‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 43 sur 68 · DE LA FRANCE · texte numérisé non relu

DE LA FRANCE

SOUS E.B RfECSNE DE PHILIPPE VI.

On avait vu , au sacre du nouveau roi à Rheims , le comte de Flandre venir réclamer le secours de son suzerain contre ses sujets révoltés ; c'était une occasion d'occuper cette noblesse remuante , qui ne demandait que des combats. Déjà une ligue avait été sur le point de se former contre le roi ; il l'avait brisée en abandonnant au comte d'Evreux la Navarre à laquelle avait des droits Jeanne de France , fille de Louis Hutin. Philippe cependant, craignant quelques mouvemens (-1) , promit à Louis de Flandre de marcher à son secours. Cette nouvelle fut reçue avec applaudissement par les Français toujours désireux de courir sus à cette ribaudaille qui avait osé leur tenir tête

(1) A la mort de Robert de Béthune il y avait eu procès entre Robert, son second fils, et Louis dit de Crécy fils de son aîné. Un arrêt des pairs de ce paj s donna gain de cause à ce dernier.

et se revêtir d'armures de fer, et bientôt Philippe se vit à la tôte d'une belle et nombreuse armée. Les Flamands ne furent pas effrayés de ces préparatifs : ils se réunirent aussi par troupes , se donnèrent des chefs , élurent pour général un marchand de poissons nommé Zannequin , et se retranchèrent dans la position imprenable du mont Gassel. Ils avaient dressé eu face de leurs tentes un étendard surmonté d'un coq , avec cette devise : Quand ce coq chanté aura , le roi Cassel conquétera. L'impatience leur fit perdre les avantages qu'ils auraient pu retirer de cette fortification. Philippe, en effet, que par mépris ils appelaient le roi trouvé , guidé par les conseils de ce vieux connétable de Ghatillon qui , âgé de quatre vingts ans, désirait rencontrer une mort glorieuse sur le champ de bataille , fit mettre à feu et à sang tout le territoire voisin , et les Flamands voulurent à toutes forces marcher au combat. Philippe leur ayant proposé, selon la coutume de ce siècle , de fixer un jour pour en venir aux mains, ils l'acceptèrent ; puis violant la trêve et leurs sermens, conduits par Zannequin qui, à l'aide d'un déguisement , avait pénétré plusieurs fois dans les retranchemens Français, ils tombèrent sur les ennemis endormis pour la plupart. Le roi , retiré dans sa tente , fut à grande peine armé par ses chapelains; mais lorsqu'il arriva sur le champ de bataille, il vit déjà flotter l'oriflamme autour de laquelle se pressaient ses braves chevaliers. Quelques troupes de pied , qui faisaient le guet , avaient soutenu le premier choc et donné le temps au reste de l'armée de se préparer au combat. Dès-lors , ce ne fut plus qu'un massacre ; les Flamands, écrasés par ces lourdes armures dont ils n'avaient pas l'habitude , pouvaient à peine se défendre ; ils ne purent fuir. Zannequin , honteux de sa défaite, se fit tuer aux pieds du roi , et l'on entonna le Te Deum sur le champ de la victoire. Ce fut la seule affaire de la campagne ; Philippe rendit à Louis son comté , refusant de recevoir aucune indemnité, mais lui faisant jurer de respecter les privilèges des bonnes villes de Flandre , ajoutant que s'il était obligé de revenir, il combattrait cette fois pour ses intérêts.

C'est après cette expédition qu'Edouard , sans cesse pressé par les Français, vint rendre hommage pour les terres qu'il possédait en Guyenne. C'était à regret que les rois d'Angleterre se prêtaient à cet acte, Edouard fit encore plus de résistance ; les légistes voulaient qu'il se reconnût vassal , la main nue , sans armure et sans casque , le roi d'Angleterre disait de son côté qu'il n'était point homme lige du roi de France ; à grande peine on obtint de lui le gantelet et lépée. Cependant il promit de reconnaître par lettres ses obligations et il le fît l'année suivante (4330) ; enfin les deux rois se séparèrent fort mécontens l'un de l'autre , et emportant dans le coeur des semences de haine. Robert d'Artois avait été un de ceux qui avaient le plus contribué à faire reconnaître roi Philippe son beau-frère , aussi en avait- il été récompensé par l'érection en comté de sa terre de Beaumont ; mais quelque grande que fût cette faveur , elle ne pouvait lui faire oublier ce comté d'Artois , si riche et devenu si avantageux à cause de la guerre de Flandre. En vain, à la tête du conseil , il présidait les assemblées et commandait les armées, il eût voulu revenir sur cet arrêt du parlement qui le déboutait de ses demandes. On dit que le roi fatigué de ses obsessions lui promit ce qu'il voulut , à condition qu'il présenterait des titres ; une femme des environs de Béthune se chargea d'en fabriquer à défaut de véritables, mais on en découvrit la fausseté ; Jeanne de Divion fut brûlée publiquement et Robert d'Artois exilé du royaume. Il se retira alors en Brabant. C'était une croyance générale dans ce siècle qu'une image de cire, représentant plus ou moins mal celui à qui l'on en voulait , baptisée par un prêtre et piquée au cœur avec une épingle empoisonnée , devait nécessairement attirer aussitôt la mort de la personne qu'elle représentait. Robert , au comble de l'exaspération, eut recours à ces vils moyens ; aussitôt ses en fans , sa femme même , quoique* sœur du roi , furent saisis et jetés en prison ; de plus Philippe obtint par ses menaces que le Brabant fût fermé à Robert, et ce fugitif n'eut d'autre ressource que de se jeter dans les bras de l'Angleterre (1 232).

Il fut bientôt suivi par Geoffroi d'Harcourt , le plus riche seigneur de la Normandie , qui avait mieux aimé s'exiler que de se soumettre à un jugement rendu par le roi. Edouard les reçut à bras ouverts; en effet les causes d'inimitié étaient nombreuses entre les deux cours , et l'on pouvait prévoir une guerre prochaine. Elle n'éclata cependant qu'en 4 338. Dans eet intervalle Philippe et Edouard cherchèrent des alliés partout ; celuici , poursuivant l'œuvre de son père, avait déclaré la guerre à l'Ecosse; Philippe permit aux barons Français d'aller chercher de la gloire dans ce pays, et s'ils ne purent empêcher la défaite d'Halidon Hill, du moins firent -ils acheter plus chèrement la victoire. Plus tard lors du mariage du duc de Normandie, héritier du roi de France , la sœur du roi Edouard fut durement repoussée et on lui préféra Jeanne de Bourgogne. Une révolte éclata encore dans la Flandre ; le comté tout Français se déclara pour Philippe. Les bourgeois des bonnes villes penchaient seuls pour l'Angleterre d'où ils tiraient les belles laines employées dans leurs manufactures et où ils exportaient leurs draps et leurs riches tapis. Une seule chose les arrêtait : le pape leur avait fait prêter serment d'obéissance au roi de France, et il leur répugnait de le violer. Leur chef Àrtevelle trouva le moyen de tout concilier ; puisqu'Edouard revendiquait le royaume de France à cause de ses droits , que ne prenait -il le titre de roi des deux pays ; il fut cru, et alors les Flamands, rassurés dans leur révolte, se jetèrent dans l'alliance Anglaise.

La guerre ne pouvait tarder à éclater ; Robert d'Artois d'ailleurs y poussait de toutes ses forces; ayant un jour tué un héron à la chasse , ce seigneur le mit sur un plat d'argent ; puis pénétrant dans la salle du festin , voici, dit-il , le plus lâche des oiseaux, je l'offre au plus poltron des chevaliers, à Edouard déshérité du royaume de France parce que le cœur lui a failli. Le roi enflammé de colère jura par l'honneur, par le Dieu du ciel et sa mère qu'avant six mois il aurait défié le roi de St-Denys. Les autres chevaliers suivirent cet exemple ; plusieurs mêmes, imitant le comte de Salisbury, se couvrirent l'œil d'un mor-

ceau de drap et firent le serment de le garder jusqu'à la fin des hostilités.

Depuis quelques temps la guerre était déclarée entre la France et l'Angleterre sans résultats bien marqués. Les Anglais avaient pris quelques châteaux en Poitou , en Guyenne , en Saintonge ; les Français, à qui s'étaient joints quelques troupes de Pise, de Gènes, et de la Castille, avaient fait quelques descentes en Angleterre, mais, comme le dit Le Gendre en son histoire, ces hostilités firent plus de bruit que de mal. Les divisions de la Flandre apportèrent bientôt une nouvelle activité , car les villes les plus importantes de ce comté s'étaient données à l'Angleterre , tandis que Louis avait ouvertement embrassé le parti de Philippe.

Les hostilités commencèrent par la prise de Gadsand au comte de Flandre 1 0 novembre \ 337. L'année suivante, Edouard vint lui-même se mettre à la téte de ses troupes ; il débarqua à Anvers espérant par sa présence ranimer l'enthousiasme de ses alliés; il était temps , car leur comte , à l'approche du danger, leur avait accordé de nouveaux privilèges , aussi aucun secours n'était-il prêt malgré les promesses d'Artevelle qui s'était arrogé l'autorité de rewaert ou régent de Flandre. Le roi vint mettre le siège devant Cambrai , mais il fut repoussé avec perte et dans sa retraite il faillit tomber au pouvoir des Français.

Dans le Midi Philippe avait aussi l'avantage ; la prise de Médaillan et de Penne en Agénois avait favorisé les levées qu'il avait faites dans ces pays ; de plus sa flotte, composée de vaisseaux Génois et Espagnols , interceptait tous les convois , et lui assurait le détroit (4339.) L'inhabileté du général Français Nicolas Bahuchet , ancien clerc des finances du roi , la fit détruire; il accula tous ses vaisseaux contre la côte , près de Lécluse , si près , qu'au dire des chroniqueurs on eût cru voir un bois ; les Anglais avancèrent contre elle à pleines voiles , et en brûlèrent une grande partie ; l'amiral Génois, nommé Quiéret, soutint seul quelques temps l'attaque ; il avait avec ses quarante ga-

ières gagné le large; mais quand il vit que la journée était perdue, il se retira sans être inquiété (4340.) Les avantages de cette victoire ne furent pas considérables pour le roi d'Angleterre. Robert d'Artois était venu mettre le siège devant St- Omer sommant ses habitans de reconnaître Edouard ; nous m sommes pas faiseurs de roi , dirent-ils , et ils fermèrent leurs portes. Bientôt accourut à leur secours Eudes de Bourgogne à qui appartenait l'Artois à cause de sa femme Jeanne ; Robert fut défait , et se replia sur Tournay qu'assiégeait Edouard. H était à peine arrivé qu'on vit l'étendard Français flotter non loin du camp. C'était Philippe en personne qui, après avoir dérobé tous ses mouvemens à l'ennemi , venait ainsi l'assiéger à son tour. Les prières du pape Benoit XII et les larmes de lu comtesse de Hainaut , sœur de Philippe et belle-mère d'Edouard , sortie de son couvent pour faire cesser les hostilités , amenèrent les deux rivaux à signer une trêve (1340) ; elle ne fut pas de longue durée.

Edouard en profita pour continuer ses entreprises sur l'Ecosse ; il eût pu s'emparer de ce pays si ses vues ambitieuses ne l'avaient appelé en France ; quant à Philippe il comptait faire quelques réformes dans l'Etat, mais les démêlés qui survinrent au sujet de la Bretagne l'en empêchèrent. Jean m , duc de ce pays , étant mort sans enfans , peu de temps après la signature de la trêve , avait donné par contrat de mariage son comté à sa nièce Jeanne, comtesse de Penthièvre et femme de Charles de Blois. De Montfort , nommé aussi Jean , frère du feu duc, prétenditque l'héritage devait lui revenir, et Philippe, juge naturel de cette cause , appela les deux rivaux devant la cour du parlement suffisamment garnie de pairs. Jean y vint , mais prévoyant que l'issue de ce procès ne lui serait pas favorable , il s'enfuit en Angleterre septembre 1 341 , réclamant d'Edouard , à cause de son titre de roi de France , l'investiture du duché de Bretagne. Dès-lors on en vint aux mains. La trêve étant expirée , les deux rois soutinrent ouvertement , de leurs armes , leur allié , mais sans prendre eux-mêmes le comman-

dément des armées. Le commencement de cette guerre fut favorable aux Penthièvres ; la prise de Jean de Montfort , la défaite des troupes Anglaises commandées par Robert d'Artois, la mort de ce chef, tout semblait assurer à ce parti une victoire décisive (4342). Mais Jeanne de Flandre , comtesse de Montfort, était une de ces femmes dont le caractère ardent se révèle dans l'adversité ; elle prit son fils entre ses bras , et le présenta aux seigneurs Bretons en les priant de lui prêter le serment de fidélité ; elle alla ensuite de ville en ville , et se trouva à la tétc de nombreux partisans. Cette guerre fut longue et cruelle , des trêves, du reste mal observées, donnèrent seules quelques instans de repos à la province.

Pendant ce temps Philippe VI n'était pas resté inactif ; Jacque II , roi de Majorque , redoutant le courroux du roi , était venu à Paris rendre hommage pour les terres qu'il possédait en Languedoc. L'ordonnance qui établit le monopole du sel dans tout le royaume (1343) permit à Philippe de fournir des subsides au roi de C asti Ile , alors occupé au siège d'Algésiras. Du reste des impôts ruineux furent fréquemment établis ; les monnaies furent altérées , les fermiers reçurent l'ordre d'amener tous leurs grains , car on craignait alors une disette ; les marchandises furent grevées , mais en revanche les étrangers qui venaient en foule aux foires Françaises virent augmenter leurs privilèges; les appels au parlement furent régularises, et les délais judiciaires abrégés. H commença aussi dans le même temps , avec Humbert-aux-Blanches-Mains , les négociations qui devaient plus tard assurer le Dauphiné à la France. Ces soins témoignent de l'activité du roi , et feraient peut-être oublier les fâcheux désastres de ce règne, si des évèneraens malheureux ne l'avaient souillé.

Philippe en effet ne se piquait pas d'une grande exactitude dans l'observance des trêves; ce fut pendant leur durée qu'ayant attiré à sa cour , sous le prétexte d'un tournoi , un grand nombre de seigneurs Bretons, et entr'autres le père du célèbre Clisson , il les fit tous périr sans procès , las accusant d'avoir

signé un traité avec l'Angleterre. Edouard prit ouvertement leur défense; ses armées pénétrèrent en Guyenne, et, avant que l'armée Française fût venue au secours de ce pays , les Anglais reprirent ce qu'ils avaient perdu pendant la guerre de Flandre. Ce dernier pays était toujours en révolution : Edouard avait proposé son fils pour comte , mais malgré ce que put faire Artevelt, il fut refusé; ce riche brasseur perdit par cela seul sa popularité , et dans une discussion de confrères , il trouva une mort honteuse qu'il avait espéré éviter en se cachant derrière ses tonneaux de bière. Enfin le roi quitta l'Angleterre, et s'embarqua à Southampton (1346) avec quarante mille hommes ; des vents constamment contraires le retinrent dans la Manche ; c'est alors que Geoffroi d'Harcourt l'engagea à pénétrer dans la Normandie. Philippe ne s'attendait à rien moins qu'à une attaque dans ce pays , ses troupes étaient ailleurs , et il ne put opposer aucune résistance ; son rival en profita pour mettre tout à feu et à sang sous prétexte qu'on lui avait montré un traité signé du roi de France et des Normands qui s'engageaient à conquérir de nouveau l'Angleterre; il vint mettre le siège devant Rouen que d'Harcourt, le frère du traître , défendit avec une bravoure digne de louanges. Repoussé de ce côté , Edouard étendit ses ravages dans tout le pays et Philippe put voir des fenêtres de son palais , la flamme des incendies. Bientôt cependant à la tête d'une armée nombreuse de chevaliers et de milices bourgeoises , il poursuivit à son tour Edouard , qu'une manœuvre savante pouvait seule sauver.

L'armée Anglaise , repoussée d'Abbeville et contrainte de côtoyer la rive gauche de la Somme, arriva près d'un petit village célèbre dans nos annales où elle parvint à traverser la rivière au gué de Blanque toque ; un paysan Français depuis long-temps prisonnier l'avait indiqué pour obtenir sa liberté et dans l'espoir d'une forte récompense. Une troupe nombreuse de Français était stationnée sur la rive opposée sous les ordres de Godemar duFay; mais ce Normand, parent de Geoffroi d'Harcourt et traître lui-même , ne fit aucun mouvement pour

mettre obstacle au passage des Anglais. Le soir, l'avant-garde de Philippe arrivait dans le même lieu , mais ce gué ne pouvait être traversé qu'à la marée basse , et les Français ne purent en profiter. Ils durent retourner par Abbeville et faire un long détour par une pluie battante. Lorsqu'ils furent en présence des Anglais , les Français demandèrent le combat , et Philippe , sans s'inquiéter de la fatigue de ses troupes , de la position désavantageuse dans laquelle elles se trouvaient, ordonna aux arbalétriers Génois de le commencer. Ceux-ci montrèrent leurs cordes détendues par la pluie et demandèrent à se retirer derrière la cavalerie ; qu'on écrase cette ribaudaille, s'écria le roi , qui ne peut que nous embarrasser, et l'ordre ne fut que trop bien exécuté. Depuis long-temps les seigneurs voyaient avec peine cette troupe d'étrangers s'enrichir de butin ; ils lancèrent leurs chevaux au galop, mais les Génois tinrent bon et saisissant leurs longs coutelas, ils se défendirent avec courage, renversèrent les cavaliers, et les frappèrent lorsqu'ils étaient à terre. Les archers Anglais tranquilles spectateurs de ce combat n'avaient qu'à lancer leurs flèches, et l'artillerie , mot nouveau dans notre récit mais connu depuis le commencement du règne , l'artillerie que l'on voyait pour la première fois en bataille rangée , porta l'épouvante dans les rangs ennemis. Une seule aile tint bon ; Edouard le fils même du roi commandait les Anglais ; il envoya demander du secours à son père , mais ce prince le refusa voulant qu'il eût l'honneur de la journée , et il en fut ainsi , car les Français , enfoncés de toutes parts, s'enfuirent en désordre, laissant plus de vingt mille des leurs sur le champ de bataille. De nombreux faits d'armes illustrèrent les vaincus ; on trouva au nombre des morts le frère du traître Geoffroi d'Harcourt, le roi de Bohême qui, aveugle depuis long-temps et affaibli par l'âge avait voulu , ainsi qu'il le disait, frapper encore un coup ; ses écuyers le conduisirent au plus fort de la mêlée , et le lendemain on les retrouva tous trois ; la mort n'avait pu les séparer. Il n'avait pas tenu à Philippe qu'il ne suivît cet exemple ; après avoir eu un

cheval tué sous lui , il ne voulait pas quitter le champ de bataille ; on l'entraîna de force, et le soir il heurtait au château de Labroie , triste et découragé , disant : ouvrez, c'est l'infortuné roi de France.

La journée de Crécy (26 août 4 346) laissait la France ouverte de toutes parts et son roi sans ressources ; en effet, Philippe, quelques jours après sa défaite, avait été trouver à Amiens les débris de son armée , et avait proposé aux seigneurs de les mener de nouveau au combat; mais ils répondirent qu'ils avaient fini leur temps de service féodal et retournèrent chez eux. Edouard eût pu de nouveau porter la désolation jusqu'aux portes de Paris , il ne le fit pas ; peu(^étre son armée était-elle trop faible, peut-être craignait-il de s'enfoncer de nouveau dans un pays dont il n'était sorti qu'avec tant de peines; il se contenta d'aller mettre le siège devant Calais. C'était de cette ville que sortaient presque tous les corsaires dont sa flotte avait eu tant à souffrir , et qui pillaient ses bâti mens de commerce ; aussi de toutes parts, en Angleterre , apprit- on la nouvelle de ce siège avec joie ; les villes maritimes se cotisèrent et envoyèrent à Edouard une somme considérable d'argent. C'était de plus une porte ouverte pour les guerres qui pourraient s'élever entre les deux pays et un entrepôt de commerce ; aussi le roi prit les plus grands soins pour assurer le succès de son entreprise. Ne voulant pas livrer au hasard d'une escalade la prise d'une place aussi importante, il résolut de s'en emparer par famine, et bâtit tout autour une ville considérable qui tenait foires et marchés.

Philippe avait également résolu de rassembler toutes ses forces pour voler au secours de Calais ; il vint même dans ce but en Artois , mais voyant que la position d'Edouard était imprenable , il le provoqua à un combat particulier ; le roi d'Angleterre refusa ce cartel, et son rival rat contraint de licencier ses troupes. Alors les habitans de Calais résolurent d'avoir recours à la clémence d'Edouard ; mais irrité par onze mois de siège, ce prince ne voulait accéder à aucun traité; il consen-

Ut cependant à laisser la vie sauve aux bourgeois et aux troupes de la ville à condition qu'on lui livrerait six notables sur lesquels il assouvirait sa vengeance. L'histoire a conservé les noms de quelques uns de ces zélés citoyens : c'étaient Eustache de St-Pierre , Jean d'Aire , Jacques et Pierre de Wissant qui se dévouèrent aussitôt ; on sait le dénouement de cette histoire, les prières de la reine pour obtenir leur grâce, et enfin le triste sort des habitans de Calais qu'Edouard chassa de leur ville pour la repeupler d'Anglais (4347). Peu après les deux rois signèrent une trêve qui dura plusieurs années.

C'est peut-être à la peste effroyable qui l'année suivante dépeupla la France et les pays voisins que l'on dut l'observance de ce traité ; le fléau étendait ses ravages avec tant de force qu'en un seul jour on vit plus de cinq cents victimes à l'hôpital de Paris ; Philippe, le regardant comme une punition céleste pour tous les désordres de la guerre , rendit plusieurs ordonnances contre les blasphémateurs. Quant au peuple il s'en prit de nouveau aux Juifs, les accusa d'empoisonner les puits, et les força de monter en grand nombre sur le bûcher.

Philippe usa de cette trêve pour faire quelques achats profitables à la royauté; c'est ainsi qu'en 1349 il obtint le Viennois de Humbert moyennant deux cent mille florins; depuis lors le fils aîné du roi de France eut cette province en apanage et porta le titre de dauphin ; il acheta également au roi de Majorque les villes de Montpellier et de Lutte. L'année suivante (1350) le roi mourut. Ce prince, après avoir vu commencer les grands désastres de la guerre avec l'Angleterre, laissait le royaume à son fils Jean , prince chevaleresque s'il en fut , et qui avait fait l'apprentissage de la guerre sous le vieux roi de Bohême mort à Crécy.

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