‹ Manuel de l'étranger aux eaux d'Aix-en-SavoieChapitre 17 sur 72 · PHYSIQUES · texte numérisé non relu

PHYSIQUES

Les propriétés physiques des Eaux d’Aix qui mériten t particulièrement d’être examinées, sont : leur couleur , leur odeur , leur saveur , leur pesanteur spécifique , leur volume , leur dépôt et leur chaleur.

L’eau (T Alun observée, tant dans les bassins qui la reçoivent, au sortir du rocher, que dans le Bain royal , présente une teinte légèrement verdâtre, due aux conferves et détritus qui en tapissent les parois.

L’eau de Soufre , tombant immédiatement dans les cabinets de douches et de bains , où règne beaucoup de propreté, n’offre pas la meme teinte,.

Toutes deux , examinées dans un vase de cristal , sont d’une limpidité parfaite; on aperçoit, seulement dans les eaux de Soufre , prises à la source , le dégagement d’une multitude de bibles gazeuses qui viennent crever à la surface et obscurcissent un instant leur transparence.

Les deux sources ont une odeur d’oeufs couvés, soit d’acide liydro-sulfurique, qui cependant est moins prononcée dansl’eau d’Alun. Cette odeur est insensible à la sortie du rocher. Elle ne commence à se développer qu’au bout de quelques secondes de leur exposition à l’air ; vingt-quatre heures après , elles sont parfaitement inodores.

Si la présence de l’acide hydro-sulfurique 11e se manifeste pas constamment à l’odorat, elle se reconnaît toujours au goût : car, après avoir bu une verrée d’eau minérale , on ne tarde pas

Cuulcur.

Odeur.

Saveur.

Pesanteur spécifl que.

Volume.

a (‘prouver des rapports nidureux qui sont d'autant plus fréquens que les circonstances favorisent davantage le dégagement du gaz hydrogène sulfuré.

Leur saveur varie , suivant Tétât de Fair. Trèssensible dans les temps d’orage et lorsque l’atmosphère est chargée d’électricité, elle devient moindre dans les temps chauds et lorsque la pression atmosphérique diminue. Elle est d'ailleurs un peu nauséabonde et lais e une impression douceâtre.

La pesanteur spécifique des deux espèces d'eau est à peu-près la même et dépend de la température qu elles ont au moment de l'expérience. Tant que les eaux sont chaudes, leur densité restant moindre , l’aréomètre , ainsi que Fa remarqué Socquet , s’y enfonce d’un degré et demi au-de. sus de zéro. Refroidies, cet instrument se maintient a un quart de degre au-dessous de ce point et s'écarte peu de la densité spécifique de l’eau distillée.

La source d'eau de Soufre produit , d’après F rancœur, vingt litres par seconde, soit douze hectolitres par minute, et un million, sept cent vingt-huit mille litres par 24 heures. Qu’on ajoute à cette quantité, l’eau d’Alun , dont le volume est moitié de celui de la précédente , et l’on

aura une idée de la masse énorme des eaux thermales qui sont à la disposition de rétablissement.

On remarque dans le grand canal rectangulaire , qui conduit les eaux de Soufre au réservoir de distribution , un dépôt de couleur sombre , composé d’une multitude de lilamens onctueux au toucher , se déchirant à la manière des substances fibreuses, et laissant au goût l’impression d’une saveur fade , légèrement styp tique.

On trouve des dépôts analogues dans le bassin de la source St. -Paul , au fond du souterrain, appelé cul-de-lampe, et dans le Bain royal. Ceux-ci ont plus de consistance et se rapprochent davantage, par leur aspect, des mousses et des lichens , tandis que les premiers sont presque entièrement formés par une substance végéto-animalc , appelée glairine par Anglada , et Batraco - sperme par quelques naturalistes, à cause de sa ressemblance au frai de grenouilles. L’influence de la lumière du soleil la colore en vert , d’une manière manifeste.

La chaleur des eaux est bien différente, lorsqu’on l’observe dans les réservoirs extérieurs ou dans les souterrains qu’elles se sont creusés naturellement. Au fond de la Grotte des serpens , le thermomètre marque quelquefois 4°° IL

Dépôts

Clialeii

Les Bouillons et les cabinets de VEnJêi donnent de 34 à 35 °; le nouveau Vaporarium peut élever la chaleur de l'atmosphère de ses cabinets a 27 0 ; la Division du centre fournit beau à 34 0 ; enfin, dans la division Des princes qui est mieux, aérée et plus vaste , cette chaleur dépasse rarement 33 degrés.

La température des eaux de Soufre varie à peine en hiver ; mais , après de fortes ondées d’orage ou des pluies prolongées , elle s’abaisse de quelques degrés , et il lui faut un certain temps pour revenir à sa chaleur normale. Celle des eaux d’Alun , au contraire, s'abaisse promptement de 4 5 5 degrés dans la saison des pluies, et remonte avec rapidité , aussitôt que les causes du refroidissement ont cessé.

La plupart des auteurs qui ont écrit sur Aix , s’accordent à dire que^ l’eau commune , portée au même degré de chaleur que ses eaux thermales , se refroidit plus rapidement que celles-ci. L'un d’eux assure même que l’eau ordinaire , portée à 8o° R. , perd en deux heures 6o° , tandis que l'eau thermale n'en perd que i5 en 12 heures. Les expériences comparatives que j'ai faites , pour m'assurer de la réalité de cette assertion, ne m'ont point donné les mêmes résultats. Examinées les unes et les autres dans des vases de même métal , de mêmes dimensions , à parois égales , et dont la capacité était remplie

par deux litres de liquide, elles m’ont prouvé au contraire que nos eaux thermales et l’eau commune , se refroidissent d’une quantité égale dans des temps donnés.

Si on plonge la main dans l’eau de Soufre ou d’Alun , sans l’agiter, l’impression de la chaleur est sensiblement moins forte que lorsqu’on lui imprime du mouvement. Cette observation est importante pour celui qui prépare les bains; car la sensation qu’il éprouve lui tient souvent lieu de thermomètre.

Malgré la température élevée des Eaux d’Aix , De Saussure dit , dans son savant ouvrage sur les Alpes (Vol. 3) qu’on trouve des animaux vivans dans les bassins qui les reçoivent , et qu’il y a reconnu lui-même des rotifères , des anguilles et d’autres animaux infusoires.

Les savans sont encore divisés sur la cause de la chaleur des eaux thermales. Plusieurs d’entre eux ont attribué cette chaleur au jeu de l’affinité chimique des corps qui existent dans les entrailles de la terre.

Cause présumée cl l' la chaleur des Eaux thermales.

Bari et Lemaire l’expliquent par la fermentation ; Steffens , par l’action de grandes piles voltaïques, produites par l’alternat des couches qui forment l’enveloppe corticale du Globe.

Rullman , dans sa description de Wisbaden , exagérant le système de Kepler, imagine que le

Globe est un animal doué de vitalité, et que les eaux minérales appartiennent a ses sécrétions.

Etmuler , J al mont- de-B omar e , (j ode f roi , pensent que cette chaleur est due à la décomposition des pyrites 5 Martinet , à l’electricite ; Paul Du hé et Verncr , à la combustion lente des mines de charbon fossile ; Dary , à la décomposition de l'eau et à boxidation, dans l’intérieur du Globe , des métaux qui forment la base des terres et des alcalis.

Z)1 Omalius d’Halloy a recours, pour l’expliquer, à la chaleur centrale. * « On conçoit, dit-il {El.

* Le calcul a prouvé ans Aslrouomcs que noire planète a précisément la forme qu'elle aurait dû prendre, si elle avait été primitivement fluide. Les observations laites sur la température intérieure de l’écorce du Globe , dans les plus grandes profondeurs qu'il ait été possible d’atteindre, démontrent aussi que celle écorce est douée d'une chaleur indépendante de cel- ]e que l'action du soleil développe à sa surface; que cette chaleur augmente avec la profondeur, et que suivant Gordicr , elle peut être évaluée moyennement à un degré de thermomètre pour 20 mètres de profondeur, d'où il résulterait qu’à 2 kilomètres, elle atteindrait la température de l’eau bouillante, qu'à îo tnyri a mètres (soit moins de 1760 du rayon terrestre ) , elle serait suffisante pour fondre la plupart des roches connues. Enfin , la physique nous apprend qu'une partie de cette chaleur , devant se perdre dans les espaces planétaires, par l’effet du rayonnement, il en résulte un refroidissement continuel. On est donc fondé à conclure que, d’une part, il se trouve endessous de l'écorce du Globe une masse immense à l'état de fluidité ignée, et d'autre part, que la partie extérieure de celle masse fluide tend à passer à l'état solide et à se réunir à la partie inférieure de l’écorce.

de

>) de Géologie , p. 4^8), qu’au milieu de l’amas » de décombres qui composent la croûte du )> Globe, il se trouve non-seulement desinters- » tices suffisans pour laisser passer des courans » de matière liquide ; mais qu’il doit y en avoir » d’autres plus resserrés qui ne laissent passer » que des gaz plus ou moins échauffés. Or , dès » qu’un de ces tuyaux naturels sera en commuées différentes considérations sont la base du système géogénique qui rencontre aujourd'hui le plus de partisans , d’après lequel :

i° Notre planète a été primitivement à létal de fluidité incandescente , entourée d’une atmosphère composée des fluides élastiques actuels et d’une foule de matières sublimées.

2° La cause calorifique ayant cessé, un des premiers effets de l’abaissement de température a été la coagulation d'une croûte solide , ou un premier mode de formation de roches de haut en bas.

3° Une partie des matières sublimées s’est ensuite précipitée sur la terre cl vint ajouter une nouvelle croûte solide dans un sens différent de la précédente, soit de bas en haut -, c'est la précipitation atmosphérique.

f\ Des que le relroidissement du (îlobe a permis que l'eau y restai lluide, un autre mode de formation a eu lieu, par voie humide ; c’est la précipitation aqueuse.

5' Enfin, après la consolidation de l’écorce, a eu lien l’éjaculation, ou la poussée en dehors, d une portion du liquide intérieur , qui a produit les soulèvemens de montagnes et les coulées de roches pyroïdes. Elle s’est répétée plusieurs fois , à des époques souvent fort éloignées. C’est encore aux effets de celte poussée intérieure que nous devons les éruptions actuelles des volcans, les tremblemens de terre et tous les phénomènes qui sy rattachent; enfin, l’existence des sources thermales.

JO

» nication , sous des conditions favorables , avec » de l’eau , il la transformera en eau thermale » ou minérale , selon la nature et la tempéra- » turc du fluide mis en contact; de même que » dans nos laboratoires, on fait des eaux miné— *> raies factices , au moyen des gaz que Ton in- » troduit dans l’eau ordinaire, par des tuyaux » artificiels. »

La plupart des physiciens , et géologues modernes reconnaissant avec ce dernier f insuffisance des causes énumérées par les anciens pour expliquer funiformité de la chaleur des eaux thermales, ont recours , comme lui, à la théorie du feu central, Voici leurs raisonnemens :

i° Le foyer des sources thermales est à une grande profondeur , puisque les eaux les plus chaudes sont souvent entourées de glaciers ; telles sont celles de Louëch dans les Alpes , celles du Jumnotri et autres sources chaudes des monts Himalaya.

2° Le plus grand nombre d’elles existe dans des contrées qui ont subi autrefois faction du feu , telles que les Cordillières , les Pj^rénées , les montagnes de l’Auvergne , ou qui la subissent encore aujourd’hui , comme celles de Naples et de la Sicile.

3° La recherche de leur composition chimique y a fait découvrir , en général, les carbon a-

(cs de chaux , de magnésie , de 1er ; les chlorures de calcium , de sodium ; les sulfates de soude , de chaux , de magnésie , des traces de silice ; les gaz qu’elles charient , sont d’ordinaire les gaz carbonique , azote , hydro-sulfurique , c’est-à-dire , les mêmes que dégagent les cratères des volcans en activité.

4° La matière végéto-animale ou glairine qu’on trouve dans presque toutes les eaux sulfureuses, se rencontre aussi dans les eaux d’Jscliia et les vapeurs de la Scffatara , de Pouzzole et du Vésuve.

11 est donc vraisemblable que les eaux thermales doivent leur chaleur aux feux souterrains.

Cette hypothèse , adoptée par le célèbre De Laplace , et qui paraît la seule admissible dans Pétât actuel de nos connaissances, est confirmée par les observations de Humboldt , Cordier, William Fox, Daubuisson , Debuch , etc. par la distribution générale des eaux chaudes sur toute la surface du globe ; enfin , par la rapidité avec laquelle agissent sur un grand

Pendant un voyage <|iie j’ai fait , il y a deux ans , dans le Comté de Cornouailles, je suis descendu dans les mines sousmarines de Poialak et dans celles de Doicoth , dont les galeries sont à plus de mille pieds au-dessous du niveau de l'Océan , et j’ai constaté que dans toutes, la température est d’autant plus élevée qu’on s y enfonce davantage. Aux mines dites UnUcd-mi-

Analyse.

nombre d’elles à la lois , les tremblemens de terre et les éruptions des volcans.

§ 3,ne

PItOPitlÉ TÉ S C MIMIQUE S.

Quand on considère que les eaux thermales sont généralement adoptées comme moyens de guérison , même dans les maladies qui ont résisté à toutes les ressources thérapeutiques , et que les principes médicamenteux y sont en quantité minime, proportionnellement aux effets qu’ils produisent sur nos corps, on est porté à croire que les cures heureuses qu’elles opèrent sont dues moins à la quantité des élémens fixes et volatils contenus dans ces Eaux, qu’à un état de combinaison particulier , ou à l’action de principes subtils qui se sont dérobés jusqu’ici à nos recherches : c’est pourquoi la véritable analyse , celle qui convient spécialement aux Médecins des Eaux , comme l’a remarqué judicieusement Boirol-Desserviers ,

nés , l'eau des travaux inférieurs m’offrit une température de 8° plus élevée que celle de l'atmosphère. Cette eau devait avoir peu perdu de sa chaleur primitive , car elle jaillit avec une grande rapidité et en volume énorme : la force de la machine à l'eu , employée pour l’élever, est de 5o8 chevaux, et son cylindre a sept pieds anglais de diamètre ou a in. , oio.

consiste dans 1’ observation rigoureuse des ellets qu’elles produisent sur l’économie animale.

Le Dr Bertrand du Mont-d’or a dit , en parlant des propriétés des eaux thermales : <c sont-elles » toutes du ressort de la chimie? Les fluides éléctrip que, magnétique galvanique, la lumière dans » tel état, le calorique dans tel autre, s’ils n’a- » gissent pas sur leurs principes constituans , p ne concourent-ils pas du moins à l’effet qu’ils » produisent, en prédisposant nos corps aies sup bir ! Ces eaux, ainsi transportées dans nos lap boratoires , ne sont-elles pas dans une condi- » tion presque analogue à celles des fluides ex- » traits de l’économie animale , où l’analyse trou- » vc tout, hormis le principe de vie. » Cette idée , déjà émise par Chaptal, lorsqu’il avouait qu’en décomposant les eaux minérales, on ri en disséquait que le cadavre , sera confirmée par le tableau suivant, dont les analyses disparates serviront aussi à prouver le vague et l’incertitude qui doit exister dans la composition des eaux minérales artificielles.

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