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CHAPITRE PREMIER. Epoque et durée de l'éducation

Si l’on cherche à se rendre compte du but qu'il s’agit d'atteindre quand on entreprend une éducation de vers à soie , on arrive bientôt à reconnaître qu’il peut être défini en termes très simples :

Éviter les circonstances défavorables ;

Réunir les circonstances favorables.

En effet, tous les êtres sont exposés à l’action d’un srand nombre de causes de destruction. Pour qu’ils puissent y échapper, la prévoyante nature a placé épalement auprès d’eux, et plus ou moins à notre disposition, divers moyens de défense ou de conservation. L'art consiste à tirer le meilleur parti possible de ces ressources. Tel est le but de nos efforts.

Dans les chapitres suivants nous allons étudier les principes généraux, résultats d’une longue expérience, ainsi que les procédés qui n’en sont que l'application . rafionnelle,

104 PRINCIPES GÉNÉRAUX $ 2. Éducations de printemps.

On a fait des éducations de vers à soie au printemps, en été et en automne. Celles qui se font dans ces deux dernières saisons font évidemment exception ; il en sera parlé dans un chapitre spécial. Ce n’est point sous ce rapport que je me propose d'examiner la question en ce moment. Il s’agit seulement de déterminer à quelle époque devront commencer les éducations ordinaires, c'est-à-dire celles du printemps.

En effet, elles pourront être plus ou moins précoces ou retardées, et il est probable que cela n’est pas indifférent.

Quand des œufs de vers à soie sont abandonnés aux influences naturelles de la saison, les vers éclosent au moment même où la feuille est assez développée pour leur servir de nourriture, par la raison que les influences qui ont développé les vers ont exercé la même ac tion sur les müriers et ont fait pousser la feuille.

Il pourrait done paraitre rationnel de s’en tenir aux indications de la nature et de faire naitre les vers à l'instant même où leur nourriture est prèle. Mais si l'on agissait ainsi on s’exposerait à de nombreux inconvénients :

4° Une gelée tardive pourrait détruire les jeunes pousses du mürier, et comme il faut environ vingt jours pour réparer cet accident, les vers périraient en attendant la seconde feuille ;

2° Un simple refroidissement de la température pourrait suspendre la végétation; il faudrait soumettre les

ET PROCÉDÉS. 4105 vers à soie à un retard proportionnel, l'éducation se prolongerait d’une manière fâcheuse ;

5 Comme l'éducation doit se faire en trente jours au plus, sous l'influence d’une chaleur artificielle, si on la commençait au moment même où les jeunes feuilles sont développées , le feuillage des müriers qui ne reçoivent pas l’influence de cette chaleur ne serait pas suffisamment développé au cinquième âge des vers, et le produit des arbres serait singulièrement réduit ;

4° Enfin, l'éducation devant par le fait se terminer avant la maturation complète de la feuille, les vers ne recevraient pas au cinquième âge une nourriture suffisamment élaborée; ils pourraient en souffrir beaucoup.

En conséquence, on attendra pour commencer l’éducation que toute éventualité de gelées tardives ait disparu , et que la saison soit assez avancée pour qu’on n'ait plus à craindre d'arrêt dans la végétation. On combinera les choses de manière que le cinquième âge des vers corresponde à la parfaite maturité de la feuille, c’est-à-dire au moment où les rameaux cessent à peu près de pousser de nouveaux bourgeons.

Quelquefois la saison s'annonce mal; au lieu d’être avancée, elle est en retard ; on se réglera nécessaire ment sur cette éventualité.

Certaines localités sont plus sujettes que d’autres à des gelées tardives. On tiendra compte des traditions .du pays à ce sujet.

Probablement la plantation de müriers se composera de plusieurs variétés, dont quelques-unes seront plus hâtives que d’autres. Dans la même variété on voit aussi

des arbres qui sont constamment en avance sur leurs voisins. On se réglera, pour le commencement de l'éducation, sur les arbres tardifs et non sur les arbres précoces.

En général, et après avoir fait la part de chacune des réserves qui viennent d’être énoncées, on doit commencer l'éducation le plus tôt possible ; les éducations précoces valent constamment mieux que les éducations tardives. Tel est le principe ; il est facile d'en démontrer la vérité.

En retardant l'éducation on s'éloigne plus ou moins de l’époque naturelle, et on ne parvient pas toujours à donner aux vers une feuille en rapport avec leur âge. La température extérieure s'élève beaucoup et finit par dépasser le degré qu'il est convenable d'entretenir dans la magnanerie. On chauffe facilement un atelier ; il est au contraire très-difficile de le rafraichir ; on se trouve donc exposé, vers la fin de l'éducation, à tous les inconvénients d’un excès de chaleur.

L'éducation, se trouvant ainsi reportée dans la saison chaude, ne souffre pas moins de tous les autres inconvénients inhérents à cette saison : les touffes, les orages, la prompte flétrissure d’une feuille cueillie pendant une chaleur excessive. Les ouvriers, accablés par cet excès de chaleur, travaillent avee moins d’ardeur. Souvent d’autres travaux urgents à exécuter dans là campagne rendent les ouvriers rares et élèvent considérablement le prix de la main-d'œuvre.

Enfin, il est une dernière considération de la plus haute importance, qui doit engager à commencer les

ET PROCÉDES. 107 ‘ éducations le plus tôt possible, c’est la nécessité de laisser aux arbres, après le dépouillement qu’on leur fait subir, le plus de temps possible pour réparer leurs pertes, aoûter le nouveau bois avant les gelées et préparer la récolte de l’année suivante.

En effet, si la cueillette de la feuille a lieu tardivement, ce qui reste de belle saison est insuffisant pour le développement etla maturation des nouveaux rameaux ; aux premières gelées ils sont détruits en partie, et avec eux une bonne partie de la récolte suivante.

En résumé, l'expérience a fait connaître qu’en général if convenait de préparer l’éclosion des vers quand les müriers présentent à l'extrémité de leurs rameaux quatre petites feuilles développées.

Cette époque correspond aux dates suivantes, dans les contrées désignées :

Provence, du 40 au 45 avril ;

Languedoc, du 45 au 20 avril ;

Le centre de la France, du 4° au 15 mai ;

Le nord de la France, du 40 au 20 mai.

$ 3. Durée de l’éducation.

Il dépend absolument de la volonté de l’éducateur, qui dispose d’un atelier bien installé et ne manque pas de feuilles, de réduire ou d’allonger de plusieurs jours la durée de l'éducation qu'il dirige.

Avec plus de chaleur et des repas plus nombreux, 1l réduira cette durée. Il obtiendra le résultat contraire au moyen d’une basse température et en diminuant le nombre des repas.

On a expérimenté ces limites extrèmes, et on est

parvenu à obtenir des cocons en dix-huit ou vingt jours. D'autres expérimentateurs ont prolongé l'éducation pendant cinquante jours; dans l’un et l’autre système on a rencontré les plus graves inconvénients.

Pour abréger à ce point la durée de l’éducation, il faut entretenir une température de 50 à 55°, qui devient presque insupportable pour les travailleurs ; et cependant cette température exige leur présence continuelle dans l'atelier, parce que les repas doivent être renouvelés à tout moment. On conçoit, en effet, qu’à une pareille température, la feuille est flétrie peu d’instants après son introduction dans l'atelier. Il faut done n’en distribuer que ce qui peut être dévoré immédiatement, et comme l'appétit des vers est proportionnel à la température, cette distribution de la feuille doit être pour ainsi dire continue.

Malgré le soin qu’on prend d’agir ainsi, en bravant l'excessive incommodité de la température, on n’évite pas une très grande perte de feuilles.

On ne devrait par conséquent avoir recours à ce système qu’autant qu'il donnerait des résultats d'une supériorité telle qu’ils dussent faire passer sur les inconvénients; mais il n'en est point ainsi. Il a fallu y renoncer.

Le système opposé, c’est-à-dire celui dans lequel l’éducation se prolonge outre mesure, a été également essayé un grand nombre de fois. Il se réduit à une pratique très simple : on abandonne les vers aux influences naturelles de la saison; point de chaleur artificielle, ni jour ni nuit. On se contente de les préserver de la pluie,

ET PROCÉDÉS. 409 de la rosée et du vent. On leur donne des repas copieux, qui durent jusqu’à douze heures, c’est-à-dire dont le nombre se réduit à deux dans les vingt-quatre heures.

En procédant ainsi , l'éducation dure quarante, quarante-cinq et même cinquante jours ; elle exige peu de dépenses, mais les résultats sont misérables.

‘En général, dans les pays où l’industrie de la soie est pratiquée en grand, on s’est tenu dans une limite moyenne de trente-quatre à trente-six jours. Il s'agit d'examiner maintenant si cette limite est la meilleure.

Si l’on voulait juger la question par les résultats généraux ou moyens des éducateurs du midi, on n'hésiterait pas à condamner cet usage, car les résultats sont mauvais : on obtient à peine ainsi 24,000 cocons sur les 40,000 vers que donnent 51 grammes d'œufs.

D'un autre côté, l'expérience des éducateurs éclairés a démontré qu’il y avait de nombreux avantages à réduire, même de quelques jours, la durée de l'éducation, et à faire ce qu'on a appelé des éducations courtes, renfermées dans une limite de vingt-huit à trente jours. Il en résulte une notable économie de feuilles et un moindre emploi de main-d'œuvre. Le temps se trouvant abrégé, on est exposé à un moins grand nombre de chances mauvaises, et, au besoin, on peut faire dans le même atelier une seconde éducation. Enfin les produits des éducations ainsi abrégées sont incontestablement supérieurs en quantité et en qualité à ceux des éducations prolongées.

C'est donc dans une limite de vingt-huit à trente jours que nous renfermerons l'existence des vers. Nous

verrons plus loin que nous obtiendrons ce résultat avec

une température de 25° et des nombres de repas qui n'exigeront point un travail exagéré.

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