LE MALADE, LE MÉDECIN, ETC
et puissants seigneurs de l’art, et ils sont chers, très chers, en raison de leur valeur.
Va, donne de l’or, donnes-en beaucoup, mais pour qu’ils ne fatiguent point leur esprit et ne quittent point leurs gigantesques travaux. Il leur en coûte tant de se déranger, même de se rendre à l’Académie, qu’ils n’y passent communément que pour y prendre leur jeton.
Maintenant, imite la nature, qui rejette sans cesse les fluides qui l’irritent, tout ce qui porte avec soi quelque chose de malfaisant. Débarrasse-toi de toutes les drogues qui t’entourent et sont si soigneusement étiquetées. Ne les jette pas par la fenêtre : tu pourrais être cause d’un double malheur.
Que l’espoir rentre dans ton âme ; cherche autour de toi, parmi tes amis, tes parents, celui qui jouit d’une bonne santé : prie-le de te donner du superflu de sa vie; qu’il projette sur toi, pendant quelques instants , la force qu’il perd sans fruit, parce qu’il en ignore la vertu bienfaisante. Engage-le à promener ses mains sur tes membres roidis, sur ton abdomen gonflé, irrité par le mal et un feu intérieur; qu’il te fasse de douces frictions partout où tu souffres; bois de l’eau qu’il aura touchée et magnétisée avec soin.
Si tu n’as pas d’amis, de frère, qu’on aille chercher le premier homme de bonne volonté que l’on rencontrera, que ce soit un valet, un portefaix même. Crois-moi, lors même que ses mains, ses habits exhaleraient une odeur capable de révolter tes sens, souffre une telle approche ; pourvu que cet homme ait un cœur compatissant, et qu’il sache ou devine par instinct ce que tu lui demandes, cela sufGt.
‘ Tout à l’heure ta langue cessera d’étre sèche et ta bouche aride, ton pouls battra moins, tes yeux seront moins brillants, et la cruelle fièvre qui te dévore cessera de t’agiter autant. On n’a pu te procurer du sommeil ; le sommeil viendra sans narcotique. Mais ce n’est pas assez d’un essai; répète pendant plusieurs jours cette simple opération , et tu rendras grâce â Dieu du secours inattendu que tu auras trouvé, non dans la science, mais dans la nature. Bientôt l’oubli d’un aussi grand bienfait viendra chez toi; c’est juste, tu ne pourras croire que tu as dd la vie à un moyen si simple, et tes préjugés, ta fausse lumière auront le dessus sur un grand fait, sur une grande vérité. 11 faut bien du temps pour guérir les hommes de leur faux savoir, il est plus facile de les guérir de leurs maladies; mais le temps approche où