CATALEPSIE
ne donne qu’une idée fort imparfaite de la catalepsie, dont la vue frappe l’esprit d’étonnement. Ce n’est jamais sans crainte que je l’ai vue se produire , et c’est pour fixer votre attention sur cet état morbide que je suis entré dans ces quelques détails à propos de l’état magnétique qui porte le même nom, mais qui en diffère beaucoup.
La catalepsie pathologique est toujours symptomatique d’une affection grave ; la magnétique^ au contraire, est sans danger. Cet état de contraction musculaire survient quelquefois de luimôme pendant la magnétisation , mais ordinairement on le provoque. On le détermine par l’accumulation du fluide magnétique vers le cerveau , et par suite en employant des actes de volonté. Une certaine habileté d’expérimentation est nécessaire , ou la catalepsie n’a lieu qu’imparfaitement. Les cataleptiques qu’on exhibepour la satisfaction des curieux ne sont pour la plupart que des somnambules qui éprouvent, par un jeu singulier des forces vives, une roideur partielle des muscles locomoteurs sur lesquels on agit. Mais cet état, quoique seulement cataleptiforme ^ est encore très surprenant.
Ne jouez jamais avec ces instruments) consi-
ivn,ii,:eci by Coogle
166 MANÜEL DE l’ÉTDDIANT MAGNÉTISEUR, dérez les phénomènes qui se développent comme ayant une signification. Faites cesser tout ce qui paraît trop anormal, et vous le pouvez en promenant vos doigts en pointe snr la partie contractée et privée de sensibilité ; appliquez aussi votre main à plat à la base du crâne. Si les phénomènes persistent malgré tout cela , souillez sur le cœur ou sur la région épigastrique; vous obtiendrez subitement une détente nécessaire , et le patient retombera dans un état somnambulique ordinaire.
§ IV. Immobilité.
« Vous n’avez, dit M. Rostan, qu’à vouloir » interdire le mouvement à un membre : deux ou » trois gestes le jettent dans l’immobilité la plus » parfaite ; il est tout à fait impossible à la per- M sonne magnétisée de se remuer le moins du » monde. Vous avez beau l’exciter à le vouloir : » impossible ; il faut la déparalyser pour qu’elle » puisse s’en servir. Pour cela, il faut d’autres » gestes. Ne croyez pas cependant que cette » immobilité ne soit que le résultat des gestes M magnétiques, et que le somnambule, en voyant » ces gestes, ne comprenne ce que vous voulez , » et fasse semblant d’être paralysé ; la volonté
» seule, l’intention de paralyser un membre, la » langue ou un sens, m’a suffi pour produire cet » elTet, que parfois j’ai eu beaucoup de peine à » détruire. J’ai plusieurs fois, devant témoins, » paralysé mentalement le membre qu’on me » désignait ; un spectateur mis en rapport com- » mandait les mouvements ; impossibilité absolue » de mouvoir le membre paralysé. »
§ V. Insensibilité.
Le premier fait d’insensibilité bien constaté, authentiquement constaté , eut lieu à l’Hôtel- Dieu de Paris en 1820, pendant les expériences magnétiques que je faisais alors dans ce lieu rempli de douleurs. Ce fut donc moi qui en offris, sur la fille Samson , le premier exemple à la curiosité et à l’incrédulité des médecins. Je dois ajouter que ces expériences eurent lieu malgré moi ; mais mon opposition devait céder devant des considérations d’un ordre majeur.
J'ai publié ces premiers faits dans mon premier écrit : Expériences de l’Hôtel-Dieu, et j’ai, dans mon Cours de magnétisme en sept leçons, ajouté les expériences qui furent faites successivement depuis par plusieurs médecins ou magnétiseurs. Je ne pense pas qu’on eût, avant 1820,
168 MANÜEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, coupé, brûlé, taillé les chairs des dormeurs sans qu’ils poussassent la moindre plainte. Si j’ai bonne mémoire, les magnétiseurs de ce temps craignaient, au contraire, de laisser toucher leurs somnambules j on apercevait chez les dormeurs une sensibilité qui s’exaltait par le moindre contact étranger, et le rapport , pour être établi, demandait certaines précautions, que tous les livres publiés alors recommandaient avec soin. Mais nous ne sommes pas au bout des découvertes j cet état nouveau nous en fournira bien d’autres encore.
Sans m’occuper davantage de cette origine de l’insensibilité , citons des faits nouveaux ; car maintenant ce n’est plus qu’un jeu de produire cet état si singulier j chaque magnétiseur possède une masse de faits qui ne laisse plus de doute sur cette acquisition de la science magnétique -, ce fait de réalité est constaté surabondamment.
Le docteur Pigeaire, dans son ouvrage, rapporte un grand nombre de cas; j’en extrais les suivants :
<« A Montpellier, M. le docteur Kuhnhoitz , pour s’assurer de l’insensibilité, laissa, à trois reprises, brûler et s’éteindre de la cire d’Espagne sur le dos de la main d’une somnambule, sans
qu’elle ait témoigné la moindre sensation (l).
» M. le docteur Lafont-Gouzi, doyen de l’École préparatoire de médecine de Toulouse, a eu une somnambule qui a supporté sans sourciller l’ustion de la peau dans toute son épaisseur, sur l’avant-bras gauche, dans l’étendue de six lignes carrées. »
On se rappelle l’extraction d’une dent molaire faite par M. le docteur Oudet à une somnambule, qui ne s’en aperçut pas seulement.
« M. le docteur Saura rapporte que M. Martoret, dentiste, passage Delorme, a fait la môme opération à M. Prost, en présence de M. de Latour et de M. Emmanuel de Las*Cases. Le somnambule fut très étonné de ne pas trouver sa dent à son réveil. »
«M. Roubière, dentiste de Montpellier, arracha une grosse molaire à Philippine Bernard , mise en somnambulisme par M. Kuhnholtz, sans qu’elle fît le plus léger mouvement indiquant qu’elle avait ressenti de la douleur. »
M. Varney, de Gray, l’un de mes élèves, m’écrit que, sa femme étant magnétisée, un dentiste de Besançon , M. Petet, a pu, pendant une
(1) Pigeoire, Puissance de V électricité animale ou du magnétisme vital, etc. 1839, 1 vol.in-8.
170 MANÜEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, heure, lui limer les dents sans qu’elle ait senti la plus légère douleur; huit ou dix personnes étaient présentes à l’opération. •
Le docteur Fillassier nous apprend qu’une femme qui n’avait jamais voulu se faire opérer d’une tumeur qu’elle avait au cou, tant elle redoutait l’instrument tranchant, se soumit à l’opération pendant qu’elle était en somnambulisme. Cette tumeur assez saillante, qui avait deux pouces de longueur sur un demi de largeur, fut enlevée lentement , et le pansement fait, sans exciter la moindre douleur.
Le docteur Elliotson, de Londres, a démontré publiquement l’insensibilité sur une jeune somnambule, miss Okey, que je lui avais laissée à mon départ de cette ville.
Le docteur Grandvoinet, président de V Athénée électro-magnétique de Lyon , a démontré à une nombreuse assemblée d’incrédules, dans la salle de la Faculté des sciences de cette ville, l’insensibilité la plus complète d’un sujet magnétisé.
Toutes ces expériences ont une limite; ce n’est, si je puis m’exprimer ainsi,, que le premier échelon de l’insensibilité; mais lisez attentivement ce qui suit. M. Husson, s’adressant un jour
à l’Académie de médecine (il en était alors le président), lui disait : « On est parvenu pendant » ce singulier état (le somnambulisme) à pa- » raljser, à former entièrement les sens aux im- » pressions extérieures, à ce point qu’un ûacon » contenant plusieurs onces d’ammoniaque con- » ceuivéQéi&xiiexiXi sous le nez pendant cinq, dix^ » quinze minutes ou plus ^ sans produire le » moindre effet , sans empêcher aucunement la » respiration , sans même provoquer l’éternu- » mentj à ce point que la peau était insensible à » la brûlure du moxa, à la vive irritation dé- » terminée par l’eau chaude très chargée de » moutarde ; brûlure et irritation qui étaient » vivement senties et extrêmement douloureuses » lorsque la peau reprenait sa sensibilité nor- » male. »
Ici encore je devrais vous citer de grandes opérations chirurgicales, l’amputation de membres; mais vous trouverez dans le Journal dû magnétisme la relation détaillée de toutes celles qui ont été faites en France, en Angleterre, et dans rinde depuis 18/t5. Je pourrais ajouter ù ce court exposé plus de cinquante autres cas d’insensibilité qui, mis à côté de ceux que j’ai publiés dans mes autres ouvrages, en rendent le nombre im-
mcnse. Je borne cet aperçu à une dernière observation qui m’est personnelle.
Une jeune Anglaise, nommée Lucie Clark, alTectée d’une maladie épileptique, me fut amenée pendant que j’étais à Londres. Soumise à un traitement magnétique, elle tomba dans le somnambulisme et nous présenta l’exemple de l’insensibilité la plus prononcée.
Elle portait au cou un séton qui, par le développement d’un énorme bourrelet charnu, la faisait beaucoup souffrir. Ce bourrelet, traversé par le ruban du séton , était très enflammé , et sur ses bords une sensibilité excessive existait. Elle jugea, endormie, que le séton devait être entretenu, mais qu’il fallait couper les chairs qui l’entouraient J elle nous dit qu’elle ne consentirait point à cette opération lorsqu’elle serait réveillée. En effet, elle s’y refusa positivement, lorsqu’à son réveil on l’assura qu’elle avait ellemême ordonné cette opération.
Dans un de ses autres sommeils, un chirurgien anglais était chez moi, et je lui fis part de l’ordonnance de la somnambule : je lui proposai de faire sur-le-champ la coupure jugée nécessaire. Ravi, car il était incrédule, il tira sa trousse, prit un bistouri, et tailla sur la chair vive, comme s’il
eût coupé la pelure d’une pomme, et, pendant ce temps, la somnambule s’entretenait de choses insignifiantes avec une personne qui était en rapport avec elle. Rien ne nous put déceler qu’elle sentit; pas la plus petite contraction des muscles de la face; un rire naturel qui était la suite des impressions qu’elle recevait de la conversation ; aucun mouvement dans la circulation. L’opération, que le chirurgien faisait durer avec intention, se termina au bout de six ou sept minutes. Le sang coulait avec abondance; on mit de la charpie, on banda la plaie, et, un instant après, la malade fut réveillée. On lui dit ce qu’on avait fait; elle ne nous crut pas d’abord; mais, voyant son fichu ensanglanté, elle se trouva mal. Le chirurgien incrédule avait alors un visage où se peignaient tant de sentiments divers, sa contenance était si singulière, qu’il prêta à rire à l’assemblée, qui était fort nombreuse.
Comment obtlem*on l’InscBSlMllte masneilquc ?
Le magnétisme souvent la détermine seul par ses propriétés : il stupéfie la sensibilité ; il refoule au loin, dans d’autres cas, le principe qui sent; il paralyse la fonction du système nerveux
174 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, de maoière à la reodre Dulle; mais quelquefois ce n’est que par art que l’on obtient l’insensibilité. Il faut l’emploi de la volonté; il est nécessaire que vous projetiez sur la partie que vous voulez rendre insensible une plus grande quantité de force, et que cette émission soit soutenue par Vintention qui vous fait agir.
L’insensibilité ainsi obtenue peut durer longtemps; le réveil même, si vous voulez, ne la détruit pas, et vous pouvez enfoncer des épingles profondément dans les chairs ; le magnétisé , aussi surpris que vous, les voit et ne sent rien. Notez bien que rien ne paraît changé dans l’organisütion : le pouls est régulier, il n’augmente ni ne diminue; la chaleur est naturelle dans les parties rendues insensibles , la flexibilité des muscles est la môme, et n’offre aucune différence apparente de l’état ordinaire.
Vous voyez que nos grands physiologistes ne connaissent point la vie , et , croyez-le , je ne touche ici que les plus petits faits produits par le magnétisme. Il annonce une si grande révolution dans les sciences, il confondra tant de grands esprits, qu’il faut être sobre de merveilles. Seulement, il faut constater chaque fait, et les laisser se produire en grand nombre; le temps les fera adopter.
Pour obtenir l’insensibilité , il faut une certaine résolution, une volonté énergique; si la peur vous prend lorsque l’instrument tranchant est dans les chairs , l’individu peut tout à coup sentir. Voici un fait récent propre à Gxer votre jugement; vous allez reconnaître pourquoi l’individu opéré a pourtant senti lorsqu’on faisait la ligature des artères : la faute en est à coup sûr au magnétiseur, qui n’avait rempli qu’à moitié les conditions qui assurent le succès. C’est un cas d’amputation ; je l’extrais du Dundee JVarder.
« L’opération fut faite, au mois de mars 18/t5, à Alylli, en Ecosse, par le docteur Fenton, aidé de plusieurs médecins, sur un jeune homme âgé de dix-huit ans, qu’une tumeur blanche retenait couché depuis deux ans et demi. L’enflure ayant beaucoup augmenté, le docteur Fenton fut d’avis d’amputer la jambe , et aussi de magnétiser son malade, afln de s’assurer jusqu’à quel point on pourrait, en pareil cas, empêcher la douleur. Le 25 janvier, donc , on magnétisa la première fois le malade, et il le fut presque tous les jours depuis. Lundi 24 mars, l’opération avant été faite, on eut la preuve des bienfaisants résultats du magnétisme. Pendant l’amputation le malade ne
176 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, donna aucun signe de douleur j il était assis dans un état de tranquillité parfaite, mais quand les médecins firent la ligature des artères, il poussa un faible cri, ce qui a pu arriver de ce que, n’ayant été magnétisé que pendant quelques minutes , le sommeil ne fut pas assez profond j si pendant toute l’opération on eût continué de le magnétiser, il est probable qu’il n’aurait pas crié.
» L’opération , qui dura une demi-lieure , fait honneur à l’habileté de MM. les docteurs Fenton et Stirton, de Blairgowrie. Le jeune homme, soigné pendant toute sa maladie avec une extrême bonté et générosité par le docteur Fenton , jouit à présent d’un sommeil paisible pendant la nuit, et promet une prompte guérison. »
Ayez soin de réveiller le dormeur aussitôt l’opération terminée. Une seule opération , jusqu’ici, a été funeste, l’ablation d’un sein cancéreux j la malade est morte, non pendant l’opération, mais quelques jours après : cependant elle n’avait point senti. Peut-être le sommeil magnétique avait-il été trop longtemps prolongé, peut-être aussi était-il trop tard : car, dans ces affreuses maladies, le sang est souvent corrompu, et alors l’opération retarde seulement une fin devenue inévitable.
11' est bien rare que l’on n’abuse pas de cet état d’insensibilité : c’est un si bon moyen de conviction ! il détruit bien mieux que la lucidité toute espèce d’objection. Mais souvent je n’ai pu m’empêcher de plaindre ces nouveaux martyrs; car, s’ils ne soulTrent point endormis, les chairs contuses, brûlées ou meurtries par des expériences de pure curiosité , sont douloureuses en état de veille, et ne reviennent à l’état primitif qu’en parcourant la période inflammatoire des plaies ou des contusions ordinaires. Dans la carrière d’enseignement du magnétisme par la pratique, que j’ai parcourue, on ne me reprochera jamais un seul acte de cruauté. Je dois dire cependant qu’il est une foule d’expériences que l’on peut se permettre; elles n’entraînent avec elles nulle responsabilité, elles ne sont suivies d’aucun mauvais effet; mais plus loin je reviendrai sur ce sujet.
Vous pouvez donc, dans un grand nombre de cas, anéantir toute sensibilité, frapper d’inertie toute la surface du corps, et faire pénétrer profondément dans les chairs une force qui annihile toute sensibilité. Quel singulier phénomène ! combien il est digne d’examen ! combien de recherches ne devraient-elles pas être faites pour connaître le mécanisme d’un si prodigieux
178 MANUEL DE L’ÉTDDIAMT MAGNÉTISEUR, changement , d’une altération si profonde des lois de la vie ! I
Ne croyez point pourtant qu’il y ait destruction de quoi que ce soit. Non ; vous avez repoussé , refoulé au loin le principe qui donne la sensibilité à toutes les parties; mais il n’est point anéanti; '
il reparaît lorsque vous vous retirez; un fort inexpugnable lui sert de refuge. Vous pouvez envahir la place, empêcher que rien n’en sorte, et tenir l’ême assiégée un certain temps; mais |
vous vous affaiblissez bientôt, et l’àme recouvre son domaine. I
t]hose singulière, il est des cas au contraire où toute la vie est à la surface ; la sensibilité alors semble doublée; on sent, on perçoit ce qui échappe dans l’état d’équilibre des forces. C’est un nouveau sujet d’études. Arrêtons-nous un instant pour l’examiner.
EuluUon de la senalbiuté.
Le docteur Brierre de Boismont, après avoir rapporté une foule de faits d’exaltation de la sensibilité, ajoute : « On ne saurait nier que, dans certaines maladies, il ne se développe une surexcitation de la sensibilité , qui donne aux sens
EXALTATION DE LA SENSIBILITÉ. 179 une Onesse et une acuité prodigieuses. Ainsi des individus perçoivent à des distances considérables, d’autres annoncent les personnes qui arrivent , quoique les assistants n’entendent aucun bruit (1). »
Mais quel est le médecin qui n’ait pas observé ce phénomène singulier ? Ajoutons à notre récit; peut-être plus tard rendrons-nous compréhensibles tous ces faits.
«Je crois nécessaire, dit Cabanis (2), de rappeler ici particulièrement ces maladies aiguës singulières , dans lesquelles on voit naître et se développer tout à coup des facultés intellectuelles qui n’avaient point existé jusqu’alors... On voit aussi , dans quelques maladies extatiques et convulsives , les organes des sens devenir sensibles à des impressions qu’ils n’apercevaient pas dans leur état ordinaire, ou même recevoir des impressions étrangères à la nature de l’homme. J’ai plusieurs fois observé, chez des femmes qui eussent été d’excellentes pythonisses, les effets
(t)Brierre de Boismont, Des Halludnations, ou Histoire raisonnée des apparitions, des visioyis , des songes , de l’extase, du magnétisme et du somnambulisme. 1845, 1 fort volume in-8, page 301.
(2) Cabanis, 7« mémoire ï De l'influence des maladies sur la formation des idées et des affections morales.
180 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, les plus singuliers des changements dont je parle, 11 est de ces malades qui distinguent facilement à l’œil nu des objets microscopiques ; d’autres qui voient assez nettement dans la plus profonde obscurité pour s’y conduire avec assurance. Il en est qui suivent les personnes à la trace , comme un chien , et reconnaissent à l’odorat les objets dont ces personnes se sont servies ou qu’elles ont seulement touchés. J’en ai vu dont le goût avait acquis une finesse particulière , et qui désiraient ou savaient choisir les aliments et même les remèdes qui paraissaient leur être véritablement utiles , avec une sagacité que l’on n’observe que chez les animaui... »
Quel jeu singulier des forces vives !... Il n’est pas douteux pour nous que le principe de la vie, l’ensemble des forces peuvent se transporter sur une seule partie du corps, sur un seul organe, et s’échapper tout à coup comme le fluide électrique que contient une bouteille de Leyde.
Un célèbre chirurgien devait faire l’opération de la taille sur un homme dans la force de l’âge. Ce malheureux était fixé sur la table fatale, et dans la position favorable à l’opération; il examinait attentivement les préparatifs du chirurgien, et en suivait tous les mouvements. Son
EXALTATION DE LA SENSIBILITÉ. 181 angoisse et ses appréhensions étaient grandes; il s’exagérait la douleur, et redoutait l’instrument dont pourtant il attendait sa délivrance. Voulant enseigner les procédés opératoires dont il allait faire usage, ce chirurgien parlait aux élèves, et leur montrait la partie qu’il allait inciser la première; le patient redoublait alors d’attention; sa vie, je puis dire, était près de l’organe qui allait souffrir; car, au moment où le chirurgien toucha légèrement avec le doigt l’endroit que devait parcourir l’instrument, cet homme expira instantanément. Une mort si prompte , et que rien ne semblait justifier, car l’opération n’avait pas même été commencée , surprit l’opérateur; on fit avec soin l’ouverture du cadavre, mais on ne découvrit aucune altération , et le mystère de cette mort si subite ne fut point deviné (1).
Je vais vous rendre cette mort plus compré-
(1) Il n'est pas rare, à l’armée, de voir des soldats mourir subitement au moment d’une bataille , sans qu’on puisse constater aucune blessure. On dit dans ce cas que c’est un boulet qui a passé près d’eux.
Une joie subite produit le môme effet que l'annonce d’une fâcheuse nouvelle. Quelquefois, dans ces deux cas, la mort est instantanée.
L’aversion des sens , à l’aspect d’un objet hideux, peut aussi causer la mort.
Beaucoup de personnes sont mortes à la vue d’un cadavre ensanglanté. Ce que les maladies et les tortures les plus
182 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, hensible par un autre exemple, et ces faits si étranges, que je pourrais multiplier si je voulais faire la moindre recherche, vous convaincront que, dans certains cas magnétiques et dans certaines exaltations morales que cet agent peut produire, des catastrophes sont à craindre. Ceci, sans doute, sera capable de retenir quelques magnétiseurs qui ne doutent de rien; ils deviendront plus prudents s’ils méditent ce chapitre; d’ailleurs il n’est guère sage de dépasser certaines limites. Des craintes nous prirent, à nous-même, plus d’une fois, malgré notre prudence bien connue; nous vîmes le danger, et nous reculâmes épouvanté. Voici l’exemple récent dont je veux vous parler; je l’extrais du Journal du Havre ,
« Hier, un bien fâcheux accident a attristé la
cruelles ne peuvent faire, un seul mot peut le produire. Des hommes sont morts à l'instant d'un outrage. Mais pourquoi s’étendre sur ces faits? Ils sont de tous les temps, car la vie ne change pas.
Un violent coup porté sur un barreau aimanté détruit sa propriété magnétique. Une commotion morale très forte produit en nous Ip cessation de la vie sans qu'il y ait rien d’altéré dans l'organisation ; rien n’est déchiré, la vie a fui épouvantée; l'anatomiste le plus expérimenté ne peut, avec ses moyens d’investigation, découvrir la moindre lésion. Cé n'est pas seulement la faiblesse qui succombe ; l'organisation la plus robuste n en est point exempte.
EXALTATION DE LA SENSIBILITÉ. 183 distribution des prix au couvent des Ursulines. Madame Monnier, épouse du propriétaire du café des Abattoirs, assistait à cette solennité, qui , d’après son espoir , devait être pour sa jeune nièce une occasion de triomphe. La foule était nombreuse, et de sa place, la dame Mon> nier, n’ayant pu suivre les détails de la distribution, s’informa aux personnes qui l’avoisinaient si le nom de sa nièce avait été appelé. Sur la réponse qu’elle n’avait rien obtenu, la malheureuse tante, qui était debout, tomba de son haut, comme prise d’évanouissement. On s’empressa autour d’elle j mais quelle fut la consternation des assistants quand, essayant de la relever, ils reconnurent qu’elle ne donnait plus signe de vie ! Immédiatement transportée à son domicile, elle a reçu la visite des gens de l’art, qui ont constaté ce cas de mort subite, d’autant plus étrange que la dame Monnier, âgée d’environ trente ans, paraissait jouir d’une excellente santé, et que la cause qui l’a déterminée semble avoir relativement peu d’importance. »
Il n’y a point de magnétisme là-dedans, nous dira-t-on; non sans doute, et nous le savons bien, mais il y a le même jeu des forces , les mêmes déviations, les mêmes perturbations , et il faut
184 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, avoir magnétisé en aveugle pour ne les avoir point reconnues. Je n’insisterais pas sur ces faits étranges; mais il est urgent d’enseigner le magnétisme autrement qu’on ne l’a fait jusqu’à ce jour par des traités qui ne contiennent que l’ombre de la vérité et vous égarent à chaque pas. Mais, dira-t-on, pour tenir un tel langage, êtes-vous donc plus éclairé que beaucoup de magnétiseurs? Sans doute, chaque jour je sens néanmoins qu’il me manque des connaissances bien nécessaires, et je cherche qui pourrait me les apprendre.
Soyez-en certains, j’irais à Vécole si je savais trouver un maître plus habile , et ne m’en croirais pas humilié. Le magnétisme n’est point pour moi une connaissance qui dispense de toute instruction ; et je serai bien heureux si ce petit traité peut engager les magnétiseurs à l’étude physique du magnétisme.
Vous voyez que plus nous avançons, plus la force dite magnétique se dévoile et se montre à nos yeux. Nous venons de voir les curieux résultats obtenus en magnétisant les plexus épigastriques, le solaire surtout. Passons maintenant à l’étude des effets non moins positifs, mais différents, que l’on obtient en magnétisant la tête.
SOMNAMBULISME
lo Effets moraax.
Ces phénomènes sont souvent simultanés des précédents, mais ils en diffèrent essentiellement; ils sont à l’esprit ce que les premiers sont au corps. Ils sont, par leur apparence merveilleuse et incompréhensible, peu propres à éclairer l’esprit des masses, qu’ils subjuguent plutôt qu’ils ne convainquent. Ils ont égaré l’esprit de plus d’un magnétiseur, et seront cause de bien des extravagances. Leur développement spontané ne permet guère de douter que Mesmer en ait eu connaissance ; mais il ne les a pas fait connaître à ses élèves. C’est à l’un d’eux, M. le marquis de Puységur, qu’est due la première observation de sommeil magnétique lucide , état complexe auquel il donna , par analogie , le nom de somnambulisme, mais que l’on commence à appeler préférablement puységurisme.
§ I. Somnambulisme.
L’agent magnétique, outre les propriétés que nous en avons fait connaître, possède une vertu sédative , et , par suite , exerce une action soporeuse ou dormitive sur un grand nombre de magnétisés. Aussi u’est-il pas rare de voir tomber
186 MANUEL DE l’ÉTDDIANT MAGNÉTISEUR, lentement ou tout à coup un être bien éveillé dans un sommeil profond sans administration d’une dose d’opium ou de tout autre somnifère. Vous n’avez fait que promener vos doigts , avec art, devant la face, et tous les sens se sont assoupis ; et toutes les impressions venant du dehors n’arrivent plus jusqu'à lui j il est dominé, anéanti, comme mort, il ne sent plus rien, eoocepté vous; un rapport mystérieux s’est établi entre vos deux systèmes nerveux (1).
Voici la description , à peu près exacte , de cet incommensurable phénomène. Ce sont des autorités scientibques qui vont nous la donner.
M. le docteur Husson, parlant à l’Académie de médecine , s’exprime ainsi :
« Lorsque le magnétisme produit le somnam- » bulisme, l’être qui se trouve dans cet état ac- » quiert une extension prodigieuse dans la faculté » de sentir. Plusieurs de ses organes extérieurs, » ordinairement ceux de la vue et de l’ouïe, sont » assoupis, et toutes les opérations qui en dépen- » dent s’opèrent intérieurement.
» Le somnambule a les yeux fermés j il ne voit
(1) Du Potet, Essai sur l'enseignement philosophique du magnétisme, 1845. 1 vol. in-8, p. 73 et suivantes.
SOMNAMBULISME
» point par les yeux , il n’entend pas par les » oreilles; mais il voit et entend mieux que » l’homme éveillé. — 11 ne voit et n’entend que » ceux avec lesquels il est en rapport. Il ne voit »que ce qu’il regarde; et ordinairement il ne » regarde que les objets sur lesquels on dirige »son attention. 11 est soumis à la volonté de son «magnétiseur, pour tout ce qui ne peut lui » nuire, et pour tout ce qui ne contrarie point » en loi les idées de justice et de vérité. — Il » sent la volonté de son magnétiseur. — Il voit » ou plutôt il sent l’intérieur de son corps et ce- »lui des autres, mais il n’y remarque, ordinai- » rement , que les parties qui ne sont pas dans «l’état naturel et qui en troublent l’harmonie. Il » retrouve dans sa mémoire le souvenir des choses «qu’il avait oubliées dans l’état de veille. Il a des « prévisions et des présensations qui peuvent » être erronées dans plusieurs circonstances , et » qui sont limitées dans leur étendue. Il s’énonce «avec une facilité surprenante. Il n’est point « exempt de vanité. Il se perfectionne de lui- « même pendant un certain temps , s’il est coii- » doit avec sagesse ; il s’égare , s’il est mal di- » rigé. Lorsqu’il rentre dans l’état naturel , il « perd absolument le souvenir de toutes les sen^
» salions el de toutes les idées qu’il a eues dans » l’état de somnambulisme; tellement que ces » deux états sont aussi étrangers l’un à l’autre » que si le somnambule et l’homme éveillé étaient » deux hommes différents. »
Puis, continuant, il ajoute :
« Des observateurs modernes assurent que , » dans cet état de somnambulisme , dont nous » venons d’exposer analytiquement les princi- » paux phénomènes , les personnes magnétisées » ont une lucidité qui leur donne des idées posiw tives sur la nature de leurs maladies, sur la na- » ture des alTections des personnes avec lesquelles ï) on les met en rapport, et sur le genre de trai- » tement à opposer dans ces deux cas. »
Lisez ce qu’ont écrit encore sur ce sujet les de Kedern, de Puységur, Deleuze , Rostan, Georget, Bertrand, etc.
Et, si vous voulez, pour plus de sûreté, n’acceptez aucun de ces puissants et nombreux témoignages; magnétisez vous-raème , vous obtiendrez, n’en doutez pas, la production singulière du somnambulisme magnétique. J’étais comme vous , je n’y croyais point , ma raison rejetait au loin toutes ces merveilles; mais, les ayant produites , j’ai bien dû en accepter la réalité.' Plus
SOMNAMBULISME
de cinq cents personnes ainsi endormies m’ont passé par les mains, ou ont été soumises à mon examen.
J’ai magnétisé d’abord sans avoir appris j j’ai répété les gestes d’un magnétiseur qui savait à peine son métier. Il ignorait bien des choses, mais il produisait des faits , en vertu de cette loi que je vous ai fait connaître, à savoir : que tout homme possède suffisamment de force magnétique pour J lorsqu'il le veut, agir sur le système nerveux d'un autre , et y déterminer des désordres momentanés; plus , le dernier fait que je viens de vous citer, le somnambulisme.
Mais, prenez garde! pour avoir produit le fait, vous n’aurez pas la science. Celle-ci ne vient pas tout à coup; ici, comme en toutes choses, il faut travailler. Vous possédez un instrument, il faut apprendre ù vous en servir !
En vous recevant médecin, on vous dit : Vous connaissez un peu de grec , de latin ; vous possédez votre anatomie; la pathologie vous est familière, la matière médicale aussi. Allez, vous êtes médecin. Et pourtant vous ne l’êtes pas encore; il vous faut l’observation, la pratique, que sais-je? le génie, peut-être!
Un homme à qui l’on donne une palette , un
190 MANÜEL DE L’ÊTÜDIANT MAGNÉTISEDR.
pinceau, des couleurs, une toile, etc., etc., n’est pas pour cela peintre ; il faut qu’il s’exerce longtemps , et souvent , malgré son labeur, il reste médiocre. Il fait des tableaux comme beaucoup de médecins font de la médecine , sans art, sans science, sans génie. Peut-être avait-il en * lui ce qui fait le grand artiste, une âme ardente, un désir passionné d’apprendre de la nature et de la vérité; il n’a pas su, on ne lui a pas dit comment arrive le génie !
Ici , croyez-moi , l’étude , toujours l’étude !
Le repos n’est fait dans la vie que pour les laboureurs , les marchands et ceux qui supputent des chiffres. Le médecin , comme l’artiste, doit toujours travailler; ce n’est qu’à ce prix que la nature lui vend ce qu’on croit quelle lui donne : une supérioritémarquée sur ceux qui l’entourent.
Je voudrais, dans l’étude que je vous propose de faire, vous éviter les inquiétudes, les embarras qui vont vous assaillir. Je voudrais être votre compagnon , peut-être votre maître , afin de vous initier promptement à quelques secrets de l’art nouveau. Mais ce ne peut avoir lieu que par un écrit imparfait, pâle reilet d’une vérité qui n’a encore trouvé aucun homme qui puisse faire sentir sa grandeur et ses bienfaits.
ly/ Googl^
SOMNAMBULISME
L’enfant qui apprend à marcher fait des chûtes, mais il se relève; vous serez comme lui, et, plus tard, vous marcherez aussi dans votre force et votre liberté.
N’écoutez pas surtout ces magnétiseurs qui , méprisant toute étude, vous A\voni: Il ne faut point de science en magnétisme ; cet agent fait t&utJ Rappelez-vous que la nature elle-même s’égare parfois , et qu’il n’appartient qu’au savoir et à l’expérience de pouvoir la redresser dans ses écarts et déviations. Le magnétisme doit cesser d’ètre exercé à la manière des toucheurs et rebouteurs des campagnes. L’ignorance ne produit qu’une foi aveugle et un fanatisme imbécile.
Puységur avait fait de son cuisinier un magnétiseur; mais il était là pour surveiller ses œuvres et lui donner des conseils. Je me rappelle avecamertume, mais je l’avoue sans honte, qu’une croyance exagérée m’a fait dire des absurdités , et magnétiser avec obstination des personnes dont les maladies ne pouvaient en rien être mo* diBées par le magnétisme.
La chose la plus difficile est de savoir gouverner le somnambule. Vous le croyez tenir, mais c’est unProtée : aujourd’hui il est constant, régulier, vous en tirez des choses merveilleuses; demain il sera plein d’imperfections. Et ne pou-
192 U\NUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, vânt prévoir une chute si soudaine, vous vous désespérez ! Laissez-le, il redeviendra sublime, et vous l’admirerez comme si rien ue s’était passé.
Jamais il ne m’est arrivé de produire cette crise singulière sans éprouver une sorte de Tréroissement nerveux , auquel succédait bientôt une joie secrète, un contentement, comme si mon Ame eût voulu m’avertir que je venais de faire une grande chose et que de nouveaux mystères allaient m’ètre révélés. En elTet', il y a tant à apprendre ici ! Chaque somnambule est un instituteur nouveau qui agrandit pour vous le domaine de la nature et qui vous montre la perfection des ouvrages de Dieu. Vous éprouverez le sentiment que je cherche à peindre , non quand vous produirez le sommeil seulement, mais le véritable somnambulisme lucide. Il y a alors un choc d’âme àdmeque vous sentez parfaitement, une sorte d’illumination subite de votre esprit; vous n’étes plus le même homme que tout à l’heure ; quelque chose de divin est sorti de vos mains. Bien des magnétiseurs me comprendront , car ils auront éprouvé ce que je cherche vainement à rendre par des mots. Vous tous qui avez un ardent désir de faire du bien, magnétisez, et je vous promets les plus doux moments qu’un mortel puisse éprou-
Qigitiz^,
SOHNÂMSUUSME.
ver J mtre âme s'unira à une autre dwe, et un voile mystérieux dérobera aux profanes cette sainte union !
Le somnambulisme est contemporain des premiers hommes. Au commencement du monde^ il a dû être permanent 3 aujourd’hui il ne se produit que par:
1 “ une déviation spontanée des forces vives;
2 ' certaines maladies ;
3° l’emploi du magnétisme.
Sa durée est limitée. Il est le complément de la vie; c’est par lui seul que l’homme peut se connaître et remonter à son auteur, Dieu ; et les plus grandes découvertes qui se feront successivement auront pour point de départ cet état moral où rien n’est inconnu.
Le sommeil naturel et tout ce qui y a rapport devraient trouver place ici comme préliminaires; mais ces questions exigent du développement, et eussent allongé ce petit écrit, qui s’adresse aux commençants, auxquels nous n’avons à tracer que des règles pour qu’ils puissent, sans s’égarer, se livrer à la pratique élémentaire du magnétisme ( 1 ).
(1) Voyez Journal de magnétisme, tomes I et II : Éludes préparatoires de somnambulisme.
jgitized by GoogI
Voyons d’abord quels sont les symptômes précurseurs du sommeil puységurien , les avantcoureurs de la voyance :
Prodrome* du Bomnambulisme.
Immobilité des traits, changement de coloration de la face, abaissement fréquent des paupières. Les yeux, plus brillants, prennent un caractère de fixité singulière qu’il est impossible de dépeindre. Quand on a l’habitude de magnétiser, on s’aperçoit que l’action a pénétré dans le ^ cerveau lorsqu’un léger soubresaut du bord libre de la paupière supérieure a lieu. On est certain dès lors de pouvoir produire, en persistant, tous les phénomènes magnétiques, et surtout 1 attraction. Je n’avais point d’autre indication quand, interrompant mon opération , j’annonçais avec certitude que l’incrédule soumis à mon' action était en ma dépendance, et les preuves ne s en
faisaient jamais attendre si j’étais sollicité de les
fournir.
V Quelquefois le somnambulisme est précédé de phénomènes singuliers , l’âme semble se complaire à examiner curieusement et à jouir du travail qui s’opère dans les organes. Peu de personnes peuvent décrire ces sensations délicieuses,
somnambdlisme;
plusieurs l’ont tenté en vain. Voici ce qui m’a paru le plus remarquable de tout ce que j’ai lu. La première description est extraite de la relation de niiMt voyage à Saint-Pétersbourg. Cette pièce, écrite en vers russes , est intitulée : Mon premier sommeil magnétique. En voici la traduction libre :
« Oppressée, et pourtant à l’aise. mon âme agitée semble vouloir briser ses liens matériels j ell^ bat des ailes , elle a bâte de prendre son essor,... Si on la libérait, elle s’envolerait vers des régions inconnues. ^
» Des rêves glissent à l’entour...; ils l’attirent, ils l’appellent; ils l’appellent au delà des
bornes terrestres Ils sont si confus..., et
pourtant ils offrent quelque chose de si tristement doux, de si mystérieusement saint!...
»Et voilà qu’un miroir m’apparaît; et une voix sans paroles murmure à mon oreille ; «Re- » garde, regarde ! dans cette mystérieuse profon^ » deur ; ta destinée se retracera miraculeusement.»
» Obéissante, je plonge dans la glace fatidique mon œil et mon âme attentive ; mais ma vue n’est pas assez lucide, je ne connais point le sens de ces mirages fugitifs.
« Et plus je m’absorbe, et plus mon regard
196 MANOEL DE L’ÉTÜDIANT MAGNÉTISEUR, plonge dans un cadre vacillant , plus vif est mon élan , plus libre est ma poitrine... ; et le monde réel est oublié pour moi !
« Mais les liens du corps me retiennent toujours ! mais les chaînes terrestres ne se relâchent , point; encore un instant..., et de nouveau je sens le poids de l’existence, et des brouillards voilent le monde des rêves ! »
Comtesse J. Rostopchine.
Cette seconde pièce est extraite d’une lettre qui me fut écrite dernièrement et que j’ai publiée également dans le Journal du magnétisme (1).
C’est , à mon sens un petit chef-d’œuvre descriptif des prodromes du sommeil magnétique.
« Quand vous vous asseyez auprès de moi , et que votre puissante main , sans me toucher, agite l’air qui m’environne, je sens comme un réseau invisible s’étendre sur mes membres, les assouplir, les presser sans les serrer, détendre mes nerfs et me pénétrer, me charmer, à la manière dont le parfum de la rose pénètre et charme l’odorat. Puis, à mesure que le magnétisme opère, une douce langueur s’empare de ma per-
(I) Tome IX, 1850, pag. J 10.
SOMNAMBULISME
sonne , les pensées terrestres deviennent plus vagues, se poétisent, pour ainsi dire, et se changent en une -rêverie charmante, qui vous isole de la terre, de ceux qui vous entourent, même de votre magnétiseur ; c’est l’état le plus délicieux dans lequel un être humain puisse se trouver; ce n’est pas le sommeil , ce n’est pas le réveil , et cependant il tient de l’un et de l’autre ; du premier, il emprunte l’adorable repos, l’abnégation complète ; du second , il reçoit la conscience de la vie.
» EnBn , monsieur, que vous dirai-je ? Longtemps après que vous êtes parti , je sens encore ce doux bien-être, cette charmante langueur, qui me tient enchaînée sur mon fauteuil, me fait désirer et aimer la solitude. Je ne suis ni à moi, ni à vous, ni à personne, ni de ce monde, ni dans ce monde, mais tout entière à la divinité qui m’a créée, et dont mon âme éprouve tous les effets magiques. Des deux moi qu’il y a en nous, comme dit Sterne, le moi terrestre disparait sous le moi céleste. Ainsi, monsieur, non seulement le magnétisme me rendra la vue, ce qui est le plus grand des biens de ce monde; mais il me rendra aussi la santé, bienfait tout aussi précieux ; chaque fois que vous m’avez fait sentir la puissance de votre génie, il m’a semblé, chaque fois, que je
198 MANUEL DE L’ÉTÜDIANT MAGNÉTISEUR, recevais un accroissement de vie , de santé , de jeunesse; et comment ne rajeunirait-on pas? Le magnétisme employé, comme vous savez vous en servir, monsieur, détend les nerfs, calme les muscles, fait circuler le sang plus régulièrement dans les veines, assouplit les membres et leur rend l’élasticité du premier âge; la tète aussi est plus légère, et le cerveau, dégagé de ses noires vapeurs, semble ne laisser place qu’à de riantes et d’heureuses pensées. »
Eugénie Foa, née Rodriguez.
Esl'Il possible dé simuler le somnambulisme !
Lorsqu’un magnétiseur novice a obtenu quelques accès de somnambulisme, il s’exalte, pense que rien n’est plus facile que de produire cette crise, n’examine plus, et il suffit qu’on ferme les yeux pour qu’il s’imagine que le sommeil a lieu. J’ajoute qu’il est extrêmement facile à tromper; sa bonne foi est si grande, il croit si fermement à l’impossibilité de lui résister, qu’il néglige toute règle de prudence.
Ce n’est pas ainsi que nous avons agi au début de notre carrière, et aujourd’hui encore, quoique nous n’ayons pas été trompé, nous prenons nos précautions comme si nous devions l’être, et ja-
SOMNABIBÜLISME. 199
mais Dous n’annonçons l’existence de ce sommeil qu’après un examen attentif.
Comment, dit-on , croire à une simulation...? Eh! mon Dieu, les honnêtes gens qui vous accusent d’imposture vous en fourniront les premiers l’exemple. S’ils parviennent à vous tromper, ils convaincront ceux qui les entourent qu’il n’y a rien de réel, que tous prétendus dormeurs ont fait comme eux. Cette mystification , comme ils l’appellent, a eu lieu plusieurs fois; ce piège grossier a été tendu à beaucoup de magnétiseurs; certains s’y sont laissé prendre, et le rire, la moquerie, ont récompensé leur zèle prosélytique. Je pourrais en ce genre citer maintes anecdoctes qui passent pour piquantes, mais j’ai honte de pareils faits, èt lorsqu’on a, devant moi, essayé l’elTet d’un semblable manège, devinant la pensée avant qu’elle sc traduisit en actes, je savais faire rougir de honte l’homme sans morale qui avait conçu le dessein de me tromper.
Lorsqu’on veut bien se servir de ses sens pour examiner, la fraude n’ est pas possible. Les symptômes précurseurs que nous avons décrits sont si caractéristiques, et il survient tant de changements dans l’habitude du corps , que la seule inspection doit suffire pour décider à priori.
Le pouls, à la rigueur, peut aussi fournir une indication, car il est toujours fortement élevé ou abaissé.
La respiration n’est plus la même , et par suite la chaleur animale subit des modifications profondes.
Les paupières ne se ferment jamais sans que les symptômes que nous avons désignés se soient manifestés. Mais à quoi bon nous arrêter ici ? Finissons par une comparaison qui résume tout : Une pièce de monnaie fausse n’est prise pour une de bon aloi que par celui qui ne l’examine point ou qui s’en rapporte à la personne qui la lui donne.
ClaMlflcaUon des facultés somnambuliques.
11 y a plusieurs degrés dans le somnambulisme; mais en cela comme pour les sens, quand on veut les décrire , le nombre en augmente et vous vous y perdez bientôt. Néanmoins voici un aperçu de ce que l’on observe le plus fréquemment :
SOMNAMBULISME
1® Sur beaucoup de magnétisés.
2* Sur un certain nombre.
3o Sur un petit nombre.
4® Sur quelques privilégiés.
' Coma ou sommeil sans perception , comme sans manifestation volontaire.
«.Espèce de léthargie.
' Sommeil avec perception commençante, mais confuse et n’apprenant rien « de précis.
Lucidité, ou vue intérieure , avec in~
I stinct des remèdes pour eux-mémes.
Prévisions pour ce qui les touche et con- , cerne seulement.
Tout ce qui manque aux hommes et doit être l’attribut de l’âme dégagée de la matière, c'est-à-dire extension proi digieuse de la faculté de voir et de sen- I tir. La vue intérieure étant sans limites, .on peut tout voir de près comme de loin; et au travers de tous les corps.
Connaissance exacte de la [nature et des symptômes des maladies, ainsi que des moyens de les combattre.
Cette classification est loin d’étre complète. La synoptic des facultés somnambuliques est encore à faire, chaque jour on observe de nouveaux faits, et il est impossible de fixer les limites où s’arrête l’exercice de ces merveilleuses facultés. Et on a dit avec raison : Le magnétisme par le somnambulisme ouvre une fenêtre sur le monde invisible.
Comment s’aliere la Incidlté?
Nous sommes quelquefois injustes envers le somnambulisme J nous exagérons ses défauts,
iPdH
202 MANUEL DE L'ËTÜDIANT MAGNÉTISEUR, sans considérer qu’ils viennent en partie de nousmêmes. Faites l’arbre bon, le fruit sera bon. Comment espérer un bon résultat d’une direction mauvaise?
Il est bien difficile de conserver le sommeil lucide dans son état de pureté. Ceux qui consultent les somnambules n’apportent ordinairement qu’un sentiment peu propre à la manifestation des facultés de ces êtres singuliers ; le désir de les trouver en faute. Ils détournent autant que possible l’attention du dormeur pour l’appliquer à des niaiseries : « Quel ège ai-je ? » Suis-je marié? Ai-jedes enfants? Voyez ce que » j’ai dans ma poche. Pouvez-vous lire les yeux » fermés ? » Et mille autres questions aussi
oiseuses Tu veux consulter Voracle? laisse-le
donc parler et t’examiner en silence; laisse-le fouiller en toi, y poursuivre ce qu’il a découvert à l’entrée; peut-être saisira-t-il quelque chose de ta destinée, te donnera-t-il des avis bons à suivre pour ta santé ou la conduite de ta vie. Tu veux donc qu’il te trompe, et qu’il soit pour toi ce qu’est un tireur de cartes , qu’il t’amuse et te fasse mille histoires? Pietire-toi, tu n’es pas digne d’approcher celui qui voit; la science divine n’est pas faite pour des pantins.... Mais
SOMNAMBULISME
VOUS aurez de la peine à éviter ces communicatious, elles sont maintenant dans les habitudes; le somnambulisme est devenu un jpujou , on l’a mis entre des mains d’enfants. 11 faut être sévère pour les consultations, ne permettre qu’un petit nombre de questions et donner le temps d’y ré» pondre r tout travail forcé est mauvais.
Il faudrait aussi que , lorsque les somnam* bules sont éveillés , tout entretien avec ceux qui les consultent fut interdit; que pas un mot sur ce qu’ils ont pu dire ou faire ne parvînt à leur connaissance; car voici ce qui arrive : les magnétisés qui tombent dans l’état extraordinaire de sommeil lucide, ne pouvant, éveillés, se douter de ce qui se passe durant léur crise, n’ont, par conséquent , nul souci et ignorent leur valeur. Mais que l’on vienne leur dire : Vous avez des facultés merveilleuses ; que vous devez être joyeux de pouvoir rendre tant de services ! quel bonheur pour moi de vous connaître ! que de bien vous m’avez fait! etc., etc. La première fois qu’on leur tient ce langage, ils en sont peu impressionnés, peu touchés; ils doutent de leurs facultés. Mais qu’une autre personne, tenant le même discours, lève leurs doutes; l’orgueil commence alors à*se développer; ils croient à leur mérite,
204 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, prennent pour eux éveillés ce qui n’est dû qu’à eux endormis ; ils deviennent capricieux , exigeants, ne ae laissent endormir qu’avec répugnance, s’occupent d’eux-mêmes plus qu’ils ne le devraient; et finalement , vous devenez leur esclave , lorsque , pour le bien des deux , vous n’auriez pas dû cesser d'être le maître. Mais vous n’êtes pas au bout. Ces somnambules croient toujours que vous leur cachez quelque chose ; ils vous soupçonnent de profiter de leur sommeil pour obtenir des révélations qu’ils croient sans prix, et s’imaginent que vous gagnez des monceaux d’or. Vos protestations sont sans résultat; vous ne pouvez les convaincre; car, à chaque instant , on exalte ce qu’ils croient leur propre mérite.
La fréquence des communications établit bientôt une intimité avec les consultants; c’est alors que les propositions leur arrivent de toutes parts; c’est à qui leur demandera de les magnétiser. Ils cèdent promptement, curieux qu’ils sont de savoir si l’on peut exercer le même pouvoir que vous, magnétiseur en titre. Envahis par deux actions diiïérentes, ils perdent le sens exquis qu’ils possédaient. Mus par deux volontés, ils sont distraits dans leur sommeil , qui devient
SOMNAMBULISME. 205
moins profond, moins régulier, et bientôt il s’établit entre le sommeil et la veille une sorte de communication qui , d’imperceptible qu’elle était d’abord, devient plus manifeste. Ces somnambules dissimulent bien quelque temps ces réminiscences somniluciques, mais ils ne voient et ne sentent plus qu’imparfaitement. C’est dans ce moment qu’il faut de la débance; car ils vous disent que rien n’est changé , qu’ils y voient de même. Erreur voisine de la tromperie !...
Cependant, longtemps encore ils verront assez pour étonner, pour surprendre; mais les moyens qu’ils indiquent ne sont plus certains : ils se sont composé une sorte de pharmacopée à eux , et, pour s’éviter tout travail , ils vous ordonnent, à vous qu’ils voient pour la première fois, le médicament qui leur a réussi pour un autre malade. Tant mieux pour vous s’ils rencontrent juste, si vous arrivez dans un de leurs bons moments; car ce n’est plus, dès lors, que de la médecine ordi-' naire, et, comme telle , accompagnée de dangers.
Ce sont, il faut bien l’avouer, pour la plupart , des magnétiseurs qui vous détraquent ainsi vos somnambules; ils sont constamment en quête de sommeil lucide , et tous les moyens sont bons
206 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, pour VOUS ravir l’instrument précieux que vous avez formé. Lorsqu’ils le possèdent, on ne s’in- . forme point où ils l’ont trouvé , et on les regarde comme des gens habiles, tandis qu’il n’en est rien. Un magnétiseur m’en a enlevé ainsi deux sans façon : l’une dont le traitement avait été si long, si laborieux, qu’il m’avait occasionné des crachements de sang. L’autre sujet avait été guéri ù’un cancer de l’estomac , à la suite de sommeils qui durèrent quelquefois trente heures, et pendant lesquels mes angoisses étaient grandes. Je ne dis pas ceci pour me plaindre , mais pour montrer combien il est difficile de conserver le sommeil lucide.
Les parents, les amis mêmes du dormeur ou de la dormeuse convoitent ce trésor nouveau , et la pensée de suppléer le magnétiseur leur vient vite en l’esprit. 11 en est autrement, sans doute, lorsque vous développez ce sommeil lucide sur des personnes qui occupent un rang élevé dans la société : vous êtes le seul arbitre, le seul régulateur j mais les services que vous pouvez rendre sont bornés à la famille , à quelques amis ; et encore ici que de précautions , que de craintes ! on redoute les indiscrétions de la somnambule, on tremble qu’elle ne s’inocule les maux des
SOMNAMBULISME
personnes qui demandent à être mises en rapport avec elle; la plus grande sollicitude l’entoure, et le bien qu’elle peut faire ne se fait pas , parce qu’on y met trop d’obstacles.
Ainsi le magnétiseur parvient à former un instrument; et, de deux choses l’une: ou on le lui gâte, ou on ne lui permet pas de l’utiliser. Souvent aussi, n’ayant que des connaissances magnétiques très imparfaites , il altère lui-même, par des expériences oiseuses ou inutiles, la pureté d’une lumière intérieure qui ne demandait que de la réserve et de la prudence pour se répandre au dehors.
Malgré tant de dilBcultés et d’empêchements, nous voyons cependant parfois le somnambulisme public (j’appelle ainsi celui qui s'exhibe dans Paris) jouir d’une grande réputation, devenir, par des traitements qui réussissent , la cause de conversions au magnétisme. Nous n’en sommes nullement surpris; mais, mieux conduit, le bien qu’il pourrait faire serait incalculable.
Nous venons d’énumérer quelques unes des dilBcultés qu’on rencontre dans l’application du somnambulisme lucide à la thérapeutique; examinons maintenant quel est son degré d’importance dans les traitements.
Direction do somnnmballBme dans les traitements.
Dans la majeure partie des cas , la clairvoyance des somnambules ne dépasse pas cependant les bienfaits du magnétisme; car c’est lui qui donne la vie , la puissance et enlève les douleurs. Ai-je besoin de m’appesantir sur ces faits ? Non , sans doute ; maisje dois vous les signaler. Les remèdes ici ne font qu’aider bien peu; la lucidité vous guide ou plutôt sert à vous encourager. Ce que vous me faites est bon; je vois le travail qui s'opère en moi ; continuez , je guérirai; telle est la réponse des personnes endormies magnétiquement. C’est donc vous qui êtes rfnstrument de la guérison. Les remèdes que s’ordonnent les somnambules, quoique bien indiqués, manqueraient leur effet s’ils n’étaient secondés , soutenus par une augmentation du travail médicateur. Il est probable même que l’on arriverait souvent au but sans médicaments. Les plus belles cures que j’aie faites en ma vie ont eu lieu chez des personnes qui n’étaient point somnambules.
Il faut apprendre à se passer de cette lumière somnambulique, et vous le pouvez en étudiant bien la marche du magnétisme, sa force, sa direction ; et vous acquerrez vous-même une sorte
SOMNAMBULISME. 209
d’intuition qui vous fera voir dans les cas obscurs. Le somnambulisme vous manquera souvent, et si vous n’avez appris à vous en passer, comment ferez-vous? Laisserez-vous les malades sans secours? Rechercherez-vous la lucidité d’une autre personne pour vous aider? Mais comment vous garantirez- vous des erreurs qui pourraient être commises? Comment oserez-vous prendre la responsabilité des remèdes ordonnés ? Comme vous le voyez, il faut encore beaucoup d’études pour savoir ce que c’est que le somnambulisme , sa valeur réelle, et surtout bien apprendre à le régler.
Ce que je vous dis ici n’est dicté par aucune prévention; car qu’importe que le bien soit fait par les remèdes ou par le magnétisme, pourvu qu’il se fasse , ce bien? J’ai vu des erreurs graves commises par les somnambules , et elles ont refroidi l’enthousiasme que j’avais d’abord pour leur étonnante faculté. La confiance due aux somnambules doit être en raison de leurs connaissances médicales ; c’est de celles-ci qu’il faut s’assurer avec soin , et ne donner de consultations à autrui qu’après un sévère examen. Même avec ses erreurs, le somnambulisme magnétique est
la plus étonnante merveille, et je voudrais
210 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, pouvoir le louer sans réserve; mais mon devoir exige que je vous éclaire , que je vous fasse éviter les écueils.
J’ai toujours remarqué que, plus le sommeil magnétique était profond , isolé, plus aussi il y avait de lucidité. J’entends par sommeil profond l’état où il y a insensibilité, où les sens sont fermés complètement aux impressions extérieures. La personne ainsi endormie, placée près d’un malade, doit, lorsque le rapport est établi, sentir dans sa propre organisation les désordres pour lesquels on la consulte; elle doit accuser les mêmes souffrances. 11 faut que le malade reconnaisse pour vraie la description des symptômes de son mal. Chez les somnambules parfaits, on doit entendre ecohcUei' les mêmes plaintes^ sortir de leur bouche les mots mêmes dont se sert le malade pour caractériser son mal. Le rapport intime doit faire éprouver et surgir ces phénomènes. Je l’ai souvent constaté ; j’étais alors certain que le traitement qui allait être prescrit serait elBcace.
Dans le cas où les phénomènes que je viens de décrire ne se présentent pas, on doit être en garde, car ce somnambule n’est plus que comme un médecin. Il impose encore une sorte de respect, mais il n’en est plus digne. Tel est le cas
' SOMNAMBULISME
des somnambules ordinaires, qui ont un choix de remèdes qu’ils ordonnent tant bien que mal dans dilTérentes aiïections.
Je ne veux pas, dans cet écrit, vous parler davantage du sommeil magnétique, qu’on a de nos jours rendu beaucoup plus curieux qu’utile. C’est surtout de l’agent qui le produit que je dois vous entretenir, c’est lui que vous devez d’abord et surtout étudier, parce qu’il est la cause première de tous les phénomènes. Sans cesse à votre disposition, il vous dispensera souvent d’auxiliaire, et, si vous savez l’employer avec sagacité, de magnifiques produits sortiront de vos mains. C’est lui qui guérit ^ et le somnambulisme ne saurait le remplacer. Je ne formule aussi nettement cette proposition que parce que j’ai observé maintes fols que les somnambules s’indiquent le magnétisme comme moyen de traitement, et souvent n’ordonnent de médicaments à ceux qui les consultent que pour que leur magnétiseur qc partage point ses soins.
Ne perdez jamais de vue ces faits d’observation J ils vous préserveront de beaucoup d’erreurs, et vous empêcheront d’abandonner, comme on le fait aujourd’hui, le certain pour le douteux, la cause pour l’effet. En ne voyant ainsi partout
212 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, que phénomènes miraculeux , on retarde l’époque où lej magnétisme , comme principe physique ou force naturelle , devra rentrer dans le domaine des sciences.
Dans toutes les consultations soyez prudents et toujours calmes, si vous voulez que vos idées et votre jugement acquièrent de la netteté ; interrogez sobrement, et vous obtiendrez des réponses qui vous guideront dans la recherche des véritables principes du magnétisme.
Je vous offre ici la conversation de deux magnétiseurs avec leurs somnambules; méditez-la, car elle est propre à votre instruction.
En parcourant les ouvrages qui traitent du somnambulisme, vous pourrez y puiser de grandes lumières, surtout si vous lisez avec attention les réponses des somnambules à des questions qui , pour la plupart , n’étaient pourtant point dictées par un esprit de recherches.
. Méditez ce qui suit, et tâchez de vous pénétrer des vérités que ce peu de paroles renferme.
« Mes convulsions ont été un peu fortes ; c’est » un peu votre faute , si elles ont duré si long- » temps. — Dites-m’en la raison. — Vous avez » eu peur, vous vous êtes troublé et découragé, » vous vous êtes défié de vos forces. — Mais cela
SOMNAMBULISME
» peut-il faire quelque chose, quand on a la vo- »lonté de faire le bien? — Oui, sans doute j il » ne suffit pas d’avoir la volonté de faire le bien , » il le faut faire j chaque pensée modifie vos nerfs U et votre fluide, la crainte ou le trouble les «amollit, votre fluide perd sa force: par consé- «quent, vous ne faites pas le bien , puisque vous » vouiez imparfaitement. — On ne magnétiserait » donc jamais mieux que quand on est en colère, » puisque jamais les nerfs ne sont mieux tendus? » — C’est tout le contraire ; les nerfs sont ten- »dus, à la vérité; mais le fluide acquiert par la » colère une modification vicieuse, de même que » toutes les autres passions, qui ne sont souvent, » dans le système de la société , qu’une combi- » naison de préjugés ; l’instinct n’en a pas ; la «nature est simple, et ne doit pas être for- «cée, etc. «
Voici l’entretien qu’avait dernièrement un de mes élèves, M. Laporte, avec un dormeur de cette espèce, âgé de vingt-trois ans, et ignorant éveillé ce qu’est le magnétisme.
D. Dormez-vous?
R. Je ne dors pas.
— Définissez l’état dans lequel vous êtes.
(Il cherche).... Je vois un mot..., attendez,
ana..., (Il cherche encore, puis il épelle lettre par lettre), ana...go...gie.... Oui, c’est cela..., amgogie.
— Que signiBe ce mot ?
— Élévation vers les choses d’en haut, vers les choses célestes, vers les choses divines.
— Qu’est-ce que le magnétisme ?
— Le magnétisme , c’est la médecine de la nature (et il écrit ces mots sur un morceau de papier).
— Pourrieï-vous me donner une définition du magnétisme autre que celle que vous m’avez déjà donnée ?
— Pour définir le magnétisme tel que je le vois, il faudrait écrire plusieurs chapitres -, ce serait long. Nous le ferons plus tard.
— Donnez -en maintenant une définition abrégée.
— Je vais vous la dicter. Écrivez.
« Voici le résumé du magnétisme dans son «action ordinaire :
» L’homme, créature céleste, n’a pas été tel- » lement abandonné de son créateur, qu’il ne lui «soit resté un reflet de la divinité. Ce reflet, « c’est ce qu’on appelle le magnétisme. C’est cet » ascendant que la volonté d’un homme peut exer-
SOMNAMBULISME. 215
» cer sur les sens, la matière et la volonté d’un » autre homme.
» La science, encore en enfance, à laquelle on » donne communément le nom de magnétisme^ » est divisible en deux parties, que l’on confond » toujours, et qui, bien qu’unies dans leurs effets, » peuvent être employées séparément.
» Cei deux parties sont : 1“ l’essence éthérée, » j’oserai même dire immatérielle de la matière, «que l’on appelle fluide magnétique; 2* la vo- » lonté.
» Cette essence n’est que le corollaire de la » volonté 5 c’est-à-dire que la volonté passe avant » dans les épreuves magnétiques, la dirige et en » cause les effets.
» La volonté peut se traduire par l’ascendant » spirituel qu’un individu peut exercer sur un » autre.
» Avec la volonté, on a l’ascendant^ avec l’as- » Cendant, on a le pouvoir ou fluide magnétique.
» Nous établissons donc dans la nature de » l’homme la volonté, qui a son siège dans le cer- » veau, et qui, fortement exprimée, peut agir sur » les sens d’un autre individu, et le fluide qui » sert de fil conducteur de cette volonté aux sens » du sujet sur lequel on agit.
216 MANÜEL DE l’ÉTÜDIANT MAGNÉTISEUR.
» La volonté est actif (1) sur le fluide. Le » fluide, passif sous la volonté, est actif sur les » sens^ et les sens, passifs sous le fluide, sont ac- » tifs sur l’être.
» Il est de toute nécessité , pour l’avenir de » cette science, avenir immense, que le magnén tiseur agisse , non seulement avec une volonté » ferme, mais encore avec esprit bienfaisant, )' c’est-à-dire désir de faire le bien, parce que le » contact du magnétiseur au magnétisé est en- » tier, corps et âme , cœur et tète. Il y a entre » eux deux corrélations d’idées , d’espérance et » de désir. Si le magnétiseur veut le maf, ou agit » seulement à la légère , le magnétisé voudra le » mal ou pensera à la légère. Si le magnétiseur » est mû par de bonnes intentions, si ses prin- » cipes de moralité sont justes et sévères , si sa » conscience est nette, le magnétisé parlera bien, » pensera bien , agira bien et sera honnête » homme. »
Ce n’est qu’avec réserve que vous devez parler des facultés merveilleuses de vos somnambules, car on vous demandera à vérifier les faits que vous annoncez. Vous voudrez qu’il ne reste
(I) Mol pris subslanlivemenl dans le sens de levier, moteur.
SOMNAMBULISME
aucun doute sur votre véracité j mais vous n’avez pas calculé que votre instrument n’est pas une machine dont le jeu constant et régulier permet à toute heure les observations. Ici la seule approche d’une personne étrangère dérange, altère l’état régulier du sommeil. Votre trouble augmente les désordres, vous voulez cependant!
Vain espoir ! La lumière n’arrive plus, les facultés ont disparu ! C’est là l’histoire de la décon- -venue de beaucoup de magnétiseurs...
11 faut être bien sûr de sa volonté et que rien ne soit capable de débiliter moralement, ou bien que V instrument soit d’une grande perfection, pour oser produire en public des phénomènes somnambuliques. L’ignorant magnétiseur peut dans un cas pareil être servi par sa propre ignorance; car, ne doutant pas, il agira avec calme; il rit des doutes; il a vu, il faut que vous voyiez aussi, et cette certitude qu’il a de lui-même le fera réussir.
Je ne vous parle pas ici des procédés pour établir le rapport entre le somnambule et d’autres personnes. 11 suffit qu’il y ait contact, souvent même il n’est pas nécessaire; le somnambule voit au loin quand on appelle son attention sur un être souffrant. Une lettre, une mèche de
218 MANÜEL DE L’ÉTÜDIANT MAGNÊTISEDR.
cheveux, un vêtement, un objet quelconque, que la personne a porté ou seulement touché , suffisent dans bien des cas.
J>« U valenr do MMiuiamballaine dans les traitements (1 ).
Il est évident qu’aujourd’hui presque tout le monde confond , comme une seule et même chose, le magnétisme et le somnambulisme. On est, en effet , consulté tous les jours par des personnes qui réclament les secours du magnétisme, et qui se retirent, quand on leur dit qu’une consultation de somnambule n’a d’autre bienfait à offrir qu’une indication actuelle d’une médication pharmaceutique dont la puissance est plus ou moins limitée et subordonnée à mille considérations; tandis que l’application du magnétisme est un moyen direct d’agir sur l’organisation malade par des forces vives. — C’est une consultation de somnambule qu’on veut, on ne croit pas à l’action du magnétisme; on se figure que les somnambules trouvent d’inspiration les remèdes infaillibles contre la maladie, et aujourd’hui, comme je le disais , dans le somnambulisme est
(I) Cet article, rédigé par M. le docteur Charpignon, médecin à Orléans , est extrait du Journal de magnétisme. Tome VIII, page 638.
DigIdzedOy
SOUNAHBÜLISME.
tout le magnétisme. Cette erreur est grave , elle est funeste aux malades eux-mémes et au magnétisme considéré comme science.
Il est temps que les hommes sérieux qui étu< dient et pratiquent le magnétisme , examinent à fond ce qu’est le somnambulisme magnétique dans son essence , quelle est la valeur de ses révélations, et quelle est la cause qui rend efficaces un grand nombre de ses prescriptions médicinales, quoique ces prescriptions soient souvent reconnues sans valeur, et quelquefois même contraires, par la science.
Le somnambulisme est un phénomène dont la magnifique richesse a ébloui beaucoup de magnétiseurs , et qui a grandement contribué à fausser la direction des études , à peine commencées , sur cette science si vaste et encore si peu connue du magnétisme.
L’influence de l’esprit mercantile de notre époque a eu aussi une large part dans la direction qu’a prise le somnambulisme depuis une dizaine d’années. On peut dire, sans crainte d’être démenti , que ce n’est plus le magnétisme qui est un art et une profession , mais bien le somnambulisme. Il n’est pas un journal, en effet, qui chaque jour n’annonce quelque nou-
220 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, veau OU nouvelle somnambule lucide, extralucide , ayant facultés médicales et prophétiques.
Certes, ce n’est pas moi qui nierai chacune de ces facultés dans tel ou tel somnambule; mais je ne puis demeurer insouciant à la vue de cet étalage de facultés somnambuliques, toujours prêtes h se montrer à la demande des consultants, qui se renouvellent chaque jour, et souvent à l’heure, pour la satisfaction du caissier.
La lucidité à l’aide de laquelle un somnambule peut indiquer à des malades la nature de leur mal , et les remèdes convenables , est assez rare; elle est peu durable, si elle est fatiguée par un trop fréquent usage; celle qui permet de voir quelque chose de l’avenir, ou de suivre par rétrospection un événement quelconque, est encore plus rare et ne se commande pas à volonté. Comment donc alors ces nombreuses sibylles et ces nouveaux oracles sont-ils toujours prêts à répondre aux désirs d’un consultant?
L’expérience , mais l’expérience sévère et dégagée du ver rongeur de l’intérêt , épure une croyance trop enthousiaste au somnambulisme, et permet de rétablir les choses dans leur véritable élat; elle laisse au somnambulisme ce qui lui appartient, et elle restitue au magnétisme
SOMNAMBULISME
ce qu’un enthousiasme mal éclairé lui avait ravi.
Deleuze (1), qui devrait servir de modèle sous tant de rapports , dit en parlant des somnambules à consultations : «...Ces somnambules sont rares; et ceux qui ont donné des preuves de celle inconcevable clairvoyance ne la conservent pas toujours , et ne la possèdent que dans certains moments. »
M. Roreff, ce médecin si expérimenté, s’exprime ainsi dans sa Lettre à Deleuze (2) : « Je ne nie point, et je l’ai vu bien des fois, que les somnambules de profession n’aient souvent des aperçus trèsjustes et très surprenants, qu’ils n’opèrent des guérisons extraordinaires; mais je persiste dans l’opinion, qu’une longue observation m’a fait adopter, qu’on trouve chez plusieurs d’entre eux un mélange inextricable d’aperçus justes, inspirés par une intuition instinctive , avec des réminiscences et même avec des illusions provoquées par une singulière variété inhérente à cet état, et que sur cet océan obscur, on manque tellement de boussole, qu’il est du devoir de se
(1) Deleuze, Inslruclion pratique sur le magnétisme ajii~ mal, précédée d’une notice historique sur la vie et les travaux de l’auteur, etc., 1850, 1 vol. in-12, p. 264.
(2) Loco citatn, p. 383.
conQer plutôt aux conjectures rationnelles de la science, qu’aux incertitudes incalculables d’un instinct si facilement égaré par l’usage arbitraire qu’on en fait. »
Je le demande , a-t-on aujourd’hui trouvé la boussole qui puisse diriger la lucidité si mobile des somnambules? Celui qui regarde comme sans appel les assertions des somnambules en est à son début, ou manque d’esprit d’observation.
L’étude du magnétisme , qui comprend celle du somnambulisme, est une de celles qui exigent le plus de temps, le plus de sagacité , le plus de profondeur d’esprit; il faut être à même de faire l’examen comparé de la physiologie dynamique de tous les êtres; il faut pouvoir comprendre par une philosophie transcendante les forces et les facultés des âmes; et quand des savants qui ont toutes ces conditions d’étude n’hésitent pas à mettre la valeur d’application du somnambulisme au-dessous de celle du magnétisme , qui est une force vive,* on ne comprendrait pas que je protestasse contre les fastueuses prétentions du somnambulisme moderne !
Je ne puis traiter ici du somnambulisme d’une manière assez complète , et je suis forcé de renvoyer à ce que j’ai dit sur cet important sujet
SOMNAHBULIS&iE.
dans la deuxième édition de ma Physiologie du Magnétisme (1); je veux seulement entrer dans quelques considérations relatives au somnambulisme appliqué aux consultations médicales.
A ce point de vue médical , le somnambule lucide est celui qui , mis en rapport direct ou indirect avec un malade , indique les parties souffrantes, la cause organique de ces désordres, et les moyens de soulagement ou de guérison.
Cette faculté inhérente au somnambulisme lucide , ne l’est pourtant pas d’une manière tellement absolue, qu’elle soit une conséquence du développement de l’état somnambulique. Loin de là , cette faculté d’instinct médicinal est plutôt l’exception que la règle; c’est donc une erreur dont les suites sont très graves, que de croire médecin tout somnambule qui s’annonce comme tel.
L’expérimentation qui doit éclairer sur la véracité et la justesse des dires du somnambule , est plus difficile que ne le pensent généralement bien des personnes. En se renfermant dans des détails généraux , il est facile à quelque somnambule, même de bonne foi, de tromper les autres en se trompant lui-même.
(I) Charpignon, Physiologie, médecine et mélaphysUjuedii magnétisme. 1848, 1 vol. in-8 de 480 pages.
224 MANUEL DE l’ÉTDDIANT MAGNÉTISEUR.
Mais, lorsque le somnambule indique parfaitement les parties malades, qu’il signale les causes physiologiques de la maladie, ce n’est pas une raison pour que cette lucidité soit la preuve que celle qui fait trouver les remèdes existe, et c’est là l’écueil de la médecine somnambulique. On est, en effet, naturellement porté à recevoir avec confiance les remèdes conseillés par un somnambule qui vient de donner les renseignements les plus exacts sur une maladie, et pourtant, il faut qu’on le sache, il n’y a point de solidarité forcée entre ces deux genres et ces deux degrés de lucidité.
Très souvent les somnambules, assez lucides pour sentir et voir le mal dans sa nature et dans ses effets, ne sont plus que des individus à facultés de l’état de veille, quand ils abordent le traitement. Ainsi, les uns ne coordonnent leur médication qu’à l’aide des moyens divers, dont la connaissance leur est acquise par le commerce habituel de la vie ; les autres se sont fait une sorte de méthode de traitement qu’ils appliquent dans tous les cas; chez d’autres, l’habitude et la réllexion en état somnambulique les guident dans leurs prescriptions à l’aide de certaines études de médecine cl de botanique. Bienheureux ceux
SOMNAMBULISME
dont la pharmacopée est inoflensive par sa composition de plantes sans grande puissance ; car ils n’exposent pas les malades qui les consultent à des accidents sérieux.
Je crois donc, avec Deleuze, avec les médecins magnétistes de l’Allemagne et bien d’autres, que les ressources offertes par le somnambulisme aux malades consultants sont très restreintes, et qu’elles sont inférieures à celles que le magnétisme, agent dynamique, renferme par suite de sa nature et de son mode d’action.
Pour mieux faire comprendre la force des réflexions que je viens d’ébaucher, je citerai deux faits choisis au hasard parmi des centaines consignés dans mes notes.
Obs, I. — Depuis plus d’un an, une demoiselle d’environ vingt-cinq ans , éprouvait une maladie singulière. C’étaient des enflures de grosseur d’une noix, d’un œuf, de couleur rouge ardent ou violacé, qui se développaient sur toutes les parties du corps , soit en même temps , soit en épargnant telle ou telle partie. Elle ressentait, quelques heures avant, un sentiment de brûlure, de picotement à l’endroit qui bientôt devenait gonflé et plus ou moins tuméfié. Les yeux ou les joues, le cou ou les bras étaient tour à tour
226 MANUEL DE L’ËTDDIAMT MAGNÉTISEUR, envahis, quelquefois ensemble; un autre jour c’était le corps et les jambes. L’enllure une fois établie, la hèvre, qui l’avait précédée, diminuait , et pendant quatre à six jours la tuméfaction continuait, puis disparaissait graduellement, pour se montrer sur d’autres points , après un intervalle de six à quinze jours au plus.
Les forces étaient un peu alTaiblies , il y avait une toux sèche, de la pâleur, peu d’appétit, de la soif. Rien d’anormal dans les autres fonctions.
Plusieurs médecins avaient considéré cette maladie comme scorbutique, et, pendant une année , avaient vainemement usé des moyens les plus rationnels.
Cette malade désira que je la soumisse à l’examen d’une somnambule fort lucide que j’avais alors , et qui , dans plusieurs cas dilBciles , avait non seulement porté un diagnostic très précis , mais avait aussi guéri par des ordonnances médicinales.
Cette somnambule déclara voir du sang congestionné dans tous les organes, principalement dans les intestins et à la gorge ; selon elle , le sang était trop liquide et altéré.
Traitement. — Infusion de tilleul etd’ache, avec sirop de chicorée pour tisane. Bains de pieds
SOMNAMBULISME
à l’armoise; cataplasmes sur le ventre avec verveine et sureau; au bout de huit jours saignée du pied.
Quinze jours après, il y a eu quelque amélioration. — Nouvelle consultation. Continuer un mois, et saignée du bras. — Purger tous les dix jours.
Ce traitement fini, il y avait beaucoup de mieux ; mais les enflures , quoique moins fortes, revenaient encore. — La somnambule ordonna de prendre chaque mois, huit jours avant les règles, un grand bain avec cerfeuil, verveine, armoise, caille-lait; continuer les purgations, et, à la sortie du bain , faire une petite saignée au pied. Suivre six mois ce traitement. On suivit ponctuellement ces moyens ; mais il n’y avait pas encore de guérison. Je conseille alors à la malade de laisser de côté toute médication et de recourir au magnétisme.
La magnétisation produisit des eflets très sensibles.
Le sommeil magnétique se déclara, offrant de particulier une torpeur si profonde, que tous les muscles du corps étaient comme paralysés, et ^jue , quand, au bout d’une heure, lé sommeil perdait de son intensité et laissait la pensée et
228 MANUEL DE L’ÉTÜDIANT MAGNÉTISEUR, la volonté fonctionner, il était impossible à la magnétisée de faire le moindre mouvement ou d’articuler une parole, malgré des efforts tentés.
Il est d’observation que, quand le magnétisme produit dans l’organisation des effets puissants et nettement appréciables, il est à peu près certain qu’avec de la persévérance et de la méthode, on obtiendra un soulagement notable, si toutefois il n’y a pas guérison. Aussi, dans le cas dont nous parlons, espérant beaucoup, je continuai environ un mois une magnétisation quotidienne, puis je la distançai, pour l’abandonner entièrement.
Au second mois, la santé était redevenue parfaite, et nulle trace d’enflure ne paraissait plus. Depuis cette époque, bien des années se sont passées, et jamais cette maladie n’a reparu.
Il est donc évident que, dans ce cas, l’action du magnétisme a modifié l’organisme d’une manière toute salutaire, et que cet agent a régularisé les forces vitales, bien mieux que n’avaient pu le faire des médications appliquées d’après la science rationnelle et d’après la lucidité somnambulique.
Obs.1I. — Une demoiselle, de trente-cinq ans environ , éprouvait depuis près d’une année des douleurs dans la région de l’estomac et dans les in-
SOMNAMBULISME
testins, dont le caractère paraissait nerveux. Les digestions étaient très difficiles, souvent les reins étaient pris, aussi, de douleurs, et les urines contenaient des sables très fins et en petite quantité. Parfois, la tête devenait très souffrante, des étouffements très pénibles survenaient , se terminant quelquefois par de légères crises nerveuses, accompagnées de sanglots. La menstruation était régulière , mais diminuée , et son approche augmentait toujours les accidents.
Malgré l’emploi de différents moyens appropriés à cette névrose, l’amélioration était loin de se montrer; la malade, au contraire, perdait ses forces et son courage, et la maladie augmentait d’intensité.
La malade voulut consulter une somnambule.
N’en avant point à ma disposition, je laissai faire ma cliente, qui envoya des cheveux à une somnambule de Paris, et je lus la lettre, qui ne donnait assurément aucun indice sur la maladie.
La consultation fut un mélange de vérités et d’assertions erronées sur la maladie et sur la malade. Néanmoins, des aperçus d’une justesse frappante se faisaient remarquer sur la nature de l’affection et sur son siège.
Le traitement était indiqué d’une manière
230 MANÜEL DE l’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, générale; mais il était réellement en rapport avec ce que demandait l’état de la malade. 11 fut suivi avec exactitude, amena un soulagement, mais ne guérit pas au temps promis.
Je conseillai alors d’avoir recours au magnétisme. Dès la première séance, le sommeil se manifesta; bientôt il devint somnambulisme, mais sans aucune lucidité. Au bout de dix à douze magnétisations, un mieux sensible était obtenu, et , après trois semaines , la santé était devenue aussi bonpe qu’autrefois.
Cette seconde observation montre, comme la première , quelle influence salutaire le magnétisme exerce sur l’organisation malade depuis un long temps; influence bien supérieure à celle de toutes les médications, même somnambuliques.
Loin de moi de vouloir généraliser l’enseignement qui ressort des réflexions qui précèdent ; une pareille prétention serait le fait d’une prévention mal fondée contre le somnambulisme, et de l’ignorance, en attribuant au magnétisme une puissance qu’il n’a pas sur beaucoup d’organisations. J’ai seulement cherché à prémunir les , esprits contre les dangers de l’enthousiame et de la crédulité, et à les ramener à une juste appré-