‹ Manuel de l'étranger aux eaux d'Aix-en-SavoieChapitre 37 sur 72 · DE LA CIRE D’EAU THERMALE · texte numérisé non relu

DE LA CIRE D’EAU THERMALE

Saison

des Eaux. Rien ne règle mieux le temps où Ton doit venir aux eaux d’Aix que la saison du printemps. On peut s’y rendre de bonne heure y toutes les fois qu’elle n’a pas été pluvieuse et que les neiges n’ont pas été fort abondantes. On y viendra un peu plus tard , lorsque le printemps aura été froid et humide. Cependant on peut faire usage des eaux dans toutes les saisons , pourvu qu’on prenne les précautions nécessaires pour se garantir du froid et des variations atmosphériques. Il n’y a jias d’année que plusieurs malades n’y passent tout l’hiver , comme cela se pratique à Batli , bien que la chaleur des eaux n’y soit pas aussi forte qu’à Aix , et jamais ils n’ont eu lieu de s’en repentir , lorsqu’ils l’ont fait , d’après l’avis d’un Médecin prudent et éclairé. 11 est des cas impérieux, où il y aurait même témérité d’attendre une époque plus éloignée, tels sont les cas d’emiplégie récente, sans turgescence à la tête , de paralysie , suite de lésions traumatiques , de rhumatismes chroniques violens et d’affections nerveuses anomales.

La durée de chaque cure est ordinairement de 20 à 25 jours. Ce laps de temps , en quelque

Durée du fiailem ont.

que sorte consacré par l’usage dans la plupart des établissemens thermaux , sullit rarement pour obtenir une guérison complète, à moins qu’on n’y ait à traiter des affections récentes et peu intenses. Il conviendrait souvent d’administrer les eaux à plus petite dose, d’une manière plus douce , et d’en prolonger l’usage , ainsi que le remarquent Bordeu, Monro , Guersent, Saunders et Alibert. Du reste, il en est des eaux d’Aix, comme de tous les autres moyens médicamenteux qui sont loin de pouvoir être administrés de la même manière , à tous les malades, et dans tous les cas.

Lorsque le mal a quelque intensité, il est rare qu’on ne soit pas obligé de revenir aux Eaux plusieurs fois dans la même année. C'est ce qu’on appelle faire une , deux ou trois cures ou saisons. Dans ce cas , si l’état des forces le permet , on a coutume de profiter de l’intervalle d’une cure à l’autre pour faire quelques voyages, que favorisent singulièrement la situation d’Aix, qui est à la portée des régions alpines les plus fréquentées par les curieux.

Un grand nombre va visiter les Glaciers de Chamonix, descend dans le Vallais,par le passage de la Tête noire ou le Col de Balme, fait le tour du lac Léman , et revient à Aix par Genève. D’autres , passant par Chambéri et les Echelles , gravissent la montagne de la Char-

Convalescence des eaux et précautions après le traitement.

trense et reviennent par la riante vallée du Graisivaudan , par l'Hôpital et Anneci.

Comme les Bains commencent à être fréquentés, dès le mois de mai, et ne cessent de l'être qu'en novembre , plusieurs étrangers poussent leurs excursions beaucoup plus loin. Il n’est pas rare d'en voir partir d'Aix , au mois de juin, pour aller parcourir la Suisse, passer le Sim pion , visiter les lies Borromées , Milan , Gênes , une grande partie de la Lombardie et du Piémont , et revenir encore prendre les eaux au mois d'août ou de septembre , en regagnant la Savoie, par Turin , Suze et le Mont-Cenis.

Le malade seyait dans l’erreur si , après avoir achevé son traitement à Aix, il croyait n'avoir plus rien à faire pour en conserver les fruits.

On peut comparer le temps de la cure à une longue maladie, composée d'autant d’accès de fièvre, que le malade a pris de douches , et le temps qui la suit à une convalescence; mais , comme dans toute affection morbide , la convalescence est proportionnée à la durée de cette affection , de même aussi la fièvre artificielle que procure les bains est-elle suivie d’un état intermédiaire qui n’est ni celui de santé , ni celui de maladie , que nous nommons convavalescence des eaux , et dont la durée est proportionnée à la longueur de la cure elle-même.

En général , le malade doit observer, pendant la convalescence, les mêmes précautions et le même régime qui lui ont été prescrits durant le traitement. Il faut donc qu’il suive les principes hygiéniques développés au commencement de ce Chapitre , sur lesquels je ne reviendrai pas ; mais qu’il évite surtout les causes de refroidissement et les excès en tout genre , afin de ne pas s’opposer au travail insensible qui s’opère dans l’organisme , par suite de l’administration des eaux. Il n’est pas rare que pendant cet intervalle il se manifeste des symptômes de saburre gastrique, tels quelapeitede l’appétit , des nausées et l’enduit blanchâtre de la langue ; alors on fait aisément disparaître ces malaises par un ou deux minoratifs : au nombre desquels sont la crème de tartre , l’huile de ricin, les sulfates de soude, de potasse ou de magnésie.

La répétition journalière des douches , des bains ou des étuves détermine chez le malade des mouvemens fébriles thermaux , dont l’effet se continue long-temps encore : aussi, de retour chez lui , éprouve-t-il une disposition a suer aux époques de la journée où il suait a Aix, particulièrement sfil a soin de rester au lit , et s’il use de boissons légèrement diaphoniques.

C'est à ce phénomène physiologico-patholo-

gique , qui se vérifie constamment du plus au moins , après une cure méthodique et régulière, qu’on doit, en partie , attribuer ces guérisons qui surprennent , arrivées quelques semaines après l'usage des eaux, dans les cas de sciatiques fort anciennes , de tophus articulaires , de rhumatismes erratiques et autres affections que le traitement thermal avait exaspérées.

Quant aux soins diététiques, il convient d’y apporter une attention spéciale , lorsque la poussée des eaux s’est effectuée d’une manière tardive ; car alors le travail de dépuration n'étant pas complet , si la répercussion de l’exanthème a lieu , elle est presque toujours suivie d’accidens funestes. Enfin , on ne doit discontinuer ce régime et ces soins , qu’après un certain laps de temps et lorsque la disposition aux sueurs spontanées a complètement disparu. On évitera par ce mo)^en des rechutes d'autant plus faciles et dangereuses, pendant la convalescence , que le mal, reparaissant avec une violence nouvelle , trouve des organes plus affaiblis et moins disposés aux réactions vitales.

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