XVII. Tableau des principales altérations
A. Du mésentère et du péritoine (pariétal et viscéral). — Péritoine gris, ardoisé (phlegmasie chronique), rouge (avec injection des vaisseaux méscntériques), brun, noirâtre, bleuâtre (certaines péritonites chroniques), lavé et blanchâtre ; infiltré de sérosité, de pus, .de sang, de graisse; épaissi, aminci; couvert d'exsudations plastiques (agglutinant les anses intestinales, les soudant au feuillet pariétal de la séreuse, etc.), de granulations disséminées; éraillé, chargé de matière noire (mélanose, etc.) (3), de noyaux cancéreux, de taches ecchymotiques (empoisonnement par le phosphore, etc.), décollé par du pus, de l'urine, etc., hernie, ratatiné, présentant des kystes séreux; atteint de vices de conformation (4). Vaisseaux méscntériques dilatés, flexueux, oblitérés, augmentés.
B. Du TISSU cellulo-graisseux sous-péritonéal , ET DES muscles DE la CAVITÉ ABDOMINALE. — Méincs aspccts divcrs que la séreuse; infiltrés de liquide séreux, de pus, de matière noire (mélanose) ; granulations sous-séreuses ; flasques, distendus, éraillés, etc.
C. Dès épiploons. — Épiploons adhérents aux organes voisins, à la paroi abdominale, etc. ; rouges, violacés, lie de vin (péritonite herniaire, épiploïte) ; noirs, tuméfiés, épaissis, infiltrés de matières plastiques, de matière noire (mélanose), de sang, de pus, de graisse ; abcédés, gangrenés, surface tomenteusc ou granulée (péritonite aiguë simple), hernies.
(1) Les Bulletins de la Société anatomique, 1852, mentionnent la présence, dans le péritoine, d'un corps fibreux, blanc, dur, gros comme l'extrémité du doigt, provenant de la tuniqtie vaginale. — On pourrait ajouter ici la présence de fœtus dans l'abdomen après rupture de l'utérus.
(2) On a cité un cas où la mort avait été causée par Toubli, dans le péritoine, d'épongés ayant servi à l'ovariotomie (Serres d'Uzès, Connaissances médicales, 20 mars 1864).
(3) La matière mélanique s'observe surtout sur la tunique péritonéale de l'intestin, de l'estomac, du foie, du rein, de la paroi abdominale antérieure.
(4) On a cité des cas d'absence du péritoine et des épiploons.
100 SPLANCHNOTOMIE ET EXAMEN DES ORGANES. XV m. Tableau spécial pour la péritonite.
A. PÉRITONITE AIGUË SIMPLE (circonscfite, enkystée, ou générale). — a. Péritoine : sec, poisseux, humide; injecté, rouge vif (par bandes striées, points ou plaques sur la face antérieure des circonvolutions), noir; exsudations plastiques fibro-albumineuses faisant adhérer les anses intestinales, blanc jaunâtre, molles, remplissant les anfractuosités et organisées en fausses membranes. — h. Liquide (surtout dans les parois déclives) : blanc, jaunâtre, verdâtre, trouble et floconneux, séro-purulent ou purulent, mêlé de bile, de matières fécales ou de sang.
B. PÉRITONITE PUERPÉRALE (concentrée souvent dans le petit bassin, ou autour de l'utérus et de ses annexes). — a. Péritoine et tissu cellulaire sous-péritonéal : rouge, infiltré de pus. — h. Liquide : trouble et floconneux, sanieux et fétide, presque toujours purulent.
G. Péritonite aiguë consécutive. — a. Péritoine : rougeur moins vive, fausses membranes. — b. Liquide : sang, fèces, urine, bile, etc. (varie d'après la perforation).
D. Péritonite chronique. — a. Péritoine: fausses membranes faisant adhérer les anses intestinales aux parois de l'abdomen, épaisses, grisâtres, noirâtres, consistantes, molles, (riables; tubercules le plus souvent. — b. Liquide : séro-albumineux, blanc, opaque, parfois purulent.
Nous ne saurions terminer avec le péritoine, sans appeler Tatlentlon sur sa portion pelvienne, et notamment sur le cul de sac vésico-rectal de l'homme, utéro-rectal de la femme. Indépendamment des cas de péritonite pelvienne (pelvi-péritonile), consécutive aux phlegmons péri-utérins, à la fièvre puerpérale, à Tavortement , au traumatisme , aux diathèses tuberculeuse et cancéreuse, etc., cette portion du péritoine offrira parfois des lésions non diagnostiquées sur le vivant : kystes recto-utérins (pileux (1), purulents, hydatiques), grossesses extra-utérines, hématocèle utérine, phlegmons péri-utérins, etc. Nous consacrerons quelques lignes à cette dernière lésion dans le chapitre Vf, réservé aux organes génitaux de la femme.
Le tissu cellulaire sous-péritonéal du petit bassin attirera également Tattention dans certaines affections des organes voisins,
(1) Voyez notamment Bull. Soc. anat., 1852, p. 298, communication de M. Lebert. Ces kystes reconnaissent la même origine que les kystes pileux de l'ovaire (chap. Vï).
hémorrhagies péri-utérines, phlegmons et abcès pelviens, rupture de la vessie avec épanchement urinaire, etc. (cbap. IV et VI).
Quand il y a phlegmon des mailles conjonctives sous-péritonéalesdu petit bassin, de la fosse iliaque, du psoas, elles se montreront infiltrées de matière jaune ou gris verdâtre, gélatineuse, albumino-purulenle ; elles seront épaissies, dures, lardacées en quelques points, ailleurs friables et réductibles en grumeaux : l'aponévrose d'enveloppe des muscles voisins pourra être éraillée, détruite, et ces désordres se seront quelquefois étendus jusqu'aux fibres musculaires (obap. IX).
De» intestins.
Les poumons, le cœur et les intestins sont les organes qu'on a le plus souvent à examiner dans les autopsies cadavériques. Ainsi, indépendamment des cas de fièvre typhoïde, qui enlèvent tant de malades à Paris depuis quelque temps, on fait encore des recherches sur les intestins pour connaître les lésions produites par des perforations, des rétrécissements, des ramollissements, des étranglements ou des invaginations, des hernies, le cancer, la syphilis, Talcoolisme, etc. (1). Il est donc indispensable de bien
{i ) Dans Les expertises judiciaires^ selon le règlement prussien déjà plusieurs fois cité d'après Casper :
a § là. Pour ouvrir la cavité abdominale^ il faut inciser le péritoine ; on renverse les téguments de chaque côté, de manière que l'on puisse voir la partie inférieure des côtes. Après l'examen général de cette cavité, on doit examiner à part le foie, l'estomac, les intestins, répiploon, le mésentère, la rate, les reins, la vessie, les gros vaisseaux et, s'il est nécessaire, le péritoine ; chez les femmes, l'utérus et ses annexes. Pour évaluer la quantité de sang contenu dans la veine cave inférieure, on doit soulever la partie supérieure du corps. Pour savoir où un vaisseau a été blessé, il faut introduire de l'air avec un tube.
» § 15. S'il y a soupçon d'empoisonnement, on doit faire une double ligature à la partie inférieure de l'œsophage et au milieu du duodénum, et l'on coupe l'œsophage et le duodénum entre les deux ligatures. On retire l'estomac avec la partie supérieure du duodénum, on examine sa surface externe et interne, ainsi que ce qu'il contient; puis on met tout dans un vase que l'on donne au juge, afin qu'il en fasse faire l'examen chimique. Dans ce même vase on doit mettre l'œsophage, après l'avoir lié à la partie supérieure, l'avoir coupé au-dessus de la ligature et l'avoir examiné anatomiquement. Enfin on doit mettre également à part d'autres substances, telles que du sang, de l'urine, des portions du foie, de la rate, etc., si l'on croit que l'on pourra x trouver des traces de poison.» (Casper, t. II, p. 70-71.)
connaître les procédés adoptés 'pour Tinspection de ces matières.
Comme nous le recommandons pour tous les organes, les intestins seront d'abord examinés sur place. On devra noter s'ils sont refoulés en haut, en bas, en arrière, comprimés par diverses tumeurs, météorisés, etc. Y a-t-il hernie, anus contre nature, étranglement, il sera bon de constater les rapports de la portion affectée avec la paroi abdominale, avec l'épiploon. — Dans certaines occasions, il aurait môme fallu ménager la paroi adominale correspondante. Ainsi, dans les cas de hernie, on n'ouvrirait dès Tabord qu'une portion de Tabdomen, comme pour la constatation des lésions résultant de blessures, en médecine légale (p. 34) : pour arriver à la tumeur herniaire, il serait procédé alors comme dans l'opération de la hernie étranglée, couche par couche, en isolant successivement la peau, les fascia superficialis et profonds, etc. Le sac mis à nu, on examinerait soigneusement son contenu, Taspect de l'anneau herniaire par ses faces interne et externe ; on cherchera la cause de Fétranglement, les points sur lesquels a porté le débridement de la kéiotomie, la portion de rintestin à laquelle appartient Tanse herniée, portion reconnaissable à sa couleur rouge foncé, et qui peut être perforée, gangrenée, etc. Enfin, il faudra tenir compte de la distension des viscères par des gaz ou des matières fécales au-dessus de Tétranglement, de leur retour sur eux-mêmes en forme de cordon audessous des parties herniées, etc.
Pour ce qui est du canal inguinal, rappelons, pour les cas où il deviendrait utile de le disséquer, que certaines affections spéciales y ont été signalées, migration d'abcès de la fosse iliaque, présence du testicule arrêté dans sa marche ou bien remonté à la suite de chutes, de coups violents, kystes hydatiques (1), etc. Le canal inguinal sera ouvert également quand on aura à examiner le cordon spermatique dans sa portion supérieure. Règle générale, il est toujours bon de mettre le doigt dans l'anneau inguinal, comme dans le crural et Tombilical ; des hernies graisseuses ou autres, souvent inaperçues, seront ainsi constatées.
(1) Guyon, Mémoires de la Société anatomique, novembre 4 861. — Le canal inguinal manquerait chez les anorchides [Gazzefta medica délie pvovincie Venete^ 13 février 1864).
Fig. 46.
Canal inguinal et entonnoir crural, à Tétat normal
(d'après Blandin).
. Droit antëricur de Tabdomen dans sa gaine. — 2. Pyramidal dans sa gaîne. < — 3. Aponévrose du grand oblique.— 4. Bord inférieur de cette aponévrose détachée de l'arcade crurale. — 5. Arcade crurale. -^ 6. Orifice externe du canal inguinal. •— 7. Pilier interne de l'anneau inguinal. — 8. Pilier externe. — 9. Expansion fibreuse qui part du pourtour de l'anneau et se rend au cordon spermalique. — 10. Insertion de l'aponévrose fémorale sur l'arcade crurale. — li. Insertion du fâscia transveria!îs sur celle arcade. — i2. Fascia transversalis formant la paroi postérieure du canal inguinal. — i3. Insertion du fascia transvorsalissur \% paroi postérieure de la gaîne du muscle droit. —-14. Muscles petit oblique et transverge. — 15. Anses musculaires du crémaster. *- 16. Fascia superficialis.— 1 7 . Aponévrose fémorale ouverte à sa partie antérieure pour laisser voif les rapports des vaisseaux au pli de l'aine.— 18. Ouverture pratiquée à l'apo-. névroffe crurale pour mettra \ nu lo nerf crural et la gaine des psoas. — 10. Oriv
fice où passe la veine saphèiie interne F. — A. Artère fémorale. — > B. Artère sou«-cutanée abdominale. — C. Veine fémorale. — D. Veines sous-cutaoées abdominales. — E. Veines géniUles externes superficielles. — F. Veine saphène interne. — J. Gan£;lion lymphatique au devant de l'entonnoir crural. — H. Ganglion lymphatique engagé dans Torifice de cet entonnoir. — K. Ligament suspenseur de la verge. — L. Ouverture du prépuce. — M. Méat urinairo.
Extraction. — Après avoir regardé Tintestin extérieurement et sur place, Topera teur mettra une ligature à l'extrémité pylorique de Testomac, et une autre à ^extrémité inférieure du rectum. Souvent d'ailleurs, il se contentera de circonscrire ainsi le tube intestinal jusqu'au côlon descendant : on devrait^méme laisser TS iliaque et le rectum sur place, en cas de recherches à faire ultérieurement pour les lésions des organes du petit bassin, hématocèle péri-utérine (chap. VI), etc.
Une paire de ciseaux coupe Fintestin au-dessus de la première ligature : la main droite, avec ou sans scalpel, détache ou décolle ensuite les adhérences du mésentère, ce repli du péritoine qui fixe le paquet intestinal à la colonne vertébrale. On sort alors l'intestin en l'attirant et le déroulant successivement , pour le faire passer au fur et à mesure dans un seau plein d'eau placé près ou sous la table de l'amphithéâlre. Arrivé aux portions inférieures, on sectionne l'intestin avec le scalpel ou les ciseaux, audessous de la seconde ligature.
Examen extérieur. — L'intestin enlevé de l'abdomen, il faudra compléter la recherche des lésions que présenterait sa face externe. Ainsi, on est susceptible de rencontrer sur cette face des plaques ou des points rouges, bleus, noirs, parfois recouverts de fausses membranes, ou bien encore des pertes de substance dont il y aurait à noter le siège, la forme, les dimension^, l'état du fond : les anses intestinales peuvent être réunies par du liquide glutineux, semblable à une solution de gomme, par une exsudation plastique, etc.
Ouverture de Vintestin. — Les lésions intestinales existant le plus souvent à la face interne, l'ouverture de l'intestin est indispensable. On se sert, à cet effet, de ciseaux particuliers connus sous le nom d'entérotomes (de cvrepov, intestin, et ro/utij, section). Cet instrument diffère des ciseaux ordinaires par la lame destinée à être introduite dans l'intestin, qui est plus longue (4 6 à 20 centimètres en tout), mousse à la pointe, recourbée de manière à former un crochet. La disposition de cet instrument, inventé et baptisé par M. Jules Cloquet, permet de fendre rapidement le canal intestinal dans toute sa longueur.
La manière la plus commode pour ouvrir l'intestin est de le
dévider au préalable, ce qui permet en outre de constater les points où peuvent siéger des brides pseudo membraneuses, un étranglement, une perforation, etc. Après avoir placé le seau contenant le paquet intestinal sur Tune des tables de TamphitbéâCre, Topérateur saisit un des bouts de Tintestiu, en relire la ligature, le passe sous Tanse du seau, et y introduit Tentérotome.
Fig. 47.
Il sectionnera de la sorte toute la longueur de Tintestin, ramenant successivement à lui de la main gauche : Fanse du seau en) pèche le tube digestif de se nouer, et limite les parties qu'on veut couper. Il faut avoir grand soin de faire l'incision, non pas sur le bord libre, où siègent les plaques de Peyer notamment, mais le long de Vinsertion du mésentère.
On évitera dans ces manœuvres de presser la face interne de l'intestin, car un simple frottement sur les villosités pourrait suffire pour déterminer post mortem une injection sanguine ponctuée.
Nous avons supposé qu'on n'avait pas injecté de l'eau dans l'intérieur de l'inlestin, car il est quelquefois utile de recueillir les matières qui en sortent, pour chercher si elles ne renferment pas des corps étrangers, des poisons, des entozoaires, du pus, du sang altéré, etc. Si cet examen paraissait inutile, et il l'est fréquemment dans nos hôpitaux, on devrait, avant de procéder à l'ouverture de la masse viscérale, enlever les ligatures, et, portant le seau dessous la fontaine de la salle d'autopsie cadavérique, fixer l'un des deux bouts de Tinteslin autour du robinet : il suffirait alors de tourner celui-ci pour laver le conduit tout entier à grande eau et pour en chasser toutes les matières fécaloïdes ou fécales. Il serait bon d'ailleurs de regarder les liquides expulsés ainsi de l'intestin, car ils pourraient contenir un taenia, des substances fécales endurcies, des corps étrangers divers souvent non diagnostiqués pendant la vie.
Nous ajouterons enfin que, si Ton a intérêt à constater des perforations, étroites, en pertuis, l'opérateur cherchera d'abord si la pression en fait suinter de« matières fécaloïdes, puis il insufflera sous Teau, avec un soufflet, la portion suspecte de l'intestin. L'eau sert encore quelquefois pour faire macérer plusieurs jours la muqueuse intestinale, quand on veut rendre plus apparente les plaques ou les élevures, et souvent aussi lorsqu'on se propose d'étudier les diverses tuniques au microscope.
Dans tous les cas, après avoir bien lavé l'intestin, il faut examiner la coloration de la muqueuse, — normalement rose foncé dans le jéjunum, rose pâle dans l'iléon, blanc terne dans le gros intestin, — sa consistance, la facilité avec laquelle on la soulève, l'état de ses follicules, des valvules connivenles, et- en général rechercher les lésions résumées dans nos tableaux ci-dessous, leur siège, leur étendue, leur forme, leur nature.
Les affections intestinales reconnaissent souvent des causes variées. Prenons un exemple : Y avait-il obstacle au cours des matières fécales, étranglement interne, rétrécissement organique (distinct des contractures spasraodiques (1 ) , on devrait constater : 1° S'il est dû à un arrêt de matières fécales par engouement herniaire, boulettes stercorales, calculs biliaires, concrétions intestinales (entérolithes, etc.), corps étrangers venus du dehors, tumeurs tuberculeuses développées dans le canal (2). 2° Si les tuniques intestinales sont le siège d'une altération qui, en tuméfiant les parties, a rétréci d'autant la cavité : hypertrophie de ces tuniques, cicatrices d'ulcérations, de perforations, de plaies; conslriction déterminée par les membranes après la réduction d'une hernie ; invaginations diverses, dont le nombre, l'étendue le mécanisme varient aussi singulièrement. — 3° La cause de l'obturation peut exister en dehors de l'intestin : tumeurs diverses du pancréas, de l'ovaire, de l'utérus, du mésentère ou de ses ganglions ; déplacements de la rate, du pancréas ; brides épiploïques (l'épiploon roulé en corde enlace une anse intestinale) ; processus cellulo-fibreux, résultant de phlegmasie ; diverticules de l'intestin (3). — 4" L'arrêt des matières fécales peut résulter d'un
(1) Dans les cas de rétrécissement et d'atrésie, il sera bon, si le temps le permet, de pousser une injection dans l'artère mésentérique pour voir si le liquide pénètre librement dans les branches se distribuant à l'intestin au-dessus et au-dessous de la partie étranglée.
(2) Voyez notamment, sur une tumeur tuberculeuse développée dans le duodénum, Mém. Soc. anat.j 4 853.
(3) Sur les diverticules de l'intestin, voyez, parmi les ouvrages récents, la thèse de M, H. Gazin, 1862, intitulée : EHfde anatomique
At>PAREIL DIGESTIF ET SES ANNEXES. 107
changement dans la situation ou dans la mobilité de Tintestin ; engagement d'une anse déplacée dans une ouverture trop étroite, dans rbiatus de Winslow, dans une éraillure du mésentère, de 1 épiploon, du diaphragme, dans un repli péritonéal de la fosse iliaque ; enroulement de Tintestin autour du pédicule d'un kyste ovarique ou d'un fibrome utérin ; adhérences phlegmasiques entre deux portions de Tintestin, ou entre l'intestin et Tépiploon, rintestin et l'appendice vermiculaire ; torsion d'une anse intestinale autour de ses attaches mésentériques, etc.
Quand l'invagination de l'intestin est simple, une coupe perpendiculaire des parois, pratiquée dans le lieu affecté, fait rencontrer ordinairement : \° la séreuse de l'intestin invaginant ; 2°- deux surfaces muqueuses en contact; 3'* deux surfaces séreuses; 4° la membrane muqueuse de l'intestin invaginé, formant au centre une cavité par laquelle les matières ont pu s'écouler encore au dehors. L'intestin invaginant a subi quelquefois un ramollissement tel, que la partie invaginéd rompt ses parois par suite du gonflement, et fait saillie extérieurement comme un moignon.
Nous compléterons notre tableau des principahs altérations de l'intestin par l'énumération synoptique des lésions de la fièvre typhoïde (1), la fréquence et la gravité de cette affection sep-
et pathologique sur les diverttcules de Vintestin^ mentionnée honorablement au ministre de rinstruction publique et à la Société de chirurgie (13 janvier 1864). — Nous avons observé, sur un enfant de seize ans, un de ces diverticules situés sur l'iléon et correspondant à Tatrophie incomplète d'un des organes appendiculaires du fœtus, du conduit vitello-intcstinal (Goubert). On a cité des cas d'atrésie intestinale, non inflammatoire, par une extension à l'intestin du processus atropbique qui produit la flétrissure de ces appendices de l'embryon (Garver, British med. Journal, 11 août 1860).
(1) Le terme fièvre typhoïde a l'avantage de ne pas spécialiser sur la pathogénie de cette maladie, certainement encore discutable (voy. Union médicale de la Gironde, février et mars 1864; Mémoire de M. Edmond Marx 5ur V affection typhoïde). En créant le mot dothiénentérie^ Bretonneau assimilait, avec Willis, Lccat, Petit et Serres, l'éruption intestinale aux fièvres exanthématiques, et, si ses élèves, MM. Trousseau, Leuret, Gendron, considèrent encore cet état général de l'organisme comme une fièvre éruptive interne, intestinale, beaucoup d'auteurs repoussent cette manière de voir. De même, M. Andral rejette avec raison les noms entérite folliculeuse, entéro-mêsentéritc typhoïde^ comme arrêtant trop exclusivement la pensée sur les désordres de l'intestin, qui ne paraissent qu'une fraction de la maladie, tout en pouvant do\enir l'origine des symptômes ataxo-adynamiquej^.
i08 splancunotOmië £t examen des obganes.
tique noas paraissant exiger on examen spécial , même dans notre Manuel.
XIX. Tableau des principales altérations qu'on peut rencontrer DANS l'intestin (Indépendamment des cas de traumatisme).
A. Muqueuse. — a. Forme , consistance, injection : épaissie, rugueuse, mamelonnée, boursouflée et en bourrelets'; saillante notamment par suite de hernies de la tunique musculaire hypertrophiée ; granuleuse (psorenterie du choléra) ; présentant des vésicules ombiliquées (1); amincie, ramollie, ulcérée (2), abcédée (phlegmon stercoral, etc.), gangrenée (pustule maligne, etc.), détruite, sèche (péritonite herniaire, etc.), friable, flasque (gangrène herniaire, etc.), dépolie, ecchymosée (pustule maligne, fièvre jaune), piquetée, injectée de sang, de pus ; cicatrices de fièvre typhoïde (3). — b. Coloration : rouge (diverses entérites, choléra, etc.), livide, ardoisée, grisâtre, jaunâtre (empoisonnement par l'ammoniaque, etc.), noire (mélanose, fièvre jaune, pellagre), brun noirâtre (hernie étranglée), feuille-morte (gangrène herniaire).
B. Changements dans la cavité. — a. Follicules (glandes duodénales en grappe de Brunner, plaques de Peyer, follicules clos) : gonflés
quand il n'y a pas au début infection septicémique du sang. Andral, Louis, Ghomel, Rilliet et Barthez, Grisolle, et beaucoup d'autres observateurs, ont cité des cas, rares il est vrai, de mort prompte avec simple tuméfaction des follicules, simple hypertrophie des plaques de Peyer, analogue à celle qu'on a constatée dans d'autres afifections, choléra et érysipèle (Ghomel, Clinique médicale), scarlatine (Louis, Fièvre typhoïde ; Forget, Entérite folliculeuse), etc. Ghomel a particulièrement établi qu'il n'y a pas toujours rapport entre les symptômes généraux et l'entérite folliculeuse.
Il faut reconnaître toutefois que les lésions des plaques de Peyer, autres que l'hypertrophie simple ou à pointillé noirâtre, ne se rencontrent absolument que dans la fièvre typhoïde.
(1) Voyez Bull. Soc, ana^, 1853. Ges vésicules, de la grosseur d'une lentille en général, sont dues à un soulèvement de la muqueuse ; elles sont transparentes et contiennent souvent des gaz.
(2) Dans la tuberculisation aiguë des ganglions mésentériques, la muqueuse intestinale présente quelquefois des anneaux ulcéreux à bords rouges et tuméfiés, à fond verdàtre.
(3) Gendron, Louis, Yalleix, Grisolle, Trousseau ont cité des cas de récidive de fièvre typhoïde. — M. Hardon a déposé au musée Çupuytren (n® 368, a : voyez 2« édition de la Pathologie générale de M. Houel, p. 86A) une portion d'intestin d'un sujet mort de fièvre typhoïde et présentant des cicatrices d'une première affection dothicucntériquc entourant une longue plaque gaufrée.
(scarlatine, lièvre typhoïde, choléra, érysipèle, empoisonnement par l'ammoniaque, etc.), orifices dilatés, ulcérés (fièvre typhoïde, parfois choléra), tuberculeux, oblitérés, devenus le siège d'une éruption conlluentc (diarrhée incoercible). — b. Valvules conniventes .'augmentées de volume, atrophiées, couvertes de taches ecchymotiques. — c. Corps étrangers, 1** développés dans le^ canal : matières stercorales durcies rubans de mucus glaireux concret (1); 2^ venus du dehors: plaques métalliques diverses, billes à jouer; couteaux, ciseaux, cuillers (chez les bateleurs surtout), balles de plomb, épingles ou aiguilles, verre pilé, cheveux (égagropilcs, bézoards, entérolithes), noyaux de prunes, de cerises ou d'autres fruits, graines de melon, etc. (2). — d. Liquides contenus : sanieux, puriforme, brun foncé (fièvre jaune, empoisonnement par le phosphore, etc.), vert bleuâtre (mucus épaissi altéré), sérosité jaunâtre (étranglement herniaire), mucus glaireux (dysenterie), mucus rougeâtre, sang plus ou moins coagulé et mêlé de matières excrémentitieUes, méconium.
C. Lbsioiïs diverses. — Rétrécissement (circulaire ou en diaphragme, moniliforme, etc.), stricture par ulcérations syphilitiques (M. Gosselin), atrésie intestinale, imperméabilité partielle, intestin terminé en cul-de-sac, en cordon ; dilatation, anses distendues par des gaz ou des liquides (3), emphysème, hernies diverses et à divers degrés (4) ; réduction en masse du collet du sac herniaire, et de l'intestin hernie ; pellicules pseudo-membraneuses, fausses membranes ; hémorrha^ie et sang infiltré (entérorrhagie ; ramollissement et apoplexie du cerveau, embolie des artères mésentériques, etc.), ulcérations de différentes origines; perforations simples, multiples, en pertuis, de
(1) Nous faisons allusion à ces productions pseudo-membraneuses rubanées, rougeâtres, faites de mucus concret et de cellules intestinales dérormées que M. Vidal a uotanunent signalées dans son érysipèle intestinal {Soc, de biologie, 1862).
(2) Mémoire de M. Garron, Bull. Soc. anat., 1855. Ces corps sont parfois très-pesants et très-nombreux ; ils s'accumulent surtout dans le csBcum. — On a vu des calculs intestinaux atteindre 1000 grammes.
.(3) M. Chevreul, analysant les gaz recueillis dans les intestins de sujets atteints de météorismc, a trouvé : Gaz de l'intestin grêle : oxygène, 15 à 25 ; azote, 70 ; acide carbonique, 24 à 35.
Gaz du gros intestin : oxygène, 5 à 50; azote, 50;- acide carbonique^
20 à 60 ; traces d'hydrogènes sulfuré et carboné. (4) Les plus rares sont les hernies dans la poitrine, avec refoulement des poumons en haut, par suite d'ulcérations du diaphragme (Blancard, Hertod, Botenfeld), ou de défaut d'insertion vertébrale de ce muscle (Weyland, Diss. méd., 1831, p. 7; et Campbell), ou enfin de rupture de la cloison thoraco-abdominale (Cavalier, thèse de Paris, 1804, p. 18; Vecker, Brera sylloge. selecU opusc, t. VU, p. 259; Saint-André, Gazette des hôpitaux, 23 février 1864).
110 SPLANGHlSCrrOMIË £Î EXAMEN DES ORGANES.
nature typhoïde, dysentérique^ tuberculeuse^ cancéreuse^ et dans la {gangrène herniaire ; ouverture de l'intestin à la paroi abdominale, rupture (par accumulation dematièi*es fécales, etc.), éruption pustuleuse, polypes et végétations, squirrhe et cancer, tumeurs cancéreuses adhérant à la face etterne, tumeurs graisseuses, kystes hydatiques adhérents à l'intestin, entoEoaires, diverticules de l'intestin.