce pigment hématique.

(1) Voy. Robin et Verdeil, Chimie anatomique, t. IIÏ ; NataUs Guillot, Archives générales de médecine; Maurice de Saint-Etienne, Mélanose du poumon, 1360; etc. — On sait que, vers trente-cinq à quarante-cinq ans, il paraît normalement et presque toujours à la surface du poumon, des traînées noires sur le trajet des vaisseaux lymphatiques, ou des taches, plaques, polygones de matière noire autour de la base des lobules : cette matière noire est encore du charbon, mais en quantité minime.

Après cet examen général, il faut suceessivement passer en revue les bords plus ou moins tranchants, le sommet, la base du poumon : en pressant avec les doigts, on cherche si le parenchyme peut s'affaisser à la pression ; on constate sa densité, sa consistance, son induration, son élasticité, la crépitation plus ou moins normale de ses diverses parties, selon qu'elles sont gorgées de liquide ou de gaz. Cette pression peut suffire à déchirer le

Tube simple à insuffler, en maillechort, Fig. 40.

parenchyme pulmonaire, comme pour certains poumons rouge vineux atteints de congestion chronique.

En insufflant de Tair dans la trachée, il sera facile de reconnaître si toutes les portions du poumon sont également perméables aux gaz ; en insufflant d'ailleurs ainsi Torgane, puis, laissant échapper l'air, on se rend compte de l'élasticité pulmonaire beaucoup plus sûrement que par tout autre procédé.

L'insufflation permet encore de constater s'il y a communica-

Tube à insuffler, à robinet, avec son bout d'allonge, et une embouchure d'ivoiro. Fig. 41.

tion entre les bronches ou le poumon et les diverses collections purulentesdela plèvre. La lésion laplus importante, mais quelquefois aussi la plus difficile à découvrir, dans le pneumothorax, est en effet la perforation du poumon, cause de tous les accidents. Quand cette perforation est large, il est parfois aisé de l'apercevoir à la première inspection, comme pous Tavong déjà dit en traitant de

Texamen du poomon sur place (p. 50) : mais, le plus souvent, la communication est établie par un ou plusieurs pertuis étroite, pouvant être masqués par de fausses membranes. Le meilleur procédé pour découvrir Tendroitpar lequel pénétrait Fair dans la plèvre, consiste, si l'insufflation du poumon isolé était insuffisante, à remplir d'eau toute la cavité thoracique et à pratiquer cette insufflation par la trachée. La partie de l'organe où s'échappent les bulles de gaz est celle où existe la perforation. Si l'on ne parvenait pas encore à obtenir ces bulles, il ne faudrait pas en conclure que ia communication diagnostiquée pendant la maladie n'existe pas : il y aurait à disséquer avec soin les parties, et à renouveler l'expérience, jusqu'à ce que l'ouverture accidentelle devienne visible (4).

Souvent enfin, avant de couper le poumon, on le place dans un seau contenant de Teau pour voir s'il surnage, s'il est plus lourd qu'à l'état normal, par suite de carnification ou du liquide qui le gorge (^asphyxie, deuxième degré de la pneumonie, etc. ; — docimasie hydroslalique en cas de recherches d'infanticide, p. 4 9 et 20). On répéterait celte même épreuve après avoir divisé l'organe en tranches.

Examen intérieur. — Avec un couteau, il faut diviser le poumon par tranches dans ses diverses parties, verticalement et transversalement.

On regarde si les surfaces incisées sont sèches, s'il s'en écoule spontanément, ou bien en les raclant avec le dos du couteau, quelque liquide qu'il sera parfois utile de recueillir. On déchire le parenchyme avec les doigts en fixant l'organe de la main gauche, pour en constater la friabilité, l'état de granulation (pneumonie), d'engorgement, d'hépatisation, de carnification : la pression réduit parfois le poumon en un détritus trouble et laissant écouler une matière visqueuse, trouble, purulente (troisième degré de la pneumonie), ou un liquide sanguin coagulé (apoplexie pulmonaire, asphyxie, œdème des nouveau-nés).

D'autres fois, les incisions décèlent dans le poumon des noyaux d'hépatisation disséminés (pneumonie partielle), de ces abcès dits métastatiques dont le poumon est le siège de prédilection, surtout sur les bords, une infiltration tuberculeuse (3) ou

(1) Rappelons d'ailleurs que le tintement métallique peut exister en l'absence de fistule bronchique : M. Aran en a cité plusieurs exemples. L'air^ en produisant^ dans les grosses bronches^ du gargouillement de timbre divers^ peut simuler ce tintement regardé comme pathoguomonique des perforations plcuro-pulmonaires.

(2) Le sommet du poumon est le siège préféré des lésions tubor-

APPAREIL BESPIRATOIRE. 57

cancéreuse, des granulations miliairas (4), des tubercules crus en voie de ramollissement ou ramollis, d'anciennes cavernes cicatrisées, des cellules emphysémateuses, des parties putrilagineuses (gangrène pulmonaire), des vacuoles renfermant un mélange d'air et de pus (fonte purulente des lobules, dans la pneumonie) , des cavernes remplies d une bouillie plus ou moins épaisse, analogue à du mastic, enkystée ou non, traversée ou non par des brides, une imbibition de matière amorphe de nouvelle formation avec granulations microscopiques d'hématoïdine (carnificaiioii congestivede M. Ch. Robin, dans la congestion chronique).

A la coupe, le poumon peut crier sous le couteau comme du cartilage : tel est le cas de ces poumons réduits de volume, denses, consistants, où il y a eu transformation du parenchyme en uu tissu blanchâtre, parfaitement lisse et net à Tincision, avec quelques traînées roses ou d'un blanc brillant (sclérose) ; les bronches sont alors ou atrophiées ou dilatées et béantes. Nous avons vu récemment, sur un sujet mort dans le service de M. Yelpeau (2), le poumon gauche transformé, dans ses deux tiers inférieurs, en une masse compacte, charnue, parsemée de noyaux cartilagineux.

A côté de ces dernières lésions, mentionnons celles de l'affection dite phlhisie syphilitique (Morgagni, Sauvages, Morton, Depaul, etc.), dans laquelle le poumon présente, àTincision, des

culeuscs ; on y trouve souvent des granulations diathésiques non diagnostiquées, alors que le reste du parenchyme est sain. Le poumon droit est plus souvent affecté que le gauche.

(1) Au sujet de ces granulations miliaires, nous rappellerons que M. Empis (Union médicale , 6 février 1864) a réuni sous le nom de granuiite les maladies nommées phthisic galopante, fièvre cérébrale, méningite granuleuse, granulations tuberculeuses. Cet observateur admet que la granulation est le produit et non la cause de l'inflammation des organes : l'inflammation précéderait les granulations, qui peuvent complètement manquer, et elle s'accompagnerait d'exsudats plastiques à la surface du poumon ou du cerveau, déterminant des adhérences celluleuses avec les organes contigus. Si l'individu affecté de granulite est en puissance d'une diathcsc tuberculeuse, celle-ci s'emparera des produits granuleux, les tubcrculisera plus ou moins rapidement; mais cette transformation ne serait pas fatale, et la granulation serait complètement distincte du tubercule, bien qu'elle puisse être envahie par celui-ci. — Nous citons cette opinion, sans l'admettre dans son entier : il nous semble que, si les granulations doivent être tuberculeuses, elles le seront primitivement et non consécutivement, au moins sous le microscope.

(2) L'observation a été rapportée par la France médicale j 15 janvier 1864,

noyaux fibreux ou gommes, analogues à ceux que nous décrirons dans le^oie (chap. III) : ils se distinguent du tubercule parce qu'ils ne suppurent pas et qu'ils n'occupent pas plus spécialement le sommet (voy. Apprwdicb, Autopsiée cadavériques, n° 41). Dans le poumon syphilitique, on a cité également, surtout dans le lobe moyen des ulcérations, des excavations profondes, à parois lisses et régulières des cicatrices, etc.

Chez d'autres sujets, on trouvera à la coupe le poumon infiltré de sang, induré, hépatisé, uniformément rouge foncé, laissant écouler à la pression du sang demi-coagulé [apoplexie foudroyante^ noyaux d'infiltration sanguine, infarctus hémoptoïque de Laennec, hépatisation hémorrhagique de Knox, infiltration apoplectique de M. Gueneau de Mussy). Dans quelques cas, le sang est réuni en collections autour desquelles le parenchyme pulmonaire sera congestionné, parfois hépatisé : le sang pourra se montrer liquide ou bien coagulé, être transformé en une sérosité limitée par une fausse membrane ou plus rarement en pus.

Dans la maladie des fondeurs en cuivre, dont nous parlions plus haut (p. 54), le poumon est souvent farci par places de concrétions noires, mamelonnées et irrégulières, qui rompent ou déforment les canaux bronchiques (\).

Les sections pratiquées dans le poumon seront examinées à la loupe (fig. 4 3), quand on voudra trouver les lobules dont le tissu affaissé ne renferme plus de vésicules (en cas de pneumonie), ou chaque fois qu'une partie du poumon est devenue impropre à la respiration, ou également dans l'emphysème. Nous avons dit (p. 20) que M. Bouchut conseille également l'emploi de la loupe aux experts chargés de conclure si un enfant est mort avant de naître ou en naissant, s'il a ou n'a pas respiré. Si l'enfant a respiré, on trouve le tissu pulmonaire rempli de vésicules juxtaposées, larges et brillantes ; dans le cas contraire, le parenchyme est compacte comme de la chair (voy. Troisième partie. Do microscope, 4 figures).

Dans beaucoup de cas, le microscope sera de même Tindispensable adjuvant de l'autopsie pulmonaire.

Enfin, l'étude intérieure du poumon devra, dans certaines circonstances, être complétée par l'inspection des bronches dont nous traiterons ci-après, et même des divisions de l'artère pulmonaire. Cet examen des artères sera formellement indiqué dans le cas de mort subite, où il faut rechercher s'il existe des embolies, ces caillots migrateurs transportés des veines des membres

(1) Voyez Appendice, exemples d'autopsies cadavériques, n** 1.

APPAREIL RKSPIftÀTOIRÈ. 59

(varices et phlébite) ou du bag8În [femmes en couches (\ )] jusque dans les capillaires du poumon. — Dans la gangrène du poumon, on a signalé l'oblitération de l'artère bronchique. — Pour é'udier les artères pulmonaires, il faudra injecter le tronc artériel à la sorti© du ventricule droit : nous parlerons dans notre Troisième partie^ des injections artérielles.

Bronches.

Les bronches exlra-pulmonaires, enlevées en même temps que les poumons, seront ouvertes avec des ciseaux longs et efOlés, comme les bronches intra-pulmonaires.

L'instrument qui convient le mieux pour cette ouverture est lo bronchiostome de M. Axenfeld (fig. 42). La disposition de ces ci

Fig. 42.

seaux permet d'ouvrir les bronches, même d'un petit calibre, facilement et avec rapidité. 11 sufQt d'introduire la lame A, qui est plus longue, mousse et cylindrique, dans ToriBce béant, tandis qu'on coupe en avançant avec la branche la plus courte. Cet instrument devrait exister dans toutes les bottes d'autopsie cadavérique : il est aussi utile que Tentérolome (chap. III) dont il reproduit la forme générale. Un stylet fin pourra également servir à suivre lés bronches.

On pourra toujours inciser, si Ton y met un peu de soin, les principales divisions bronchiques : il suffira pour pratiquer ces incisions, d'avoir fait au préalable des sections en plusieurs en-

(1) Tous les accoucheurs s'accordent à admettre que l'état de grossesse appauvrit le sang : l'albumine diminue, la fibrine augmente. Ces conditions, ajoutées aux souffrances physiques — quand il n'en existe pas de morales — et aux douleurs de l'accouchement notamment, sont très^aTorables à la coagulation du sang dans les vaisseaux * (Voyez sur les embolies, page 14, note 2.)

droits du tissu pulmonaire. — Ces sections seules permettront quelquefois, dans certains cas de bronchite pseudo-membraneuse, de faire sortir des ramuscutes aériens, par la pression avec les doigts, de nombreux petits cylindres blancs, élastiques, présen* tant un diamètre intérieur presque uniforme (I).

Les bronches intra ou extra-pulmonaires peuvent se montrer alternativement rétrécies et dilatées en ampoule, dans la dilatation dos bronches par exemple : on a vu, surtout à gauche, des dilatations globuleuses des bronches, avec diminution do volume du poumon, susceptibles de recevoir une grosse noix ; et, quand l'élargissement occupe une plus grande étendue du conduit, celui-ci admet quelquefois le petit doigt. Les bronches renferment souvent des mucosités diverses, épaisses, spumeuses ou non aérées, sanguinolentes, et alors plus ou moins coagulées (hémoptysie) ; on y a même obssrvé des liquides purulents. Elles peuvent également contenir des corps étrangers venus du dehors. Leur muqueuse sera, dans d'autres cas, diversement colorée (bronchite), épaissie, affectée d'un ramollissement granuleux ou pulpeux, ulcérée, perforée, gangrenée. Les parois des bronches se sont enfin montrées hypertrophiées, amincies, pénétrées de gommes syphilitiques, altérées dans leur élasticité, etc. : c'est ainsi qu'on a rencontré assez fréquemment une hypertrophie de leurs hbres élastiques formant des traclus longitudinaux, parallèles, et laissant un intervalle plus ou moins grand entre chacune d'elles (voy. Appendice. Autopsies cadavériques, n° 2).

On comprend que nous ne saurions entrer dans plus de développement au sujet des bronches et du poumon, sans empiéter sur le domaine de l'anatomie pathologique de la poitrine.

I. Tableau des principales altérations qui peuvent exister dans LES POUMOxs et LES DRONCHES ( indépendamment des cas de traumatisme).

A. Parenchyme pi lmonaire. — a. Coloration : >erclàtrc, bleuâtre^ livide, rouge, grise, jaune-paille, ardoisée, violacée, noire, lie de vin. — b. Densité et élasticité : augmentée, diminuée. — c. Consistance : splénisation, hépatisation, carnification, friabilité, engorgement, endurcissement, induration, ramollissement, infiltration, inflammation^

(1) On pourrait, dans cette dernière afToction, saisir la pseudomembrane dans un gros tronc bronchique, l'attirer à soi avec précaution, et entraîner ainsi un nombre considérable de petits tubes blanchâtres, ressemblant, comme l'a dit J. North, îi une racine munie de son chevelu.

crépitation exagérée, emphysème, œdème. — d. Lésions diverses : adhérences aux côtes, au diaphragme ; tubercules crétacés, granulations miliaires, cavernes, fausses membranes, cicatrices syphilitiques ou tuberculeuses, concrétions diverses, gommes de lu syphilis tertiaire, ulcération, gangrène, perforations, abcès, kystes, acépbalocystes, cancer; mélanose en masse (crudité, ramollissement), ou en infiltration, ou déposée sous forme de couche; infiltration par des poussières de charbon, verre, métaux, silice; sclérose ou cirrhose du poumon.

B. Plèvre. — a. Coloration : rouge, citrinc, opaque, louche, jaune, verdâtre. — b. Lésions diverses : liquides, corps étrangers, dilatation, fausses membranes, concrétions (albumineuses, membraniformes) ; adhérences, tumeurs (fibreuses, ossiformes, gazeuses) ; abcès, cancei-, gangrène, ossification.

G. Bronches. — a. Coloration : mucus blanc jaunâtre, opaque et visqueux, purulent ; muqueuse bleuâtre, rougeâtre, violacée, ardoisée, décolorée. — b. Lésions diverses : injection (arborisations, plaques, zones, piqueté), fausses membranes, corps étrangers, ulcérations (syphilitiques et autres), dilatation, rétrécissement, oblitération, perforation; muqueuse épaissie, amincie, inégale, ramollie; ganglions bronchiques (voy. p. 91) rouges, noirs, tuméfiés, tuberculeux, cancéreux.

II. Tableau des principales altérations chez les phtiiisiquës.

À. Altérations du parenchyme pulmonaire. — a. Granulations miliaires isolées, réunies, grises et demi-transparentes (1«^ degré), blanc jaunâtre (2® degré), louches. — b. Tubercules ramollis (avec ou sans infiltration du parenchyme pulmonaire), suppures; transformés en matière crétacée, puriforme, en bouillie jaunâtre. — c. Cavernes plus ou moins vastes, à peu près vides; remplies de liquide blanc jaunâtre, grisâtre, verdâtre, purulent, saiiieux, inodore, fétide; à parois molles ou indurées, régulières, ou anfractueuscs et hérissées de brides pseudo-membraneuses ; ayant déterminé autour d'elles une pneumonie consécutive, des fistules pneumo-bronchiqucs comblées par du tissu cicatriciel.

B. Altérations concomitantes les plus communes. — a. Plèvre : adhérences des poumons avec les plèvres par des tractus celluleux, fibreux, cartilagineux; fistules pleuro- pulmonaires. — b. Voies aériennes en général : ulcérées pai* des granulations tuberculeuses. — c. Organes digestifs proprement dits : bouche, pharynx, estomac iuflammés; muqueuse intestinale épaissie, amincie, ramollie, injectée, granulations (tuberculeuses, scuii-cavtilagineuses), ulcérations à bords noirs et déchiquetés. — d. Organes biliaires : foie gras, hypertrophié, piqueté de rouge ; bile pâle, fétide. — c. Ganglions bronchiques et 7néscntériques : hypertrophiés, ramollis; granulations tuberculôuscs. —

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f. Centre nerveux : ^anulations miliaires disséminées ou en plaques dans la pie-mère et Tencéphale.

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