‹ Manuel de l'educateur de vers a soieChapitre 1 sur 57 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Je me propose de réunir dans trois ouvrages, qui traiteront du mürier, des éducations et de la filature, tout ce que mes recherches dans les auteurs, mes propres expériences et mes relations ont pu m’apprendre sur l’industrie de la soie. Dans les douze cours publics que j'ai faits depuis 4858, j'ai recueilli aussi de nombreux renseignements de la part même des personnes qui venaient m'écouter. Il s’en est trouvé de tous les pays.

Mais en attendant la publication de ces ouvrages, qui seront aussi complets qu'il me sera possible de les faire, il m'a paru utile de donner aux éducateurs un Manuel élémentaire qui leur fournit les moyens d'appliquer immédiatement les progrès récents de Part.

En prenant la plume pour écrire ce Manuel, j'ai éprouvé le même embarras qui s’est manifesté à l’ouverlure de chacun de mes cours. Cet embarras portait sur la nature même des matières qu’il convenait de comprendre dans l’enseignement, et l'ordre dans lequel ces matière devaient être successivement présentées au lecteur ou à l’élève.

En effet, le principe rigoureux exige que la théorie précède la pratique, et qu’on passe toujours du connu à l'inconnu. Je me suis trouvé très souvent dans l'iinpossibilité de suivre cet ordre logique.

i AVANT=PROPOS.

La première question qui s’est offerte à mon esprit a été celle de savoir si je composerais un Manuel purement pratique, dépouillé de toute théorie et destiné aux éducateurs qui ne cherchent point à se rendre compte des opérations qu'ils exécutent; ou bien si je devais au contraire réunir la théorie à la pratique, et faire suivre la description de chaque opération des explications scientifiques qui s’y rattachent naturellement.

Pour faire la part de chacun, j'aurais pu diviser l'ouvrage en deux parties. Dans l’une, consacrée à Ja théorie, l’homme studieux, l’observateur auraient trouvé la discussion des principes et leur application à Part.

L'autre partie aurait présenté à tout praticien une description laconique et précise des procédés, des loeaux, des ustensiles, avec une règle de conduite tracée presque heure par heure et qui l'eût, pour amsi dire, dispensé de raisonner et de comprendre.

A la rigueur, cette seconde partie était seule indispensable et pouvait constituer tout l'ouvrage.

Mais quel est aujourd’hui le praticien qui consentirait à faire en quelque sorte abnégation de sa raison, pour se livrer à des prescriptions empiriques qu'il ne pourrait ni discuter ni juger par lui même? Quel homme est assez peu éclairé pour renoncer volontairement à s'éclairer davantage par les applications fécondes de Ja séience à l’art?

D'ailleurs il n’est pas une question peut-être qui n'ait été ou ne puisse être encore l’objet de discussions

AVANT-PROPOS. if

utiles entre des hommes appartenant aux différentes écoles, ou placés à des points de vue opposés. C'est done une nécessité pour celui qui trace les préceptes d’un art et décrit ses procédés, de justifier par des théories rationnelles ceux qu'il donne comme définitivement acquis.

Ces considérations m'ont engagé à réunir le plus souvent possible, à la description des procédés, les explications scientifiques qui les justifient et motivent la préférence que je leur accorde.

Cependant, si j'avais suivi cette méthode en toutes circonstances, j'aurais nui plus d’une fois à la eonceplion de l’ensemble d’un procédé, en rompant l’enchainement naturel et la succession des opérations qui le composent.

J'ai dù en conséquence renfermer dans des chapitres particuliers certaines connaissances que le praticien ne peut se dispenser d'acquérir, mais qui auraient été déplacées au milieu des descriptions de procédés.

C'est ainsi que j'ai traité à part, sous le titre d’histoire naturelle du ver à soie, la description de cet insecte à ses différents états, ses mélamorphoses, ses crises naturelles, ses mœurs.

J'étais fort embarrassé, je l’avoue, pour placer eonvenablement ce qui concerne la magnanerie et son ameublement, A la rigueur, il faut connaitre toutes les nécessités d’une éducation pour se rendre compte de ee que doivent être les locaux qui lui sont destinés; mais. d'un autre côté, comment décrire avec clarté les procédés d'éducation, quand les lieux dans lesquels ils

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