‹ Manuel de l'art des autopsies cadavériques, surtout dans ses applications à l'anatomie pathologiqueChapitre 48 sur 85 · XII. Altérations principales dans la phlébite · texte numérisé non relu

XII. Altérations principales dans la phlébite

A. Parois de la veine en général. — Couleur rouge (première période), blanche (seconde période); épaississement et aspect moniliforme; adhérence avec le tissu cellulaire ambiant, qui présente souvent une induration pblegmoneuse.

B. Tunique interne de la veine.— Rouge, blanche, dépolie, opaque, inégale, rugueuse, épaissie, ramollie, friable; indurée, infiltrée de tissu fibro-plastique ; ulcérée; couverte d'une matière pultacée adhérente; contenant des caillots, des fausses membranes (phlébite adbésive), du pus sanieux ou crémeux, enkysté ou non, des calculs, des embolies.

G. Caillots contenus dans la veine. — Lie de vin, grisâtres, blanchâtres, fibrineux, adhérents ou non aux parois, résistants ou s'écrasant sous les doigts ; contenant du pus (deuxième période) ; transformés entièrement en pus; percés d'un canal central qui laisse circuler le sang veineux.

D. Altérations concomitantes les plus commumes. — Abcès dans les organes parenchymateux, le tissu cellulaire, les articulations, les méninges, les os.

Sang.

La nature de cet ouvrage ne nous permet pas d'exposer les modifications de ce liquide nourricier dans les cachexies, les diathèses, les majadies aiguës ou septiques, ni leurs conséquences sur les organes si impressionnables de l'innervation. — Le système vasculaire se montrera gorgé de sang à la suite de certaines

(1) Février 1860.

morts (asphyxies, (Bdème des nouveaux nés, etc.) : ce sang pourraétre coagulé (asphyxies par Toxyde de carbone, etc.), encore à peu près liquide, diffluent (ictère grave, etc.). Quelquefois il est bourbeux, trouble, couleur chocolat (phlébite), sirupeux et de consistance de mélasse (empoisonnement par le phosphore), etc. : nous avons déjà appelé Tattention sur son altération par du pus (p. 88). Chez quelques sujets décédés par l'oxyde de carbone,' il est rouge dans toute réconomie, comme si ce gaz empoisonnait en empêchant le sang artériel de devenir veineux ; au contraire, il s'est montré partout veineux chez certains sujets morts par croup, par chloroforme.

Dans le sang des sujets morts de pustule maligne, M. Robin a vu, au microscope, un assez grand nombre de corpuscules chyleux : nous parlerons (chap. III) de l'excès des globules blancs dans le sang, à la suite de certaines affections de la rate (leucocylhémie), de la pigmentalion (chap. III), des bactéries, du sang, etc.

En général , l'examen microscopique et chimique du sang artériel ou veineux, dont nous dirons quelques mots dans notre Troisième Partie, fournira souvent des données importantes pour Tinterprétation des désordres fonctionnels observé? pendant la vie.

Vaisseaux lympliatiqaefi (1).

On fait rarement Texamen nécroscopique des lymphatiques. Cependant ces vaisseaux devraient èlre lobjet de recherches, surtout quand ils sont devenus plus apparents, par suite de leur inûammation ( angioleucile ou lymphangite, phlegmalia alba dolens (2), etc.). Leurs parois se montrent alors épaissies, opaques, tomenteu ses intérieurement, moins résistantes ; leur cavité hypertrophiée, surtout au niveau des valvules et des anastomoses,

— ce qui exagère leur aspect moniliforme (varices lymphatiques),

— peut renfermer des caillots blancs, roses, plus ou moins adhérents, ou bien du pus phlegmoneux. Autour des lymphatiques enflammés, le tissu cellulaire est inûltré d'un liquide séro-albumineux mi-concret.

(1) Sur la préparation, l'injection et la conversation des lymphatiques, voyez VAnatomie de M. Sappey, !'• partie, p. 639, 640 et suiv.; voyez notre Troisième Partie.

(2) Gniveilhier, Mémoire sur la présence du pus dans 1rs lympha^ iiquesy chez les femmes mortes en couche.

La dilatation variqueuse non phlegmasique des lymphatiques n'est guère connue que par les travaux de Breschet, et Ton s'occupe trop rarement aussi des dégénérescences tuberculeuse, calcaire, cancéreuse, que peuvent présenter ces vaisseaux. Enfin, les maladies du canal thoracique et du réservoir de Pecquet sont entièrement à établir : on ne porte pas assez Tattention sur ces organes comme sur leurs canaux afférents.

Ganflioiis lympbaUqaet.

Les ganglions lymphatiques peuvent se montrer simplement hypertrophiés (certaines phthisies, syphilis secondaire et tertiaire, fièvre typhoïde, morve, etc.) : c'est le cas souvent pour les ganglions axillaires, cervicaux et bronchiques (ceux qui se trouvent à la racine du poumon notamment), et pour ceux qui longent la trachée, le mésentère, le rachis. Ils sont, dans ce cas, mollasses, tassés les uns sur les autres, friables ; à la coupe, on les trouve blancs ou tachetés de blanc et de rouge. Le tissu cellulaire environnant est souvent congestionné. L'hypertrophie peut d'ailleurs s'accompagner d'induration , comme dans l'induratioii syphilitique des ganglions.

Il est souvent utile d'examiner les ganglions sur un sujet présentant des ganglionites ou adénites, aiguës ou chroniques. Dans cette inflammation, on trouve l'organe tuméfié, dur parfois comme du cartilage, rouge à la coupe {induration ^ premier degré de l'inflammation), ou bien friable (ramollissement), ou enfin détruit par une suppuration soit limitée, soit diffuse (troisième degré de l'inflammation). Selon ces diflérents états, la surface incisée parait piquetée de points gris, jaunes ou blancs, — ces derniers, indices de petits foyers purulents ; — le ganglion, qui affecte souvent la consistance de la rate, se laisse facilement déchirer ou écraser. Il peut avoir contracté des adhérences anormales avec les organes voisins ; les abcès dont il est le siège se seront ouverts, d'autres fois, dans l'œsophage, la trachée, etc.

Les ganglions mésentériques se montrent également suppures et presque diffluents chez certains sujets morts de dysenterie, de fièvre typhoïde, de phlegmatia alba dolens^ de morve : ils sont gorgés d'un sang noir, parfois ulcérés et gangrenés dans les maladies charbonneuses. Dans la peste, leur inflammation est un des principaux symptômes anatomiques : ils sont alors ramollis et pénétrés de petits foyers de suppuration.

Nous n'insisterons pas sur les bubons inflammatoires et syphilitiques.

92 SPLANCHNOTOMIE ET EXA.MEN DES ORGANES.

Nous parlerons plus loin (p, 110) de l'adénile mésentérique, conséquence des altérations des plaques de Peyer, dans la fièvre typhoïde-: nous avons déjà résumé (p. 61 et 62) les lésions des ganglions thoraciques et de ceux qui existent à la bifurcation de la trachée.

Souvent on aura à constater, dans les glandes lymphatiques, une infiltration et une dégénérescence tuberculeuses (ganglions thoraciques ou abdominaux) : on les trouve considérablement tuméfiés, adhérents au tissu cellulaire ambiant, comprimant les organes voisins, et contenant une substance crétacée ou bien caséeuse, purulente. C'est ainsi que se présentent les ganglions bronchiques chez les phthisiques : le carreau n'est autre chose que la dégénérescence tuberculeuse des ganglions mésentérique s, gros alors comme un marron, creux, ramollis, parfois indurés. Il faudrait noter, dans ce dernier cas, les adhérences possibles avec le péritoine et les ulcérations de Tentérite tuberculeuse.

La dégénérescence cancéreuse des ganglions n'est pas rare, surtout consécutivement, chez les sujets morts d'un cancer siégeant dans les organes dont les ganglions reçoivent les lymphatiques : tel est le cas des ganglions du bassin ou de l'aisselle chez les femmes attein tes xl' une affection carcinomateusede l'utérus ou des «lamelles. • — On a vu quelquefois des gommes syphilitiques dan? les ganglions entourant les bronches et la bifurcation de la trachée.

Quatre autres dégénérescences ont été signalées dans les ganglions : infiltration calcaire, infiltration mélanique (ou accumulation de matières pigmentaires), infiltration d'épilhélium (épithélioma des ganglions), altération des vésicules closes constituant ce que MM. Robin et Littré ont nommé sympexion, transformation qui nous arrêtera quelque peu au paragraphe consacréà la rate (chap. III). MM. Robin et Leplay (1 ) ont vu des ganglions bronchiques, atteints de cette dernière affection, gros comme le poing, jaune rose, d'une consistance de cire. M. Robin a trouvé également cette altération sur les ganglions situés le long des vaisseaux iliaques primitifs.

(1) BulL Soc.anat., 1855.

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