III. Tableau des pkincipales altérations m la pnecmohie
A» Premier degré {engouement). — a. Coloration de la surface du poumon : violacé, livide, lie de vin. — b. Caractères particuliers du parenchyme : surnage presque complètement, perméable à l'insufflation, densité et poids un peu augmentés, crépitation, élasticité diminuée, le doigt pénètre facilement dans le parenchyme. — c. Liquide s* échappant des incisions : séreux, rougeâtre, trouble, spumeux.
B. Deuxième degré [hépatisation ; hépatisation rouge; ramollissement rouge d'Andral; infiltration sanguine). — a. Coloration de la surface du poumon : rougeur foncée uniforme, marbrée. — b. Caractères particuliers du parenchyme : augmentation de volume, ne surnage plus, imperméable à l'insufflation, crépitation perdue, dureté, carnification, consistance rappelant celle du foie (hépatisation), de la rate (splénisation). — c. Surfaces incisées : nettes, sèches, hérissées de granulations rouges, dures, obrondes, aplaties. — d. Liquide s'échap^ pant des incisions (par la pression surtout) : peu abondant, rouge, opaque, aéré, épais et trouble.
G. Troisième degré (hépatisation grise, induration grise, ramollissement gris, infiltration purulente de Laennec). — a. Coloration de la surface du poumon : grise, jaune-paille. — b. Caractères particuliers du parenchyme : ne surnage plus, imperméable à l'insufflation, augmentation de volume ou affaissement, induration, friabilité très -grande ; liquide suintant par la pression, jaune, purulent; collections purulentes (résultant de la fonte des lobules) simples, multiples ; abcès à cavité anfractueuse, à parois inégales, gangrenées. — c. Liquide s* échappant des incisions : matière opaque ressemblant au pus; pus phlegmoneux, rougeâtre, inodore, fétide.
D. Altérations concomitantes les plus communes. — a. Plèvre : plus ou moins inilammée. — 6. Bronches : contenant des mucosités, dilatées en ampoules pouvant renfermer du liquide purulent. — c. Ganglions bronchiques : gonflés, rouges, ramollis. — d. Cœur : caillots fibrineux dans les cavités. — e. Muqueuse gastro-intestinale : ramollie.
(i) Lorsque cette phlegmasie occupe seulement quelques lobules, on lui donne le nom de pneumonie mamelonnée, ou partielle, ou disse* minée; mais il ne faut pas l'appeler pneumonie lobulaire : ce mot s'applique plus spécialement à la variété nommée encore pneumonie catarrbale, ou bronchite capillaire, ou broncho-pneumonie.
APPAREIi RESPIRATOIRE, 65
FoMeg nasaleg, booebe, pbarynx, larynx tt tracli«c-artère.
Nous n'avons jamais vu fendre les fosses nasales, même sur les cadavres provenant d'un service de chirurgie, services pour lesquels il est toujours accordé plus de latitude. On ne pourra, dans les hôpitaux, que maintenir les narines écartées, si Ton veut constater l'épaisseur ou la couleur de la membrane pituitaire, les ulcérations siégeant à sa partie inférieure, etc. Dan» les cas où il serait intéressant de faire quelques recherches attentives (perforation, destruction des os ou des cartilages, polypes naso -pharyngiens, altérations par farcin, syphilis, poussières de chromâtes, etc.), il faudrait aborder la région par le pharynx, s'il était possible, ou bien faire réserver le sujet non réclamé à l'École pratique (voy. p. 5, Règlement),
Bouche. — Les parois de la cavité huccak n« doivent pas être fendues à l'hôpital, excepté les cas où elles seraient le siège de graves lésions chirurgicales. Si donc il paraissait utile d'examiner la bouche, on la ferait maintenir fortement ouverte par un aide. C'est ainsi qu'on procéderait dans certaines affections des amygdales (tubercules, cancer, hypertrophie syphilitique des follicules, ulcérations pultacées syphilitiques, etc.), du voile du palais et de l'isthme du gosier, dans certaines fractures dont il y aurait intérêt à constater les désordres, ou encore dans les cas d'empoisonnement par des liquides corrosifs, de perforation de la voûte palatine (syphilis, morve chronique, etc., — traumatisme), de tumeurs cancéreuses et autres, de polypes naso-pharyngiens, de grenouillelte, etc. On serait réduit à agir également ainsi pour chercher les lésions des stomatites diverses, stomatite simple, stomatite gangreneuse, stomatite pseudo-membraneuse, stomatite mercurielle caractérisée par le gonflement, le ramollissement, la destruction de la muqueuse et des tissus sous-jacents, plus tard par des altérations osseuses même.
Les auteurs de médecine légale prescrivent d'inciser la commissure labiale jusqu'aux oreilles, puis de diviser de haut en bas l'épaisseur de la lèvre, de scier le maxillaire inférieur, et d'en faire tenir écartées les deux parties pendant qu'on coupe les adhérences de leur face interne. Après avoir abaissé la langue et Ses annexes, puis coupé les piliers, on découvre ainsi toute l'étendue du pharynx.
LarynXy trachée, pharynx, — Il est assez rare, dans les hôpitaux, qu'on ait à pratiquer l'ouverture du pharynx, du larynx et de toute la trachée, ouvertures de rigueur dans les expertises
judiciaires. II n*est, en tous cas, possible d'après le règlement (p. 5), de mutiler ainsi le cadavre qu'avec Taulorisation formelle du directeur de l'hôpital.
Après avoir disposé la tête de manière que la partie antérieure du cou soit bien tendue, on fera une incision à la partie moyenne, de la fourchette sternale à la symphyse du menton. Les parties molles coupées, on écarte le corps thyroïde, pour mettre le larynx et la trachée à découvert. Avant de continuer, il faut, s'il y a lieu, noter les altérations extérieures, — par exemple chez les sujets morts par strangulation, par pendaison, cas où Ton aurait dû constater les sillons circulaires du pourtour du cou, les plaques ou points ecchymotiques dus à Texlravasalion du sang hors des capillaires, Taspect argenté fréquent du tissu aréolaire sous-cutané, la rupture des muscles, des cartilages et des replis de la muqueuse.
Les téguments du cou divisés, il reste à sectionner les muscles hyoïdiens et ceux qui s'attachent au maxillaire ou à l'apophyse styloïde. Avec la main gauche, on attire fortement en avant le larynx, le pharynx et la langue même (1), pendant qu'à l'aide du scalpel la main droite détruit les adhérences à \i colonne vertébrale : on fait passer le tout sous le maxillaire inférieur laissé bien intact, et l'on coupe finalement le pharynx et la trachée à l'endroit voulu.
Extraction de la trachée et du larynx par la poitrine. — Sans ouvrir la région cervicale, il y aurait moyen, par la poitrine, de détacher les adhérences qui unissent la trachée à la peau et aux organes environnants : on pourrait de la sorte enlever, de haut en bas, sans intéresser les téguments du cou, la trachée et même le larynx. Dans quelques cas, il sera convenable d'extraire ainsi ces organes en môme temps que les poumons et le cœur. Mais il serait difficile de pénétrer de cette manière plus haut que l'os hyoïde.
Examen, — Avant d'ouvrir le larynx, on en regarde l'intérieur par les orifices épiglottique et trachéal, afin de se rendre compte des rétrécissements s'il y a lieu.
Pour étudier les altérations du larynx, l'usage veut qu'il soit coupé suivant son axe. à sa partie médiane postérieure. Après
(1) Nous avons vu enlever la langue, notamment clicz un sujet mort de la rage (Charité) et sur un autre cadavre qui présentait un cancer de cet organe. — On comprend, au reste, qu'il serait toujours aisé de couper, dans la bouche même, une plus ou moins grande étendue de la langue, s'il était nécessaire de faire des recherches sur cet organe.
avoir étendu les deux lèvres de cette section, il faut constater le siège des fausses membranes plus ou moins adhérentes , qui peuvent obstruer la cavité, el faire passer un filet d'eau pour chasser les mucosités diverses — dont la nature sera d'ailleurs notée. — Il est plus aisé de voir alors s'il y a de la rougeur et du boursouflement de la muqueuse, si les ventricules sont injectés, si les cordes vocales se montrent enflammées, immobiles, mates, épaissies et gonflées, gonflement que peut produire une infiltration de liquide séro-purulent ou même purulent. On cherche les ulcérations irrégulières de la muqueuse ou des cartilages, les points blancs sous muqueax de nature tuberculeuse, les cavernes en suppuration (phthisie laryngée) ayant pu amener la perforation, la fonte ou la disparition des aryténoïdes notamment : on constate, s'il y a lieu, les ostéophytes des cartilages, la friabilité, la teinte rouge ou noire et Faspect d'os spongieux que ceux-ci prennent dans la carie ou la nécrose, les polypes fibro-carlilagineux, Tcedème de la glotte, des ventricules, des cordes vocales, de la muqueuse, du tissu sous-muqueux, des replis aryténoépiglottiques. — Il a été signalé dans la rage, soit spontanée soit communiquée, un gonflement des papilles du larynx et de la base du pharynx.
Il sera bon quelquefois de regarder l'épiglotte qu'on trouve presque toujours relevée dans les asphyxies par l'oxyde de carbone, qui peut être immobile, horizontale, boursouflée, déformée, présenter sur sa face laryngienne des ulcérations folliculaires, des kystes muqueux cachant la glotte et ayant déterminé une aphonie presque complète (4), des ulcérations syphilitiques, etc.
Souvent on fixe le larynx sur une plaque de liège au moyen d'épingles, pour en mieux voir les lésions.
La trachée sera coupée selon son axe, à sa partie postérieure.
Si le pharynx n'a pu être enlevé (p. 5, 63), ses lésions n'en seront pas moins examinées en faisant mnintenir la bouche largement ouverte. H peut présenter du gonflement, du ramollissement, un état granuleux, delà rougeur, une infiltration œdémateuse ou purulente de la muqueuse, des ulcérations (syphilis, ouvriers travaillant aux chromâtes, poisons corrosifs, etc.), des plaques gangreneuses plus ou moins bien circonscrites, de diverses grosseurs, déprimées, à bords à pic, gris foncé, noirâtres ou même noires (pharyngite gangreneuse), etc.
(1) La Gazette médicale de Lyon (février 1864) en rapporte un cas pris à la clinique de M. Wilks, hôpital de Gny (Londres).
66 6PLANCHN0T0MIE ET EXAMBN DES ORGANES.
iV. TABtEiiU DÏS PRINCIPALES LESIONS POUVANT EXISTOR SUB 1% PHARYNX, LE LARYNX, LA TBACBto-ARTBBE.
A. Pharynx. — a. Coloration : muqueuse (1) rouge, bleuâtre, ardoisée , livide, noirâtre ; mucus grisâtre, etc. — 6. Consistance et lésio7is diverses : muqueuse ponctuée ou pointillée , granuleuse , injectée, tuméfiée, soulevée en disques blanchâtres (syphilis) ; fausses membranes, pustules de variole, muguet, dilatation, rétrécissements, gangrène, ulcérations de différente nature, cicatrices syphilitiques, corps étrangers, gonflement des papilles (rage), hypertrophie des follicules (syphilis tertiaire, etc.) ; polypes rétro-pharyngiens ; retraite de la langue dans le pharynx.
B. Larynx. — a. Coloration de la muqueuse : pâle, grise, violacée, rougeur (ponctuée, uniforme), bleuâtre, ardoisée. — 6. Lésions diverses : nécrose des cartilages, ostéophytes (2), oblitération, corps étrangers, fausses membranes (en plaques, îlots, lambeaux); ulcérations (à la suite de tubercules, morve chronique, pellagre, syphilis, fièvre typhoïde (3)); perforations; abcès (rétro-cricoïdiens , rétrolaryngiens, etc.) ; tubercules, cavernes, polypes; abaissement, fracture. La muqueuse, le tissu cellulaire sous-muqueux, les cordes vocales peuvent être infiltrés (mucus, pus, sang, lymphe plastique), boursouflés, friables, mamelonnés, épaissis, carcinomateux.
G. Trachée-artère. — Colorations diverses, épaississement, amincissement, ramollissement, induration, dilatation de différentes formes, rétrécissements par cicatrices syphilitiques (4) et traumatiques, par trachéite, par morve chronique, par compression due à des tumeurs voisines; ulcérations (à la suite de phthisie, syphilis, morve chronique, pellagre); perforations (trachéo-œsophagiennes, etc.), fausses membranes, corps étrangers venus du dehors, gommes ; mucus adhérent, coloré; sang caillé, noir; pus; nécrose, déplacement, compression par des tumeurs médiastines, thyroïdiennes, etc. ; destruction de plusieurs anneaux cartilagineux, remplacés par des tissus nouveaux.
Corps tbyrolde et tli}ma8.
Corps thyroMe, — On l'enlève après avoir pratiqué la coupe
(1) La muqueuse du pharynx est normalement rosée, celle du lar>nx et de la trachée est blanc rosé.
(2) L'ossification des cartilages du larynx «e produit normalement do quarante à cinquante ans.
(3) Chez l'adulte surtout, les ulcérations laryngiennes par fièvre typhoïde étant rares dans l'enfance.
(4) M. Worthington {Traité d'anatomie pathologique de M. Gruveiihier); M. Moissenet (liulL Soc. méd. des hôpit.; t. IV, n° 1, et Union médicale^ 23 février 186/1); M. Charnal, Dés rétrécissements cicatriciels de la trachée (ihhse, le avril 1859}.