PARALYSIES
Qu’on ne croie pas pourtant que tous ces malades peuvent guérir ; il en est d’incurables. Que l’on n’en accuse ni nous, ni la nature. Ce que nous pouvons produire dépasse de beaucoup les limites tracées par la science j mais que l’on ne nous demande pas l’impossible. Qui ne sait que le terrible travail qui précède la mort commence et se fait souvent peu après la naissance, et que lorsque nous sommes avertis, l’édiGce est miné de toutes parts?
Lorsque, après avoir magnétisé généralement, on s’arrête à une action locale, qu’arrive-t-il? P’abord de la cAo/eur dans le membre froid, puis des picotements, et si vous persistez après quelques instants de magnétisation, vous obtenez des contractions et souvent aussi, comme je l’ai dit déjà, une sorte de commotion qui ressemble à de légères décharges électriques.
En continuant, les secousses augmentent d’inrtensité, et le malade ne tarde pas à recouvrer la souplesse et l’usage du ou des membres paralysés.
La vieillesse ne s’oppose pas toujours à un changement heureux ; mais en général, dans ces cas, on ne doit se promettre qu’un demi-succès. Je viens de produire, sur un vieillard hémiplé-
96 MANüEl DE l’ÉTODIANT MAGNÉTISEUR, gique, un effet singulier : le gros orteil du côtd paralysé était relevé et ne pouvait s’abaisser par la volonté. Au bout de quelques jours, il rentra sous l’empire du mouvement volontaire et reprit sa position naturelle.
§ II. Chorée ou danse de Saint-Guy.
Lors de mes expériences de Reims, un homme affecté de chorée depuis quarante ans s’en vit débarrassé en moins de deux mois par un de mes élèves. C’est en excitant les nerfs, en produisant des mouvements plus forts que ceux qui avaient lieu presque constamment, que ce malheureux vit cesser en si peu de temps un mal qui avait fait le tourment de sa vie.
Cette marche est également applicable aux tic nerveux et delirium tremens.
§ III. Épilepsie, hystérie.
Contre ces terribles affections la médecine n’a point de remèdes. Si l’on considère, au contraire, le nombre prodigieux de cures opérées par le magnétisme, on est tenté de croire que s’il n’en est l’unique remède, il est au moins le plus puissant.
Les exemples de guérison .sont nombreux, et
les plus remarquables de ma pratique sont relatés dans mes autres ouvrages, avec des considérations sur la nature et le traitement de ces maladies, qui seraient déplacées dans ce petit manuel.
Comme je l’ai dit page h'2, il faut provoquer des accès artificiels , et les faire prédominer sur les morbides.
Tant que je n’ai fait que chercher à calmer les crises par l’application paisible des procédés enseignés par nos devanciers, je n’ai en rien changé les symptômes de ces maladies. Il m’a fallu provoquer, dans le moment de calme , le système nerveux , et obtenir violemment la manifestation des accès; et quelquefois, usant do ce procédé, j’en ai renouvelé plusieurs fois de suite l’apparition. J’ai changé ainsi les heures de leur arrivée , modifié la sensibilité, fait perdre aux nerfs Vhabitude qu’ils avaient de se contracter sous l’empire d’une force occulte, qui avait donné une fausse direction à la circulation des fluides et imprimé dans la mémoire un souvenir qu’il fallait effacer.
Ma volonté, d’abord contrariée, a fini par agir avec une grande promptitude , les principaux efforts étant dirigés du côté du cerveau. La
98 MANUEL DE L’ÉTDDIANT MAGNÉTISEUR, rigidité des membres convulsés cessait en faisant simplement des passes longitudinales sur les parties contractées.
Il reste, à la suite de ces crises magnétiques ^ répétées^ de la courbature, de la lassitude j les muscles, quoique revenus à l’état normal , conservent une sensibilité douloureuse, qui cesse avec le repos.
Voici un cas de guérison que je transcris ici, parce qu’il est complet, et que l’on peut y puiser un utile enseignement, sous le rapport du travail intérieur qui a préparé la guérison et sur les crises qui se sont manifestées. Aucune rechute n’ayant eu lieu , la cure est radicale.
A M. le baron du Potel (1).
Monsieur le baron ,
Avant de terminer un traitement si fructueux pour moi, qu’il me soit permis d’en bénir la • source et de remercier l’homme généreux qui se sacrifieavec tant de courage au bien de l’humanité.
Une maladie cruelle avait brisé mon avenir, le bonheur n’était plus pour moi qu’une amère
(I) Extrait du Journal le MagnélLwie, p. ICI, t. VII.
ironie; l’espérance, ce soutien de l’infortune, avait fui de mon cœur; ma vie s’échappait de mon corps, brisé par des souffrances continuelles; mais vous êtes venu à mon secours, et dispensant en moi ce fluide vivifiant qui maîtrise la douleur, vous avez rendu le repos à mon corps en même temps que vous avez ramené le calme dans mon âme. Recevez-en, monsieur le baron, mes sincères remerciements, et afin que, d’après le bienfait, vous jugiez de la reconnaissance, permettezmoi d’esquisser à grands traits et ma maladie et ma guérison , que je considère au moins comme très avancée.
Il est des êtres qui semblent placés sur la terre pour faire chérir la vie au reste des humains, en leur offrant le contraste de la douleur au bienêtre dont ils jouissent; je fus de ce nombre. Mon enfance se passa au milieu des mille maladies qui ne l’assiègent que trop souvent : à huit ans j’eus la fièvre cérébrale, un médecin fameux me mit à la diète la plus sévère et me condamna ; un autre médecin, également célèbre, me voyant mourir de faim, me fit prendre des aliments; ma mère s’épuisa pour moi en sojns^-hîs-plus tendres, et je fus sauvé; mais déjà mes parents î’Rpaarquaient en moi cette irritabilité nerveuse -qu\ se déve-
100 MANUEL DE l’étudiant MAGNÉTISEUR, loppa plus tard à un si haut point, et de plus des coliques incessantes firent déclarer une gastrite qui me fit soulTrir pendant neuf années consécutives, gastrite suivie cependant de quelque temps de repos. Pendant ce calme mensonger, je plongeais déjà dans l’avenir les regards avides de la jeunesse , et je bâtissais avec plaisir dans mes rêves l’édifice joyeux de mon existence, quand une nuit un songe affreux m’agita violemment et me laissa le matin en proie à une fièvre ardente; le frisson de l’insomnie parcourait tous mes membres, mes dents claquaient avec force, et les convulsions de ma bouche m’empêchaient de parler; en vain je voulus combatre le mal et me livrer à mes occupations journalières, je ne pus rester sur mon siège, je tombai, et pour la première fois j’eus une crise nerveuse, une attaque d’épilepsie.
J’avais dix-huit ans; c’est l’àge où un jeune homme cherche à se créer un avenir honorable, et tout espoir me fut bientôt interdit ! La maladie faisait de rapides progrès; j’abandonnai mes travaux pour jouir d’un peu de repos, et néanmoins mes crises prenaient de jour en jour des caractères plus inquiétants. Pendant les trois dernières années, à la tourmente du corps s’ajoutèrent des
étouffements horribles; ma respiration , rendue extrêmement pénible, menaçait de cesser pour jamais; c'est alors que, m’agkant convulsivement, je poussais ces cris aigus que m’arrachait la douleur, et auxquels succédait le râle de l’agonie, puis mon corps tombait dans la plus complète inaction , jusqu’à ce qu’enbn je revinsse lentement à moi. Â chacun de ces terribles moments je voyais la vie prête à s’enfuir avec mon dernier souffle. Aussi, monsieur le baron, vous pensez que je dus avoir recours à la médecine ; je vis plusieurs docteurs célèbres, et ma maladie allait toujours en s’aggravant; l’un d’eux, qui traitait spécialement les maladies nerveuses, et qui mourut d’une affection de la moelle épinière, me donna ses soins pendant deux ans, et me renvoya en me disant qu'il fallait vivre avec mon mal , plus grand encore, malgré un régime sévère et une médication suivie. Abandonné ainsi de M. Ollivier d’Angers, je suivis le conseil amical de l’honnête médecin de ma famille, et j’allai passer une année à la campagne, on je cessai tout traitement. Je m’en trouvai assez bien ; cependant une de mes crises, devenues, du reste, moins fréquentes , me tint pendant deux heures entre la vie et la mort, et fut plus forte que toutes
GiJiiÿle
102 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, celles qui l’avaient précédée. Ces accès me prenaient le plus souvent après le repas j souvent aussi les contrariétés les déterminaient subitement. J’étais également incommodé par des maux de tête, contre lesquels ne purent jamais agir elBcacement les sangsues ni les saignées ; ils disparurent presque entièrement à la campagne j mais j’avais toujours, dans l’intervalle de mes attaques épileptiques, ces mouvements des viscères que je ne puis décrire, et qui m’annonçaient le plus ordinairement une chute prochaine. Tel était l’état de ma santé quand, l’année dernière, je revins à Paris, où, comme vous le savez, je retombai en deux mois aussi mal que précédemment. Ce fut alors qu’un de mes bons parents, <}ue vous connaissez si bien pour son cœur droit et bienfaisant, M. Simonneau, entreprit de me faire connaître la science de Mesmer, dans laquelle il avait la plus grande confiance ; j’avoue que je ne ne la partageais pas avec lui. D’abord je ne connaissais le magnétisme que par des ouï-dire si souvent menteurs ou exagérés, et puis j’avais été traité par des mains si différentes, et avec si peu de succès, que j’avais pris mon parti, comme me l’avait conseillé M. Ollivier d’Angers j néanmoins j’allai avec M. Simoneau à vos belles con-
férences du dimanche, où je fus promptement convaincu de l’existence de l’agent que vous met- ^
tiez en jeu sur moi ; car mon extrême sensibilité ^
ne me permettait aucun doute à cet égard. A ■
dater de ce moment , je prenais dans vos leçons i
et dans vos ouvrages connaissance du magné- ^
tisme, lorsqu’un soir je tombai chez M. Simon- . 1
neau dans une crise nerveuse; plusieurs de vos *
élèves étaient présents; c’était donc le moment ^ de s’assurer de l’efficacité du magnétisme pour mon mal; un homme aussi aimable qu’intelli- - «
gent, toujours prêt à faire du bien et à seconder les efforts des propagateurs de la nouvelle doc-' . *
trine, M. Andriveau, proposa de me soulager, et dirigeant ses mains sur mes membres convulsés, il en calma bientôt l’agitation; l’oppression cessa aussitôt sous ses efforts, et je fus prompte- , ment en état de m’en retourner chez moi. Je me défie toujours des raisonnements des hommes, mais je me rends aux faits, et le magnétisme a cela de sublime, c’est qu’il parle de lui-même : aussi la semaine suivante, c’est-à-dire dans les premiers jours de décembre, j’allai vous voir, et ^vous commençâtes à me magnétiser régulièrement trois fois par semaine. ^
Je ne vous énumérerai pas toutes les particu-
104 MANUEL DE L’ÉTÜDIANT MAGNÉTISEUR, larités de mon traitement, le récit en serait trop long; il me suffira de vous dire qu’il forma pour moi trois périodes bien distinctes : dans la première, c’est-à-dire pendant une partie de l’hiver, la rigidité des membres était un des principaux caractères de la magnétisation; ma sensibilité se manifestait après quelques minutes d’action par une grande agitation des différentes parties de mon corps, mais principalement des intestins, en même temps que des coliques aiguës me causaient parfois de cuisantes douleurs; il semblait que j’eusse dans le ventre un foyer fixe qui répandait autour de lui des courants de feu; c’est ce qui vous fit juger que le siège de la maladie était au moins en grande partie dans les intestins , et depuis vous m’avez magnétisé spécialement cette partie; les effets les plus heureux s’ensuivirCnt, car mes coliques disparurent; ma santé semblait renaître sous vos doigts , et en môme temps ma sensibilité diminua. Déjà , au commencement du printemps, mes parents et mes amis constataient en moi une amélioration sensible, aucun accident ne m’était survenu depuis le commencement de mon traitement ; je^ n’avais plus de maux de tête, comme les années précédentes ; je pouvais m’occuper sans fatigue
ÉPILEPSIE, HYSTÉBIE. 105
à (les travaux sérieux , et dès lors j’étais convaincu qu’il est un moyen universel de soulager et de guérir les hommes.
Ce fut vers le commencement d’avril que ma sensibilité diminua presque subitement; je ne vous vis plus que deux fois par semaine, et je donnai une série de phénomènes nouveaux. D’abord vous employiez un temps plus long pour m’impressionner; à ces mouvements brusques et répétés qui avaient lieu lors de mes premières magnétisations , succédèrent des mouvements souples et lents; la catalepsie avait entièrement disparu. Ce fut à cette époque que vous remarquâtes chez moi les premières extases qui, allant toujours en croissant, vous donnèrent à observer des scènes si bizarres et si dignes des plus hautes réflexions. En effet, comme souvent vous me le dites, et comme purent l’observer M. Hébert et d’autres personnes, tous mes mouvements donnaient l’expression d’une idée conçue; la joie ou la frayeur se dessinaient sur mon visage et dans mes différentes attitudes; quelquefois vous me vîtes reculer avec effroi , souvent , au contraire , je souriais avec satisfaction , et parfois môme, pressant de mes mains ma poitrine haletante, je fondais en larmes, comme ivre de joie
106 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, et de bonheur. Cependant je n’étais pas somnambule 5 ces expressions étaient données par une force particulière qui agissait en moi en dehors de ma volonté; j’entendais assez bien quand on parlait , mais je ne pouvais vouloir, et une demi-heure après être sorti de chez vous, je me rappelais, quoique assez vaguement il est vrai, la scène dont j’avais été l’acteur, ou plutôt la machine vivante.
C’est 15, je crois, une remarque intéressante; car, lorsque nous dormons, nous sommes isolés, séparés de ce qui nous environne , et si nos actions expriment parfois une pensée , notre cerveau l’a réellement conçue; en effet, si dans le cauchemar nous nous réveillons avec terreur, nous avons vu au moins l’image du poignard qui était près de nous frapper; mais, dans l’état que j’essaie de vous rappeler, mon esprit est encore au monde extérieur; j’entends vos paroles, quoique ne pouvant vous répondre, et, remis dans mon état habituel, je me rappelle les parties les plus étranges de mon extase; mais jamais je ne pus avoir le moindre souvenir de la force qui m’avait fait agir, des idées que j’ai exprimées tour à tour; aussi est-il pour moi hors de doute que , dans l’extase magnétique , nos
actions expriraeut nettement des pensées , des idées que nous avons conçues, et dont nous n’avons cependant nullement la conscience; c’est là, ce me semble, une belle arme pour les spiritualistes, qui pensent que dans certains cas l’âme agit chez nous en dehors de ce que nous appelons notre volonté.
Ce furent, comme vous devez vous le rappeler, ces extases qui caractérisèrent si bien la dernière partie de mon traitement; car, de très rares qu’elles étaient dans la précédente, elles devinrent dans celle-ci très fréquentes. Ma grande sensibilité, amoindrfe pendant un certain temps , s’était de nouveau augmentée; je n’avais plus ni convulsions brusques, ni catalepsie, et, dans mon état normal , je n’éprouvais rien de mes douleurs passées.
Tel est, comme vous pouvez le voir, le résumé bien succinct du traitement que vous entreprîtes avec tant de bienveillance; pendant les neuf mois que vous l’avez continué, je n’eus pas une seule de cescrises nerveuses qui m’effrayaient à si juste raison, et j’ai tout lieu de croire qu’elles ont à jamais disparu.
Comment, monsieur le baron, puis-je reconnaître le bien que vous m’avez fait? Mon avenir
108 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, était brisé, ma vie n’était plus qu’un mal qu’il fallait prendre en patience; je n’envisageais qu’en tremblant l’avenir qui se déroulait devant moi ; le bonheur de la famille était proscrit de mes projets; comment, en effet, aurais-je pu le goûter avec la pensée que mes enfants dussent hériter peut-être du mal de leur père? Du reste, quels projets pouvais-je faire étant moi-même à chaque instant à deux doigts de ma perte ? Mais maintenant un horizon plus vaste et plus lumineux m’entoure , et grâce à vous , monsieur le baron, je puis sans crainte en parcourir l’étendue. Recevez donc mes remerciements bien sincères, et si la Providence m’accorde un jour de jouir du bonheur domestique, permettez que mes enfants, dans les naïves actions de grâces qu’ils adresseront au Créateur, joignent à son nom celui du bienfaiteur de leur père.
Daignez, monsieur le baron, recevoir l’assurance de ma plus haute considération.
Léon Lerolle.
Noyers, 20 septembre 18Û7.
§ IV. Possession , obsession.
Voici un fait étrange, singulier, diabolique; cependant , si vous avez bien retenu ce que je
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