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les heures par Clément ou Ribault -, quelquefois il voulait qu’ils s’unissent tous les deux ; ensuite de boire toutes les demi-heures une tasse de bouillon fait avec plus de veau que de bœuf» et coupé de moitié d’eau. Comme ma maladie avait le caractère de la plus grande putridité, au point que l’air de ma chambre en était infecté, je lui demandai dans la journée la permission de boire de la limonade; à quoi il ne voulut jamais consentir. Le lendemain, avec beaucoup de répugnance, il m’en permit une tasse ; mais à la séance d’après, il prétendit que ma fièvre était augmentée, et que la limonade seule en était cause; de sorte qu’il la défendit absolument.
» Pendant les deux jours de ma fièvre, Vielet ne me donnait pas grande espérance; il était morne, silencieux : je croyais même le voir inquiet, et il m’a avoué depuis (étant en crise) qu’en effet il l’avait été le premier jour. Enfin le soir du 28 , après qu’il eut été mis dans l’état magnétique et qu’il se fut approché de moi , je vis sur-le-champ son visage s’épanouir et l’air de satisfaction s’y peindre d’une manière qui ne peut se rendre. Aussitôt je lui fais une question, sans en obtenir de réponse; mais se tournant du côté de madame de Puységur, qui épiait, ainsi que
37 /| MANUEL DE L’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, moi, tous ses mouvements , il lui serre les mains avec l’expression de la plus grande sensibilité, et dit pour toute parole : f«Iiéjouisscz-vous, madame, » monsieur le marquis est sauvé, il n’y a plus de » risque du tout. » Et un moment après , la joie le fait tomber lui-même dans un spasme de plus d’un quart d’heure.
» Nous étions restés dans la perplexité que donne l’attente d’iine bonne nouvelle dont on doute encore, lorsque, revenu àlui, on questionne de nouveau Vielet : alors, avec son zèle ordinaire, il se rapproche de mon lit, étend de nouveau ses mains vers moi, et m’observe en silence. Après m’avoir ainsi considéré quelques instants, il me dit que la détente va se faire chez moi, et que la transpiration que je vais avoir me tirera entièrement d’affaire. Il me promet une bonne nuit et m’ajoute que , comme la lièvre va cesser incessamment, il sera nécessaire de me purger le lendemain. Je lui réponds que, s’il le pense ainsi, je prendrai ma médecine ordinaire, et je la lui indique. « Non pas, me dit-il; ce sont des /loirrfrfts iid’Àilhaud qu’il vous faut prendre.» Oh! je l’avouerai, dans ce moment je sentis ma confiance s’ébranler. — Des poudres d'Aühaud! m’écriai-je; mais c’est un remède que je crains beau-
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coup; je n’cn ai jamais fait usage, et j’ai toujours entendu dire qu’il n’était pas indifférent de s’en servir. — « Rapportez-vous-en à moi, repartit-il » avec une tranquillité admirable : j’ai pris moi- » même des poudres d’Ailfiaud ; j’en connais » l’effet, et c’est ce qu’il vous faut : tout autre » purgatif serait trop violent pour vous. » — Je bataillai encore avec lui longtemps : les poudres d'Jilhaud me révoltaient. Cependant, après en avoir discuté avec madame de Puységur, elle me fit convenir que, dans pareille occasion, si ellemême fut tombée malade, je n’aurais cru mieux faire que de suivre à la lettre les ordonnances de Vielct. Cette seule réflexion me fit m’abandonner entièrement à lui. — Eh bien, Vielet, lui dis-je, j’y consens : dictez-moi votre ordonnance pour après ma médecine]; je ferai à la lettre tout ce que vous exigerez. — Alors Vielet, plus content, m’assura de nouveau que je me trouverais bien de ses conseils. — «Deux heures après votre y> médecine, me dit-il, vous prendrez un bouillon » à la reine (autrement un lait de poule), et un » second deux heures après. — Point d’autres tisanes? — «Non, rien autre chose; à deux » heures un bouillon gras, et le soir un autre. » » On envoya sur-le-champ chercher à Soissons
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des poudres d’A ilhaud. Je crois n en avoir employé qu’une prise. Je dis je crois, parce que vers onze heures du soir, Viclet, ayant été remis en crise, arrangea lui-mémc ma médecine, et je ne me suis pas informé à temps de la quantité qui en était restée dans le paquet. Quoi qu’il en soit, le lendemain j’ai suivi l’ordonnance à la lettre, et m’en suis trouvé à merveille.
» Mon estomac, comme je l’ai dit, me faisait toujours souffrir. Le lundi 30 était le jour que Vielet devait ne plus pouvoir tomber en crise, de sorte que madame de Puységur , conservant encore un peu d’inquiétude, voyait avec une espèce de regret la prompte guérison de mon médecin. 11 fallut lui demander un régime de conduite pour le temps de convalescence. Beaucoup de ménagements dans la nourriture, avec quelques détails fort peu intéressants, furent le résultat de ses conseils; mais ce qui l’est infiniment, c’est le dernier trait de cet honnête homme. Le lundi matin, prévoyant sa guérison pour le soir, il dit à celui de mes gens qui l’avait mis en crise : « Je » dois avoir une forte colique ce soir, c’est la fin » de ma maladie. Si l’on me magnétise, on me la » fera bien vile passer, et demain je serai guéri. » Au lieu de cela, qu’on ne me touche j)as et
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» qu’on me hisse souffrir, cela ne relardera ma » guérison que d’un jour, mais du moins demain » matin je pourrai encore tomber en crise et voir » comment se porte M. le marquis; cela fera » plaisir à madame... »
» Quand on me rapporta cette marque si sensible d’amitié de ce bon homme , je ne pus m’cmpôcher d’en pleurer d’attendrissement, et je refusai absolument son offre; mais lui, avec son sang froid et sa tranquillité ordinaires, me répéta qu’il n’y avait aucun risque pour lui à souffrir un jour de plus; que le plaisir qu’il avait à me rendre service lui ferait du bien, et que le lendemain mardi II serait aussi bien rétabli que s’il n’avait pas souffert. . . Ces assurances répétées, jointes à l’inquiétude de madame de Piiységur, me Grent accepter scs offres généreuses, et le soir, en effet, lorsqu’il eut ses coliques, on ne chercha pas du tout à l’en soulager, quoiqu’il vînt luiméme se plaindre de ce qu’il souffrait. Il nous a dit depuis que cette dureté de notre part l’avait fort étonné.
» Le lendemain mardi. Violet put me conGrmer le retour de ma santé, et lui-mème, s’étant réveillé tout seul au bout d’une heure de crise , me tranquillisa sur son sort, de sorte que le même
378 MANUEL DE l’ÉTUDIANT MAGNÉTISEUR, jour nous nous trouvâmes guéris en même temps, et je pus jouir, avec un plaisir qui ne se peut rendre, de la douce satisfaction de devoir la santé et peut-être la vie au même homme qui l’avait tenue de moi. Le souvenir de cette action de Vielet sera toujours présenté ma mémoire; il ne me sera jamais possible, je crois, d’être malheureux en y pensant. Puis-je avoir été mieux payé de toutes les peines que je m’étais données auprès de lui ? Oh ! corabieTi le cœur de l’homme est bon ! J. -J. Rousseau, l’homme peut-être dont l’état habituel approchait le plus de l’état de crise magnétique^ répétait sans cesse à ses amis, qui voulaient le réconcilier avec les hommes, dont il s’éloignait sans cesse : L'homme est bon, mais les hommes sont méchants. »
Dernier mol.
Que les difficultés ne vous rebutent point; vous aurez constamment à lutter, à combattre ; différent du médecin, dont les ordres sont des décrets ; on prendra de ses mains tout ce qui irrite, tout ce qui détériore, tout ce qui empoisonne même, sans aucune objection ; car il est reconnu que c’est ainsi qu'il guérit : vous , au contraire, quoique n’employant nul remède, votre agent, pour guérir, produit souvent des crises ,
DEKMtR MOT.
crises dilTérenlcsen tout de l’aggravation produite par des agents chimiques; mais on vous dira que vous irritez au lieu de guérir, qu’on attendait de vous toute autre chose. C’est alors qu’il faut faire comprendre au malade que la nature ne procède pas autrement, qu’elle ne le peut même pas, et que si vous calmiez seulement, vous n’agiriez que sur les symptômes du mal, mais que vous ne pourriez guérir; qu’à la suite d’une action il y a toujours une réaction, et que c’est celle-ci qui est sentie; ce n’est même qu’en provoquant, qu’en excitant pour un instant l’organe malade qu’on le fait sortir de l’inertie où il était, ou que l’on change son mode d’activité.
Rassurez surtout sur les suites ; ici elles sont toujours heureuses lorsque l’opération est bien conduite. Différent encore des remèdes ordinaires ou matériels, le magnétisme ne laisse nulle trace fâcheuse.
Convainquez, si vous voulez guérir; mais soyez certain que toujours vous achèterez le bien que vous ferez , jusqu’à ce qu’enfin le magnétisme ne laisse plus de doute dans les esprits , jusqu’au temps où tous ses phénomènes seront bien compris.
Voulez-vous que le magnétisme soit exact et fécond ? recueillez vos observations en tenant
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compte des moindres faits; ceux qu’on a négligés parce qu’on les jugeait sans importance avaient une signiflcation et une valeur. Sans doute, il n’appartient pas à tout le monde de rechercher les causes , d’embrasser l’ensemble , et c’est pour cela que la nature a créé des hommes spéciaux dont le génie perce les ténèbres qui les environnent et trouvent l’inconnu. Mais ces hommes rares ont besoin d’être précédés par des observateurs patients , infatigables , qui suivent avec constance le développement d’un fait, et qui , sans le juger , le dégagent de toute enveloppe. C’est l’ouvrier qui déroule le papyrus sans lire les caractères qui s’y trouvent, mais qui se garde bien d’en eiïacer aucun , sachant bien que son travail serait dès lors inutile. Ce sont les hommes intelligents qui recherchent dans la pierre et les entrailles de la terre les fragments fossiles d’êtres qui ne sont plus, et donnent ainsi à Cuvier le moyen de reconstruire un monde oublié. A chacun son lot ici-bas. Lorsque chacun a bien rempli sa tâche, accompli son œuvre. Dieu ne fait pas de différence pour les récompenses qu’il accorde. Si sur cette terre 1e haut mérite reçoit son tribut d’admiration , il achète cettç faveur par la tranquillité de toute sa vie ; le mérite plus obscur n’a pas à prétendre à la renom-
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mée, mais il est moins en butte ù l’envie. Vous le voyez, il y a compensation, et, des deux rôles offerts à un homme sage, son choix serait longtemps incertain. Tout ceci doit empêcher , chez vous, les désirs trop prompts de surpasser vos devanciers. Connaissez-vous d’abord, entrez dans la science par le labeur, par le travail. Si vous ne devez être qu’ouvrier, contentez-vous de ce lot, car il a son utilité. Si une voix intérieure, qui n’est pas l’orgueil, vous incite, obéissez; il y aura toujours à perfectionner et à découvrir : vous serez l’instrument du progrès. Que jamais un abus ne puisse vous être imputé. Rejetez de vos pensées celles qui vous inciteraient à de mauvaises actions. Songez que vous êtes responsables de l’avenir de cette science ; car les hommes, dans leur aveuglement, rejettent sur la vérité les torts des gens qui en abusent.
Que le calme de l’âme vous accompagne , vous ferez de grandes choses. C’est lorsque , simple et confiant, j’allais au milieu des incrédules animés de passions que j’ignorais encore, c’est dans ces circonstances que je réussissais au delà de mes espérances. Mais lorsque j’ai voulu discuter et convaincre par le raisonnement , en cherchant à montrer une sorte de supériorité, je me croyais fort, j’étais devenu faible, et une hu-
382 MANUEL DE l’ÉTUOIANT MAGNÉTISEUR, miliation que j’eusse pu éviter me frappait instantanément. li en était encore de même lorsque , venant de produire de grands faits , je voulais, en les expliquant, ajouter à mes œuvres, et faire pénétrer plus avant dans l’esprit de mes auditeurs la vérité que je venais de faire luire à leurs yeux. Une sorte de réaction avait lieu contre moi, et l’impression produite par les faits diminuait en raison de mon insistance. Il faut vous retirer à temps et laisser apprécier votre ouvrage; on vous rendra en votre absence la justice qu’au moment on vous refuserait. Le cœur de l’homme est ainsi fait , et vous ne pouvez le changer. Les mêmes hommes qui, aujourd’hui, vous flétrissent, vous accablent de leurs railleries et de leurs mépris , vous honoreront demain si Dieu vous rappelle à lui.
Plus que toute chose, le magnétisme demande de la modération. Puységur la conserva jusqu’à la fin de sa vie ; il avait le droit de parler en maître. Pourquoi donc ai-je eu un moment de colère, et manqué à la règle que je cherche à imposer? Je l’ai dit : il est des moments suprêmes où on est forcé d’obéir à des impulsions plus fortes que la raison. J’ai obéi après avoir longtemps résisté; l’avenir dira si j’ai bien fait, mais aujourd’hui rien ne pourrait me persuader que je