‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 17 sur 68 · TABLEAU · texte numérisé non relu

TABLEAU

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On est généralement convenu d'appeler époque féodale l'intervalle compris entre la dissolution de l'Empire de Charlemagne , sous ses faibles successeurs , et l'époque où les seigneurs , après avoir permis à l'un d'eux de s'emparer de la couronne royale , se virent écrasés par lui. Du reste rien de précis à cet égard, car la féodalité existait déjà, lors du célèbre traité d'Andelot ; les Leudes y firent promettre aux deux rois pe respecter leur puissance, et malgré les cages de fer de Louis XI on la retrouve pleine de force dans les nombreuses révoltes du règne de Louis Xm. Pendant long-temps on n'a voulu voir dans ce fait qu'un bouleversement social , où le droit avait fait place à la force, et où l'on agissait sans avoir rien de précis ni d'arrêté. Les études historiques ont marché depuis, et l'on connaît maintenant le système féodal. « Ce régime, dit M. Th. Lavallée, produit » du bouleversement causé par l'invasion des barbares et l'éta-

» bassement du christianisme a donc été dans la vie de l'espèce » humaine un très grand pas ; inférieur , intellectuellement , » aux sociétés anciennes , il leur était politiquement égal , et » moralement supérieur ; c'est lui qui a tenu à l'état d'enve- » loppement tous les élémens de la civilisation qui se déve- » loppent aujourd'hui. »

Dès les premiers siècles de l'histoire Franke, nous trouvons les terres divisées en plusieurs classes ; les Alleux ou possesseurs de terres Allodiales étaient ceux qui , dans la conquête , avaient su conquérir un canton où ils étaient indépendans, ne relevant d'aucun autre seigneur. Plusieurs, par des services rendus ou par la force et leur courage, se rangèrent dans cette classe. Mais comme la violence l'emportait souvent sur l'équité, un grand nombre d'Alleux trop faibles pour se soutenir sans secours étrangers et s'opposer aux envahissemens de voisins plus puissans qu'eux , changèrent la nature de leurs terres et en firent hommage a un autre seigneur pour les tenir de lui à titre de fief , c'est-à-dire, à de certaines obligations.

Le bénéfice était la terre tenue du roi ou d'un seigneur à des conditions mutuelles ; ainsi le feuda taire devait protection et le vassal s'engageait à prêter foi et hommage; il était aussi tenu au service militaire à des époques fixées. Dans l'origine les bénéfices n'étaient pas héréditaires , mais la royauté obligée de lutter contre les ennemis du dehors, les invasions des gens du Nord et les révoltes intérieures, après avoir abandonné presque toutes les terres qu'elle possédait et réduit son domaine au comté de Laon et à la ville d'Orléans se vit contrainte par les seigneurs de leur concéder l'hérédité de leurs bénéfices. Ce fut à Quierzy que fut signé cet acte, et dès lors la royauté Garlovingienne put prévoir sa ruine prochaine. Si quelqu'un de nos fidèles, y disait Charles -le-Chauve dans ce capitulaire , saisi d'amour pour Dieu , veut renoncer au siècle , ou s'il a un fils ou tel autre parent capable de tenir la chose publique , qu'il soit libre de lui transmettre ses bénéfices et honneurs comme il lui plaira ; si un comte de ce royaume vient à

mourir, nous voulons que les plus proches parents du défunt , les autres officiers du comté et les évêques du diocèse pourvoient à son administration , jusqu'à ce que nous ayons pu confier à son fils les honneurs dont il était revêtu.

Dès -lors la société féodale est constituée : le fils hérite des terres de son père , les possède aux mêmes conditions que lui et de ce jour la royauté se trouve démembrée. Du reste rien de changé dans Tordre féodal , les obligations contractées par le vassal sont dues par son successeur , la hiérarchie des terres et celle des personnes restent établies. Le comte a , sous lui , comme par le passé, le viguier, le chevalier (miles), et depuis le plus puissant feudataire jusqu'au plus faible vassal, il existe un lien social d'où sortira la civilisation moderne.

Il y avait encore au-dessous des bénéfices les terres tributaires dont le nom suffit pour faire comprendre la nature , mais elles subirent de légères transformations et devinrent des bénéfices.

On aurait une fausse idée de la France du IXe siècle, si on voulait la comparer à la monarchie de Louis XIV. Divisé en une foule de fiefs , ce pays n'aura son histoire complète qu'après de savantes recherches sur toutes ses provinces. Pour obvier autant que possible à cette lacune , nous croyons faire plaisir à nos lecteurs en leur mettant sous les yeux le tableau des divers fiefs de la France féodale , ainsi que la date de leur réunion à la couronne ou à un fief plus important.

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