‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 17 sur 74 · VII. — Jean Bodin [Angers, 1530; f 1593, Laon · texte numérisé non relu

VII. — Jean Bodin [Angers, 1530; f 1593, Laon

1° Les SouKces, — Bayle, dans son Dictionnaire, art. Bodin; — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XVII; — Baudrillarl, Bodin et son temps, Paris. 1853.

2° L'Homme et L'ÉcmyAra, — Pauvrelë des renseignements. — Était-il d'origine israélite? [Cf. Ant. Possevini de quibusdam scriptis... Jttdicium, 1583.] — PremîèreB études de Bodin. ~ Il débute par une traduction des Cynégétiques d'Oppien. — Sa Réponse à M. de Malestroit, et les origines de l'économie politique, — Sa Méthode pour ta connaissance de l'histoire, et en querelle avec Cujas. — Que sa protestation conlre l'autorité du droit romain est du même ordre qne les protestations de ses contemporains contre la souveraineté d'Aristote.

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. DE l'histoibe de LA littératcre française pouvait immédiatement tirer. Mais quand on commença de voir de quelle corruption générale des mœurs cet orgueilleux élan était suivi, quand on comprit que ce que la philosophie de la nature mettait en péril, c'était en un certain sens le fondement même de la société des hommes, il sembla que ce fût payer trop cher les miracles de l'art; — et la Réforme éclata.

Rien ne saurait être plus erroné ni d'une philosophie plus superBcielle, que de se représenter la Réforme comme analogue en son principe à la Renaissance; elle en est précisément le contraire; et le seul point qu'elles aient eu de commun c'est d'avoir, un court moment, travaillé l'une et l'autre à l'émancipation de l'individu. Elles ont donc, an moment, rencontré les mêmes ennemis en fuce d'elles, scoiastiques et théologiens, et, un moment,

S.i République. — Originalité de Bodin ; — sa conception de l'histoire; — et que, pour l'apprécier, il convient d'avoir sous les yeux VViopie de Th. Morus et le Prince d« Machiavel. — Il essaie de concilier la morale et la politique, — Sa théorie de l'Esclavage, livre I, cliap. v; — Bon chapitre de la Monarchie, II, chap. ii; — ■a théorie des Révolutions, IV, chap. m; — sa théorie dea Climats, V, chap. 1. — Mélange en lui d'érudition et de crédulité.

— Si l'on peut dire qu'il ait en l'idée du Progrès [Cf. Sa Méthode, ebap, VII. Confulatio eorum qui.... aurea smcula portant; et sa République, V, chap. i] ; — De Badin comme précurseur de Mon-

Aulree ouvrages de Bodin; — et comment l'auteur de la République se trouve être celui de la Démonomanie de* sorcier» et de l'ffeptaplomeres. — De la croyance de ses contemporains A la sorcellerie; — el que les protestants n'y croient pas moins fermement que les catholiques; — comment Bodin concilie-t-il sa croyance aui sorciers avec son scepticisme religieui? — Histoire de VHeptaplomeres. [Cf. Guhrauer, dans son édition, 1841, Berlin.]

3" Les CEuviies. — Traduction [en latin] des Cynégétiques d'Oppien. 1555; — Methodus adfaeilem hiatoriarum cognilionem, 1566;

— Réponte aux paradoxes de M. de Malestroit sur Venehérissement de toute* choses, 1S6S; — Six livres delà République, 1577;

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elles ont combattu le même combat. Disons encore, ai l'on le veut, que, pour sDéantir un état de chose abhorré, l'une et l'autre, et l'une après l'autre, elles ont pris ou cherché contre le présent leur point d'appui dans le passé. Mais là s'arrêtent les ressemblances. Et, déjà, combien la seconde eat-elie trompeuse si, tandis que la Renaissance ne tendait qu'à « déchristianiser » le monde pour le rendre au paganisme, tout au contraire, ceque la Réforme a tenté, c'est justement de ramener le christianisme à la sévérité de son institution primitive I Faut-il rappeler à ce propos les paroles si souvent citées de Luther? « Nous autres Allemands... nous sommes comme une toile nue, mais les Italiens sont peints et bariolés de toutes sortes d'opinions fausses... Leurs jeûnes sont plus splendides que nos plus somptueux festins... Si nous dépensons un florin en

— La Démoaomanie de» sorciers, 1582 ; — Amphilheatrum naturm, 1596; — Htptaplomeres. Ce dernier ouvrage est demeuré manascrit jusqu'à l'éditioD qu'en a doouée M. Gahrauer, eo 1841.

Il n'existe pas d'édition moderne des œuvres de J. Bodin.

3° Les Obioikbb dv théhtbe classiqub, VIII. — La première époijoe du théâtre classiç|ue [1552-1570]. 1" LisSooRCEB. — Les frères Parfaicl, Histoire du théâtre français; — L'Ancien théâtre français, publié par Viollet-le-Duc;

— Ebert, EntwicJielungsgeschichIe der framôsischen TragSdie, 1856, Gotha; — Ëdcleslaud du Méril, Du déoeloppement de la tragédie en France, Paris, 1969; -— Emile Faguct, La tragédie française au itvi« siècle. Paria, 1883.

2° Lis Aiiteurs,et le dëteloppeuent de lx thacédie. — L'arr£t dn Parlement de Paris [17 novembre 1548] portant interdiction aux coufrèreB de la Passion de s jouer le Mystère de la Passion Notre Sauveur, ou autres Mystères Sacrés s ; ^ et si le Parlement, en rendant cet arrêt, a voulu sacrifier les Mystères t à l'enthousiasme païen des poètes de la Nouvelle École ii ? — Origines italiennes du théâtre classique. — Les Triomphes de Pétrarque [Cf. notamment le Triomphe de l'Amûar et le Triomphe de la Renom-

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habits, ils en mettent dix k un vêtement de soie... Ils célèbrent le Carnaval avec une inconvenance et une folie extrêmes. » [Cf. Michelet, Mémoires de Luther; et Merle d'Àubigné, La Réformation au temps de Luther.] Comnieat pourrait-il mieux dire que ce qui l'a transporté d'indignation dans Rome, c'est le spectacle même de la Renaissance? Bien loin d'avoir aucune prise sur lui, les splendeurs des arts, la magnificence des fêtes, le luxe des habillements l'ont justement enfoncé dans le schisme. Et en prêchant la Réformation, ce n'est pas seulement la Papauté qu'il a combattue comme telle, ni le catholicisme, c'est l'esprit même de la Renaissance qu'il a voulu détruire et dont il a failli triompher.

Je ne sais si la même intention n'est pas plus manifeste encore dans l'œuvre de Calvin. Nous le comptons,

ntêe]; — La Sophonùbe du Triseio, 1515; — La trtgéAie en Italie de 1515 A 1550 [Cf. Ginguené, Histoire littéraire dltalte. t. VI, cb. 19, 20 et 21] ; — les traductions de Lazare de Baïf [Electre et Hécube]; de Boaaventure des Périers [l'Andrienne]; de Ronsard [le Plutiis]; — les représentations dans les collèges; — la Cléopâlre de Jodelle, 1552. — HéBÎtation de la Plûiade entre la tragédie et la comédie.

La tragédie l'emporte ; grâce à la Poétique de Scaliger, 1561 ; — grice i la popularité des tragédies de Sénèqne; — et grfice enfin au succès du Plutarque d'Aniyot.

La Mort de Jules César, de J. Grévin, 1560; — La dëterniination des caractères de la tragédie [Cf. Scaliger, Poetices librî êeptem., livre I; ch. 5, 6, 8, 9, 11, 16]; ~ Le choix des sujets. — La règle des unités, — Jean et Jacques de la Taille. — De l'unité de toa daoB la tragédie de la Renatasmce. — De l'avantage que l'on trouve à traiter des sujets connus, et m£nie déjà traités, — L'emploi de l'histoire dans la tragédie. — Le mol d'Amyot sur les 0 cas humains représentés au vif i. — L'orientation de la tragédie classique est déterminée dès 1570.

3° Les Œuvres, — De Jodelle : Cliopâtre, Didon et VEagène ; — de Jean de la Taille, Médée. 1554; — de Ch. Toutain, Agamemnon, 1556 ; — de Jacques Grévtu, La Mort de César, 1560 ; — de Gabriel

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avec raison, pour l'un de nos grands écrivains, et V Institution Chrétienne est nn des beaux livres du xvi* siècle. MaÏB assurément on n'en imagine point qui puisse différer davantage du Pantagruel de Rabelais, et on n'en saurait nommer qui soit moins « confit en mépris des choses fortuites », ni qui respire moins de confiance dans la bonté de la nature. Personne, moins que Calvin, n'a cru qu'il fût possible à l'homme de se tirer, sans l'aide et le secours d'en haut, de son « ordure » native, ou de s'empêcher d'y retomber perpétuellement. Personne, moins que lui, n'a cru qu'il nous fût permis de noua abandonner à la liberté de nos instincts, et de borner à la joie de les assouvir l'unique ambition de notre destinée. Personne, moins qne lui, n'a cru que la liberté même nous eût été donnée pour en user, et, an contraire, il en a vu le véri-

Boun^, La Sultane, 1561 ; — de F. Le Ducliat, Âgamemnon, 1561 ;

— de Jacques de It. Taille, i>o ire et Alexandre, \ii^i\ — àc N. Filleul, Achille. 1563 et Lucrèce. 1567; — de Florent Crestien. La fille de Jephté, 1567 ; — de Jacques de la Taille. Saûl le Furieux,

Peu de ces cBuvres, 4 l'eiception de celles de Jodelle, oot été réimprim^cE de nos jours. 11 existe cepeudant une édition moderDe de U Mort de César, Marburg, 1886.

IX. —Robert Oamier [La Ferté-Bemard, 1534 ;-t-1590, Le Maoa]. 1* Les Sources. — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XXI;

— A. Ebert, Bntwickelungsgesckickte dea franxOsischen Tragédie, Gotha, 1856; — B. Hauréaa, Histoire littéraire du Maine, t. V.Paris. 1872; — Emile Faguet, op. cit., p. 71 ; — P. Bemage, Étude sur Robert Garnier, Pnria, s. d.

2° L'HouHB ET LE PoÈTE. — Eitraordiaaïre popularité des tragédies de Garnier ; — plus de quarante éditions en moins de quarante ans, de 1580 à 1616 ; — et ont-elles été représentées î — Ses tragédies romainea : Porcie. Coraélie, Antigone : — et qu'elles sont de l'histoire toute erue, mêlée d'intermèdes lyriques et descriptifs [Cf. les chœurs; et dans Porcie : Description des Enfers, t. 45-66; Description des âges de l'humanité, v. 725 et suiy. ; Le» travaux d'Her-

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table emploi dans son abdication. Voilà pour le fond. Mais, quant à la forme, aucun livre n'est beau, dana sa sévérité monumentale, d'une beauté moins « esthétique », pour ainsi dire, ou plus logique que te sien. Dans aucun livre l'art n'a consisté plus manifestement à savoir s'en passer, et à se priver de tous les moyens, même les plus légitimes, d'intéresser la sensibilité du lecteur à la vérité de la doctrine que l'on enseigne. Dans aucun livre enfin une pensée d'ailleurs plus ferme n'a revêtu, comme dit Bossuet, un style plus « triste » pour s'exprimer ; — et je pense qu'il veut dire un style plus capable de décourager le lecteur. C'est également ce que pensa Ronsard, heurté, choqué, blessé dans tous ses instincts d'art par ce sombre puritanisme; et je me trompais tout à l'heure en disant que V Institution Chrétienne ne diffère d'aucun livre plus

eule, V. 1076-1110J. — Abondance des tradaclions. — lofluencc de Sénèqne. — Tragédies grecques : Hippolyte, Antigone el la Troade ;

— Comment, dans cette derDÏtre pièce, Garnier fond ensemble, VBercule d'Euripide, ses TVoj-ennea, et les ZVoj'ennes de Sénèque. —

— Analyse â'Ilippolyte, — Effort sensible du poêle vers la psychologie (Cf. Hippolyte, yers 545-690 ; vers 1360 et soiv. ; vers 1963- 2150]. — La première tragi-coniddie : Sradamante. — Que la Bradamante de Garnier marque un moment décisif dans l'histoire du théâtre : la tragédie a recule a et cède la place à la tragicomédie. — Coup d'ceil sur l'état du théâtre en Europe k la même époque. — Si cette éclipse de la tragédie est ou non un symptôme d'émancipation à l'égard des anciens ? — Qualités des tragédies de Garnier : — noblesse de son imagination ; — son style est celui de l'école de Ronsard. — Comment d'ailleurs il s'est trompé sur la nature de l'action dramatique ; — sur les moyens d'intéresser le public ; — et sur le choix de ses modèles.

3* Les Œuvres. — Elles se réduiseul presque à ses tragédies : Poreie, 1568; — Hippolyte, 1573; — Cornélie, 1574; — Mare- Antoine, 1578; — La Troade. 1578; — Antigone. 1579; — Bradamante, 1580 (tragi-comédie); — et les Juives, 1583.

On cite eucore de lui un Hymne à la monarchie, 1567; — et son Élégie sur le trépas de Ronsard.

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que du roman de Rabelais : elle diSire pour le moins autant des Sonnets à Casaandre, de l'Ode à l'Hospital et de YHymne de l'Or.

Mais c'est aussi pourquoi nous ne nous étonnerons pas de la résistance que la Réforme a rencontrée d'abord en France. La France ne s'était pas émancipée de la domination de la scolastique pour retomber aussitàt sous la tyrannie du puritanisme protestant. Elle n'avait pas goûté aux séductions de l'indépendance et de l'art pour s'en laisser désormais sevrer. Elle n'avait pas rejeté ce qu'elle trouvait de trop « germanique » dans sa constitution, sous les espèces du système féodal, pour y réintégrer, sous les espèces du protestantisme, quelque chose d'aussi « germanique » pour le moins. Car c'est encore un point par où l'esprit de la Réforme s'oppose à celui de la Renais-

llne excellente éJitioD du Théâtre de Robert Garitter a élé donste par M. Weodelin Pôretei . 4 vol., Ueilbroua, 1882-1884.

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