‹ Manuel de l'étudiant magnétiseurChapitre 66 sur 84 · THÉORIES DES MAGNÉTISEURS · texte numérisé non relu

THÉORIES DES MAGNÉTISEURS

n’avait pas lieu en enlevant les organes de la circulation.

Ainsi, il est bien démontré que, dans quelques animaux , le cerveau sécrète du fluide électrique ; que la contraction musculaire peut avoir lieu par un excitant électrique, etc.; considérations qui font fortement présumer que l’agent nerveux est du fluide électrique , ou un fluide ayant avec celui-ci une grande analogie.

Toutes ces probabilités sont puissantes , et peuvent faire admettre la circulation d'un agent nerveux, cause des phénomènes magnétiques.

En effet, cet agent, chez nous, ne s’arrête pas non plus aux muscles ou à la peau , il s’élance encore au dehors avec une certaine force , et forme ainsi une véritable atmosphère nerveuse , une sphère d’activité absolument semblable à celle des corps électrisés.

Cette opinion était celle des plus habiles physiologistes de nos jours, Ileil, Autenrieth, et de M. de Humboldt.

Dès lors tous les phénomènes du magnétisme nous semblent susceptibles d’une explication plausible.

L’atmosphère nerveuse, active du magnétiseur, augmentée sans doute par l’impulsion que

338 MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, lui donne sa volonté , se mêle , se met en rapport avec l’atmosphère nerveuse , passive de la personne magnétisée, et vient augmenter cette dernière, à tel point que, dans certains cas, il. semble y avoir une véritable saturation du système nerveux, susceptible, lorsqu’il y a excès, de se mettre , par des décharges , en équilibre avec les corps ambiants; et l’on ne pourrait expliquer, par une autre hypothèse, les secousses qu’éprouvent parfois les magnétisés.

Le système nerveux du magnétisé ainsi influencé, et éprouvant des modilications en raison de sa sensibilité particulière , expliquerait toutes les perturbations que l’on observe , et rendrait parfaitement raison de la communication des désirs , de la volonté , des pensées même de celui qui magnétise. Ces désirs, cette volonté, étant des actions du cerveau, celui-ci les transmet au moyen des nerfs jusqu’à la périphérie du corps et au delà.

C’est seulement pour satisfaire vos esprits, lecteurs, que je glisse ici cette ombre de théorie; le temps n’est pas encore venu d’expliquer le magnétisme , nul ne sait ce quil est , et nul mortel peut-être ne lèvera le voile qui le cache à l’œil de notre intelligence. Ici nous maté^iali-

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sons cet agent, nous le saisissons dans sa loi de circulation ; mais sa nature nous échappe. Dès qu’on admet dans les volontés créées une puissance d’agir sur les corps et de les remuer, il est impossible de lui donner des bornes.

Voyez un peu quelle difficulté présente ici l’étude de cette force humaine. Cette cause invisible des effets magnétiques passe au travers de tous les corps de la nature, ou tous les corps sont conducteurs de ce fluide. Il peut s’incorporer dans tous les corps de la nature; ou chaque corps peut recevoir ce fluide, le retenir et produire par lui des effets magnétiques.

La liaison entre le fluide magnétique animal et les corps qui l’ont reçu est si étroite, qu’aucune force chimique ou physique ne peut la détruire.

Les réactifs chimiques et le feu n’ont point d'effet sur le fluide magnétique animal luimême. Quelques expériences appuient ces propositions.

Un corps vitreux magnétisé, qui avait fait dormir un somnambule en quelques secondes, fut lavé avec de l’eau et frotté avec du linge, puis présenté derechef au même sujet. Il s’endormit en une demi-minute.

Un verre magnétisé lavé avec de l’ammonia-

que, produisit le somnambulisme en un quart de minute.

Le même veire fut mis dans de Vacide ni~ trique fumant; après y avoir séjourné pendant cinq minutes, il fut mis dans une tasse de faïence avec de l’eau, et de cette eau le jeune somnambule le prit et s’endormit aussitôt qu’il l’eut dans ses mains.

La même expérience fut répétée avec de l’acide sulfurique concentré. L’effet était absolument le même.

Dans ces expériences, aucun réactif chimique ne peut détruire la force magnétique du verre magnétisé ; on crut s’apercevoir que cette force ne s’attache pas comme les odeurs, l’électricité et d’autres fluides semblables, à la surface des corps, mais qu’elle pénètre dans leur intérieur. L’expérience suivante confirme cette conclusion.

Un gros piston de marbre magnétisé fut entièrement enfoncé dans de l’acide muriatique, jusqu’à ce que l’acide en eût enlevé à peu près la moitié de la masse, puis il en fut ôlé, lavé et présenté au somnambule ; il s’endormit aussi vite que par l’attouchement du marbre entier.

Les autres fluides impondérables et expansifs sont entre eux dans un tel rapport, que l’un d’eux

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étant attaché à un corps solide, il n’en peut être séparé (jue par l’elTet d’un autre fluide expansif. Par exemple, le fluide magnétique minéral est chassé de l’aimant naturel ou artificiel par l’ignition et par le coup électrique , et la combustion change entièrement tous tes rapports des corps avec les fluides expansifs, tels que leurs facultés conductrices, leurs capacités, etc. Ainsi, pourétudier la nature du fluide magnétique, on ne pouvait pas se dispenser d’exposer les corps magnétisés à différents degrés de température et à la combustion même.

On a donc fondu la cire, la colophane, le soufre et l’étain magnétisés ; et après les avoir versés dans des formes cylindriques, semblables à celles qu’ils avaient eues d’abord , on éprouva leur effet sur les somnambules ; ils n’indiquèrent aucune différence dans l’effet avant et après cetfe opération, ils s’endormirent aussitôt qu’ils les eurent pris dans leurs mains.

U ne baguette de fer magnétisée fut mise dans le feu et rougie. Toute rouge, elle fut jetée dans une tasse avec de l’eau et présentée à un jeune homme par la même personne qui avait fait l’opération. 11 s’endormit aussitôt qu’il l’eut dans sa main.

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Une grande feuille de papier entortillée et magnétisée fut brûlée sur une assiette de faïence. Le charbon et les cendres qui étaient restées sur l’assiette furent présentés au somnambule, qui en prit autant qu’il put avec sa main et s’endormit en peu de moments.

On lit plusieurs contre-épreuves avec des objets qui étaient journellement entre les mains de tout le monde ; on les lui mit sur les cuisses et dans les mains, mais il n’cn fut aucunement affecté.

Les objets magnétisés, conservés avec soin, produisirent, au bout de six mois, les mêmes effets. Ils semblaient n'avoir rien perdu de leur force magnétique.

« Il y a donc un principe actif qui résiste à toutes les forces mécaniques, physiques et chimiques, qui s'attache aux corps par un lien indissoluble, qui pénètre dans leur substance comme un être spirituel, et triomphe même de l’action du feu. Mais son existence indubitable, par les effets qu’il produit, ne ?e dévoile pas aux yeux de l’homme dans son état ordinaire; il n’y a que cet épanouissement de notre personnalité effectué par le rapport magnétique, qui nous met à même de voir et de sentir ce principe de vie; qui reçoit sa vigueur de la volonté de l’homme, et agit avec

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une énergie proportionnée à la force de cette volonté. Quand il agit avec une grande énergie il est comme l’éclair, et paraît anéantir tout à fait la vie. »

La hauteur de l’explication doit être proportionnée à la sublimité du problème, tout l’ordre physique et organique des êtres, et tous les principes établis à ce sujet ne peuvent résoudre ces problèmes du magnétisme animal, qui appartiennent proprement à la psychologie, où les expériences physiques et chimiques ne peuvent plus servir (1).

Je borne cet aperçu , je m’éloignerais trop des limites que je me suis tracées; je ne dois pas oublier que je dois seulement tracer des règles; mon véritable but est l’application raisonnée du magnétisme au traitement des maladies. On s’apercevrait bientôt que mon intelligence ferait défaut.

L’incrédolilé a «es dangers.

Il y a quelque temps, une dame nnt me demander une consultation somnambulique pour une personne absente. Je lui dis d’apporter les

(I) J’ai pu!)li(5 un livre ayant pour titre : Essai sur l'enseignement philosophique du magnétisme, j’y renvoie le lecteur.

3ÛÛ MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, objets nécessaires pour faciliter à ma somnambule l'examen du mal, afin qu'elle pùt nous donner les moyens de le combattre. Le lendemain elle revint avec ce que je lui avais demandé, et la somnambule interrogée, dit : «L’infortunée pour M qui on me consulte est très malade, beaucoup «plus qu’elle ne le pense. Elle mourra bientôt; «elle a un cancer de l’estomac, et au cœur un «anévrisme très avancé; elle éprouve telle ou » telle douleur.... » Je demandai à cette dame si le dire de la somnambule était fondé. Elle m’assura que tout ce qu’elle venait d’entendre touchant les souffrances de son amie était exactement vrai, et que même elle les manifestait par les mêmes mouvements que la somnambule.

La consultation terminée, cette dame partit en me disant qu’elle ferait exécuter la prescription et me reverrait.

En effet, huit jours après elle revint, non pour me donner des nouvelles de son amie, mais pour me compter ses malheurs. Elle s’excusa d’abord sur son manque de franchise en me confessant que les objets qu’elle avait apportés lui appartenaient; que, ne croyant pas au somnambulisme, elle avait choisi ce moyen pour s’éclairer; que, depuis qu’elle avait entendu la somnambule faire

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la description de ses douleurs et des causes qui y donnaient lieu, elle ne dormait plusj que les courts intervalles de repos laissés par son mal avant cette consultation avaient entièrement disparu, et qu’enfin elle venait dans l’espérance que je la remettrais dans un état supportable.

Elle me lit palper la région épigastrique, où je sentis très bien une tumeur de forme oblongue. Ce qu’elle me dit du malaise qu’elle éprouvait au cœur et dans la poitrine me conGrraa tout ce que la somnambule avait dit. Je cherchai pourtant à lui faire croire qu*on avait pu se tromper en portant un tel pronostic. Mais il était trop tard, le coup était porté j elle avait reconnu la vérité, il n’y avait plus d’illusion possible sur son état.

Après cette visite, j’interrogeai la somnambule en lui racontant ce qui venait de se passer. « Il n’y a plus de repos pour cotte malade, me «dit-elle. Si vous l’endormez, elle saura peut- » être trouver le moyen de se soulager. Je ne » pouvais pas prévoir qu’elle fût là ; je ne sens » que les personnes avec qui je suis en rapport » direct. J’ai senti sa maladie avant de juger les « intentions qui la faisaient agir : c’est un mal-

» heur qu’elle ne peut attribuer qu’à son incré- » dulité. »

J’ai rarement vu une personne s’approcher recueillie d’un ou d’une somnambule, sans le dessein de les mettre à l’épreuve et de les trouver en faute. On consulte toujours avec des réticences dans l’esprit, une affectation marquée et quelque chose de moqueur dans la parole. C’est pourtant alors que l’on demande ce qui ne peut s’obtenir dans son entier que par un calme de l’âme et cette espèce de résignation évangélique qui fait seule supporter la bonne et la mauvaise fortune. Piépétons-Ie, le somnambule est un miroir magique qui reflète ce qui se présente à lui ; si vous soufflez sur cette glace, elle cessera de rendre l’image des objets dans leur vérité, comme l’eau tranquille dont le vent agite la surface cesse de réfléchir fidèlement l’image de ce qui l’environne.

Soperclierle des Somnambules.

Plusieurs magnétiseurs se sont laissé tromper par de prétendus somnambules; la simulation était si parfaite, que des malades même y ont été pris.

« Un paysan du carré d’EstampCy en Boor-

SUPERCHERIE DES SOMNAMBULES. 347 »gogne, dit Puységur, avait passé par l’état » de crise magnétique (somnambulisme) , pour » arriver à la guérison parfaite d'une malaw die très grave ; dans le temps de ses crises, il » avait des sensations très déliées, et tous les » malades avaient une très grande contiance en » lui j il découvrait parfaitement la cause du mal , »et, apparemment au moyen de quelques con- » naissances acquises précédemment, s’entendait » assez bien à ordonner des remèdes simples et » salutaires. Un jour, passant auprès d’un caba- » ret du village, je demandai la cause de la foule » que j’y voyais rassemblée j on me dit que c*é- » taient des malades qui venaient consulter le » Bourguignon. J’imaginai, d’après ce, qu’il était «apparemment en crise magnétique; je m’ap- » proche ; mais quelle est ma surprise de le voir » les yeux bien ouverts, toucher è droite et à » gauche tous ces pauvres gens, et leur ordonner » des remèdes à tort et à travers ! heureusement, «j’étais arrivé à temps pour désabuser tout le » monde. Je déclarai devant tous que, passé le » temps de lacrisc,\\ était aussi ignorant que moi « et les autres hommes dans la connaissance des » maladies, et je mis mon rusé paysan dans une » confusion extrême. Je lui 6s les reproches les

«plus vifs de la tromperie qu’il venait de faire; » il m’en demanda pardon, et m’avoua que, per- » sécuté par beaucoup de gens qui venaient lui » demander de leur répéter ce qu’il leur avait dit «dans sa crise, il n’avait pas voulu rester court, » d’autant qu’on lui promettait de le payer pour » ses consultations.

» Voilà comme dans tout le mensonge est au- » près de la vérité. »

L’exemple qui suit est extrait d’un mémoire que m’adressa, il y a quelques années, une dame de Metz.

« On me présenta, dit-elle, une jeune fille de «vingt-cinq ans, pauvre, et fort malade depuis » onze mois ; elle ne tarda pas à tomber dans un « parfait somnambulisme; elle se voyait très bien; «les remèdes qu’elle s’ordonnait réussirent; elle » me fut également fort utile pour mon enfant « qui était extrêmement souffrant; dans son som- » raeil, elle était très reconnaissante de mes soins » et me le témoignait avec des larmes. Tout ce « qu’elle prédit sur sa maladie s’est vérifié. J’at- » tendais un de mes amis, magnétiseur, je le lui «dis, et elle me répondit : S’il veut me voir en » somnambulisme, il faut qu’il se dépêche, car « ma lucidité sera de très peu de durée.

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