‹ Manuel de l'histoire de FranceChapitre 66 sur 68 · DES SCIENCES · texte numérisé non relu

DES SCIENCES

DES LETTRES, DES ARTI, ETC., DEPUIS LE REC^E DE FRANÇOIS !•» JUSQU'A LA FOX DATION DE L'ACADÉMIE FRANÇAISE.

Le seizième siècle , vers lequel se tournent maintenant les études , mais qu'on a tort de vouloir mettre au-dessus de l'âge de perfection , est curieux à étudier, moins dans ses résultats que dans ses développements ; nous n'avons déjà plus qu'à choisir dans le grand nombre de noms qui se pressent sous notre plume, et qui presque tous ont laissé quelqu'éclat. D'abord , la prise de Gonstantinople produisit en France d'immenses résultats dans les langues; Jean Lascaris, un des plus éminents parmi les savants réfugiés, contribua à imprimer le goût des langues anciennes , surtout du grec , et forma des hellénistes distingués. D'ailleurs l'église se prononça en faveur de cette étude , et le concile de Venise recommanda l'enseignement du grec. Lascaris eut pour émule Guillaume Budé à qui ses connaissances avaient valu la faveur de Charles VIII

et de Louis XII ; ce dernier même l'avait nommé son secrétaire. François Ier comprit mieux la récompense qui était due à ce savant , et le plaça , avec le titre de maître des requêtes, à la tête de la bibliothèque royale. Budé , que Scaliger appelait le plus grand Grec de l'Europe, un phénix qui ne renaîtra point de ses cendres , voulant populariser l'étude du grec , engagea le roi à établir un collège où cette langue serait la principale branche de l'enseignement. A cette nouvelle l'Université, où régnait sans partage le latin des scholastiques, cria à l'innovation , et rejeta sans examen cette proposition ; mais Budé tint bon , et , après avoir rallié à lui le premier aumônier du roi, Pierre du Chastel, et Guillaume Parvi ou Petit son confesseur , il obtint enfin l'érection d'un collège royal dont Erasme devait avoir la direction. Celui-ci refusa, mais le roi n'en donna pas moins des lettres datées de Cambrai, le 24 mars 4529 , pour fonder sous le titre de collège royal V école où devaient revivre les doctes traditions de l'antiquité. Les appointements des professeurs ou lecteurs royaux furent d'abord de 450 livres, somme insuffisante à leurs besoins, mais François I" leur avait promis à tous une bonne abbaye. Cette promesse ne fut pas tenue , et , comme l'observait le savant Ramus à Catherine de Médicis « avec la vie éteinte de tous les lecteurs d'alors , le » bienfait du roi s'est éteint aussi. » François Ier donna à ce collège les plus grands accroissements ; en \ 534 , il y fonda une chaire d'éloquence latine pour faire disparaître le latin barbare qu'on enseignait dans l'Université. Ce n'était là encore qu'un début ; comme on le voit par lettres royales de 4545, il y avait onze professeurs , trois pour l'hébreu , autant pour le grec , un pour le latin , deux pour les mathématiques, un pour la médecine , un pour la philosophie ; Angelo Vergecio leur était adjoint aux mêmes appointements avec le titre d'én crivain en grec. Pendant les guerres civiles le ^nombre des élèves du collège de France diminua , les leçons furent même quelque fois suspendues ; mais lorsque des jours de calme eurent lui de nouveau , le collège reprit son j éclat. Il fut l'objet des

soins les pins assidus de la part des rois de France et même des savants ; ainsi Ramus y fonda par son testament une chaire de mathématiques (\ " août 4568.) Charles IX , dans le môme temps , organisait de nouveaux cours de philosophie et de médecine ; Henri III porta à deux cents écus d'or le traitement des lecteurs royaux, et créa des chaires de chirurgie , de langue arabe et de philosophie pour l'explication du Nouveau Testament. Henri IV avait voué un vif attachement aux professeurs : « J'estime mieux , disait-il , qu'on diminue de ma dé- » pense et qu'on en ôte de ma table pour payer mes lec- » teurs. » Il établit également de nouvelles chaires de botanique et d'astronomie; il voulait aussi faire construire un édifice particulier au collège , et y transporter la bibliothèque du roi qui se trouvait alors à Fontainebleau , mais le poignard régicide de Ravaillac l'empêcha de mettre ce projet à exécution. Ce fut Louis XIII qui posa le 28 août 4 64 0 la première pierre de l'édifice , dont son père n'avait pu que faire dresser les plans.

Nous nous sommes étendus sur cette partie, trop longuement peut-être, pour un simple manuel ; mais le collège royal a eu , et a encore maintenant tant de gloire; ses chaires ont été illustrées par tant de noms célèbres dans les sciences, dans les lettres , dans ce qu'on pourrait appeler l'érudition , que nous avons cru utile d'en retracer les principales phases. D'ailleurs l'histoire de l'enseignement rentre dans le cadre que nous nous sommes proposé ; elle nous exempte ainsi de parler de l'influence des langues grecque et latine, et en un mot des études linguistiques pendant la période dont nous nous occupons.

Le même mouvement d'érudition s'est fait aussi sentir dans la prose ; trois grands noms marquent cette période et nous permettent d'en suivre les diverses phases : ce sont Rabelais Montaigne et Balzac. Le premier , né à Chinon en Touraine , issu d'une famille obscure , (son père était apothicaire , je crois) , nous a laissé des récits anecdotiques où l'on retrouve sa vie errante. En effet , tour-à-tour cordelier , bénédictin , moine

défroqué , médecin à Montpellier , de nouveau bénédictin , chanoine et enfin curé de Meudon , tel fut Rabelais. Etudiez ses ouvrages vous y trouverez la même versatilité ; d'abord il compose des almanachs , puis il étudie Hippocrate et nous laisse des commentaires sur ce médecin ; alors seulement il écrit des romans , et la postérité conserve encore Gargantua et Pantagruel , deux créations bizarres qui lui valurent les applaudissements des savants et du peuple , ainsi que la protection de deux rois, François Ier et Henri II. « Rabelais , dit La Harpe, a abusa toujours de sa gaité jusqu'à la plus basse bouffon-

» nerie Rabelais, à qui La Fontaine trouvait tant d'es-

» prit , et qui réellement en avait, ne l'exerça que dans le genre » le plus facile, celui de la satire allégorique habillée en grotes- » que. 11 voulut se moquer de tous ses contemporains, des rois, » des grands , des prêtres , des magistrats , des religieux et de » la religion ; pour jouer impunément ce rôle toujours un peu » dangereux, il prit celui des fous de cour à qui Ton permet- » tait tout parce qu'ils faisaient rire et qui disaient quelquefois » la vérité sans danger parce qu'ils la disaient sans conséquen- » ce. A l'égard de son talent on en a dit trop et trop peu ; ceux » que rebutait son langage bizarre et obscur, ont laissé là Ra- » bêlais comme un insensé ; ceux qui ont travaillé à le déchif- » frer ont exalté son mérite en raison de ce qu'il leur avait » coûté à entendre. Au fonds , il a parmi beaucoup de fatras » et d'ordures, des traits , et même des morceaux pleins d'une » verve satirique , originale et piquante ; et après tout on ne » saurait croire qu'un auteur, que La Fontaine lisait sans cesse) » et dont il a souvent profité , n'ait été qu'un fou vulgaire. »

Ce jugement est le plus impartial que l'on puisse porter sur un auteur qui nous recommande lui - même d'ouvrir la botte pour en tirer la drogue, et de briser l'os pour en sucer la moelle.

a Montaigne, dit M. Tissot, en dehors de toutes les querelles » littéraires , du fracas des réputations , des discussions théo- » riques sur la langue , nourrissait dans la solitude , dans les » voyages et dans les lectures , dans la méditation désintéres-

» sée , l'esprit le plus original du XVI8 siècle.... Philosophe au » milieu des guerres politiques et religieuses , écrivain adrai- » rable au milieu des contradictions et du choc des théories ; » en littérature , en politique , en religion , lorsque chacun » disait : Je sais tout. Montaigne, lui , prend pour devise : Que » sais-je Le scepticisme de Montaigne proclame la liberté » de conscience et conserve saine et sauve la moralité des na- » tions. »

Gomme on peut le croire , Montaigne , vivant obscurément sans souci de la gloire ni de la fortune , devait être peu goûté de ses contemporains; ce ne fut que plus tard qu'il obtint la réputation dont il jouit encore , qui va toujours en grandissant , devrais-je dire. Né en 4533 , recevant des leçons de latin avant d'apprendre le français , ennemi de toute contrainte , renonçant à la carrière des armes pour étudier le droit , pourvu d'une charge de conseiller au Parlement de Bordeaux , tel fut Montaigne. Ayant beaucoup lu et beaucoup voyagé , il voulut étudier l'homme tout entier et tel qu'il est partout. Ses essais sont traduits dans toutes les langues , médités par tous les philosophes , lus par tout le monde , et cependant quelquefois on serait tenté de fermer ce livre où tant de titres sont trompeurs , ou tant d'exemples viennent après de longs raisonnements et quelquefois même ne s'y rapportent pas , mais on y revient ; a le sujet nous a souvent échappé , dit M. Villemain , mais nous retrouvons toujours l'auteur , et c'est lui que nous aimons. » Remarquons en terminant que Montaigne , quoique ses contemporains lui aient reproché de se servir de mots du crû de Gascogne, a enrichi la langue d'expressions et de tournures dont nous lui sommes encore redevables.

Entre Rabelais et Montaigne, deux prosateurs avaient obtenu quelque réputation par leurs écrits : ce sont Calvin et Amyot. Si Calvin, dit M. Martin , mérite une place dans la vraie tradition nationale , ce n'est pas comme sectaire , c'est comme écrivain ; quant à Amyot, que Montaigne lui-même cite pour la naïveté et la pureté du langage , il suça , a-t-on dit, tout ce qu'il y avait de

doux et d'harmonieux en notre langage. Malgré tout , la forme de la phrase est encore flottante, et, en cherchant à la calquer sur le latin , on ne fait guères que l'allonger ou l'embarrasser. Balzac retrancha de la prose tous les ornemens superflus dont l'avaient surchargée les meilleurs auteurs du XVIe siècle ; moins occupé des choses que des mots , s'appliquant surtout au nombre et à l'arrangement de la phrase , il rendit sa marche plus dégagée et plus légère ; sa plus grande gloire est d'avoir transmis la prose plus docile et plus ferme à des mains qui devaient mieux l'employer. Rien ne manqua à la réputation que Balzac obtint de son vivant ; nommé membre de l'Académie dès sa fondation, rendant dans son château situé sur les bords de la Charente des arrêts littéraires souvent sans appel , recherché des plus grands personnages , honoré de l'amitié de l'évôque de Luçon , plus tard Richelieu , qui lui fit môme une pension , Balzac crut pouvoir aborder tous les genres. En effet le Socrate chrétien traite de l'excellence de la morale et de la religion , YAristipe explique les moyens de concilier le devoir avec la politique , le prince, qui n'est guères que le faible panégyrique de Louis XIII, indique les vertus que doivent posséder les rois ; cependant quelques pensées hardies pour l'époque se trouvent dans cet ouvrage qui fut censuré par la Sorbonne. En un mot les travaux littéraires de Balzac sont oubliés et l'on ne connaît plus guères de lui que quelques lettres pleines d'affectation et d'emphase. Nous verrons dans le prochain chapitre la langue s'élever avec Pascal et atteindre avec lui la limite de son progrès.

Le XVIe siècle abonde en mémoires écrits pour servir de justifications ou pour redire la part qu'ont prise les hommes d'état ou de guerre à l'agitation du pays; à la tête de ces documents contemporains qu'il nous soit permis de citer lepanegyric du chevalier sans reproche , Lois de la Trémoille , et la trèsjoyeuse , plaisante et récréative histoire composée par le loyal serviteur des faicts, gestes, triomphes et prouesses du bon chevalier sans paour et sans reproclie gentil seigneur de Bayart. Le premier de ces mémoires est l'œuvre de Jehan Bouchet , pro-

cureur es cours royalles de Poictiers. Chargé de l'éducation du prince de Talmont, lils unique de Louis de la Trémoille, de ce jeune homme qui , à peine âgé de 30 ans , trouva une mort glorieuse à la bataille de Marignan , où il reçut soixante-deux blessures ; administrant probablement les affaires de Louis de la Trémoille, Bouchet, qui tournait agréablement les vers dans le goût des dames, entreprit de redire cette histoire qui comprend trois règnes (Charles VIII , Louis XII et François 1er) et qui se termine à la désastreuse journée de Pavie. Simple dans son style , élégant quelquefois , Bouchet a déparé son ouvrage par de nombreuses allégories tirées des apparitions mythologiques. Que dire de l'ouvrage du loyal serviteur que l'on présume être un fidèle secrétaire de Bayard, si ce n'est que l'inimitable simplicité du style vient encore rehausser les prouesses du chevalier sans paour et sans reproche ! En un mot nous ne connaissons pas de lecture plus attachante que celle de ce récit. a En « Usant cette histoire , » dit M. Michaud dans sa collection de Mémoires, a on est frappé de la ressemblance de Bayard avec « Tancrède et du Guesclin. Tancrède , du Guesclin et Bayard « forment dans l'histoire moderne comme la trinité de l'hé- « roiSme. »

Robert de laMarck, seigneur de Fleurange, l'un des trois fils du sanglier des Ardennes, nous a laissé d'intéressans mémoires empreints d'un patriotisme sincère (\ 499-1 521 .) 11 n'affirme que ce qu'il sait et de toutes ces choses me tais, dit-il , parce que n'en sçais que par ouï dire. Des détails curieux sur Wfaulconnerie , sur les gardes du royde France, sur l'artillerie duroi, le tableau de l'entrevue entre Ardreset Calais , de François Itr et d'Henri VIII roi d'Angleterre récit le plus complet que nous ayons de ce pompeux événement , assurent aux Mémoires de Fleurange une place distinguée dans la collection de nos documents les plus intéressants. Guillaume et Martin de Bellay redirent les événements auxquels ils avaient pris part , et excepté leur patriotisme aveugle qui leur fait toujours sacrifier Charles-Quint a François \ cr , le récit des faits militaires laisse peu à désirer.

Les Guises jouèrent, comme on se le rappelle, un grand rôle à la cour de France : François de Lorraine, duc de Guise, nous a transmis des Mémoires curieux où il redit le secret de sa politique envahissante ; on aime à y chercher les causés de la grandeur de ces princes qui , disait-on , prudents et sages savoient très-bien hurler avec les loups. Un mot fera connaître l'esprit dans lequel ont été rédigés ces mémoires. Le secret de toutes les intrigues a toujours été d'arriver bien garni d'argent.

Il serait trop long d énumérer ici les nombreux Mémoires , commentaires, dissertations, etc., publiés pendant le XVIe siècle ; la liste la plus sommaire contiendrait plusieurs pages. Parmi les principaux auteurs on remarque le prince de Condé célèbre par son opposition à la cour (1549-1563) ; Antoine du Puget , sieur de St^Marc , dont les mémoires concernent les troubles de religion dans le midi de la France. Long - temps on les avait crus perdus , et cette opinion a été exprimée par Fontenette dans sa bibliothèque historique de la France. Du Puget enregistre avec insouciance les désordres de la guerre : on rembarroit tantost l'un tantost l'autre ; puis en parlant des massacres qui suivent les victoires, a La ville de Barjaulx , dit-il , fut saccagée et l'église violée : on y gestoit les hommes par les fenestres qui estoient resceus sur les pointes des albardes. Les commentaires de Montluc , de cet homme dont la vie fut si agitée , sont des plus curieux surtout pour l'histoire des opérations de guerre et de la science stratégique. Ce ne fut que dans sa vieillesse qu'il écrivit ses Mémoires , et encore ne le fit - il qu'après bien des hésitations et après avoir surmonté une profonde répulsion. « J'ai toute ma vie, dit-il, en parlant de lui , a haï les escriptures , aymant mieux passer « toute une nuit la cuirasse sur le dos que non pas escrire. » Cet aveu de l'auteur suffit pour caractériser ses commentaires qu'Henri IV appelait la Bible des soldats. Nous glissons rapidement sur François de Rabutin , écrivain enthousiaste ennemi de toute injustice, sur les deux Tavannes qui prirent une part si active aux guerres de religion, sur Michel de Gastelnau (1 559-

1570) initié aux affaires les plus importantes et versé dans la politique du seizième siècle , sur François de la Noue enfin qu'Henri IV appelait un grand homme de guerre et un grand homme de bien. André de Bordeille, plus connu sous le nom de Brantôme dont il fut abbé, est Tune des plus grandes figures littéraires du XVIe siècle. Homme d'épée, courtisan distingué par son esprit, tantôt dans les camps, tantôt à la cour , chargé plusieurs fois de missions diplomatiques d'une grande importance, gentilhomme de la chambre des rois Charles IX et Henri III , décoré de leurs ordres , Brantôme nous est surtout connu par ses Vies des hommes illustres et grands capitaines français et par ses dames galantes. « Dans ces ouvrages , dit M. Dufey , » le lecteur avide d'émotions vives et variées le suit dans les » camps, à la cour, dans les cabinets des ministres, sous la tente » des généraux , dans les solennités publiques et dans les or- » gies des petits appartements. Des guerriers habiles et valeu- » reux , des hommes d'état distingués , de grands magistrats , » des hommes de cour et de plaisir, des reines, des princesses , » des grandes dames partageaient alors leur temps entre les » pratiques de la dévotion la plus minutieuse et celles de la » plus effrénée superstition. »

Pour être complets, nous devrions parler de la Chronologie Novcnaire dePalma Cayetoù se trouve une multitude de faits inconnus , du Journal de Pierre Lestoile , de cet homme qui consacra sa vie à recueillir tous les évènemens qui se passèrent de son temps à Paris et qu'on pourrait presque appeler un recueil d'anecdotes historiques , des Négociations du président Jeannin et des Mémoires de Sully. Entouré de ces deux conseillers et de Villeroi qui a laissé aussi des documents sur cette époque , Henri IV pencha quelques temps entre l'esprit décisif de Villeroi , les habitudes réfléchies de Jeannin et le jugement tranchant mais sûr de Sully ; on sait que ce dernier renversa tous ses rivaux. Cependant , comme historien , Jeannin l'emporte ; ses Négociations furent long - temps citées comme le meilleur modèle à suivre pour les hommes mêlés

à l'activité de la politique , et Richelieu les lisait chaque jour dans sa retraite d'Aviguon avant d'être appelé au ministère.

Pour nous résumer, et comme on peut le voir par cet aperçu, le seizième siècle abonde en mémoires, en panégyriques ; souvent ce sont des vieillards qui écrivent pour défendre leur propre cause, pour redire leurs actions d'éclats. De plus le siècle est frondeur et paraît n'avoir gardé de foi que pour la superstition. « Tous les mémoires de ce temps-là , dit Voltaire , » à commencer par l'histoire du président de Thou , sont rem- » plis de prédictions ; le grave et sévère Sully rapporte sérieu- » sèment celles qui furent faites à Henri IV. »

Nous n'avons parlé ici ni des pamphlets , ni des sermons qui souvent n'étaient que des diatribes insultantes , car ce sujet nous eut entraînés trop loin. Il est cependant bon d'observer qu'on doit y avoir recours pour connaître à fonds le XVIe siècle. Pour compléter l'étude de cette époque on devra aussi lire l'ouvrage latin qu'à laissé de Thou , troisième fils du premier président de Paris. C'est de lui que Perrault rend ce témoignage : « il n'a jamais déguisé , ni supprimé la vérité, noble et » généreuse hardiesse dont il a été loué de tous les grands

» hommes de son temps Cet ouvrage est digne des anciens,

» et peut-être surpasserait une partie de ce que les anciens Ro- » mains nous ont laissé en fait d'histoire s'il n'avait trop affecté » de leur ressembler , car cette affectation de bien parler leur » langue a été si loin qu'elle lui a fait défigurer tous les noms » propres des hommes , des villes et des choses dont il parle , » en les traduisant en latin , d'une manière si étrange qu'il a » fallu ajouter un dictionnaire à la fin de son histoire où tous » les noms propres , d'hommes , de villes , de pays et autres » choses semblables qui y sont contenues , sont traduits en » français. » M. de Thou n'en est pas moins d'une exactitude rigoureuse. « Je prends Dieu à témoin, écrivait-il le 31 mars 4614 au président Jeannin « que je n'ai point eu d'autre » vue que la gloire de Dieu et l'utilité publique , en écrivant

» l'histoire avec la fidélité la plus exacte , et la plus incorrup- » tible dont j'ai été capable sans rae laisser prévenir d'aucun » motif d'amitié ou de haine. »

C'est aussi à la période dont nous nous occupons que l'on doit reporter les premiers essais d'une histoire générale de France. Ce fut en \ 476 que parut sous le titre de Grandes Chroniques le premier travail de ce genre. « C'était, dit Aug. Thierry, un » vieux corps d'annales compilées en français par les religieux » de l'abbaye de Saint- Denis , et depuis long- temps célèbre » sous le nom de Chroniques de Saint - Denis. Le roi Charles V » l'avait fait transcrire pour sa riche bibliothèque , un peu ra- » jeunir de langage et fait continuer jusqu'à son règne ; il parut » avec une nouvelle continuation poussée jusqu'au règne de » Louis XL » Nicolas Gilles , secrétaire du roi Louis XII , osa le premier devenir historien ; il rajeunit le style des chroniques, les arrangea pour plaire aux lecteurs de cette époque , et ne respecta même pas le peu de couleur originale qu'elles gardaient encore. Après lui vint Bernard Girard , seigneur du Iiaillan ; cet auteur, né à Bordeaux en i 537, présenta à Henri III son histoire générale des rois de France, et obtint le titre d'historiographe ainsi qu'une pension. A cette époque l'influence Italienne se faisait vivement sentir sous la puissance de Catherine de Médicis : Du Haillan, s'y laissa entraîner et alla chercher des modèles au-delà des Alpes ; de longs entretiens imaginaires rendent la lecture de cet ouvrage aussi fastidieuse qu'inutile. Faut- il mentionner Paul- Emile, Gaguin , Papire Masson , Claude Fauchet, du Tillet, Etienne Pasquier, François Hotman, Nicolas Viiznier . François de Belleforest , Jean de Serres , Jacques Charron , Scipion Dupleix, etc. ; ils ont tous été soumis à la c ritique judicieuse d'Aug. Thierry qui a montré leur faiblesse et le peu de fruits qu'on pouvait en tirer pour l'étude de nos annales. Ils ont défiguré notre histoire : ceux-ci en y insérant de longues harangues composées à grande peine dans le cabinet; ceux-là en recherchant dans la nuit des temps de fausses généalogies aux rois Francs . tous en un mot en négli-

géant de se reporter à l'époque où vécurent les rois dont ils retraçaient la vie. Pasquier et Hotman seuls doivent nous arrêter quelque temps ; celui-ci, savant jurisconsulte, songea à tirer parti des troubles du XVIe siècle pour établir en France des institutions libérales et fonder un système de garanties politiques. « Cet ouvrage, dit Aug. Thierry, a les mêmes défauts que » l'ouvrage de l'abbé de Mably, dont il est en quelque sorte l'é- » bauche ; mais il faut remarquer qu'il y a deux siècles d'inter- » valle entre les deux écrivains, et que d'ailleurs , sous le rapport » de la véritable érudition, l'avantage demeure à celui qui est » du seizième. » Pasquier s'applique à chercher les raisons des faits, à en tirer des résultats moraux ; il n'analyse pas seulement les événements comme Machiavel , mais il veut leur donner un sens plus favorable à la liberté de l'esprit humain. Tout est confus, mais du moins ici on trouve des aperçus nouveaux, et si sa critique est souvent fautive, du moins est-il le seul dont on puisse encore supporter la lecture.

L'histoire de la poésie au XVP siècle ressemble beaucoup à celle de la prose ; d'abord tous les seigneurs de la cour rimaillent à grande peine à l'imitation de leur maître, le poète couronné. Puis à la suite des expéditions uitramontaines , glorieuses malgré leurs désastres , l'influence Italienne déborde en littérature; les encouragements de Catherine de Médicis n'étaient guères propres à détourner les poètes de cette voie. A l'imitation du Dante et de Pétrarque, on s'occupa de sujets lyriques, épiqpies , ou héroïques ; la lecture de Bocace , le seul poète Italien du XIV* siècle qui ait eu des imitateurs , inspira des contes pleins de charmes où a puisé largement La Fontaine.

Parmi tous ces poètes, y compris François Ier , dont nous avons cité quelques vers d'amour en l'honneur de la gente Agnès Sorel , celui qui obtint le plus de réputation fut maître Clément Marot ; « cependant , dit M. de Sainte-Beuve , maître » Clément n'était pas un poète de génie , il n'avait pas un de » ces talents vigoureux qui devancent les âges , et se créent » des ailes pour les franchir. Une causerie facile semée par in-

» tervalles de mots vifs et fins est presque le seul mérite qui v le distingue, le seul auquel il faille attribuer sa longue gloire, » et demander compte de son immortalité. Avec un esprit » d'une portée plus ambitieuse , il est à croire qu'il n'eût fait » que s'élancer un peu plus tôt que Ronsard , vers ces hau- » teurs poétiques , inaccessibles encore , auxquelles Malherbe le » premier eut l'honneur d'atteindre et de se maintenir. » Di- » sons aussi , qu'une des raisons , du moins nous le pensons , qui contribua à affermir la réputation de Ma rot fut le besoin qu'on eut de ce poète pendant les guerres de religion. Marot avait traduit les psaumes de David, et les calvinistes se servirent de sa traduction dans toutes leurs prières. C'était en les répétant qu'ils marchaient au combat , et cette raison , peut-être plus qu'aucune autre , servit à assurer sa gloire. Le dix-septième siècle accepta en général les réputations faites , siècle peu travailleur à l'exception de quelques poètes qui usaient largement et à leur profit de la naïveté poétique des écrivains antérieurs. Cela est si vrai que Boileau , le grand critique Français , dit quelque part :

Marot bientôt après fit fleurir les ballades, Tourna les triolets, rima les mascarades, A des refrains réglés asservit les rondeaux Et montra pour rimer des chemins tout nouveaux.

Marot n'inventa rien , né combina point les rimes d'une manière nouvelle ; il accepta les règles tracées , et se soumit aux refrains réglés pour les rondeaux depuis des siècles ; en un mot toute sa part fut de connaître mieux que ses devanciers la véritable allure des vers de dix syllabes , et d'avoir fait un usage plus fréquent qu'eux des rimes masculines et féminines. Le seul poète qui approcha de Marot fut Octavien Mellin de St- Gelais; mais ce prélat fut gêné dans son imitation; que dire ? il ne pouvait critiquer le clergé dont il faisait partie , la Sorbonne que craignait tout le monde ; il chercha ses modèles plus avant dans le genre Italien ; et il ne fit que des vers prétentieux , en un mot, de l'italien francisé. « C'était Marot

» affadi , italianisé , expurgé par un prélat bel esprit , Marot , » moins ses charmantes satires , moins son enjouement , sa » moquerie aimable , moins ses intarissables épigrammes contre » les sots , les juges , les moines et les maris. » (Tissot.)

Nous glissons rapidement sur les poètes intermédiaires , et dont les noms sont à peine connus, tels que Dolet, Belleau , du Bellay , Charles Fontaine , etc. ; leurs titres de gloire oubliés depuis long-temps ont été scrupuleusement étudiés par M. Ste- Beuve. Peu de vies furent aussi agitées que celle de Ronsard, de ce poète qui exerça, dès le moment qu'il parut, une souveraineté immense sur la poésie et la littérature , souveraineté qui dura . plus de cinquante ans. Dégoûté du collège à neuf ans, page du duc d'Orléans fils de François Ier , attaché au même titre à Jacques Stuart roi d'Écosse , accompagnant Lazare de Baïf à la diète de Spire, prenant une part active aux guerres du Piémont , tel était Ronsard , dans lequel rien ne faisait deviner le futur poète. Mais soudain une surdité le frappe : il se remet avec ardeur à l'étude et obtient une réputation telle que le grave de Thou n'hésite pas à dire que la France a trouvé une compensation suffisante au désastre de Pavie, puisque la même année Ronsard est né.

Pour apprécier Ronsard , nous ne pouvons mieux faire que d'emprunter à M. Ste-Beuve le tableau des innovations que ce poète introduisit dans la versification, « II imagina, » dit ce critique, « une grande variété de rhythmes lyriques et construisit » huit ou dix formes diverses de strophes, dont on chercherait » vainement les modèles, dont on trouverait au plus des ves- » tiges chez les poètes ses prédécesseurs. Le premier, après » Jean Bouchet, Ronsard adopta l'enlacement régulier des rimes » masculine et féminine , et en fit incontinent un précepte » d'obligation par son exemple. .. De concert avec du Bellay, il » réhabilita le vers alexandrin tombé dans l'oubli en naissant. . . » Ronsard nous avoue aussi qu'il condamnait dans sa jeunesse » les enjambemensd'un vers sur un autre, mais que l'exemple » des grecs et des latins l a fait changer. »

Voici maintenant le jugement que porte de Ronsard un autre critique érudit, M. Nisard. « On peut d'ailleurs, dit-il , recon- » naître dans ce poète de l'imagination, des ébauches heureuses, » une certaine élévation de ton, sinon d'idées, de la fécondité, » quelques inventions de style , et ça et là , dans ses poésies » amoureuses particulièrement de jolies pièces fines, délicates , » par ou il ne surpasse point Marot , mais le continue ; des épi- » thètes et des tournures ingénieuses , et généralement une » gravité et une pompe qui furent de bons germes pour l'avenir » et qui étaient un progrès sur Marot. »

Les bornes que nous impose notre manuel ne nous permettent guères de traiter les poètes secondaires ; ainsi après nous être étendu peut-être trop longuement sur Ronsard que Marie Stuart appelait VApollo de la source des Muses , nous nous voyons forcés pour arriver à Malherbe de passer sous silence ses imitateurs qui ne firent souvent, hélas! qu'exagérer ses défauts.

Malherbe , né à Caen en \ 555 , débuta d'abord dans la carrière des armes ; il ne tarda guères à se rendre célèbre par ses poésies , et Henri IV le recommanda au grand écuyer de Bellegarde qui le logea dans sa maison , lui offrit sa table et lui donna un cheval , uu domestique et mille livres d'appointements. Ce fut là que Malherbe se lia avec Racan , qui était alors page de la chambre du roi , et qui devait obtenir aussi une réputation de poète , belle encore , quoique moins grande. Se livrant avec ardeur à l'étude des classiques latins , s'adonnant surtout à la lecture de Stace , Senèque le tragique, Juvénal, Ovide, Martial, etc., Malherbe voulait qu'on n'écrivit que dans sa langue, et il disait que si Horace et Virgile revenaient au monde ils donneraient le fouet à Nicolas Bourbon et à Sirmond ; ces deux poètes latins jouissaient alors d'une grande réputation. Malherbe n'a inventé aucune strophe nouvelle de l'ode , comme l'ont prétendu quelques auteurs , mais il n'en est pas moins digne de nos éloges , car il est le créateur de la poésie lyrique , et c'est lui qui le premier a su l'écrire dans un style noble et soutenu. On l'accuse d'avoir appau-

vri la langue , il n'a fait que l'épurer , et pas un des mots qu'il a rejeté ne doit être regretté en poésie. « Le mérite propre , dit M. Ste-Beuve , « la gloire immortelle de notre poète (Malherbe) » est d'avoir eu le premier en France le sentiment et la théorie » du style en poésie , d'avoir compris que le choix des termes » et des pensées est , sinon le principe , du moins la condition » de toute véritable éloquence , et que la disposition heureuse » des choses et des mots l'emporte le plus souvent sur les mots » et les choses mômes. Ce seul pas était immense. »

Dans la jurisprudence du XVIe siècle nous retrouvons l'inlluence italienne et le retour aux anciens. Le plus habile des » professeurs de droit italien, Alciat (de Milan), fut attiré en France par les bienfaits de François Ier et fonda dans l'Université de Bourges un enseignement justement célèbre où toutes les connaissances littéraires et archéologiques concouraient à expliquer les origines , les rapports et le vrai sens des lois. Mais celui qui obtint le plus de réputation , qui jouit encore de la plus grande gloire est Cujas l'un de ses élèves, Gujas quePasquier, dans ses recherches sur l'histoire de France, ne nomme jamais qu'avec l'épithète de grand, et dont il a fait cet éloge : // n'eut selon mon jugement, il n'a et n'aura par adventure jamais son pareil. » Ce fut, dit M. Troplong, « un génie philo- » sophique qui éclaira le droit par l'histoire, la philosophie et » la critique , et conçut la grande idée de recomposer les livres » des jurisconsultes de Rome mis en pièces par les ciseaux de » Tribonien. »

Après lui brilla Dumoulin que de Thou l'historien loue en ces termes : « Charles Dumoulin grand et célèbre jurisconsulte, » dont le nom fut en grande vénération , non-seulement par » son jugement solide et sa profonde érudition , mais aussi par » la probité et la sainteté de ses mœurs : homme consommé y> dans la science du droit français ancien et moderne et très » zélé pour la patrie. » L'espace nous manque pour apprécier Gui Coquille , le premier écrivain qui ait défini les droits des olats-généraux eu Franco , Bauduin , Loyscau . Antoine Loiscl

auteur d' instituas çoutunùères généralement estimées , Pierre et François Pithou frères de sang et de religion , Etienne Pasquier, Achille de Harlay, et tant d'autres encore.

Chose étonnante ! dans un siècle aussi guerrier , où Le chevalier était exposé à recevoir des blessures profondes , Part de guérir avait fait bien peu de progrès; c'était avec de l'huile bouillante qu'on cautérisait les blessures des armes à feu , car elles étaient regardées comme vénéneuses. Ambroise Paré qui fut chirurgien ordinaire de quatre rois (Henri II , François II , Charles IX et Henri IU) fut le premier qui osa s'élever contre ce traitement barbare auquel succombait souvent le blessé. On peut dire qu'il porta à la perfection la thérapeutique des plaies faites par les armes à feu ; ^affranchissant du culte superstitieux que les chirurgiens du moyen-âge avaient voué aux grecs et aux latins , il s'appuya de sa propre expérience, et en flt le fondement d'ouvrages importants qu'il nous a laissés. Paré était calviniste , mais lors du massacre de la St-Barthélémy, Charles IX, qui avait une grande confiance en lui , résolut de le sauver. « Il l'envoya quérir et venir le soir » dans sa chambre et garderobe, lui commandant de n'enbou- » ger, disant qu'il n'estoit raisonnable qu'un qui pouvait ser- » vir à tout un petit monde fut ainsi massacré. » (Brantôme.) La postérité est venu payer un tribut d'admiration à Ambroise Paré ; non-seulement ses ouvrages sont traduits dans toutes les langues , mais lui-même occupe parmi les chirurgiens la môme place qu'Hippocrate parmi les médecins. Paré mourut à Paris le 15 décembre 4590 , à l'âge de 81 ans.

L'élan était donné et pendant quelque temps encore les sciences chirurgicales firent de grands progrès. Tandis en effet que l'histoire naturelle était éclaircie par les savants commentaires de Pelissier, Guillemeau contribuait à réformer l'art des accouchements et Rousset complétait ces observations en écrivant sur l'opération césarienne ; Pigray, le disciple et l'ami de Paré, exposait sous une forme plus régulière les doctrines de son maître et Jacques Démarque nous laissait sur les bandages des

observations consciencieusement étudiées. « Mais, dit M. Lebas, » la faculté de médecine , jalouse de l'attention qu'excitait le » collège des chirurgiens , voulut tenter un dernier effort pour >> perdre ses rivaux, et pour cela elle tâcha de les avilir par une » association déshonorante. Elle parvint, à force d'intrigues, à » faire prononcer par l'autorité, la réunion des barbiers et des » chirurgiens en une seule corporation, et à faire exclure de la » faculté la chirurgie qu'on y avait un instant reconnue. »

Mais l'influence de François Ier se fit surtout sentir sur les arts ; depuis trois siècles l'art gothique régnait sans partage et avait déjà subi plusieurs transformations, lorsque la découverte des manuscrits de Yitruve , la facilité d'admirer, pendant les * guerres ultramontaines , les travaux d'Alberti , de Braneleschi , l'architecte des palais des Strozzi et des Ricardi , de Bramante , d'Amuonati et de Michel- Ange apporta de nombreuses modifications dans les monuments publics. De là l'origine de l'époque dite Renaissance, parce que les anciens furent de nouveau étudiés et qu'on chercha des inspirations dans les vieilles ruines romaines qui couvraient encore le sol de la France. « Le i) plein cintre, dit Batissier, dans son cours d'archéologie, recon- » quiert sa prééminence absolue ; les cinq ordres, plus ou moins » modifiés dans quelques-unes de leurs moulures et de leurs » proportions sont adoptés exclusivement ; les matériaux de » grand appareil sont recherchés avec soin , les feuillages et les » enroulements de toute sorte , avec des animaux ou réels ou » imaginaires, étaient agencés à la manière des arabesques an- » tiques qu'on avait découvertes en pratiquant des fouilles dans » les constructions Romaines .... On affectionna singulièrement » les ordres superposés ; les revêtements de marbre, les médail- » Ions furent aussi en grande faveur. On appliqua aux édifices » les éléments qu'offrait 1 architecture antique, mais on n'imita » pas pour cela , dans leurs formes et leurs dispositions , les » monuments antiques eux-mêmes. »

Quoiqu'il en soit le sol de la France se couvrit de châteaux construits à grands frais dans ce style ; Bullant , le seul de tous

les sectateurs de Vitru ve, dit Chambra y , qui soit demeuré daus les termes réguliers du maître, touchant les profils et les justes proportions des ordres , éleva le château d'Ecouen ; maniant également le ciseau du sculpteur, il ornait les palais qu'il construisait. Delorme Philibert, qui lui fut adjoint pour élever les Tuileries, étudia en Italie les plus beaux monuments de ce pays, construisit la grande cour en fer à cheval de Fontainebleau, les châteaux d'Anet et de Meudon. Citons encore Lescot, aussi célèbre par ses travaux que par la liaison intime qu'il contracta avec Jean Goujon, le premier sculpteur dont la France puisse se glorifier; Goujon, qui avaitl'art de modeler un corps peu saillant et Méplat , dit un de ses biographes, de façon à lui donner de la rondeur par la manière dont il fixait la lumière sur les parties saillantes , et dont il savait la faire glisser sur celles qu'il voulait sacrifier , Goujon fut tué d'une arquebuse lors du massacre des calvinistes, au moment où il mettait la dernière main à la belle fontaine, dite des Innocents. C'est encore à cette époque que furent construits les châteaux de Chambord et de Fontainebleau , dont on connaît la richesse d'architecture , et pour l'ornement desquels Benvenuto Cellini, André del Sarte et autres artistes italiens quittèrent leur patrie, a Mais les guerres de religion , » dit M. Lebas dans son dictionnaire encyclopédique , » la ligue et les malheurs qui eu furent la suite, arrêtèrent l'é- » lan des beaux-arts, et l'architecture avant Louis XIV ne pro- » duitplus que le palais du Luxembourg et le portail de St- » Gervais , construits par Desbrosses ; la Sorbonne, une partie » du Palais-Royal élevées par Le Mercier ; le Val-de-Gràce bâti » par Le Muet et François Mansard. »

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