DANGERS PHYSIQUES
mer. J’ai renoncé à de semblables traitements; car, contre les règles que j’avais reconnues efficaces, les procédés que j’employais pour diminuer cet état ne faisaient que l’augmenter. Le plus sûr est de s’éloigner et d’attendre qu’une modiBcation se soit opérée.
Ces cas exceptionnels , aperçus par le médecin, lui ont fait dire que le magnétisme irritait toujours les nerfs. Ces cas sont extrêmement rares ; ils se rencontrent aussi dans la médecine ; il est des malades dont les organes s’irritent à l’ingestion de la substance la plus faible; il en est qu’un vingtième de grain d’émétique superpurge. On change de mode, de traitement, voilà tout.
C’est ici le lieu de vous entretenir de la contagion ou inoculation des maladies. Le sujet est grave et mérite une sérieuse attention.
Par celte espèce d’exaltation de la sensibilité dont les somnambules ont souvent besoin pour sentir les maux d’autrui , ils sont exposés à prendre et à s’inoculer les maladies des personnes avec lesquelles on les met en rapport, soit avec, soit sans contact. Les magnétiseurs même sont pareillement exposés.
1° Inoculation par contact.
Parmi les faits que j’ai constatés, je puis citer ceux-ci. Une femme malade d’une aflection arthritique goutteuse , et qui par suite avait vu ses articulations se souder, ses membres perdre leur flexibilité, sa mâchoire même ne pouvoir plus s’ouvrir entièrement, fut mise en rapport avec une de mes somnambules ; celle-ci , après avoir parfaitement bien vu le mal et indiqué les eaux thermales qui devaient la guérir, se plaignit de souffrir dans les mêmes parties qui étaient affectées chez la malade. Je ne Os pas beaucoup d’attention, car, pour d’autres maux, il en avait été de même, et aucune suite fâcheuse n’en était résqltée. Je la réveillai, mais quelle ne fut pas ma surprise ! elle ne put se mouvoir, elle ne pouvait ouvrir la bouche. J’essayai vainement de faire cesser ce mal, que je croyais passager. Après plusieurs heures, son état persistant, nous fûmes obligé de la descendre , comme on avait descendu la malade, tout d’une pièce et roidc, de la mettre ainsi dans une voiture et de la conduire chez elle. Elle resta ainsi trois jours. Pendant ce temps on fut obligé de la faire manger comme un enfant, et de lui donner du potage par petites
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cuillerées, sa bouche étant fermée aux trois quarts. Peu à peu le mal la quitta.
Une autre somnambule, après avoir touché un malade dont le sang était doublement corrompu par un virus syphilitique et scrofuleux, perdit tous ses cheveux quelques heures après le contact seulement.
Un hoquet convmisif , une toux , un point de côté furent transmis par le contact à une autre dormeuse.
Une autre , pour avoir tenu pendant quelque temps la main d’un idiot, resta hébétée pendant quelques jours. Ce n’est qu’à ce prix pourtant que souvent les somnambules trouvent des moyens de guérison. Plus ils sentent, mieux ils trouvent. Ils causent très peu , mais ils cherchent ; leur médication est singulière, mais elBcace. Endormis, ils n’ont aucune peur du mal qui leur arrive dans cet état j réveillés, ils ont les mêmes craintes que si le mal devait être durable.
Voici, sur ce sujet, ce que dit Puységur :
a La susceptibilité qu’ont les malades en crise » magnétique de gagner avec promptitude cer- » taines maladies m’a été plusieurs fois démon- « trée. J’ai vu des somnambules magnétiques, V au milieu d’un essaim nombreux de malades,
» demander à quitter leur place, en disant que » leurs voisins leur faisaient mal ; d’autres s’en «éloigner d’eux-mèmes avec précipitation. Et «souvent j’ai eu à réparer des accidents causés » par l’approche de certains individus.
» Un inconvénient aussi grand m’a fait prendre » une idée défavorable des traitements nom- «breux; et lorsqu’il m’est arrivé depuis un an «de rassembler plusieurs malades ensemble, «j’ai toujours eu la précaution de n’y pas ad- » mettre des sujets dont j’eusse à craindre l’in- » fluence.
«J’ai consulté un jour mon somnambule Fie- « let sur les espèces de maladies qui pouvaient le « plus aisément se communiquer aux somnam- » bules; lui-même en avait fait deux ou trois fois » la triste expérience. Sa réponse, qu’il me fit «par écrite! que je conserve, fut que les plus «dangereuses étaient : l’épilepsie, le scorbut, la » diarrhée, la paralysie froide, la goutte scia- « tique, la catalepsie, la gale, les humeurs froi- » des, et tous les maux vénériens. Il ne convient, «ajoutait-il, qu’aux magnétiseurs de traiter ces « espèces de maux , parce que leur volonté et » leur action en repoussent les influences, au lieu » que les crises donnent et reçoivent la fluidité.
» la transpiration, et que, Vaction du mal arri- » vanl chez elles en même temps que la sensa- »tion, elles sont susceptibles de prendre bien » vite ce qu’elles ont voulu faire dissiper. »
Moi-même , je n’ai jamais magnétisé un poitrinaire et un malade qui ait pris du mercure sans, dans le premier cas, ressentir des douleurs de poitrine, et, dans le second, en éprouver également dans les os, et surtout dans les articulations des doigts et du poignet.
Magnétisant un jeune homme qui avait une luxation du fémur par suite d’un dépôt lymphatique formé dans l’articulation, je fus pris, en sortant de chez lui, de douleurs très vives dans le membre du même côté. Croyant que cela m’était personnel , je n’y fis d’abord pas beaucoup d’attention; le mal se pjssa promptement, mais le jour suivant il en fut de même encore. Cependant, en entrant chez lui, je ne souffrais aucunement ; je ne pouvais croire à ce singulier phénomène, et voulus m’assurer de sa réalité : je suspendis deux jours le traitement, je n’éprouvai rien. Je repris, mon articulation fut malade, et je commençai à traîner la jambe. Je trouvai un prétexte pour ne pas me charger de ce traitement. J’ignorais alors qu’en magnétisant
contact l’action était de' même efficace, et que cette inoculation pouvait être évitée.
Faisant un jour des expériences sur un jeune homme affecté d’une maladie syphilitique , dont j’ignorais l’existence, ses genoux étaient entre les miens (selon les procédés de Deleuze).
Au bout d’un quart d’heure environ j’éprouvai de vives douleurs dans les jambes^ je le priai de me dire s’il n’y souffrait pas lui-même j il me répondit que depuis un instant il n’y souffrait plus, mais qu’habituellement le mal qu’il y sentait était intolérable. Je cessai mes expériences, elles douleurs que j’avais prises ainsi persistèrent une partie de la journée.
Par suite de cette découverte, il m’est arrivé plusieurs fois de dire aux malades que je magnétisais ; Vous souffrez dans^elle partie de votre corps J cela se trouva vrai chaque fois. N’ayant jamais eu de maladie, n’ayant jamais souffert, lorsque je sens quelques douleurs en magnétisant, je sais qu’elles ne viennent pas de moi, et je m’éloigne du malade suffisamment pour discontinuer l’effet de cette inoculation.
D’autres magnétiseurs m’ont raconté le même fait; j’avoue que pendant longtemps j’ai refusé de croire à leurs témoignages ainsi qu’au mien
même. Aujourd’hui cela n’est plus possible, j’ai trop d’observations pour conserver un doute.
Un dernier fait semblable s’est produit sur moi, à Saint-Pétersbourg, pendant que j’écrivais ce traité. Magnétisant une dame gravement malade d’une fièvre nerveuse et putride; étant obligé de m’approcher souvent d’elle et de la toucher, j’eus une espèce d’épanchement de sang dans tout le tissu cellulaire des paupières. Je n’éprouvais aucune douleur, mais ces larges ecchymoses durèrent près de quinze jours. C’est seulement le jour où cette dame fut dans un danger réel , où la putridité de ses humeurs avait acquis un grand développement et devait faire craindre une décomposition totale, que ce mal m’arriva. J’éprouvais, en sortant de chez cette malade, des picotements aux paupières, et , pendant un trajet d’un quart d’heure, l’épanchement s’était complètement produit. Mais j’afiirrae que, pendant cette séance, j’ai senti en moi quelque chose qui m’était étranger, et j’aurais pu dire qu’une espèce d’inoculation venait d’avoir lieu.
C’est pour éviter ces accidents que je recommande de magnétiser en touchant le moins possible.
274 UANOEL DE L’ETDDIANT MAGNÉTISEUR.
2o Inocnlatibn sans contact.
Par un jeu singulier des forces magnétiques, et peut-être par l’analogie de deux systèmes nerveux , il arrive parfois des phénomènes inattendus. Ainsi , j’ai vu plusieurs fois un rapport s’établir entre des magnétisés qui ne se connaissaient point, et ce qu’éprouvait l’un était senti par l’autre, quoique souvent ils fussent séparés par des murailles. Ceci vous met dans un grand embarras^ car, tandis que, prodiguant vos soins à celui qui se trouve alTecté sympathiquement, l’autre, que vous avez laissé calme, reprend l’agitation et les crises déjà passées, et vice versâ. Des heures s’écoulent ainsi dans un travail inutile et très fatigant; il faut alors changer les heures ou vous faire suppléer près de l’un des deux malades. Ne croyez pas que l’imagination soit ici pour quelque chose. Dans un hôpital, à Saint- Pétersbourg (1), où l’on m’avait donné à traiter deux affections nerveuses épileptiformes, maladies que j’ai guéries , quoique graves et déjà anciennes, eh bien , quoique les malades fussent séparées par une grande distance, et que l’une
(1) Voir Journal du magnétisme , 1. 1, page 289.
INOCULATION DES UALADIES. 275
occupât le premier étage et l’autre le second , aussitôt que je magnétisais l’une, l’autre tombait en crise. Rien cependant n’avait pu avertir celle que je ne magnétisais pas, et ce n’est pas une fois, mais vingt, et le jour ou la nuit, que nous pouvions observer ce singulier phénomène. Mon entrée était mystérieuse, pas le plus léger bruit, souvent même elles étaient toutes deux en sommeil naturel , et n’importe quelle que fût celle que je magnétisais d'abord , celle h laquelle je ne songeais pas sortait bientôt de son sommeil et poussait des cris affreux. J’ai laissé, pour mon instruction , durer celte sympathie pendant quelque temps, puis je l’ai rompue en produisant des crises artiGcielles, plusieurs de suite. J’ai détruit ainsi la sensibilité trop vive de leur système nerveux , entretenu par une trop grande abondance de fluide nerveux qui ne trouvait point son écoulement, à cause des crampes et des spasmes qui existaient presque continuellement.
Voici un fait plus incroyable , mais pourtant non moins vrai.
Le magnétisme est destiné à exercer pour longtemps la pensée du physiologiste et du psychologue. Des faits nouveaux et incompréhensibles se manifesteront à chaque instant par
les singulières propriétés de l’agent employé.
Je donnais mes soins ù un malade qui demeurait à Paris, rue des Mauvaises-Paroles. 11 était peu sensible au magnétisme. Un soir seulement il éprouva des commotions assez violentes; je le laissai calme. Le lendemain soir même phénomène; mais un autre malade, auquel je donnais aussi mes soins , et qui ne connaissait point le premier, était parti pour Fontainebleau depuis deux jours. Il était aussi très peu sensible au magnétisme. Mais quel fut mon étonnement, lorsqu’il revint le troisième jour à Paris , d’entendre ses aveux ! 11 avait éprouvé des secousses violentes à la même heure , au même instant et pendant le même espace de temps. Je ne iis aucune réilexion sur le moment, mais le soir même je le magnétisai, lui; il demeurait habituellement rue Coq-Héron. Celui de la rue des Mauvaises-Paroles éprouva les mêmes accidents nerveux. Je cessai, plus rien ne se manifesta; je repris à d’autres heures, et ce singulier rapport fut rompu. Je le répète, ils ne se connaissaient, point , et ils ignorent l’observation curieuse qu’ils m’offrirent ainsi.