POSSESSION ET OBSESSION
VOUS ai dit des courants artificiels, vous allez vous-même en trouver l’explication.
Un artisan de la ville de Reims était alTecté d’une espèce d’hypochondrie ; il se plaignait de douleurs vagues et de maux nerveux. Malgré la médecine et les médecins, il continuait de souffrir, car vainement on avait essayé de le guérir. Sa maladie avec le temps prit plus d’intensité. 11 perdit le sommeil et l’appétit. Bientôt même ses nuits furent troublées par l’apparition d’un phénomène étrange. Étant couché, il entendait distinctement frapper de petits coups sur le dossier de son lit, à l’extrémité de ses pieds. D’abord il n’y Gt pas grande attention.
Cependant ses pieds ne touchaient point le bois; ces coups étaient très distincts et se répétaient à de courts intervalles. Bientôt ce même bruit se Gt entendre au dossier où était sa tête, bien qu’elle en fût éloignée. La peur prit cet homme : à coup sûr c’était un revenant; on lui demandait des messes; et comme il était crédule et peureux, il fit des prières pour l’âme en peine. Mais l’elGcacité des prières fut nulle dans celte circonstance : le phénomène continua. Ne pouvant y tenir, il fit part de ses angoisses aux voisins, et bientôt toute la ville savait que dans la
<10 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, chambre de cet homme il y avait des revenants :
. on voulut voir et entendre. Cet homme consentit à toute espèce d’examen , et on fut confirmé de la réalité du fait , car les coups frappés , le bruit enGn arrivait toujours de la même manière lorsque cet homme était couché. Les médedns vinrent ; incrédules d’abord , ils parurent se rendre au fait. Ils firent consentir le malade à changer de lit, croyant au fond qu’il y avait là quelque supercherie, que l’examen attentif ferait découvrir. Dans ces cas, les savants supposent toute chose, excepté ce qui est vrai, sauf à reconnaître quelquefois leur erreur et à rendre hommage à la vérité.
Le possédé fut couché chez un médecin : le lieu était bien choisi; celui-ci avait pris toutes ses précautions. A sa grande surprise et contre son attente , les coups mystérieux se répétèrent distinctement , et de manière que des sourds auraient pu les entendre.
Il n’y avait plus de doute , cet homme était de bonne foi. Mais quelle était la cause d’une si étrange chose ? On n’en savait absolument rien, et les esprits étaient en suspens. Les dévots seuls ne l’étaient pas; le diable, une âme en peine, tourmentait le malade...
Oigrtizedb
NOCTAMBÜLISlfE.
IH
Sur ces entrefaites, un chimiste de Rouen, j’ai su son nom , mais ma mémoire ne me le foun* nit plus, n’importe, arriva à Reims pour éclairer cette ville par le gaz , et quelques esprits par sa science. On lui conta le fait, il voulut le constater, et ayant entendu , distinctement entendu, il ne voulut pourtant pas croire aux revenants. Ce savant n’était sans doute rien moins que dévot.
Il proposa au malade de le débarrasser de ces tourments s’il voulait consentir à une simple expérience. Cet homme y consentit avec joie. Ce chimiste donc imagina défaire coucher le malade comme à l’ordinaire, et ceci étant fait, il lui attacha au gros orteil un fil de laiton dont l’extrémité allait plonger dans un vase où il y avait seulement une dissolution saline. O miracle ! plus de bruits, plus de coups frappés; cet homme était tranquille , le démon s’était enfui. Surprise de tous. La répétition du procédé pendant quelquesjoursguérit parfaitement le malade.
Dans un autre temps on l’eût exorcisé , et peut-être l’eût-on brûlé, ce qui eût été bien pis.
g V. Noctambulisme.
Le traitement de cette affection n’est pas sans danger pour l’opérateur. Il faut faire prédominer