‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 21 sur 74 · VII. — Guillaume dn Vair [Paris, 1556 ; -J- 1621, Tonneins · texte numérisé non relu

VII. — Guillaume dn Vair [Paris, 1556 ; -J- 1621, Tonneins

!<■ Les Sources. — Richelieu, dans ses Mémoires; — Niceron, dan* ses Hommes illustres, t. XLllI ; — C. Sapey, Essai sur la vie et les ouvrages de G. du Vair, Paris, 2« éd., 1858 ; — E. Cougny, Gui7laume du Vair, d'après des documents nouveaux, Paris, 1857.

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>6 HANDBL DE L HISTOIRE DE LA LITTERATUtlB FRANÇAISE

débauches d'Henri III, la corruption de la cour ont comblé la mesure. On n'en veut plus! Et, en attendant que ce mouvement se termine par uu retour à la religion, on essaie de fonder en raison, de séculariser ou de laïciser,les enseignements que la religion donnait naguère au nom de sa seule autorité.

Pour y parvenir, on essaie en même temps de se dégager de la pression ou de l'obsession des influences étrangères. Elles sont deux : l'italienne d'abord, qui, sous le long règne de la mère de trois rois, s'est étendue de la littérature à la langue, et de la langue aux mœurs; et en second lieu l'espagnole, dont le progrès dans l'Europe entière a suivi les progrès de la politique ou des armes de Charles-Quint et de Philippe II. Tandis que les femmes

2" L'HoHHE ET l'Écbiïaih. — Injustc oubli daoa lequel est tombé Du Vair; — quoique d'ail! pura il ait élé évoque-comte de Lisieui, — premier présideol du parlement de ProTence ; - — et deux fois garde des soeaui de France ; — ou peut-être pour l'avoip été, — Son rôle politique ne semble pas eu cCTet aïoir ajouté beaucoup à sa réputation [Cf. Bazin, Histoire de France soun le règne de Louis XIII. — Il n'a pas non plus laissi! de trace bien profonde dans l'histoire de l'Ëgliae ; — n'ayant étd fait évèque de Lisieui qu'à plus de soiiaute ans ; — mais il a beaucoup aimé les lettres ; — et nul avant lui n'a fait faire plus de progrès a l'éloqucoce française ; — par ses traductions d'Eschioe, de Démostbène, de Cicéron [Pour et Contre Ctéaipkon et Pour Milon] ; ~ par la coUection de ses Arrêts rendus en robe rouge; — et par le sentiment très délicat de ce qui manquait encore i la langue [Cf. son Traité de l'Éloquence française, et des raisons pourquoi elle est demeurée si basse].

Que son rôle philosophique n'a pas été non plus sans réelle importance, — De sa traduction du Manuel d'Épictèfe et de son Traité de la philosophie des Stoïques. — Comment son œuvre est connexe de ceUe de Charron, qu'elle éclaire; ~ mais, de plus que Charron, il a été m£lé aux grandes alTaires, et de là sa supériorité d'expérience; — le champ de l'observation psychologique et morale s'en élargit d'autant. — 11 se fait aussi de la dignité de la raison et du pouvoir de la volonté une idée plus « sloî-

LA tORMAtlON DE L IDÉAL CLASSIQtB Vt

s'éprenaient du romanesque des Amadis, la langue usuelle se chargeait et se bigarrait d'italianisme. Termes de guerre et termes d'art, termes de cour, termes de débauche, c'est en vain qu'Henri Estienne a essayé de les expulser du vocabulaire, et finalement ils y Boot presque tous demeurés. La Noue, avec son Discours sur les Amadis, n'a pas prévalu davantage contre la mode des romans et l'imitation des mœurs espagnoles. 11 put sembler un moment que les auteurs de la Satire Ménippée fussent plus heureux, mais n'a-t-on pas vraiment exagéré l'importance politique de ce pamphlet célèbre? En tout cas, et quand il aurait valu des armées, l'importance littéraire n'en est pas pour cela beaucoup plus considérable. Mais encore ici, comme plus

cienoes; — et plus haute, par conséqueDt, delà hauteur dont le point de Tne stoïque dépasse le point de vue épicurien. — EqIId, dans son Traité de la sainte philoaophie, il accomplit le dernier pas : — après avoir essayé de séculariBer la morale, il y renonce; — cl ne voyant plus de remède à la corruptiou que dans le retour à la morale chrélienDc. il en proclame la uéceBsité. — Analogie de cette évolution avec celle de la pensée de Pascal. — Lee Traités philosophiques de Du Vair sont aussi nécessaires que la Sagesse à l'iatelli- ^nce du mouvement d'où va sortir le jansénisme.

3° Les Œuvres. — Les éditions de Du Vair étant très DOmbreuses, nous suivons ici pour l'éDumératiou de ses œuvres l'ordre de la plus complète, qui nous a paru être celle de 1617 ', à Cologne, chez Pierre Aubert. — 1° Actions et Traités oratoires, 1586-1614, parmi lesquels ou notera : Exhortation à la paix adressée à ceux de la l.igae et la Suasion de l'arrêt pour la loi salique aa Parlement: — 2" fle l'Éloquence française,- ùampreDant le traité proprement dit et les trois traductions ci-dessus citées; . — 3° Arrêts prononcés en robe rouge, dont il y a trois de plus dans l'édition de 1641, in-P', que dans l'édition de 1617, soit en toni buit; —

qm'on ta 1toiit« d«B pttugca ealivn du» ta Stgait d* Cbârran, qui Mt mort «a IflOI,

D8 Mancbl db l histoire dB la littbratorb françaisb haut, le symptôme est significatif. Contre l'enthousiasme de la Pléiade et l'engouement des gens de cour pour les choses d'Italie ou d'Espagne, une tradition de résistance est créée. Un but aussi est indiqué, que l'on ne touchera pas tout de suite, mais que l'on ne perdra plus de vue. La « nationalisation » de la littérature, si les circonstances ne lui permettent pas de se réaliser encore, est devenue l'objet que les écrivains, la société, la royauté même vont se proposer; et, en un mot, si l'idéal classique u'a encore qu'une conscience un peu vague de lui-même, il est cependant déjà formé. C'est ainsi que l'enfance du talent ou du génie s'agite confusément, se disperse en apparence ou même se dissipe, mais une force intérieure ne le dirige pas moins, de traverse en traverse, à son

i* Traités philosophiques, comprenaot, en plus des ouTragea déjà mentioaDés, un Traité de la Constance el une Exhortation à la vie civile; — 5" Traités de piété et méditations, comprenant le Traité de la sainte philosophie, et des Méditations sur l'Oraison dominicale, SUT le cantique d'Ezëchiel, sur les Psaumes de la Péni-

NouB ne connaissons pas d'édition moderne de Du Vair.

VIII. — François de Sales [château de Thorene, en Savoie, 1567; iLyon. 1622],

1° Les Sources. — Charles-Augnste de Sales, Histoire du bienheureux François de Sales, 16S4; — Bossuel, Panégyrique de François de Sales, 1662; — Bulle de canonisation de saint François de Sales, 1665; — Saiote-Beuïc, Port-Royal, livre I, chap. ix et I, et Causeries du Lundi, t. Vil; — A, Sajous, La littérature française à l'élranger, t. I, chap. i et ii; Paris, 1853; — Hobiou, Essai sur la littérature française pendant la première moitié du ivii" siècle, Paris, 1858 ; — F. Strowski, Saint François de Sales, Paris, 1898; — Dom Mackey, ses Notices, dans l'édition des Œuvres, Annecy, 1892 et années suivantes'.

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LA tOBtiAtlOh DB l'idéal CLABSIQUk M

but; et BOD originalité s'enrichit de la contrariété méoie de ses expérieoces.

On lit encore dans un traité de Guillaume du Vair : « De tous les biens que la société civile nous apporte, il n y en a point que nous devrions plus estimer et chérir que l'amitié des honnêtes gens; car c'est la base et le pivot de notre félicité. C'est elle qui gouverne toute notre pie, gui adoucit tout ce qui y escd'amer, qui assaisonne tout ce qui y est de doux. Elle nous donne dans la prospérité à qui bien faire, avec qui nous réjouir de notre heur, en l'af&ictioa qui nous secoure et console, en ta jeunesse qui nous montre et enseigne, en la vieillesse qui nous aide et raisonne, en l'âge d'homme qui nous assiste et seconde. » Et d'abord on est tenté de ne voir là qu'un

2° Le Conteoteksiste, l'ÉckivjUk, l'Obâteuh. — Sa famille et son éducation. — Le collège de Clermout et l'uniTersil^ de Padoue. [Cf. A. Favaro, Galileo Gatilei e lo studio di Padova, Florence, 1883.] — Les débute de François de SbIce. — Son entrevue avec Théodore de Bèze. — La miasion du ChabUia [1591-1598]; — et les premîerB écrits de François de Sales : Les Controverses et la Défense de l'étendard de ta Croix [Cf. abbé Gonihier, La Mission du Chablais, Annecy. 1891]. — De la précision de coup d'ceil, et de la nelleté d'ar^nmentation avec laquelle il réduit l'eBsentiel de la controverse entre proleslants et catholiques à la matière de l'Église. - Son séjour à Paris en 1602 ; — et VOraison funèbre du duc de Mercœur. — Il est sacré évèque de Genève, 1602.

De llatrodaclion à la vie dévote [Cf. Jules Vuy, la Philolkée de saint François de Sales. Genève, 1878] ; — et comment dans ce livre François de Sales continue l'œuvre de Du Vair. — Charme et séduction du livre. — Les « harmonies de la nature s dans le livre de François de Sales. — Il est le premier de tant de Savoyards qui vont illustrer la littérature française. — Dans quelle mesure peut-OD dire qu'il ait rendu la dévotion traitable, mondaine et séduisante ? — Sévérité réelle de sa doctrine ; — et que, s'il la présentait d'une autre manière, elle ne serait plus le christianisme, mais le stoïcisme. — Le Traité de l'amour de Dieu.

De François de Sales comme prédicateur ; — et pourquoi l'a-t-on

^cbvCoO^If

lob MANUEL DE L HISTOIRE DE LA LltTÉllAttRE pRAKÇAtSB

lieu commua de morale. Mais quand on en pèse tous les termes « comme aux balances des orfèvres ; » et, d'autre part, quand on les confronte avec les événements de l'histoire du temps ; lorsque l'on sait enfin qu'Jls sont contemporains de cette politique d'apaisement dont le souvenir demeure inséparable des belles années du règne d'Henri IV, ii semble qu'ils revêtent une signification nouvelle. Parmi les maux de la guerre civile, compliqués de ceux de la guerre étrangère, on a compris ce que nous appellerions aujourd'hui la grandeur de l'institution sociale, et que le pire des malheurs était d'en voir les liens se briser ou seulement se détendre. On ne croit plus que l'objet de chacun soit le libre développement des puissances que la nature peut avoir mises en lui; et on ne croit pas

oublié parmi Us i précurseurs de Boasuet > [Cf. Jacquioet : Le* Prédicateurs du xtii* siècle avant Bossaet; et Freppel, Bossuet et l'éloquence sacrée au xvii* siècle]. — Comparaison du Sermon pour la fêle de l'Assomption, 1602, avec ceux de Boasuet sur le même sujet. — UtLIité de ce genre de comparaisons, et qu'il n'y a pas de plus sûr moyen de caractériser les divers orateurs de la chaire. — Autre comparnisan du .Sermon pour la veille des Eojs avec celui de Fénelon sur le même sujet. — Le Traité de la prédication, et la rhéloriqoe de François de Sales. — a Le souverain artifice est de ne pas avoir d'arlilice s. — Si François de Sales a toujours ét^ lui-même Bdèle i sa propre recommandation? — et qu'il y a bien quelque aiTétcrie, quelque alTectalion de mignardise et de naïveté dans sa msuière. [Cf. abbé Lezat, La Prédication souf Henri IV, Paris, 1871, et dom Mackey, t. X.]

3° Les Œuvbeb. — Elles se divisent en deux groupes : Œuvrea polémiques et Œuvres ascétiques. Les premières comprennent : Les Controverses, publiées pour la première fois en 1672 seulement; — la Défense de t'estendart de la Croix, 1600 — el quel* ques opuscules de moindre importance. — Les secondes se composent de l Introduction à la vie dévote. 1603-1609; — du Traité de l'Amour de Dieu, 1616; — el des Yrajs Entretiens spirituels, qui n'ont paru pour la première fois qu'en 1639. — II y faut joindre quelques opuscules, nolammcot l'opuscule sur les Degrés

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davantage, avec l'auteur des Essais, que, comme des noix daos un sac, ainsi les hommes finissent toujours par « s'appiler » et se tasser dans une espèce d'inertie coutumière qui ressemble a de l'ordre. Mais tout de même que la santé du corps, que l'on croit être un don de la nature, n'est à vrai dire que le résultat d'une hygiène, et, par conséquent, d'un « travail u approprié, il ne suffit pas non plus d'abandonner le corps social à lui-même pour qu'il trouve son point d'équilibre, et il faut que chacun de nous travaille, de sa personne, à l'y ramener constamment.

C'est ce que veut dire le grave Du Vair, et avec lui, comme lui, c'est ce que sentent ou ce que pensent le théologal de Condom, Pierre Charron, dans son Traité

d'oraiton, les Lettres tpirituelle» ou de direction, et les Sermons.

— La correspondance laïque du eaint vaut aussi la peiae d'être lue.

Peu de livres ont été plus souveut réédités que V Introduetioa à la vie dévote. — Quant aui Œuvres complètes, il y en avait deui édiliuas passables, mais que remplace dâsàprÉBcntcellcquisepublie en ce nsomeot même " par lus soins des religieuses de la Visitatiou du premier monastère d'Ânuccy », et dont il a déjà paru dix volumes; Annecy, imprimerie Nierai.

IX. — Uathurin Régnier [Chartres. 1573; f 16t3, Rouen]. 1° Les Souhcbb. — Goujet, dans sa Bihliothèque française, t. XIV ;

— Sainte-Beuve, Tableau de la Poésie française au ivi* siècle : Maikurin Kegnier et André Chénier, 18^9 ; — VioUel-le-Duo, Notice, en tête de son éditiou des Satires, 1B53; — Robiou, Essai sur la littérature française, etc. [Cf. ci-dessus, p. 98] ; — Garaonnet. Élude sur Mathurin Régnier, Paris, 1859 et 1877; — Courbet, Notice, ea tête de son édition des Satires. Paris, 1875;

— J. Vianey, Mathurin Begnier, Paris, 1896.

2° L'Homme et le Poète. — Que Régnier, quaod il commence d'écrire, n'est déjà qu'un u allardé s; — comme liberlin, qui s'elTorce de retenir la licence des mœurs d'un autre âge ; — et comme disciple de Ronsard, qu'il copie outrageusement. — Ses

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de la Sagesse; Honoré d'Urfé, le gentilhomme forézien, le mari malheureux de la belle Diane de Chateaumoraod, dans cette Astrée qui va devenir le code de la société polie; François de Sales encore dans son Introduction à la vie dévote. Nous ne sommes pas faits pour nous, mais pour les autres hommes, et même, ce que nous pouvons être, nous ne le devenons que par l'usage des autres hommes. Dans l'intérêt de la société des hommes, et par conséquent, dans son intérêt même, personnel et particulier, que chacun de nous abdique donc un peu de cet égoïsme qui lui est d'ailleurs si naturel I Pour quelques sacrifices qu'il nous eu coûtera, nous en serons plus que payés par les plaisirs d'une douceur toute nouvelle de vivre. Puisque nous avons tous un continuel besoin les

qualités : — fraochise de l'eipressioD et verdeur de la langue, poussée aouvent jusqu'à la grossièreté [Cf. Satire iiii] ; — le doit de voir, de peindre et de saliriser [Cf. Satire viii]; — l'apparence au moins, sinon toujours la réalité de l'aisance et du naturel [Cf. Satires m et vu]. — Ses défauts : — l'incorreclion et la prolixité [Cf. Satire i\; — le manque de goût et l'absence d'art [Cf. Satire i] :

Ses nonchalances sont ses plus grands arliTicea;

— !e manque d'invention et d'idées. — D'où vient sa réputation?

— De ce qu'il a plu à Boileau de le tirer de l'ombre ; — de ce qu'il est Gaulois ; — et de ce qu'en un certain sens, par la force de quelques-uns de ses vers, il fait un des anneaux entre Rabelais, par exemple, et Molière.

3° Les Œuvres. ~ Si l'on met à part quelques épigrammes, — deux Élégies ; ~~ et quelqaes pièces obscènes égarées dans la collection du Cabinet aatyrique ; ~- les œuvres de Regnter se réduisent à aes Satires, qui sont en tout au nombre de dix-neuf.

La meilleure édition qu'on en ait est celle de Courbet, Paria, 1875, Lemerre; — à laquelle deux opuBculea de M. Dezeimeria. Bordeaux, 1876 et 1S80; — et les recherches de M. Vianey [1896] permettraient d'apporter encore de nombreuses aniélioratioas.

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uns des autres, établissons entre nous les bases d'une « honnête amitié n qui, d'un secours ou d'une aide, nous deviendra tdt ou tard une jouissance. Organisons la vie sociale. Faisons qu'elle consiste non seulement dans un échange habituel de services, mais aussi de sentiments ou d'idées. Multiplions les occasions de nous réunir, ce sera multiplier les moyens de nous entendre ; et de chacun de nous se dégagera, pour ainsi dire, un modèle d'honnête homme, qui n'aura pas « d'enseigne » ou de a spécialité », comme nous dirions de nos jours. Nous tenons là l'idée dernière du classicisme, et l'histoire de la littérature française pendant cent cinquante on deux cents ans ne va plus être que l'histoire des transformations ou des progrès de cette idée maîtresse.

X.— Honoré d'Urfé [Marseille, 1568; f 1625, VilUrranche, Alpes-Maritimes].

1° Les Souecks. — D'Urfé Joi-mème, en plusieurs épiaodea de son Astrée. qui ne soot que son histoire personnelle n romancée o ;

— Patru : Éclaircissements sur l'histoire de l'Astrée. daca la colléetioD des Plaidoyers et auvres diverses de M. Patru, Paria, 1681, Mabre-Cramoiay ; — Auguste Bernard, Les d'Urfé, Paris, 1839;

— Norbert Bonafous, Études sur l'Astrée et Honoré d'Urfé. Paris. 1316; — Louis de Loménie, L'Astrée et le roman pastoral, dans la nevue des Deux fondes du 15 juillet 1858; — Emile Monlégat, En Bourbonnais et en Forez, Paris, 1880 ; — KÔrting, Geschichte des framôsiscken Bomans im j.in Jakrhundert, Leipsig et Oppelu, 1885-1887.

2° Les Obioihes de l'Astrée. — Biographie d'Honoré d'Urfé : — Son premier écrit : Les Epitires morales, 1598 ; — son mariage avec Diane de Chàteaumorand ; — ses malheurs conjugaux; — son poème du Sireine. 1606. — La composition de VAslrée. — Le mélange de la fiction et de la réalité [Cf. Patru, Éclaircissements, etc.]- — Le cadre du récit et la Diana enamorada de Georges de Montemayor. — La couleur du récit et le roman pastoral ; — la vogue européenne du roman pastoral; — lea Arcadia de Sannaiar et de Sydney; — Les descriptions du Forez dans le roman de

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loi HANOEL DE l'hiSTOIRB DB LA LITTÉnATtltlB PHANÇAISB

Ainsi, dans Les dernières années du règne d'Henri IV, si nous voulons mesurer, en quelques mots, le chemin accompli, nous voyons une littérature originale et nationale tendre à se dégager de l'imitation des littératures étrangères. A en juger par les plus caractéristiques des symptàmes que nous avons signalés, cette littérature sera surtout (c sociale d; et nous entendons par là qu'elle se proposera d'entretenir, de développer, de perfectionner l'institution sociale. Étant sociale, elle sera générale, ce qui signifie qu'elle ne sera pas, ou rarement, l'expression de la personnalité de l'écrivain, mais plutôt celle des rapports de l'individu avec les exigences d'une humanité idéale, analogue ou identique à elle-même en tout temps, en tous lienx, éternellement subsistante, pour ainsi parler,

d'Urfé [Cf. Montëgul, En Bourbonnais, etc.]; — les anecdotes de cour; — l'inteatioD symbolique [Cf. la dédicace de VAsirée]. — Des rapports de Vlntroduelion à la vie dévoie et du roman de VAstrée.

3° Le cabactâbe de i.'ÂBTRiE. — Aspect général de l'ceuvre ; — et que, bien loin que les épisodes y soient, comme dans d'antres romans de la même forme, des hors-d'œuvre par rapport an récit principal, c'est le récit principal qui n'est que le prétexte ou l'occs' aioD des épisodes. — Diversité d'intérêt qui en résulte :— 1° Episodes bistoriques [Eudoxe et Valenlinian, II" partie, livre 12]; — 2" Allusions contemporaines [Euric. Daphaide et Alcidon, III* partie, livre 3]; — 3° inventions personnelles [I>amon et Madûnthe, 11* partie, livre 6]. — La forme des récits n'est pas moins variée : — descriptions [II' partie, livre 5] ; — conversations [11* partie, livre 12] ; — narrations [III* partie, livre 7], on y trouve des modèles de tout, de lettres encore et de sonnets d'amour; — sans compter quelques pages d'une touche plus réaliste ou plus brutale. — Du style de VAstrée : — son élégance et sa clarté; — sa douceur et sa fluidité; — sa justesse dans l'abondance. — sa valeur psychologique; — et, comme conséquence, de la peinture des variétés de l'amour dans VAstrée. — L'amour sensuel et brutal \Eudoxe et Yaientinian, II* partie, livre 12]; — l'amour volage et cupricieni \Eylaa, I™ partie, passim]; —l'amour jeune et passionné

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hk FOKMATION DE l'iDÉAL CLASSIQUE lOt

et à ce titre, déânie par des caractères immuables. Sociale dans son objet, générale dans ses moyens d'expression, cette littérature sera encore morale, dans la mesure précise oii il ne saurait exister de société sans morale. Concluez, de cette restriction , que l'écrivain s'appliquera moins à traduire dans ses œuvres ce que toute morale a d'absolu dans son principe que ce qu'elle a toujours de relatif dans ses applications. Celte morale ne sera donc ni la morale chrétienne du détachement et dn sacriâce, ni même la morale stoïcienne de l'effort : ce sera une morale a mondaine ». Et enfin cette littérature ne pourra manquer d'attacher une grande importance aux agréments de la forme, en premier lieu parce qu'il faudra qu'elle plaise pour persuader; en second lieu, parce que la forme

[Ckryséide et Arimant, III* partie, livres 7 et 8] ; — l'amour chevaleresque [Sosanire, Céléodante et Bosiléon, IV" partie, livre 10]j

— l'amour myetiqae [Céladon etAslrée]. — Variëlé dei caractères.

— Qu'il ressort enfin de l'ensemble da livre une impresaion de charme et d'apaisement sana analogue jusqu'alors dans la littëra' lure; — qui explique sa fortune, l'une des plus prodigieuses qu'il y ait dans l'Iiistoire littéraire: — et sa longue iufiueDce.

4" De l'influence de l'Astrëe. — S'il faut lui faire ooe part daus la formation de la société précieuse? — Qu'en tout cas, c'est d'elle que vont procéder, pendant plus de vingt ans le théâtre; — et pendant plus de cinquante ans le roman ; — si la Princesse de Cléves n'est à vrai dire qu'un épisode de VAstrée. — On peut aller plus loin encore [Cf. MontcguI, En Bourbonnais, etc.] et retrouver quelque choae de l'inspiration de VAstrée : — dans les tragédies de Racine; — dans les comédies de Marivaux; — dans les romans de Prévost; — dans J.-J. Rousseau; — et peut-être de dos jours même jusque dans certains romans de Georges Sand. — C'est comme si l'ou disait que le succès de VAstrée a donné son orientation à tout un grand courant de notre littérature.

5° Les Œuvres. — Noua avons déjà cité les Epislres morales, 1598; — et /e ^l'reine, 1606; — 11 y faut joindre la Sylvanire, fable bocagère, 1627. et les Amoara de Floridoa.

Quanti VAstrée, les deux premiers volumes en parurent en 1610

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106 UANUBL DE l'hISTOIBB DE LA LITTÉRATURE FRANÇAISE

seule est capable de sauver les généralités du « lieu commun », qui en est l'écueil; et en troisième lieu, parce qu'elle a déjà refait sa « Poétique » et sa « Rhétorique s sur le modèle du latin. Voyons-la maintenant à l'œuvre et BaivODS-en le développement.

ou peut-être en 1608; les deux seconds en 1616; le cinquième et 1c sixième en 1619. Les quatre autres sont posthumes; et on n'y peut guère dislingner la part qui en revient à d'Urféde celle qui appartient à Baro, son continuateur. C'est pour cela que nous n'en avons

La meilleure édition de VAslrée est celle de 1647, chez Toussaint Quinel et Antoine de SommaTille.

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