SOURCES THERMALES
Les Eaux thermales cEAix forment deux sources principales ; Tune dite de Soufre et Eautre à? Alun * ou de St. -Paul. Toutes deux jaillissent avec une abondance extraordinaire , à soixante mètres environ de distance Tune de Eautre.
La première , renfermée toute entière dans
Les anciens, au rapport de Vitruve ( Architect, p. 271 ) , désignaient le gypse , sous le nom d’alun. L’ou peut en infé» l'er qu ayant vu les cavernes, où passait celte source , recouvertes de sullale de chaux, tandis que le même phénomène ne pouvait être vérifié pour l’eau de Soufre, dont le cours souterrain est inaccessible , ils donnèrent à celle-là le nom d’eau d Alun , de préférence a 1 autre. Comme elle ne contient cependant aucune trace de sullale d alumine, quelques auteurs l’ont appelée aussi source de St. -Paul , du nom d'une chapelie qu on voyait jadis a peu tic distance de ses réservoirs.
le vaste édifice , connu sous le nom de Bâtiment royal , sort d'une roche calcaire , pénétrée de petits grains pyritcux , par une ouverture de douze à quinze pouces carrés. Les variations atmosphériques ont peu d'influence sur son volume , sa couleur et sa chaleur ; ce qui porte à croire qu’elle coule plus profondément que l’eau a Alun.
Celle-ci sort du même banc calcaire , à une élévation de près de trente pieds , qui permet de l’employer pour les douches à forte percussion. Elle communique avec plusieurs soupiraux appelés par Cabias les Puits d’enfer , qui semblent indiquer sa direction souterraine. On peut remonter son cours sur une étendue de plus de go mètres, en y pénétrant par une caverne qui a reçu le nom de yrotte des serpens , à cause du grand nombre de ces reptiles , qui venaient y déposer leur dépouille ou épiderme annuel , avant que la partie inférieure de l’entrée eut été fermée par un mur. *
Quelques pas au-dessus , on voit , au milieu du chemin, une autre ouverture de deux pieds carrés , recouverte par une pierre de Regard ;
Les Couleuvres sont innocentes à Ait , comme elles le sont ailleurs; les vipères y sont venimeuses : mais, comme elles y sont très-rares, ce fait a donné lieu à un préjugé qui consiste à attribuer aux eaux sulfureuses , la propriété de neutraliser les effets de la morsure des serpens.
c'est par celle-ci que le curieux descend plus ordinaircment dans les souterrains , à l’aide d’une échelle de huit à dix pieds.
<( Arrivé sur une saillie de la roche , dit le comte Fortis , on aperçoit deux ouvertures en forme de puits. Celle qui se trouve à droite est la plus large; on y descend, au moyen d’une autre échelle de quinze à seize pieds ; au fond de cette seconde ouverture , se trouve une galerie peu inclinée qui mène à d’autres souterrains, présentant diverses directions. »
En marchant du côté de la grotte des serpens, on peut arriver jusques vers l’endroit où elle se joint au soupirail d’entrée, dont nous venons de parler. Les plus intrépides vont jusques-là : mais ce n’est pas sans fatigue qu’ils rampent dans ces circui ts obscurs , où l’eau a près de 4o° R. et les vapeurs de trente-quatre ii trente-cinq.
La lampe, que le curieux porte avec lui dans cette atmosphère humide, n’y jette qu’une pâle lueur ; lorsqu’elle est près de s’éteindre , le danger de s’égarer , joint à la suffocation produite par les vapeurs , inspire aux plus braves un se n liment d’effroi .
Les parois de ces cavernes sont recouvertes , à quelques pouces d’épaisseur , de chaux sulfatée ; plusieurs auteurs ont même ajouté qu’on y rencontrait du soufre cristallisé en octaèdres.
La voûte est tapissée de stalactites mcmbrani-
formes , desquelles on voit couler des gouttes d’eau fort acide. Cliaptal rapporte le même phénomène des bains de St. -Philippe en Toscane , d'après le témoignage de Baldassari. Ce fait avait déjà été observé par le Dr Fantoni qui écrivait , il y a plus d’un siècle , dans son ouvrage sur les Eaux d’Aix : « Je m’aperçus que » les plus acides de ces gouttelettes étaient celles » qui se trouvaient les plus proches de la sour- >» ce , surtout vers la fenêtre qui donne du jour » au réservoir des eaux ;lcs autres l’étaient bcau- )> coup moins , et enfin , celles qui se trouvaient )> le plus loin de la porte, présentaient à peine )) de l’acidité. » Diverses expériences , faites à ce sujet, donnent lieu de croire que l’hydrogène sulfuré , tenu en suspension dans les vapeurs , venant en contact avec Pair extérieur, s’empare d’une partie de son oxigène et le transforme en gaz acide sulfureux ; l’état d’humidité et de gaz naissant, où il se trouve , doit favoriser cette combinaison.
Outre les deux soupiraux décrits, il en existe deux autres; l'un, habituellement fermé, situé au Nord des bosquets du jardin Chcvallay ; l’autre , dans la commune de Mouxy , sous le roc de S. -Victor , d’où l’on voit s'élever en hiver de légères vapeurs.
Les excursions, faites à diverses reprises dans ces souterrains, ont démontré que le massif, a
travers lequel filtrent les eaux, est plein tl a H— fractuosités; une d’elles , existant sous la maison Roissard , semble donner naissance à la source du jardin Fleury.
Les eaux d’Alun tarirent tout-à-fait , il y a environ cinquante ans, et prirent du côté de l’Est un nouvel écoulement, à plus de cent mètres de celui qu’elles avaient d'abord. La visite de la caverne ayant fait reconnaître que des blocs tombés de la voûte en avaient obstrué les conduits, on les déblaya, et bientôt après, les eaux reprirent leur cours primitif.
Des observations qui datent de temps immémorial , prouvent que les Eaux thermales d’Aix conservent à peu près toujours la même température. On a gardé cependant le souvenir de quelques variations assez remarquables. C’est ainsi qu’en ijôô , lors du tremblement de terre de Lisbonne, et en ij83, lors de celui qui bouleversa une partie de la Calabre , les eaux de Soufre se troublèrent et se refroidirent ; elles
Cette fontaine et la source Chevillard jaillissent à un quart de lieue de distance l'une de l’autre. La i.ère est chaude, la 2.ème est froide et contient une substance bitumineuse : cos sources n'ont point été employées jusqu’à présent. L’art médical pourrait néanmoins en tirer un excellent parti, surtout do la source Chevillard qui n est qu’à dix minutes do la ville , sur la route de Charnbéri , dans une position qui permettrait d’on lairo un but do promenado fort agréable pour l’étranger.
tinrent
tinrent en suspension, pendant plusieurs heures, des flocons gélatineux qui se déposaient, sous forme de sédiment bleuâtre; rien de semblable 11 eut lieu alors dans les eaux d’Alun , bien que le même phénomène ait été observé à cette époque , pour un grand nombre de sources thermales étrangères.
En 1816 , les pluies ayant été très-abondantes , il parut aux environs des deux sources principales, d autres filets d’eau chaude qui ne tardèrent pas à tarir, et qui furent probablement le simple résultat d un trop plein. Les eaux d’Alun s’étaient extrêmement refroidies, et celles de Soufre ne marquaient que 2 5 degrés.
En 1822, une nouvelle secousse se fit ressentir dans la direction du N.-N. -Est au S.-S.-Ouest, et réagit encore sur les Eaux. Tout le sol de la Savoie lut fortement ébranlé, surtout aux en— liions du lac du Bourget et de celui d’Anneci. La source de Soufre resta froide, six heures de temps ; elle prit une teinte cendrée et charia , pendant un jour, une grande quantité de matière vegéto-animale. Les eaux d1 Alu n , par une singularité digne de remarque, n’éprouvèrent encore aucun changement.
Dès-lors , les sources n’ont pas présenté de va^ riations notables dans leurs qualités physiques ou chimiques : mais, celles qu’elles possèdent habituellement, pourraient, indépendamment de
leurs propriétés médicales, les rendre extrêmement utiles dans les arts et l’agriculture. En effet , leur situation au penchant de la colline , leur volume considérable et presque toujours uniforme, permettraient de les appliquer dans plusieurs établissemens industriels. On a remarqué qu’elles sont éminemment propres à la confection du papier et qu’elles lui donnent la qualité de conserver les couleurs, qui y acquièrent plus d’éclat pour la peinture au lavis et à l’aquarelle. La faculté qu’elles possèdent de dégraisser et d’assouplir la laine , les feraient employer avec avantage dans les fouleries. Les arts du Teinturier, du Mégissier , du Tanneur, pourraient les utiliser , et elles offriraient à l’horticulture un moyen facile de maintenir dans les serres une chaleur douce et constamment écale.
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