DANGERS MORAUX
$ IL Dangers moraux.
Je ne puis toucher cette corde que faiblement ici J j’ai d’ailleurs développé, autant que je l’ai pu , mes idées sur ce sujet dans mon Essai sur renseignement philosophique.
Si vous magnétisez avec un cœur corrompu , vous vous exposez à corrompre j c’est un fait autant moral que physique.
Une vérité que vous reconnaîtrez plus tard dans la vie est celle-ci : c’est qu’à mérite égal , en opérant de la même manière et dans des cas identiques , deux hommes d’une même nature en apparence obtiendront des résultats différents. £t je ne dis pas ceci pour le magnétisme seulement, mais en toutes médecines, et même en chirurgie. Cela vient des principes moraux qu’ils peuvent avoir, etqui ont une influence quis’étend sur leur ouvrage. Nos mains doivent être pures de souillures. On rira de ceci , car on ne comprendra pas; mais c’est un fait. La liqueur qui sortira d’un vase malpropre ne sera jamais bonne; elle agira sans doute, mais ses effets seront mauvais; quelquefois elle peut empoisonner. Il est des hommes qui ont des propriétés malfaisantes;
278 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, on ne les aperçoit souvent que lorsqu’il n’est plus temps d’en empêcher les elTets. Quelquefois même c’est à leur insu , ils ne savent pas.. . Mais, je le répète, il ne s’agit pas seulement de magnétisme. Placez-vous en dehors et méditez ceci.
Par quel mystère s’opère la réunion des cœurs? On sent le travail commencer ; un regard , une main qui touche la vôtre, un mot en6n ! et souvent votre sort est décidé. Vous aimerez ou vous serez aimé ! La vertu n’a rien à faire ici, la volonté non plus. Ce n’est pas elle qui décide, pas plus que la raison. C’est une espèce de maladie qui vous prend , vous domine , et n’a souvent pour cause qu’une émanation de vos nerfs projetée par les yeux ou exhalée par la peau. On ne peut s’en défaire qu’en fuyant, qu’en changeant de lieu promptement.
Quelques hommes et quelques femmes ont ce triste privilège d’inoculer des passions fiévreuses, et la durée de leurs enchantements ne peut être, calculée.
Circé avait ce pouvoir, et ce n’est point une pure allégorie. J’ai connu dans ma vie des hommes supérieurs qui étaient le jouet de femmes indignes , et qui ne pouvaient se soustraire à cette domination qui les abrutissait. D’autres hommes.
DÉSORDRES UAGNÉTIQDBS. 279
bien iofériears, dominaient des femmes d’an esprit élevé , et les tenaient ainsi dans un honteux esclavage.
11 n’est que trop vrai que certains êtres exercent une action malfaisante sur ce qui les entoure; il en est d’autres qui ont des propriétés contraires. Les somnambules savent très bien les distinguer, les malades aussi parfois. Mais que d’obscurité il reste encore ici !
Désordres masnéUqnes.
Bien souvent j’ai été appelé pour faire cesser des crises terribles, et d’une nature tellement singulière que nulle plume ne saurait les décrire. Ces crises avaient pris naissance pendant ou à la suite de magnétisations faites en jouant. C’étaient souvent des jeunes gens qui , ayant vu magnétiser, appliquaient en riant les procédés dont ils avaient vu faire l’emploi. Les jugeant .sans conséquences, ils ne pouvaient s’imaginer que leurs gestes à eux, ignorants du magnétisme, pourraient agir et provoquer quelques effets. L’apparition des phénomènes, loin de les avertir du danger où ils allaient se trouver, ne faisait que les inciter davantage à continuer, et ce n’est que lorsque des convulsions effroyables avaient lieu que la
280 MANUEL DE L’ÉTÜDIANT MAGNÉTISEUR, crainte remplaçait le rire. Ce nouvel état de l’esprit du magnétiseur venait augmenter le trouble du magnétisé, et bientôt la folie la plus prononcée apparaissait avec ses cris, ses transports et ses hurlements (1). 11 n’était plus temps alors de revenir à une action régulière , la volonté du magnétiseur novice étant également déréglée. Que faire dans ces moments où tout est en désordre , où un être quelquefois faible soulève les plus lourds fardeaux , où les bras de plusieurs personnes ne peuvent contenir ses mouvements multipliés? Le temps manque pour aviser. Les médecins ne peuvent rien dans ces cas; vainement ils ont essayé les moyens mis à leur disposition , et l’état furieux se prolonge. Accourez, vous qui avez enseigné la règle qu’on a dédaignée, vous qui avez fait connaître des dangers que l’on ne croyait exister que dans votre esprit; accourez, car vous seul êtes capable de rétablir l’ordre et de faire cesser un état de choses qui menace la raison. Ne vous effrayez point, car vous serez d’abord repoussé comme tous. Tâchez de toucher le cerveau; que votre main puisse être fixée sur le front; commandez le calme; soyez impé-
(I) Du Polet , Magnétisme opposé à la médecine , 1840,
1 vol. in-8, page 74.
RÉGULARISATION DE LA VOLONTÉ. 281 rieux , mais surtout faites éloigner au plus vite celui qui a causé le trouble ; qu’il parte , qu’il aille au loin; alors vous deviendrez maître, on entendra votre voix, on sentira votre action bienfaisante et régulière; mais surtout ne quittez • pas tant que les e/fluvesâe l’imprudent sont encore dans les nerfs ; chassez-les par des passes à grands courants faites jusqu’ avco extrémités; soufflez sur le front, faites cesser le sommeil, voyez s’il reste le souvenir de ce qui s’est passé , et dans ce cas rendormez , car à coup sûr un retour des mêmes crises aurait lieu. Le souvenir eitacé , et vous pouvez le détruire, ne soyez point inquiet de la courbature , de la lassitude qui suivent : ce sont de bons symptômes; ils dureront deux ou trois jours; mais vous n’avez plus à vous occuper du magnétisé : il sera dès lors dans son état moral habituel.
Dans d’autres circonstances , le magnétiseur, voulant guérir un malade , ne sait pas toujours à quoi il doit son insuccès. Qu’il médite ce qui suit.
L« voloniA , les désirs ont kesoln d*étre réglés.
Je regarde comme une chose importante une grande constance dans les idées. 11 ne faut pas
varier à chaque instant dans votre sentiment et dans votre volonté; il faut que le lendemain vous trouve ce que vous étiez la veille, et que vous repreniez l’ouvrage où vous l’avez laissé. C’est avec cette conduite , c’est pénétré de cette vérité que vous ferez de grandes choses. Songez que les déterminations de votre esprit se traduisent en actes, et qu’à peine vous avez pensé, qu’un messager invisible a déjà transmis le rudiment de votre vouloir. Qu’arrivera-t-il si vous variez à chaque instant? Un tiraillement dans l’organi> salion que vous êtes chargé de réédifier, le déplacement des matériaux posés la veille , et le principe ou l’ouvrier principal ne saura plus comment diriger les travaux. C’est le médecin qui modifie chaque jour son traitement; qui, sans patience aucune , s’étonne qu’une chose qui demande parfois plusieurs semaines pour se produire n’apparaisse pas dans un jour; vous serez comme lui. Soyez patient et constant; sans ces deux qualités vous serez médiocre magnétiseur, et vous ne réussirez que dans des maux légers et de peu de durée ordinairement.
Plus j’avance, plus je me convaincs que le magnétisme est une grande science, un grand art. Avec le secours des phénomènes qu’il produit.
DES EFFETS OlABOUQOES. 283
on expliquera, par analogie, les effets attribués à l’imitation , à la sympathie , ces espèces d’inoculation de désordres nerveux qui elTrayèrent dans tous les temps et portèrent l’elTroi dans tant de familles , dans tant de communautés et de pensionnats. Où l’on ne voit qu’imitation, il y a un agent vicié, subtil, qui, se transmet de l’un à l’autre sans contact et par la seule approche , la seule vue, un seul regard. O ignorance des hommes, quand cesseras-tu? Faut-il donc que les médecins restent dans l’obscurité , tandis que le flambeau de la découverte de Mesmer est là pour les pénétrer de sa vive lumière?
Ne vooB étonnez de rien.
Ainsi parlait une somnambule , à propos de phénomènes bizarres, que les ignorants disent diaboliques, et que les enthousiastes qualifient de miraculeux.
Archimède demandait un levier et un point d’appui pour remuer le monde. Nous disons , nous : Faites que nous ayons un peu plus de vitalité J avec ce levier invisible, nous agiterons le corps et remuerons l’esprit de quelque être que ce soit.
11 est curieux de voir la petite partie de l’a-
gent mise à la disposition de notre volonté agiter de grosses masses de matière organisée et tirer l’esprit de son apathie. Tous les phénomènes décrits dans cet ouvrage sont dus à l’emploi , raisonné ou non, de cette puissance, et résultent de son action sur les nerfs , et quel que soit mon désir de les faire tous connaître , je ne le puis, tant ils sont variés et abondants; mais pour persuader que nous en avons vu une grande quantité et des plus curieux , nous citons ceux qui nous surprirent et nous étonnèrent le plus.
Lorsque par ignorance , ou dans le désir d’expérimenter, on magnétise des personnes faciles à endormir, et qui demandent par conséquent peu de magnétisme, on s’expose à voir surgir des phénomènes surprenants. Le sommeil prend parfois un caractère étrange , il n’est plus paciGque. Une sorte de tourmente du corps et de l’âme se laisse apercevoir : cette agitation et ces phénomènes durent quelquefois plusieurs heures. Le démoniaque se démène, tandis que son esprit, évoquant des souvenirs ou prenant connaissance de choses inconnues encore des mortels , parle sans être interrogé; quelquefois même la langue dont il se sert est sans doute la langue primitive, s’il en fut une; car, quoique bien articulée, il est