‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 41 sur 68 · DE LA FRANCE *OUW LES DERNIERS CAPÉTIENS · texte numérisé non relu

DE LA FRANCE *OUW LES DERNIERS CAPÉTIENS

La mort de Philippe-le-Bel laissait le royaume dans un état malheureux : le trésor était pillé, le peuple murmurait hautement ; un homme ambitieux, Charles de Valois , après avoir parcouru toute l'Europe dans l'espoir d'obtenir un trône , était depuis peu revenu en France. La couronne tombait sur la tête d'un jeune prince débauché et ami du plaisir qui avait déjà reçu le nom de Hutin, c'est-à-dire querelleur, et qui était même trop pauvre pour se faire sacrer. Par-dessus toutes ces misères , les nobles et les bonnes villes menaçaient de se révolter , et redemandaient leurs privilèges. On fit face à tout ; Louis fut reconnu roi sans que l'huile sainte eût coulé sur son front ; mais aussitôt, retournant à ses fêtes, ce prince abandonna la régence à Charles de Valois son oncle. Celui-ci, pour obtenir un moment de calme , signa toutes les chartes qu'on lui présenta , excepté

celles qui portaient atteinte à la puissance royale ; il promettait alors de faire revoir ces prétentions par des hommes doctes et capables de les juger , et s'engageaient à les ratifier en ce qu'elles pouvaient avoir de juste. De plus il abandonna au peuple les ministres du feu roi ; aussitôt on les saisit , et on instruisit leur procès. Pierre de Latilly et Enguerrand de Marigny furent arrêtés et jetés en prison. Déjà ce dernier, prévoyant le sort qui lui était réservé, avait , avant la mort de Philippe , demandé qu'on revît ses comptes, et plus tard il s'était fait donner par Louis X pleine et entière décharge de l'administration des trésors du Temple , du Louvre et de la chambre du roi. Aussi espérait-il après une courte détention voir s'ouvrir devant lui les portes de sa prison ; il avait oublié qu'un jour , en présence du roi , il avait donné un démenti au hautain Charles de Valois, et que ce prince irrité avait juré d'en tirer vengeance. Son ennemi se rappelait ^offense, et le moment était arrivé où il avait résolu de se venger. Le procès malgré tout avançait peu : il répugnait à Louis de punir le conseiller intime de son père; d'ailleurs n'était-ce pas attaquer la mémoire du feu roi que de blâmer des actes dont Enguerrand paraissait et disait n'avoir été que l'exécuteur. Charles alors lança une accusation dont on ne pouvait jamais se blanchir dans ce siècle d'ignorance ; il lui reprocha d'avoir cherché à nuire au roi par des maléfices. On présenta aux juges des figures de cire, assez mal faites, portant une couronne sur la tête et percées au cœur d'une épingle; on l'accusa d'en être l'auteur et on lui donna pour complice un pauvre homme que l'on trouva mort dans son cachot ; dès-lors le procès marcha vite et peu après Enguerrand expia, aux fourches patibulaires deMontfaucon, l'insulte faite à un prince haineux. Ce fut le 30 avril 1 31 5 avant le lever du soleil que cette sentence rat exécutée. Marigny fit montre d'un grand courage , et sans se plaindre de l'injustice dont il était victime, il se contentait de réclamer les prières du peuple qui l'entourait. Plus tard le roi se repentit d'avoir sacrifié le ministre de son père à de basses jalousies, et il légua à sa veuve des sommes considérables.

On dit de plus que Charles de Valois lui-même fut accablé de remords qui avancèrent sa mort; par son ordre des aumônes furent distribuées dans Paris, et les personnes qui les recevaient devaient prier pour messeigneurs Enguerrand de Marigny et Charles de Valois. Le corps de Marigny fut transféré des Chartreux, où il avait d'abord été déposé, à l'église collégiale d'Ecouis qui lui devait sa fondation.

Les nobles avaient repris une partie de leurs droits et n'avaient eu garde d'oublier celui de battre monnaie , n'en renfermant point l'exhibition à leurs seuls domaines , mais imitant le système de Philippe IV et couvrant la France de leurs fausses pièces. Une ordonnance royale (Lagny, 17 mai 1315) réprima ces excès, et défendit aux barons de laisser circuler l'argent marqué à leur coin au-delà des terres qui leur appartenaient. Le peuple ne cessait de réclamer la monnaie de Monseigneur St-Louis ; aussi le roi en fut-il soutenu dans les réformes qu'il tenta. Louis X se réserva le droit de mettre ses monnaies en circulation par tout le royaume , et leur cours fut seul autorisé dans les domaines du roi et dans ceux des grands vassaux qui n'avaient pas le droit d'en fabriquer. De plus les barons ne pouvaient s'éloigner delà forme qui leur était prescrite , et les peines les plus sévères étaient prononcées contre ceux qui copiaient les types royaux. C'était surtout dans l'émission des pièces fausses que les seigneurs trouvaient les plus grands bénéfices ; privés de cette ressource, ils vendirent pour la plupart au roi un droit qui leur était plus coûteux qu'utile. Cette ordonnance fut bientôt suivie d'une autre (3 juillet 1315) par laquelle Louis accordait à tous les serfs de son royaume la liberté de se racheter ; il avait espéré remplir par ce moyen le trésor, et fournir aux dépenses de son couronnement et aux frais d'une nouvelle expédition contre la Flandre. Mais les serfs étaient peu soucieux d'une liberté dont ils n'avaient que faire et pour laquelle on leur arrachait le fruit de leurs épargnes; ils refusèrent de porter leurs économies au trésor en échange d'un parchemin pour eux inutile. On voulut les y contraindre ;

alors ne sachant que faire pour nourrir eux et leurs familles , ils se réunirent en bandes , élurent des chefs et portèrent la désolation dans les campagnes. Telle fut l'origine des grandes compagnies que nous verrons plus tard ravager la France en môme temps qu'elle était dévastée par l'étranger.

Ce moyen n'ayant pas réussi, Louis rappela les Juife : le sort de ce peuple était peu prospère ; obligés de porter sur la poitrine une marque distinctive (concile de Narbonne 4227) , les Juifs avaient été l'objet de violences que rien n'avait paru justifier. Les croisés avaient été sur le point de les massacrer tous ; des ordonnances sévères tantôt leur défendaient l'usure, (1230) tantôt libéraient leurs débiteurs (4233.) Enfin sous prétexte que l'un d'entr'eux avait commis un sacrilège , ils furent chassés de la France en 1 291 . Philippe-le-Bel renouvela cet arrêt en 1306. Mais Louis X avait besoin d'argent, et il espéra s'en procurer en les rappelant. Il exigea d'eux 4 22,500 livres , les fit renoncer aux deux tiers de leurs créances et, à ces dures conditions, il leur rendit une partie de leurs synagoges-et de leurs cimetières, leur concéda le droit de rester douze ans en France et leur permit même d'acheter des rotures. Quand Louis X se fut ainsi procuré de l'argent , il leva une nombreuse armée , et résolut de faire la guerre aux Flamands dont l'arrogance allait chaque jour croissant; Guillaume , comte de Hainaut et de Hollande, fidèle allié de la France avait déjà commencé les hostilités. Mais cette campagne n'eut d'autres résultats que de faire voir l'inertie du roi. Des pluies abondantes rompirent les chemins , inondèrent son camp et le forcèrent de songer à la retraite. On fut même obligé de brûler une partie des bagages (4 346.)

On avait vu , à la fin du règne précédent , deux femmes se plonger dans les désordres les plus honteux, et dans l'espoir de cacher leur honte, immoler chaque nuit leurs amans éphémères. Déjà on a reconnu les sanglantes orgies dont Marguerite de Bourgogne, reine de Navarre , et Blanche, comtesse de la Marche sa belle-sœur, ensanglantaient la Tour de Nesles et l'abbaye de

Maubuisson. Marguerite, femme de Louis X , se croyait par son rang sûre de l'impunité , lorsque son mari la dénonça lui-même, et la fit enfermer au château Gaillard. Lorsqu'il eut été couronné, le nouveau roi, fatigué de ce veuvage, résolut d'épouser Clémence de Hongrie. Quelques jours après Marguerite fut trouvée étranglée dans son lit , et son époux se hâta de conclure l'union qu'il avait projetée.

Telle est la triste histoire de ce règne qui dura si peu : empoisonnemens , meurtres , jalousies de cour, misère du peuple , et il n'est nul fait glorieux sur lequel on puisse se reposer, pas même sur cette guerre de Flandre dont nous avons indiqué les tristes résultats. La mort frappa Louis X le 7 juin 1316 ; ce prince était alors en son château de Vincennes. Il ne laissait pour enfant qu'une fille, Jeanne, issue de cette Marguerite dont nous venons de parler, et entachée d'illégitimité ; mais Clémence la nouvelle reine était enceinte , et on résolut d'attendre l'événement. Philippe , frère du roi , était alors à Avignon pour presser les cardinaux de faire cesser, par l'élection d'un pape, les désordres qui auraient pu naître d'une plus longue vacance du saint-siège , car Clément V, mort en 4344 , n'avait pas encore de successeur. A la nouvelle de la mort de son frère, Philippe revint en toute hâte à Paris, et fut déclaré régent. Enfin Clémence mit au monde un fils nommé Jean ; mais cet enfant faible et débile vécut à peine huit jours, et le royaume se trouva de nouveau dans le désordre. C'était en effet la première fois depuis Hugues - Capet que le trône restait sans héritier direct, et l'on pouvait craindre que Jeanne ne réclamât les droits de sa naissance. Mais Philippe V avait déjà pris en main la régence, il n'avait qu'un pas à faire pour saisir la couronne. Il cita en sa faveur la loisalique qui excluait les femmes du trône; puis il se fit reconnaître et sacrer à Rheims (janvier 1 34 6) en présence de ses deux oncles, Charles de Valois et Louis comte d'Evreux, ainsi que d'un grand nombre de seigneurs. La couronne était soutenue, pendant la cérémonie, par Mahaud comtesse d'Artois et pair du royaume. Quelques grands vassaux

refusèrent cependant d'assister au sacre attendant les événements avant de prendre un parti. Philippe convoqua une assemblée des Etats généraux, où le tiers Etat avait aussi des représentants; le cardinalPierre d'Arablay, chancelier de France, devait présider : il y fut décidé que Philippe V avait droit à la couronne, et que les femmes étaient inhabiles à occuper le trône. Edouard II , époux d'Isabelle, mit fin à toutes les hésitations en venant à Amiens rendre à son beau-frère hommage pour les terres qu'il possédait encore sur le continent. Philippe , voulant de plus gagner le duc de Bourgogne , lui donna en mariage Jeanne de France sa nièce avec le comté de Bourgogne pour dot.

Les commencements de ce règne rappelèrent les plus beaux jours de la féodalité; l'esprit guerrier se montra dans toute sa force. La Flandre se souvenait toujours de la victoire remportée à Courtray et, enorgueillie de ses succès, elle avait résolu de traiter, de puissance à puissance, avec le royaume de France. Aussi repoussa-t-elle les conditions de paix que lui offrait Philippe Y, et résolufrelle de vider le différent les armes à la main. Les circonstances étaient en effet favorables pour les Flamands : la France était ébranlée du changement de règne; quelques mécontents n'attendaient qu'une occasion favorable pour se révolter; des dissensions religieuses éclataient de nouveau dans ce pays , et des hommes , faisant vœu de pauvreté et d'abnégation , s'élevaient avec force contre le pape et le clergé riche ; au nord, Robert d'Artois , dépouillé du comté auquel il prétendait avoir des droits, avait excité une révolte contre Mahaud, en même temps qu'il faisait valoir ses prétentions au parlement. Un arrêt solennel (1318) confirma Mahaud dans la possession du comté pairie d'Artois , et Robert fut forcé de s'y soumettre. De plus , le trésor était vide , et on se rappelait encore les défaites du règne précédent. Philippe n'en persista pas moins dans son entreprise; il renouvela les ordonnances touchant la liberté des serfs, et convoqua une nombreuse armée . Gaucher de Ghatillon s'avança jusqu'à Bergues mettant tout à

feu et à sang ; alors le comte de Nevers demanda une trêve • on la lui accorda. Cet état de choses dura jusqu'en 1320 (2 juin) où la paix fut conclue. Louis , comte de Nevers et de Réthel f devait épouser la fille de Philippe Y , et on lui assurait l'héritage du comté ; Lille , Douai , Orchies restaient aux rois de France ; les Flamands devaient payer les frais de la guerre estimés deux cent mille livres ; ils s'engageaient de plus à combattre contre leur comte s'il venait à violer le traité.

C'était sous les auspices du pape Jean que la paix avait été conclue. Français de cœur, ce pontife avait lancé l'interdit contre la Flandre; de plus il avait menacé de frapper d'excommunication quiconque nierait les droits de Philippe V à la couronne ; le roi, pour lui témoigner sa reconnaissance, appela les peuples à la croisade , et déclara qu'il voulait en être le chef. Ce projet eût ruiné la chrétienté : aussi le pape s'y opposa de toutes ses forces ; singulier changement , c'est maintenant le pape qui porte opposition aux guerres saintes si souvent précitées par ses prédécesseurs. Philippe céda enfin , mais le peuple des campagnes , les serfs et enfin ceux qui s'étaient bercés de l'espoir d'aller par-delà les mers conquérir un établissement poursuivirent ce projet. On les vit se former en troupes, comme sous le règne de St-Louis , reprendre l'ancien nom de pastoureaux , et traverser la France dans toute sa longueur. Ils avaient pour chefs un prêtre , qui avait été dépouillé de son église à cause de ses méfaits , et un autre clerc , déserteur de l'ordre de St-Benoit. L'empressement des paysans n'en fut pas moins grand , et bientôt fut formée une armée où l'on comptait plus de quarante mille hommes. Mais on voyait dans ses rangs une foule de gens pauvres qui espéraient s'enrichir de pillage ; aussi furent-ils bientôt attaqués , mais ils opposèrent la force à la force. Quelques-uns d'entre eux ayant été pris et jetés dans les prisons , toute la troupe s'en émut , vint en armes jusqu'au centre de Paris , força les portes du Châtelet , et , après avoir délivré leurs compagnons , les pastoureaux se retirèrent sans qu'on songeât à les poursuivre. C'était surtout contre les Juifs

que leurs cruautés étaient plus redoutables ; dans le diocèse de Toulouse , ces malheureux s'étaient retirés au nombre de cinq cents dans le château de Donjon -sur-Garonne, mais les pastoureaux^ mirent le feu , et les Juifs, pour éviter les cruels supplices qui leur étaient réservés , se virent contraints de s'entr'égorger. Le pape épouvanté de tant de pillages, de tant de sang répandu , lança l'anathème contre quiconque se croisait sans l'ordre de l'église. Les pastoureaux n'en continuèrent pas moins leur marche , et se dirigèrent vers Aigues-Mortes où ils avaient résolu de s'embarquer ; mais le sénéchal de Carcassonne les attendait dans cette ville à la tête de soldats bien armés : il leur courut sus , en tua plusieurs et pendit aux arbres de la route ceux dont il put s'emparer (1320).

De sages arrêts furent rendus sous ce règne ^ le Recueil des ordonnances des rois de France en renferme un grand nombre qui ont rapport a l'administration de la justice ; le roi avait suivi l'exemple de son père Philippe-le-Bel , et voulait poursuivre l'œuvre commencée par St-Louis. Le souvenir de ce pieux roi était encore vivant en France , et innocenset coupables demandaient à ôtre jugés par les règles qu'il avait établies. Philippe déclara le domaine de la couronne inaliénable ! le roi ne pouvait plus acquérir ni vendre , il sortait de la féodalité et se déclarait , par ce fait seul , bien au-dessus d'elle. Chaque bailliage dut avoir un capitaine pour commander la milice bourgeoise ; les notables des villes avaient le droit de l'élire. Les pauvres gens vendaient sous divers prétextes les armes qu'on leur avait confiées , et de nombreux abus en provenaient. Une ordonnance régla que les armes seraient placées sous la surveillance des chefs qui ne pourraient les remettre que dans un cas de péril. Dans le but de remplir le trésor, le roi établit la gabelle du sel à quatre deniers par livre ; il rendit de plus une ordonnance pour que les magistrats n'exécutassent point les lettres royales qui enfreindraient les lois établies. Ainsi , dit Michelet, le roi se défie du roi.... il se sent roi, il se sent homme , et le roi ordonne de désobéir à l'homme. Philippe V

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s'occupa aussi des monnaies et tenta de donner à la France Punité des pièces d'or et d'argent; il voulait aussi celle des mesures, mais la mort le saisit, et ses projets furent ajournés.

Les Juifs , à leur retour en France , avaient obtenu du roi l'autorisation de faire payer leurs débiteurs, à la condition de verser les deux tiers du montant de ces sommes dans le trésor. C'était mettre leurs exactions sous la protection royale. Le peuple cria; il les représenta comme des barbares qui pressuraient les chrétiens et voulaient leur destruction. Des maladies contagieuses faisaient alors de grands ravages ; on accusa les Juifs et les lépreux d'en être la cause : on rapporta que tous deux , unis ensemble et soudoyés par les musulmans , avaient empoisonné les puits. On avait saisi à Poitiers une pauvre femme, attaquée de la lèpre, tenant entre les mains un sachet fait de mauvaise étoffe et qu'elle avait jeté lorsqu'on s'était approché d'elle : on l'ouvrit , il renfermait des pattes de crapaud , une téte de couleuvre et des cheveux de femme imprégnés d'une liqueur noire et puante que l'on crut être du sang putréfié. Les léproseries , qui au nombre de plus de deux mille couvraient la France , possédaient des biens immenses; c'était là le plus grand crime de ces malheureux , que la société avait retranchés de son sein , et que l'église n'osait , après leur mort , enterrer au milieu des autres fidèles. Philippe avait d'abord ordonné de saisir , par tout son royaume , les lépreux et les Juifs, et de les tenir enfermés jusqu'à plus ample instruction ; puis , par lettres datées de Crécy ( 1 8 août \ 324 ) , il permit à tous juges, clercs et laïques de porter contre eux tels jugements qu'ils trouveraient bons. 11 est vrai que plus tard cet édit fut adouci , mais le coup était porté et des exécutions sanglantes se firent , surtout dans le Midi ; on dressa d'immenses bûchers où lépreux et Juifs, entassés pêle-mêle , étaient consumés par la flamme. La confiscation et l'exil furent ensuite prononcés. Mais Philippe n'eut pas le temps de profiter de ces riches dépouilles; il mourut la même année (3 janvier 1322) , lorsqu'à peine âgé de 28 ans il pouvait se promettre un règne glorieux.

La loi , en faveur de laquelle Philippe V avait été couronné roi de France, fit donner, au préjudice de ses filles, le royaume à son frère Charles IV. Cette fois personne ne prétendit avoir des droits plus légitimes. Dès qu'il fut en possession du pouvoir royal . Charles annonça hautement l'intention de se croiser; il fit mettre la croix sur ses habits et obtint du pape pour dix ans les décimes de son royaume. Les démêlés qu'il eut avec ses voisins l'empêchèrent de mettre ce projet à exécution. Un des premiers actes de Charles fut d'adoucir le sort des lépreux et des Juifs ; il permit même à ces derniers de quitter la France, et d'emporter leurs richesses, se contentant d'une forte somme d'argent ; il fit aussi quelques règlements touchant les lépreux, assura leur sort et leur défendit de quêter (1322.)

Les bonnes villes de Flandre étaient irritées contre leur comte qui avait violé leurs privilèges , et qui , pour dérober quelques papiers dont il craignait que le contenu ne fût rendu public, avait brûlé une ville entière (Courtray.) Ce comte était alors Louis I, dit de Nevers et de Crécy, petit-fils de Robert de Béthune qui, de suite après la mort de son aïeul, s'était emparé du comté. Mathilde , fille de Robert et de Mathilde de Lorraine, avait revendiqué ce fief, pour lequel, disait-elle, la représentation n'avait pas lieu. Louis fut même mandé à Paris et retenu au Louvre, pour s'être emparé de cet héritage sans en avoir rendu hommage; un arrêt des pairs, 29 janvier 4323, lui adjugea cependant le comté de Flandre, et le roi le relâcha. Poursuivi par ses sujets, ce comte lut de nouveau contraint de se retirer à la cour de France. Charles cette fois annonça hautement l'intention de protéger son vassal , et les Flamands , craignant pardessus tout une guerre qui aurait ruiné leur commerce , demandèrent la paix ; Louis jura d'observer plus fidèlement les privilèges de ses sujets.

A peine couronné , Charles avait résolu de visiter le midi de la France où les hauts barons commettaient des désordres sans nombre ; le plus redoutable était Jourdain de Lille , seigneur de Casaubon , qui , comptant sur la protection du pape dont il

avait épousé la nièce , se livrait à toutes sortes de débauches. Cité maintes et maintes fois au parlement sous le poids de dix-huit accusations , il avait toujours refusé d'y comparaître. Bien plus il avait fait arrêter un sergent du roi qui venait lui apporter une nouvelle citation. Charles ordonna à ses sénéchaux de Beaucaire et de Carcassonne de s'emparer de lui , n'importe à quel prix. Ces ordres furent exécutés , et Jourdain de Lille fut envoyé à Paris ; son procès fut bientôt instruit et, malgré sa menaçante fureur, il fut pendu aux fourches de Montfaucon (21 mai 4323.)

La reine Blanche de Bourgogne avait été enfermée dans le château Gaillard à cause des désordres qu'elle continuait , disait-on, jusque dans sa prison, et te roi, se voyant sans héritier, avait résolu de convoler à de secondes noces; on se rappelait la fin malheureuse de Marguerite de Bourgogne ; aussi Mahaud comtesse d'Artois , mère de Blanche , déclara-t-elle faussement qu'elle avait été la marraine de Charles IV, et le pape, voulant éviter un crime au roi de France , prononça le divorce. Peu après Charles IV épousa Marie de Luxembourg , fille de l'Empereur (4322.) Ce fut avec elle qu'il visita les provinces du midi , où sa marche ne fut qu'un long triomphe. On prétend môme quà cette occasion furent institués les jeux floraux de Toulouse dont l'origine est attribuée à tort à Clémence Isaure. Ce mariage ne fut pas de longue durée, car Marie mourut peu après à Issoudun des suites d'une grossesse , avril 4324 , et le roi , qui n'avait pas encore d'héritier, épousa dès le 5 juillet de la même année Jeanne , fille du comte d'Evreux.

A son retour Charles avait assigné le roi d'Angleterre à comparaître pour lui rendre hommage au sujet de la Guyenne , e* il avait chargé Charles de Valois de confisquer l'Agénois au profit de la France. Le faible Edouard II occupait alors le trône ; ce roi, trompé par sa femme qui le trahissait pour un exilé nommé Mortemer , crut qu'il pourrait parer cette guerre en envoyant la reine Isabelle en France. Cette princesse y vint en effet, mais, comme elle avait résolu de détrôner Edouard H,

elle s'occupa plus de ses propres affaires que de celles de son mari. La mort de Charles de Valois mit cependant fin aux hostilités (16 octobre 1325.) Cet homme ambitieux, frère, fils, père, oncle, gendre et beau-père de rois , après avoir parcouru l'Europe entière pour trouver un trône , sans avoir pu réussir , après avoir commandé les armées , présidé les conseils , après tant d'agitations et de peines, mourait lorsque quelques années plus tard il eût pu devenir roi légitime de la France. Isabelle voulait rentrer en Angleterre, à la téte d' une armée, pour délivrer le pays, disait-elle; son frère lui promit des armes et de l'argent, mais il n'osa prendre ouvertement son parti. Cependant Edouard ne cessait de redemander sa femme, et le pape Jean écrivit au roi de France qu'il la renvoyât et qu'il ne parût pas, en la gardant, autoriser les désordres de cette princesse. Charles ne résista point : sa sœur quitta la cour, mais elle alla en Uainaut préparer son entreprise ; elle repassa peu après en Angleterre à la téte d'une flotte. On sait la fin de cette histoire, le renversement des Spencer ministres du roi Edouard , qui , après avoir abdiqué, fut jeté dans un cachot et brûlé par un fer rouge dont on l'empala. Edouard III , son fils , voulut venger la mémoire de son père; il fit monter Mortemer sur l'échafaud (1329) , et Isabelle expia la mort de son mari par une captivité de vingt- huit ans.

Charles donna ses soins à l'agriculture que les rois ses prédécesseurs avaient négligée; le peuple reprit ses travaux, la terre se para de riches moissons , et l'on se rappela l'heureux règne de St-Louis ; les pastoureaux, qui avaient survécu au massacre d'Aigues-Mortes , retournèrent chez eux. La mort prématurée de Charles vint arrêter l'élan qu'il avait donné ; ce prince mourut au bois de Vincennes le 1 CI février 4328 à l'âge de 33 ans. Il ne laissait point d'héritier mâle, mais Jeanne était enceinte, et Philippe son cousin , fils du puissant Charles de Valois fut nommé curateur au ventre. Cette princesse ayant mis au monde une fille, le trône revint de droit à Philippe quoique, dit Froissait , il parut à moult de gens hors de la droite ligne.

La régence de Philippe de Valois fut troublée par le roi d'Angleterre. Edouard III, qui était alors en possession de ce trône, disait que sa mère Jeanne n'avait en effet aucun droit ni à la régence ni à la couronne dans le cas où la reine de France mettrait au monde une fille, puisque par la loi fondamentale du royaume, les femmes ne pouvaient régner, mais que cette exclusion ne devait pas frapper leurs fils. Pour faire mieux comprendre les prétentions des deux rivaux , nous croyons devoir retracer leurs descendances dans ce tableau.

PHILIPPE m, 4285.

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