LE MA.LADE, LE MÉDECIN, ETC
le médecin lui-même rendra compte de ses œuvres; il faudra qu’il s’eipiique sur ce qu’il sait ou croit savoir; son silence ne sera plus permis. Une vérité brillante comme le jour s’avance; elle éclaire déjà une foule d’hommes convaincus par l’expérience et par des faits innombrables. Ces hommes font ce que ne peut la science, iis guérissent des malades abandonnés par elle ; ils sont partout maintenant, enseignant leur art avec plus ou moins d’habileté.
Ah ! nous vous le disons, dépêchez-vous, médecins, revenez à la vérité que vous avez proscrite, persécutée ! Et qu’importe pour vous que ce moyen nouveau de guérir et de soulager les souffrances soit autre que ceux indiqués par la science, s’il est plus réel, plus efficace? c’est à vous de le saisir si vous voulez prouver à tous que vous avez du cœur et de l’intelligence. Mais dépêchez-vous, car chaque jour votre faiblesse devient plus manifeste, tandis que le magnétisme voit chaque jour augmenter ses prôncurs. Mais non, vous rirez de nous, et nieriez et notre science et nos œuvres. Peut-être la Providence le veut ainsi, afin quül ne vous soit plus permis de tromper les hommes ; et ne faut-il pas pour cela que le magnétisme, par ses bienfaits, soit connu de tous?
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Ne faut-il pas enGn que le inonde sache ce qu’il eu doit attendre , et tous les phénomènes qu’il produit, de manière que, s’il vous prenait un jour fantaisie de guérir vos malades par les nouveaux procédés, vous ne puissiez établir une nouvelle domination, un nouveau despotisme?
Soyez joyeux , magnéU^rs, la vérité que vous défendez courageusem^t est appelée à régner sur les esprits , elle est trop élevée pour que ses ennemis puissent l’atteindre, trop bienfaisante pour être laissée dans l’oubli ; elle a trop d’attraits pour n’étre point aimée et défendue. Et, s'il lui fallait des martyrs, elle en trouverait maintenant; mais elle régnera sans cela, car nous sommes dans le siècle où toute discussion est permise, où tout ce qui est juste et raisonnable peut s’établir sans faire couler de sang humain.
La natore au médeclB.
« Tu prétends être mon guide et mon rival :
» ne suffit^il pas à ton orgueil d’être mon disciple » et mon héraut? Comme mon disciple, je veux » que tu observes longtemps ma sagesse pour ad- » mirer enfin ma puissance; et comme mon hé- » raut, je veux que tu ne cesses point d’annoncer
LA NATORE AU MËDECIN. 303
» l’un et l’autre aux hommes, qui ne cessent point » de me méconnaître.
» Mais si tu veux connaître ma sagesse , con- » nais d’abord ta propre témérité ; et , pour ad- » mirer ma puissance , apprends à t’humilier » devant ta faiblesse; en un mot, connais-toi » d’abord si tu veux me connaître.
» Rappelle-toi donc que depuis quatre mille » ans tu n’as point cessé d’agiter , de tourmenter, » de briser tous mes ouvrages pour te faire à toi- » même ce que tu appelles un art. Que de tra- » vaux, et quels efforts? Tu as dévasté les végé- » taux, égorgé les animaux, extrait les minéraux, » disséqué des cadavres , discerné les parties les » plus subtiles et les plus cachées; ensuite tu t’es » vanté par toute la terre de tes découvertes et » des chefs-d’œuvre de ton imagination et de » ton industrie. Cependant sois sincère et ré- » ponds -moi : As-tu prolongé la durée de » l’homme? as-tu plus que moi guéri les maux? «les as-tu du moins adoucis? .n’as-tu pas, au » contraire , augmenté les maux qu’il avait , et «suscité des maux qu’il n’avait pas? Je te de- » mande enfin si tu te crois plus grand médecin » que ton Hippocrate , qui ne savait rien de ce » que tu prétends avoir appris.
«Rentre en toi-mème, ou plutôt reviens à » moi J il n’est qu’un art , et c’est le mien. Cesse » de vouloir me dicter tes lois particulières, je » ne les connais pas, et connais toi-méme enGn » les lois générales que je t’ai dictées, ainsi qu’à » tous les êtres.
» Ma loi universelle est de conduire successi- » vement tous les êtres de la vie à la mort et de » la mort à la vie; d’assigner à chacun l’époque »et la forme où il doit paraître, devra fuir et » reparaître. La loi générale que j’ai imposée à » tous les êtres sensibles est de passer du plaisir » à la douleur et de la douleur au plaisir ; tel est » mon immuable décret : c’est des maux mêmes « que je fais découler tous les biens. Audacieux » et aveugles que vous êtes , tantôt vous recon- » naissez cette loi pour calomnier ma sagesse , » tantôt vous la niez pour vous exagérer votre « propre puissance. Vous vous flattez de faire à «votre gré durer le plaisir et cesser la douleur ; » c’est là. le but (^e vos arts , de vos sciences, des » travaux de vos journées, des rêves de vos nuits. » Vous avez fait une morale où vous cherchez le «souverain bonheur, une médecine où vous «croyez trouver une santé parfaite; insensés! « Considérez ce qui vous est revenu de vos chi-
LA NATURE AU MÉOEaN. 305
» mères : votre fausse morale a voulu guérir vos «passions, elle a tué votre âme par l’indifTé- »rence; votre médecine a voulu guérir vos » maux , elle a tué vos corps par les remèdes.
«Voyez les animaux, bien plus sages que » vous, sans efforts de leur part, sans violence de »la nature, ils jouissent du plaisir et supportent » la douleur. Paisibles et soumis sous l’influeDce » de mes lois, ils abrègent tous leurs maux par »la patience, et prolongent tous leurs plaisirs «par la tempérance , tandis que vous, au con- » traire , vous augmentez vos maux par l’inquié- » tude , et corrompez tous vos plaisirs par la » crainte, en les abrégeant par leurs excès j enfin en » vousdébattantavec violence dansles liens mêmes » dont je vous attachais à la vie , vous vous serrez « comme dans un lacet, et vous vous étouffez » vous-mêmes.
» Le malheur de vos arts est de faire penser » aux hommes qu’ils ont beaucoup de forces , et » le malheur de vos sciences est de leur persua- » der qu’ils ont beaucoup de lumières. Je laisse » le temps et l’expérience les corriger peu à peu » et les ramener insensiblement à moi.
» Mais quand l’homme est malade , quand la » folle présomption de la force de ses arts et des
» lumières de ses sciences peut lui coûter l’exis-' » tence même , abandonnerai-je cet être , à qui » mes lois avaient assigné une plus longue durée? » Non ; et c’est toi , dirait la nature au vrai mé- »decin, c’est toi que j’ai choisi pour le sauver » de lui-même.
» Tu le verras, dans cet état de maladie , » trembler comme la feuille ou se dépiter comme »un enfant, ou s’agiter comme un furieux; tu » l’entendras te demander la vie et la santé, tantôt » avec le ton impérieux d’un maître à son esclave, » tantôt avec la soumission d’un homme envers U un Dieu ; et tu riras en toi-même de son or- » gueil comme de sa faiblesse ; tu le flatteras , tu » le calmeras comme un enfant; promets-lui, j’y » consens, plus que tu n’espères et beaucoup plus «que tu ne peux; remplis d’abord son âme du » baume de la douce espérance. L’espérance est » pour les maux de l’homme le premier remède « de la nature.
» Mais l’âme de l’homme , et surtout de «l’homme malade, est une mer agitée, et tu » verras bientôt succéder à l’espérance les » alarmes de l’effroi; il s’irritera et de ses maux » et de ton inaction ; il t’accusera de ce qu’il » souffre et de ce que tu ne fais pas ; il menacera
LA NATDBE Aü IffiDECIlf. 307-
» de chercher ailleurs des secours; il les appelulera peut-être, et tu le verras aussitôt envi- » ronné d’hommes ignorants, qui, sous le nom »de remèdes, lui prodigueront des poisons.
» Prends pitié de ce misérable , éloigne de lui »ces secours, pires que son danger; cache-lui » bien , il le faut , que l’unique secours est dans » lui-même et dans mes bienfaisantes et inévita- » blés lois; dis à cet homme crédule que tu pos- » sèdes un art, et même un grand art; descends » jusqu’à le tromper pour son bien même : au » nom de cet art , présente-lui des boissons douces » et des aliments sains ; feins d’agir et ne cesse » point de promettre , et crois qu’en agissant à » ta place , je démentirai rarement tes pro- » messes.
» Si cependant j’avais marqué le moment de » la 6n de cet être, que je n’ai fait naître que » sous les conditions mêmes de Gnir ; baisse la » tête , soumets-toi , et supporte avec courage les » reproches que les hommes mortels oseront te » faire de la mort d’un homme condamné par » moi-même.
» Mais aussi , quand tu te verras comblé d’é- » loges et de reconnaissance pour des guérisons »qui ne sont que de moi; quand on appellera
» tes prodiges les purs effets de mes lois , prends » bien garde de me méconnaître dans mes ou- » vrages , ne rougis point de publier mes bien- » faits; accoutume insensiblement l’esprit des » hommes à s’y conBer, et tire ta gloire de celle » que tu rends à la nature.
» Que si pourtant, à force de m’observer, tu » parviens à surprendre quelques uns de mes pro- » cédés, je te permets de les imiter; mais n’ou- » blie jamais , en m imitant , le respect que tu » dois à ma puissance, et la défiance que tu dois à » ta faiblesse ; garde-toi bien alors de confondre le » moment où je recueille mes forces et celui où » j en désespère , le moment ou je suspends pour » revenir et celui où j’abandonne sans retour, » Rappelle— toi sans cesse que , puisque ma pre- » mière règle est d’agir, ton premier devoir est » d’attendre,
» Ecoute , dirait encore la nature , je cache » au vulgaire les plus beaux de mes secrets , si » tu parviens à les pénétrer par ta constance et » ta vertu , il y aura peu de limites à ta puissance. » Ce que je ne puis produire seule, aidée de toi, » je le ferai ; mais c’est en vain que je te parlerai wsi tes sens ne s’ouvrent point; frappe donc à » la porte de mon sanctuaire , toutes les vérités Ms’y trouvent renfermées; le magnétisme n’est
CONCOURS DU MÉDECIN ET DD MAGNÉTISEUR. 309 » qu’un de mes agents , mais il conduit à la dé> » couverte des autres. »
Ah ! pourquoi ne suis-je pas digne moi-mèrae d’étrel’interprète de la nature? Heureux l’homme qui recevra ce don. Ce livre n’est qu’une préface, je le sens trop.
Dn concours du médecin et du magnetlsenr.
Question délicate à traiter aujourd’hui, à cause de l’état des croyances. Il est rare, en effet, de trouver un médecin parfaitement disposé pour le magnétisme, et, le fùt-il, fera-t-il abnégation de ses principes? réduira-t-il son rôle à une passiveté d’expectation? et si des remèdes sont jugés nécessaires, pourra-t-il consentir à s’en entendre avec le magnétiseur? Ne doit-on pas craindre que le char embourbé soit tiré tantôt à droite, tantôt à gauche, et qu’il reste ainsi dans l’ornière? Il ne faut pas ici une demi-croyance ; que le magnétiseur soit seulement toléré par le médecin , et que les mauvaises passions entrent en lice. Comment établir une confraternité que le médecin repousse, et marcher d’un pas égal vers le même but, s’il se présente des cas comme celuici, par exemple?
Traitant sous les yeux d’un médecin un jeune
enfant affecté d’une maladie nerveuse , mon traitement était agréé par le médecin; il croyait au magnétisme, mais il jugeait qu’on devait donner au malade un purgatif. Moi je pensais qu’aucun médicament n’était nécessaire , car l’enfant allait bien; ses convulsions étaient apaisées. Il s’éleva une discussion à ce sujet , et nous ne pûmes tomber d’accord. Les parents de l’enfant Bnirent par être de mon avis. Mais que fit le médecin ? il s’en va faire préparer un purgatif où il entrait du calomélas, rentre lorsque je n’y étais plus, fait avaler de force à l’enfant le contenu de la fiole dont ils’étaitmuni,etles convulsions reviennent. Qu’avais-je à faire en pareil cas? me retirer. La raison le conseillait , mais ma conscience réprouvait celte conduite; l’humanité me faisait un devoir de continuer, et j’y cédai. Devais-je me ficher contre un homme qui était de bonne foi , qui croyait au magnétisme, mais aussi à l’elficacité du moyen qu’il proposait?
Sans citer d’autres exemples, on peut voir combien de difficultés peuvent naître de deux volontés, de deux systèmes mis en présence; il faut que l’un finisse par céder le pas à l’autre ; et que de vertu, que de philosophie il faut avoir pour ne point murmurer !
CONCOURS DU MÊDEaN ET DU MAGNÉTISEUR. 311 Si je voulais sortir du cercle que je me suis tfjcé, combien je pourrais citer de faits où le magnétisme était employé mystérieusement , c’est-à-dire des cas où le médecin , continuant de venir au chevet du malade et paraissant jouir de toute sa conBance, faisait des prescriptions qui n’étaient point suivies, et s’attribuait souvent l’honneur d’un changement heureux qui n’était dù qu’à mes efforts ! Souvent même je faisais un choix dans ce qui était ordonné, et à l’insu du médecin j’étais le régulateur de son traitement. Que de fois, retiré dans le cabinet voisin, j’entendais ses discours, la description minutieuse de l’état du malade, et porter un pronostic dont j’appréciais la valeur ! Honteuse supercherie ! dira-t-on, rôle indigne !... Non, mille fois non; car, avant d’en agir ainsi, on avait sondé le docteur sur le magnétisme ; il s’en était moqué et avait cherché à détourner le malade de l’emploi d’un moyen dont il niait l’efScacité. Mais pourquoi continuer de voir le médecin?... Pour des êtres indifférents la question est toute simple ; mais lorsqu’on a affaire à un ami et qu’on veut conserver son amitié, lorsque cette amitié est fondée sur des services rendus antérieurement , lorsqu’on est enchaîné à lui par des secrets de
312 MANUEL DE l’Étudiant magnétiseur.
famille, par des relations journalières qui durent depuis plusieurs années ; dans ce cas , ne doit-on pas ménager son propre orgueil et une susceptibilité trop grande parfois pour être vaincue? Croyez-vous que dans cette circonstance le médecin était le plus malheureux ? non , c’était le magnétiseur, qui, forcé de se cacher pour faire une action louable, sentait battre son cœur et voyait abaisser un homme qu’il eût loulu relever.
Le magnétisme n’est plus autant repoussé aujourd’hui ; on avoue sa croyance sans craindre le ridicule, mais il n’en a pas toujours été ainsi, et les difficultés que je signale existeront longtemps encore. Lors même que l’agent magnétique sera reconnu, par les Facultés, avoir des propriétés thérapeutiques, les médecins ne céderont pas pour cela leurs malades aux magnétiseurs. Il y aura lutte, guerre sourde ou apparente. Ce serait mal connaître l’humanité que d’en juger autrement. Sans doute le temps mettra toute chose à sa place; il n’y aura plus que des oppositions individuelles; mais bien des malades, qui pourraient guérir, périront avant qu’il y ait entente cordiale entre les magnétiseurs et les médecins.