‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériques, surtout dans ses applications à l'anatomie pathologiqueChapitre 43 sur 85 · CHAPITRE IL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IL

Nous aurons successivement à étudier le cœur, partie centrale, les artères, les capillaires, les veines et, comme annexes de l'appareil circulatoire, les vaisseaux et ganglions lymphatiques, dont le nombre et la distribution particulière sont loin d'être encore bien connus.

Gœnr.

Il sera bon d'examiner le cœur mémo chez les sujets qui ont succombé à une maladie ne paraissant pas intéresser cet organe : on pourra trouver des désordres non diagnostiqués, et, si ces observations se répèlent plusieurs fois, il sera permis de conclure à l'influence de la lésion cardiaque dans l'affection considérée. Certaines altérations du cœur ont été ainsi reconnues comme causes prédisposantes de la gangrène spontanée. — D'autre part, que de mécomptes pourront rencontrer à l'autopsie ceux qui ont

voulu trop préciser le siège anatomique d'une phlegmasie cardiaque.

On sait, au reste, tout Tintérêt qui s'attache aux maladies du cœur : tels individus atteints, depuis leur enfance, de désordres valvulaires les mieux caractérisés ou de vices de conformation les plus graves (persistance du canal artériel, etc.), auront vécu fort longtemps sans dérangement notable dans leur santé ; d*autres, par contre, ayant offert pendant leur vie les signes les plus positifs des affections de l'organe central de la circulation, ne présentent pas, à la nécropsie, des altérations susceptibles d'expliquer la gravité des symptômes observés et ayant amené la mort; tels sont, par exemple, les sujets cliez qui l'on a constaté cet état complexe que M. Beau a nommé asystolie.

Séparation du cœur. — Pour séparer le cœur des poumons, il faudra passer le doigt au-dessous de l'artère pulmonaire et de Taorte, dans leur portion péricardique ; puis, avec des ciseaux, couper l'aorte, les veines caves et pulmonaire, dans une étendue variable selon les recherches qu'on se propose de faire.

Péricarde. — L'enveloppe fibro-séreuse du cœur peut être le siège d'altérations graves, et renfermer des liquides dont il y aurait intérêt à connaître la composition et la quantité. Il aura donc fallu avoir eu soin, en relevant le sternum, de bien gratter sa face interne avec le couteau. Dans l'extraction du cœur avec les poumons, pour ne pas déchirer le péricarde, on le détache du centre phrénique avec beaucoup de précaution, et le plus possible, comme nous l'avons indiqué en parlant de la manière d'enlever les organes thoraciques (p. 29 et 52).

L'examen du péricarde est surtout indiqué dans les cas de péricardite, que cette inflammation soit aiguë ou chronique.

Avant d'ouvrir le péricarde, il faudra constater s'il est distendu, dans quel sens et sous quelle forme. — On aura dû noter déjà, avant d'extraire le cœur de la poitrine, quels rapports le sac péricardique a pu contracter avec les autres organes thoraciques, s'il déprimait la cloison diaphragmatique et les organes abdominaux , s'il se montrait perforé par un abcès du médiastin, un anévrysme de l'aorte, etc. — Le péricarde présente parfois à sa surface des fausses membranes épaisses, des plaques cartilagineuses, laiteuses, ossiformes (4 ], des ulcérations, des granulations tuberculeuses ou cancéreuses, des kystes séreux formés aux dépens des follicules décrits par Corvisart, des ecchymoses, etc.

(1 ) Chez un homme mort de paralysie générale progressive, on a cité sur le péricarde une plaque ossiformc de 6 centimètres, s'appuyant sur le péricarde sain {Bulletins de la Société anatomique, 1853).

Les mômes allérations se rencontrent, plus souvent, à la surface interne de la membrane. Le péricarde ouvert à Taide de ciseaux fins, cette surface peut se montrer recouverte de tractus celluleux, de fausses membranes denses, enkystant un liquide trouble, floconneux, plus ou moins purulent (péricardite chronique). Dans la péricardite aiguë, elle est parsemée de points ou arborisations rouges, de fausses membranes molles, jaunâtres ou blanc grisâtre , présentant extérieurement des inégalités , des aspérités, des traînées irrégulières qui se prolongent sur le cœur, rugueux et papilleux alors comme la langue d'un chat (cœur velu des anciens). Ces pseudo-membranes existent rarement à Tétat sec : le plus souvent il y a épanchement d'un liquide dont l'abondance est très-variable; on a recueilli jusqu'à 6 et 700 grammes,

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