‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 16 sur 74 · V. — Henri Estienne [Paris, 1528; \ 1598, Lyon · texte numérisé non relu

V. — Henri Estienne [Paris, 1528; \ 1598, Lyon

I'LkbSourchs. — NiceroQ, dans ses Hommes illustres, t. XIXVI;

— A. Renouard, Annales de l'Imprimerie des Estienne, Paris,

1843 — Léon Feogère, Caractères et portraits du XVt' siècle,

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Le premier de nos Français qui ait, un peu confusément, mais profondément, éprouvé ce sentiment nouveau, c'est im poète lyonnais, Maurice Scëve, dans sa Délie, objet de plus haute vertu, poème symbolique, imité de Pétrarque, et dont la nuit obscure, si l'on ose ainsi parler, étincelle de beautés singulières. Mais ce sont les poètes de la Pléiade qui en ont vraiment connu le pouvoir, qui nous l'ont révélé, Pontus de Tyard, — Joachim du Bellay, Ronsard, Belleau, Jodelle, Baïf; — et là même est le principe de la révolution qu'ils ont opérée dans la langue, dans la littérature, et dans la poésie. Ils ont voulu « faire de l'art », et cette ambition, qui a chez eux dominé toutes les autres, en rend compte et les explique.

S'ils ont en effet essayé de réformer ou de transformer la langue, ce n'est pas en grammairiens ou, comme noi.s

1859; et oouïelle éditioD, Paris, 1875. — Sayoua. Lea Écrivains français de la Réformation, 1" éd., Paris. 1881.

2° L'Éditeur, le Philologue et l'Ëcbitajn, — La famille des Eatienne [Cf. Proaper Marchand, Dictionnaire historique], — Une éducation d'érudit. ^ — - La première publicalion d'Heori : Anacreontis Teij odx, grxee et latine, 1554. — La traduction est-elle d'Henri Estienne ou de Dorât? — Ce qu'il y a de certain, c'est l'inBuence que ce mince volume a eiercée sur la Pléiade. — Témoignages lires des Couvres de Ronsard et de Remy Belleau. — De quelques autres, écrivains grecs édités pour la première fois par Henri Estieune; — i noter qu'ils sont loua du second ou du troisième ordre; ■ — et qu'il les traduit tous en lalin. — Du goût d'Estienne pour les Analecia [Cf. les Adages d'Erasme]; — la première traduction de l'Anthologie grecque en latin, et le premier Conciones, 1570; — le Thésaurus Grsca Linguse. 1572-1573.

Les trois grands traités d'Estienne : — La Conformité du Langage français avec le grec, 1565; Deux dialogues du Langage français italianisé, 1578; La Précellence du Langage français, 1579; — et leurs rapports entre eux. — La résistance à l'italianisme. — De l'opinion d'Henri Estienne sur les rapports du grec et du français [Cf. J. de Maifltre, Soirées de Saint-Pétershoitrg, 2» Entretien; et Egger, L'hellénisme en France, le^oaa 10 et 11]. —Les étymologies

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DE l'idéal CLASSIQOS SS

dirions de nos jour§, en philologues, mnis en artistes, pour la rendre capable de traduire leurs « sublimes et passionnées conceptions, » selon l'expression de l'un d'eux, et surtout pour en dégager ce qu'elle contenait de beautés plus intérieures et jusqu'alors inaperçues. Car les mots sont quelque chose de plus que les signes des idées, et une langue n'est pas seulement une algèbre, ou un organisme : elle est aussi une œuvre d'art. Il y a des langues pauvres, et il y en a de riches; il y en a de rades, et il y en a d'harmonieuses; il y en a d'obscures, et il y en a de claires. Pareillement, s'ils ont condamné les anciens genres — la ballade, le rondeau, le virelai, le chant royal et a autres telles épisseries », — c'est qu'il leur a paru que la forme en avait quelque chose de contraint, d'étriqué, de « gothique; » et c'est alors que, guidé dans sa ten-

d'Heari Estîenne. — Abondance de ses digreations et commeiit elles reTÎeuaent presque toutes à sa haine de ritalianisme ; — à son protestantisme ; — et à sa haine des Valois. — Il D'en aime que plus passion DÉ ment sa langue oationale. — Pour quelle raison, s] l'importance de la Précelience ne consistait que dans son titre, elle serait encore considérable.

Henri Eaaenne est-il un < écrivain > ? — et qu'en réalité on ne retroure dans ses œuvres ni la verve de Rabelais ni le eouci d'art de Ronsard. — Eat-il l'auteur du Quart livre de Pantagruel, 156i ? — Son Apologie pour Hérodote, 1566. — En quoi le livre ment à son titre, et n'est au fond qu'un pamphlet protestant; — Henri Estienue et Rabelais sur n les Gens d'Eglise a ; — comparaison de l'Apologie pour Hérodote et du Quatrième livre de Pantagruel. — Si quelques < nouvelles • agréablement contées nous permettent, comme on l'a fait, de placer Henri Eaiienne bien au-dessus de Bandello. — Qn'on a peine également à trouver dans l'Apologie un avant-goût des Provinciales [Cf. Sacy, Variétés littéraires]. — Le Discours merveilleux des déportements de Catherine de Médicis, 1575, est-il d'Henri EstienneP — Ses dernières années et sa mort  l'bôpital de Lyon.

3° Les Œuvres. — On trouvera dans les Annales de l'Imprimerie des Estîenne, de Renouard, le catalogue, tant des a éditions > que

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tative par le génie même du rythme, Ronsard, sur le modèle des combinaisons des anciens, en a tant inventé lui-même qu'on en trouve encore aujourd'hui d'inutilisées dans son œuvre. Et ce qu'ils ont enfin essayé de ravir à l'antiquité, ce n'est pas sa a science » ou sa et philosophie », c'est son « art » : entendez ici le secret d'éveiller en nous l'impression de volupté presque sensuelle que leur procurait à eux-mêmes la lecture de VEnàide ou de l'Iliade, celle de Pindare ou celle d'Horace. Dans quelle mesure y ont-ils réussi? C'est une autre question, que nous trancherons d'un mot en disant qu'ils ont pu se tromper sur le choix des modèles, ce qui est assurément fâcheux et grave quand on imite , et ils portent la peine de n'avoir pas toujours senti la différence qui sépare Homère de Quintus de Smyrne ou Virgile de Claudien.

des • œuvres n proprement dites d'Henri Estieane. Nous avons cité les plue iniportaats de ces livres; nous nous bornerons donc à en meulioDoer ici les principales rééditions, qui sont :

Celle du Discours merveilleux, dans les Archives curieuses de l'histoire de France, de Cîmber et Danjou : — de {o Préeellence, par L. Feugère, Paris, 1850; — de la Conformité, par le même, Paris, 1853; — de l'Apologie pour Hérodote, par P. Bistelhuber, Pai'is, 1879; — et des Deux Dialogues du Langage franqai* italianisé, Paris, 1883.

VI, — JacqneB Amyot [Melun. 1513; f 1593, Auxerre].

1* Lks Sources. — RouUiard, Histoire de Melun; — Ba;le, dans son Dictionnaire, article Abtot; — Abbé Lebceuf, Mémoires sur l'histoire civile et ecclésiastique d'Auxerre; — De Bligniéres, Essai sur Amyot, Paris, 1851; — Léon Feugère, Caractères et Portraits du XYl' siècle, Paris, 1859.

2» L'Homme et l'Échivaih. —Une page de Montaigne sur Amyot [Cf. Essais, II, cbap. ivj. — L'origine et la jennesse d'Amyot; — SCS études; — ses préceptorats; — sa traduction du roman d'Héllodore, 1547. — 11 est nommé abbé de Bellozaoe. — Sa traduction de Diodore de Sicile, 155i , — Sa mission au Concile de Treute [Cf. de Thou, Hist. universelle, t. VIII]. — Il

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Là tORMAtlON DB l'iD^L CLABBIQOB t1

Ils ont manqué de critique ou d'esprit de discernement; et, dans leur impatience de produire, ils n'ont pas toujours connu les conditions de l'imitation féconde. Mais lear exemple n'a pas été perdu. Dans une littérature qui ne connaissait ni l'art de composer ai celui d'écrire, dont les chefs-d'œuvre n'avaient guère été jusqu'alors que d'heureux accidents, ils ont fait entrer pour la première fois le sentiment du pouvoir de la forme, ou du style; et ce n'est pas là tout le classicisme, mais c'en est bien l'un des éléments ou des « facteurs » essentiels.

Que si nous rassemblons maintenant tous ces traits, — sentiment de l'art, glorification ou divinisation des énergies de la nature, et développement de l'individualisme,

— on a déjii vu qu'ils se tiennent étroitement entre eux. L'idée même d'une perfection qui dépasse, ou qui achève

précepteur des enfants de France, 1554; — Graud aumônier, 1561)

— et éïêque d'Auxerre, 1570.

De quelques traducteurs antérieurs à Amyot; — Lef^vre d'ElapIes et BB traduction du Nouveau Testament, 15S3 ; — Lazare de Bai'f et sa traduction de VElectre. 1537 ; — Pierre Saliat et sa traduction A'IIérodote. 1537. — De l'opinion de ThomaB Sibilet et de Du Bellay cur la traduction des ancieni; — et que veulenl-ila dire quand ils estiment que a les translateurs nous apportent plus de proût que leurs auteurs mimes? s — La traduction des poètes grcca dans les œuvres de la Pléiade [Cf. Gandar, Ronsard imitateur d'Homère et de Pindare], — Des traducteurs de Plutarque antérieurs

Du choix de Plutarque ; — et à cet égard de l'opinion de quelques modernes [Dacier, VÛlemain, Ch. Grani, dans son édition des Fies de Démosthène cl de Cicéron] sur l'auteur des Vies Parallèles.

— Attrait du genre biographique; — habileté singulière de Plutarque k mettre ses héros n en scène u ; — tendance morale de son <BUTre. — Que. comme auteur de ses (ouvres morales, Plutarque a fait le tour des idées de son temps; — et, i cepropoa, d'une aupériorité des contemporains de l'Empire sur les écrivains plus classiques de )a littérature grecque. — On ne pouvait donc mieux offrir qtie Plnlarque aux lecteurs du temps de la Renaissance.

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la nature, ne saurait se tirer que de ['observation de la nature, et se réaliser dans l'œuvre d'art qu'avec et par des moyens qui sont eux-mêmes de la nature. Ou notera d'autre part que, tous ensemble, et un à un, ces mêmes traits s'opposent aux traits caractéristiques de l'esprit du Moyen-âge. Non seulement le Moyen-âge n'avait pas eu te sentiment de la forme; mais il s'était constamment défié de la nature comme d'une maîtresse d'erreur on d'une puissance ennemie de l'homme; et l'esprit desapolitique n'avait tendu qu'à immobiliser l'individu dans les liens de sa corporation, de sa classe, ou de sa caste. Et puisque toute chose créée porte en soi, dans les conditions mêmes de sa naissance, le germe de sa mort future, on n'oubliera pas enfin de remarquer que, de même que le sentiment de la forme pouvait rapidement conduire h

La traduction d'Aonyot ; — et s'il a fait plus de « deux mille contre* sens • ainsi que le disait Méziriac. — Opinion de Ch, Graux : a la traduction d'Amyot possède une véritable valeur philologique a. — Que ce point est d'ailleurs ici secondaire; — et que ce qui nous importe, c'est la forme du Plutarque d'Amyot. — Naïveté, naturel, grâce et force de la traduction d'Amyot. — Comparaison de quelques endroits d'Amyot avec lee endroits correspondants de Rabelais [dans son Pantagruel, III, chap. xiviii, cf. Traiié de la Cessation des oraclet] ; — de Shakespeare [dans son Jules César, cf. Vie d'Anloine}; — de Joseph de Maistre [Traité des délais de la justice divine].

Dernières anoée» de li vie d'Amyot. — Sa traduction des Œuvres morales et mêlées de Plutarque. — Amyot aux états de Blois. — Son r6Ic pendant la Ligue. — Sa rentrée à Auxerre et su mort. — Idée générale du service rendu par les traductions. — Dans quelle mesure les circonstances de la vie d'Amyot ont profité i son œuvre. — Une page de Rivarol sur l'utilité des traductions [préface de sa traduction de Dante]. — Longue influence du Plutarque d'Amyot, et raisons de Cette influence.

3= Les Œvvbes. — Tkéagène et Charieiée, 1547 ; — Les Sept lirre» des histoires de Diodore Sicilien, 1554 ; — Daphnis et Chloé, 1559 ; — Les Vies des hommes iUusIres grecs et latins. 1" édition, 15.59;

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LA POUMATION DB l'idéal CLA3SIQDB 69

l'idée d'une beauté indépendante de son contenu, ainsi la glorification des énergies de la nature pouvait mener à la justification de l'immoralité même, et le développement de l'individualisme à ta destruction de la société.

Chose assez surprenante! ce ne fiit pas l'Église qui s'en aperçut d'abord, ni même la Royauté. Les Papes, — quelques papes du moins, — goûtèrent vivement le noble plaisir de faire de la capitale de la chrétienté la capitale de la Renaissance; et, chez nous, François I", le « Père des Lettres, » ou ne comprit pas la nature de la révolution qui s'opérait, ou ne s'attacha qu'aux profits qu'il en

2' édition. 1565; 3* édition, 1567. — (Muvrei morales et mêlées de Ptularque. 1" édition. 1572; 2« édition, 1574; 3» édition, 1575. Od a encore d'Amyot quelques opuscules, comme le Projet de l'Éloquence royale, composé pour Henri III; — el l'Apologie où il se disculpe d'aroir trempé dans l'asEHSBinnt du duc de Guise.

La meilleure édition de son P/ufar^ue est celle de VBSC09Dn[3°édîtion des Vies et 2* des Œuvres mêlées] formant 15 volumes în-18.

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