SUPERCHERIE DES SOMNAMBULES
«Deux OU trois jours après le terme qu’elle » avait fixé pour la cessation de son somnambu- » lisme, je la magnétisai j elle s’endormit de suite. «Étonnée, et d’après quelques observations, je » doutais qu’elle dormit du sommeil magnétique. «Je la consultai néanmoins sur la santé d’une «personne qui m’était chère, et lui demandai si «elle voulait rester endormie dans ma chambre «pendant mon dîner. Elle me répondit qu’elle » en éprouverait du bien ; mais elle me recom- «manda de l’enfermer et d’emporter la clefj ce » que je 6s sur-le-champ, aGn qu’elle ne fût point » troublée. Je quittai mes souliers et revins très «doucement me mettre derrière la porte. J’a- « voue que j’étais agitée: l’épreuve que j’allais’ «faire devait détruire l’attachement que j’avais » conçu pour cette 611e à qui j’avais donné les «plus grands soins. Cependant je me décidai à « regarder par le trou de la serrure, et je vis cette « 611e, que j’avais laissée deux minutes avant bien «endormie, arrangeant son Gchu et se regar- « dant dans une glace avec deux yeux bien ou- « verts. J’allai chercher une de mes amies, qui,
« s’approchant avec les mêmes précautions, la vit,
» comme moi , très éveillée. Nous nous retirâmes «sans bruit.
350 MAISUEL DE l’ÉTDDIANT MAGNÉTISEUR.
» Après le dîner, je montai, j’ouvris la porte » avec bruit, et je trouvai ma somnambule pro- »fondémcnt endormie. Je lui demandai si son » sommeil n’avait pas été interrompu ; elle me dit que non. Je la lis réveiller par mon amie, étant «trop indignée pour la toucher désormais. Je ne » lui Iis aucun reproche; mais le lendemain je la » renvoyai.
» Cette épreuve a coûté à mon cœur et à mon » amour-propre ; mais elle m’a rendue moins O conGante et crédule en la lucidité des somnam- *»bules. Celle-ci était une paysanne ignorante, » qui, ayant entendu répéter ce qu’elle avait dit ' » dans ses premières crises, voulut peut-être, en » feignant de dormir, connaître ce qui se passait »dans son véritable somnambulisme, et faire » continuer le tendre intérêt qu’on lui témoi- » gnait. Que ne doit-on pas attendre d’une femme » d’une classe plus instruite, et dont l’intérêt est »de jouer un rôle qui lui donne de l’aisance, et » qui ne calcule pas les maux dont'felle peut être »Ia cause...? »
Par le temps qui court, que de somnambules qui ne le sont plus, ou qui ne l’ont jamais été, si ce n’est dans les annonces des journaux, donnent chaque jour des consultations approuvées, certi-
SUPERCHERIE DES SOMNAMBULES. 351 fiées bonnes, et qui n’ont, il faut l’avouer, que la valeur du hasard. Que jamais l’idée de semblable collusion ne se présente à votre esprit! Si vous offrez aux regards des malades un somnambule, qu’il soit ce qu’il doit être : revêtu de son auréole, et possédant les divines facultés que la nature lui a départies et que votre art a développées.
Je ne vous parle point de ces somnambules privilégiés qui reçoivent des grâces d’en haut, à qui des anges jettent des couronnes faites d’un métal terrestre ou des fleurs de votre jardin. N’admettez point ceci, car vous seriez dupe, et votre croyance serait allée au delà du vrai.
Dans ce monde, il faut tromper pour réussir; les niais sont les plus nombreux; les éclairés même ont des préjugés, et c’est ainsi que les Aa6i7es trouvent le défaut de leur cuirasse. N’ayez jamais cette habileté; c’est celle du joueur qui triche au jeu , celle du marchand qui vend à faux poids, celle du voleur enfin.
Pourquoi faut-il que je sois obligé de vous prémunir contre ces abus, qui se commettent parfois et qui viennent bien moins de l’ignorance que d’un désir de lucre !
11 est des gens qui se revêtent de tous les ha-
352 MANUEL DE l’êTUDIANT MAGNÉTISEUR, bits. La médecine a sa plaie honteuse , le charlatanisme ; le magnétisme commence à avoir la sienne, et des charlatans compromettent par des actes coupables la vérité qui se produit. Cela ne fait que commencer; mais attendez-vous à un débordement effroyable; car, je dois le dire, les moyens de tromper sont nombreux et les simulations faciles, si celui qui consulte ces fourbes n’a pas les connaissances nécessaires pour s’en garantir.
Je vous ai donné les signes indicateurs pour distinguer ce qui est réel de ce qui est mensonger; prenez donc garde de confondre. Etudiez, examinez , et si vous reconnaissez la fraude , démasquez les perfides.
Causes qui diminuent ou empêchent complètement rcfOcaclte du magnétisme.
Il faut placer en première ligne l’opium et tous les narcotiques, l’onanisme, l’abus des plaisirs vénériens, l’usage immodéré des liqueurs fortes, les préparations pharmaceutiques de mercure, d’arsenic, de cuivre, de plomb, le nitrate d’argent et toute cette série de poisons que la nouvelle médecine donne comme remèdes. Avant de soulager les malades, le magnétisme a be-
DES CAUSES d’inefficacité. 353
soin de repousser de la circulation ces produits étranges de malheureuse invention humaine.
Viennent ensuite l’abus , je ne dis pas l’usage seulement, du café, du thé, et les préoccupations violentes de l’esprit.
Si vous réussissez dans ces cas, c’est que vous aurez doublé vos efforts et que vous les aurez soutenus très longtemps.
J’ai magnétisé des individus pour des affections de la moelle épinière ; je n’en ai ni guéri ni soulagé un seul. Tous, il est vrai, avaient fait usage d’extrait alcoolique, de noix vomique, de strychnine ou d’autres médicaments d’une action aussi violente. Peut-être serez-vous plus heureux que moi dans ces traitements.
L’embonpoint trop prononcé est aussi un obstacle, non pas au développement des effets, mais à uu rétablissement prompt.
Une grande conhance en soi-même, la foi enfin, passe par-dessus bien des difficultés.
Avant qu’un malade ait retrouvé tout à fait la santé, lorsqu’il l’entrevoit, lorsque déjà le poids de la maladie diminue et que les sens retrouvent par degrés une finesse qu’ils avaient perdue , c’est alors que la reconnaissance éclate et que l’on apprécie votre œuvre. Vous voyez le
354 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, convalescent jouir de ce qui ne le touchait plusj il est comme s’il entrait tout à coup dans la vie. Toutes les beautés de la nature, tous les parfums des plantes l’enivrent. Il e.st accessible à tous les sentiments généreux, et souvent des pleurs coulent de ses yeux , qui naguère étaient encore desséchés. Vous, son médecin, son sauveur, vous êtes un dieu pour lui; il sent tout ce qu’il vous doit, et manque souvent de termes pour vous exprimer sa reconnaissance. Moment difGcile pour un magnétiseur. Gardez - vous d’imprudence; n’ouvrez votre âme qu’à moitié; ce soleil si brillant du matin, et qui doit échauffer toute cette journée , prépare souvent des orages.
Iledoublez de soins et d’attention; ne croyez point votre œuvre accomplie; agissez encore comme si rien ne s’était passé. Les rechutes sont fréquentes , et la dernière crise peut encore être loin du temps que vous aviez imaginé. Je vous le répète , c’est une chose difficile que la cure radicale d’une affection chronique, quels que soient d’ailleurs la sensibilité du sujet et votre pouvoir magnétique.
Notre médecine étant d’un ovàvephysique et moral , vous devez, lorsque vous avez guéri un malade, l’exhorter à fuir, à éviter les causes qui
DES RECnOTES.
ont amené sa maladie , lorsque ces causes ne sont point on dehors des connaissances humaines. Souvent des recliutPs pourraient être évitées si on eût rompu tout à fait avec les habitudes qui déterminèrent les premiers accidents. On vous accuse alors de n’avoir point guéri, mais seulement soulagé, et l’on se taitsursespropreserreurs. 11 est facile de prévoir, en étudiant un peu les habitudes et la vie d’un bomme, ce qui doit lui arriver, ce qui l’attend. Soyez ferme, tAchez d’agir sur la raison, c’est votre devoir. Votre mission est presque semblable à celle du prêtre: il a besoin d’être sévère pour accomplir sa mission J soyez comme lui , imprimez certaines terreurs à l’âme. Beaucoup d’hommes ne sont que de grands enfants; ils ont besoin d’être éclairés; il faut veiller sur eux pour empêcher leurs chutes. On vous promet tout ce que vous voulez tant qu’on est malade, si l’on espère en vous un rétablissement; rappelez ces promesses en temps et lieu. Vous obtiendrez bien rarement ce que vous désirez , mais alors votre conscience est tranquille, et vous n’avez nul reproche à vous faire.
Méditez ce qu’écrivait Pline à Maximus :
« Ces jours passés , la maladie d’un de mes
» amis me fit faire celte réflexion, que nous » sommes fort gens de bien quand nous sommes » malades; car quel est le malade que l’avarice » ou l'ambition tourmente ? Il n’est plus enivré » d’amour, entêté d’honneurs; il néglige le bien, » et compte toujours avoir assez du peu qu’il se » voit sur le point de quitter. Il croit les dieux , » et se souvient qu’il est homme; il n’envie, il » n’admire , il ne méprise la fortune de personne. » Les médisances ne lui font ni impression ni » plaisir; toute son imagination n’est occupée » que de bains et de fontaines ; tout ce qu’il se » propose (s’il en peut échapper), c’est de mener » à l’avenir une vie douce et tranquille , une vie. » innocente et heureuse. Je puis donc nous faire » ici à tous deux , en peu de mots , une leçon dont » les philosophes font des volumes entiers. Per- » sévérons à être pendant la santé tels que nous » nous proposons de devenir quand nous sommes M malades. »
Dn salaire.
Le magnétiseur qui se charge, moyennant salaire , de magnétiser un malade , doit se pénétrer que le bien qu’il peut faire est en raison de sa conduite et de son travail. 11 doit, pour avoir
DU SALAIUE-
(les torcesàsa disposition, éviter soigneusement les excès qui les dissipent. S’il s’adonne aux femmes, il n’a plus qu’une volonté sans valeur, il ne peut plus rien j et en supposant qu’ils produis sent des effets, ils sont illusoires et n’opèrent aucune modification sérieuse dans les symptômes de la maladie qu’il est chargé de guérir. S’il est distrait, préoccupé , eût-il des forces, elles n’obéissent point ou sont perdues, car elles ont besoin d’un désir et d’une pensée constante vers le bien.
Ce n’est que par un effort de pensée et un véritable travail moral, soutenus pendant un certain temps , qu’on peut produire plus que des effets : la guérison. Une magnétisation est un travail sérieux, fatigant même; votre organisation doit en souffrir un instant , car vous avez distrait de vos forces pour les faire passer en autrui. Si ce n’est pas la charité qui est votre mobile, que vous ayez mis un prix à vos soins, c’est un vol que vous faites à celui qui vous paie si vous ne remplissez pas les conditions que nous venons de vous faire connaître.
Lorsque le magnétisme sera plus généralement connu , plus étudié , on saura que nous connaissions bien toutes les conditions nécessaires pour obtenir des succès. Mais longtemps encore,
S58 MANIEL l)E 1,’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, nous le craignons, cet agent ne sera considéré qiie comme ayant peu de valeur, tandis que les instruments qui le dispensent devraientseuls être accusés d’imperfection.
RécapiiaUUon.
Le magnétisme agit comme force physique; son action s’exerce immédiatement sur les nerfs et médiatement sur l’ensemble de l’organisme. M pénètre de lui-même dans toutes les parties ou dans celles sur lesquelles on le dirige. Il ne s’échappe point de l’organisation ou du corps où on l’a déposé, comme l’électricité, après en avoir ébranlé le système nerveux : il en reste ce qui est nécessaire pour les besoins ultérieurs du corps.
Lorsqu’une forte magnétisation l’a mis en plus dans les organes, la nature trouve le moyen de se débarrasser de ce trop-plein.
Son action sur l’organisme est en général tonique et sédative.
Il augmente les forces médicatrices , favorise le développement des crises heureuses et combat celles qui ne peuvent être utiles.
Doué de propriétés thérapeutiques par excellence , il peut, non pas guérir tous les malades,