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CHAPITRE TH

Ameublement de la magnanerie.

8 1. Tables.

Nous avons pourvu, dans les chapitres précédents, à la construction, au chauffage et à l'aération de la ma- »nanerie; mais nous n'avons encore rien établi dans l'atelier pour recevoir les vers à soie. Il convient maintenant de le meubler.

On donne le nom de tables aux surfaces sur lesquelles vivent les vers à soie, quelle que soit d’ailleurs la nature de ces surfaces. On en a fait en planches, en nattes de jones, de roseaux, de paille; en claies d’osier ou de bois ; en grillages de fil de fer ou de rotin ; en filet ; enfin en toiles de diverses sortes, telles que canevas, toiles d'emballage ou toiles à coller les papiers de tenture.

L'usage de couvrir de papier ces diverses tables est à peu près général et indispensable pour beaucoup d’entre elles. Il nous sera bien facile de faire un choix entre ces divers systèmes, quand nous nous serons rendu compte du but qu'il s’agit d'atteindre.

Il est évident que des vers à soie sont dans les meilleures conditions possibles sur les rameaux d’un arbre. L'air les entoure de toutes parts; ils n'ont à craindre ni l’humidité, ni les émanations putrides, ni l'influence d’une litière infectée par des vers morts de maladies contagieuses.

Sur des tables, au contraire, quelle que soit leur

nature, fous ces inconvénients vont se présenter plus ou moins. L'air ne circule plus qu'à la surface et imparfaitement ; le ver séjourne sur une épaisse litière ; celle-ci, bientôt convertie en fumier, dégage des vapeurs méphitiques ; elle est souvent humide, quelquefois semée de cadavres de vers atteints par la maladie. La table elle-même, qui a servi à plusieurs éducations, a été imprégnée de la mauvaise odeur des litières; elle a peut-être conservé dans ses pores les germes de maladies mortelles; elle s'oppose plus ou moins à la dessiccation des litières, suivant qu’elle est plus ou moins compacte.

Partant de ces données, nous allons reconnaître que des planches sont ce qu'il y a de plus mauvais pour construire des tables, et que des tissus assez clairs pour permettre la dessiccation de la litière, assez serrés cependant pour qu'on puisse éviter l'emploi du papier, sont ce qu'il y a de mieux.

Les tissus auront d’ailleurs plusieurs avantages précieux. Après l'éducation, ils seront débarrassés par le lavage de toute mauvaise odeur, de tout germe de maladie; serrés dans des armoires comme du linge ordinaire, ils seront conservés avec la plus grande facilité et se retrouveront en bon état à l’éducation suivante; enfin, avec des toiles, nous pourrons former des tables de la plus grande dimension, sans qu'elles cessent pour cela d’être légères, maniables et très faciles à démonter.

Tous ces avantages avaient frappé un grand nombre d’éducateurs depuis plus de deux cents ans, et cependant, après avoir essayé les toiles, ils y avaient renoncé. La raison en est fort simple. Tous avaient cloué les toiles

sur des cadres en bois. Par ce procédé, ils perdaient à l'instant le plus grand nombre des avantages qu’elles offrent. Les toiles ne pouvaient plus être démontées et lavées; les clous les perçaient promptement; on ne pouvait ni les tendre ni les détendre pendant l'éducation; enfin la dimension était bornée par celle des cadres.

Toutes ces difficultés ont été levées depuis quelques années par un arrangement des plus simples et des plus économiques, qui permet de placer et déplacer les toiles avec une grande facilité ; de les tendre quand elles sont trop lâches; de les desserrer quand elles sont trop tendues ; de leur donner enfin les plus grandes dimensions, sans qu'elles cessent d’être aussi maniables que les tables les plus petites. Aussi, depuis quelque temps, on préfère les toiles à toute autre combinaison dans les magnancries dont on établit ou renouvelle l'ameublement.

A. Tables en toile.

Toute espèce de loile pourra servir pour établir les tables d’une magnanerie ; mais généralement on préfère le canevas, non pas le canevas à broderies, mais ce cànevas d'une qualité moins belle qu’on emploie pour garnir les garde-manger.

Le canevas se vend environ À fr. le mètre carré. Il est proportionnellement moins cher quand il est plus large, parce que les frais de fabrication sont à peu près les mêmes. Celui qu'on emploie le plus souvent à 4m.20 de largeur; son prix varie de À fr. à 4 fr. 25 c. le mètre courant.

Il se fait aussi des toiles d'emballage claires, d’une qualité bien suffisante, qui ne valent pas plus de 75 à 90 c. le mètre courant, sur 4",20 de largeur.

Du reste, on trouvera presque partout des tissus analogues, fabriqués dans la localité, qui rempliront parfaitement le but et seront d’un prix inférieur encore à eeux que je viens d'indiquer. Il suffira que ces tissus remplissent les conditions suivantes :

1° Que leur largeur soit proportionnée à celle qu'on veut donner aux tables et qui résulte des dimensions de la pièce dont on dispose;

2 Que leur trame soit assez claire pour permettre la circulation de l'air, et assez serrée cependant pour qu'on puisse éviter l'emploi du papier;

5° Qu'ils soient d’une assez bonne qualité pour supporter le lavage.

Quand on aura fait choix d’une toile ou canevas, on la divisera en morceaux qui auront en longueur 0,50 à 0,60 de plus que les châssis ou cadres sur lesquels ils doivent être tendus. Par exemple, les cadres de la magnanerie que nous avons décrite auront 5 mètres de long; les morceaux de canevas auront, par conséquent, de 5,50 à 5,60.

A chaque bout, on fera un ourlet de 0",05 à 0",06 de largeur, formant coulisse ; puis, de 0",55 en 0,55, on fera coudre sur les bords du canevas, et de chaque côté, neuf petits morceaux de ruban, formant goussets.

On aura en outre fait préparer par le menuisier deux espèces de baguettes en bois léger et nerveux. Les unes seront rondes et de la grosseur du pouce; les autres,

demi rondes. Elles auront une longueur égale à la lar-

geur du canevas. Leurs extrémités seront bien arrondies à la ràpe.

/ Neuf baguettes demi-rondes seront placées dans les goussets qui garnissent les bords du canevas et le diviseront en dix parties égales (fig. 28).

Il'est facile de comprendre que la toile se trouvera ainsi tendue dans le sens de la largeur et qu'elle pourra être posée sur un cadre.

Pour la tendre dans la longueur, on s’y prendra de la manière suivante :

On fixera dans deux baguettes rondes ef, g h, de petits pitons, au nombre de quatre pour chaque baguette ; ils la divisent en quatre parties égales (fig. 28, a,b,c,d).

Dee 7 Cesdeuxbaguettes seront pas-

Figure 28. sées dans les ourlets ou coulisses préparés aux deux bouts du canevas. Les pitons des extrémités dépasseront la coulisse, qui sera légèrement refoulée vers le milieu. Les deux pitons du milieu sortiront de la coulisse par des trous faits d’un coup de ciseau.

La toile, ainsi préparée et posée sur un cadre, le dé-

passera à chaque extrémité de 0",50 environ ; les deux bouts pendants seront relevés sous le cadre et réunis au moyen de deux cordes passées dans les pitons, comme le lacet d’un corset ; mais l’arrangement de ces deux cordes est important, puisque c’est de lui que va dépendre la facilité de tendre ou de détendre la toile à volonté.

La figure 29 représente l’arrangement des deux cor-

Figure 29.

des. On voit qu'elles forment au centre deux boucles a, b. En passant l’une de ces boucles dans l’autre et en tirant, on serre le tout à volonté et on tend toute la toile; on fait un nœud. Quand la toile est trop tendue, on làche un peu le nœud.

Pour démonter la toile, il suffit d'enlever les cordes et les baguettes.

Ainsi donc, au moyen de quelques baguettes de bois et de deux bouts de corde, on convertit un morceau de toile en une table qui remplit toutes les conditions. Aussi ce procéde se répand-il partout, à la grandesatisfaction de ceux qui l’essaient.

MAGNANERIE. 95 B. Écheleites ou supports des tables.

On donne ordinairement le nom d’échelettes au système de poteaux et de traverses qui supportent les tables, quelle que soit la nature de ces tables.

On appelle travée un ensemble de tables autour duquel on peut circuler (fig. 50 et 54).

La construction des travées qui doivent occuper une magnanerie est soumise à certaines règles que l’expérience a fait connaitre.

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