‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 26 sur 74 · LA ITATIONA USÂT ION DB LA LITTBRATDRB IST · texte numérisé non relu

LA ITATIONA USÂT ION DB LA LITTBRATDRB IST

accepter la discipline que le monde leur imposait, Richelieu coDQQt la pensée de faire servir cette docilité nouvelle aax desseins de sa politique. Utiliser le pouvoir de l'esprit et s'en faire un instrument de règne, ou, si l'on veut, intéresser les gens de lettres à la réalisation de ses plans ambitieux, sans leur en livrer le secret, il lui sembla que ce serait sans doute une grande chose, et que ce qu'il voyait autour de lui lut en offrait les moyens. Toutes ces petites coteries littéraires qui s'étaient formées n l'imitation de l'hfitel de Rambouillet, et qui n'en étaient, à vrai dire, que la caricature, témoignaient d'un besoin de voir régner, jusque dans les choses de l'esprit, quelque

iW aièel», Paris et Brmelles, 1881; — Dejob, de Vlnfiatnce du concile de Trente tur la littérature, Piria, 1884.

MolÏDB, Concordia liberi arbitrii eum grati/e doni», 1588; — JanseDÏns, Augustinus, seu saneti Augiulini doctrina de nalurx kumarue tanitate, mgriludine, et medicina, 1640; — C, Mazzella, De Gratia Chriali, Woodstock MaryUndiœ, 1878.

Dom Clëmencet, Histoire générale de Port-Royal, 10 vol. ia-12. Amsterdam, 1756; — N. Rapin, Histoire du Jansénisme depuis son origine jusqu'en ISii. publiée (et arbitrairecaenl mutilée] par l'abbé Domeneeh, Paris, 1861 ; — Saiote-Beuïe, Pori-Itoyal, t. let II ; — l'abbë Fuzet [évéque actuel de Beauvais], Les Jansénistes et leur dernier historien. Paris. 1876.

2- La Fohm*tiob de la dootiime. — De l'imporlance da jansé- Diame dans rhisloire des idées religieuses; — de la littérature française; — et de la politique. — Acharaemeot encore actuel de tout un parti contre lui.

Le moavemeni de la contre- ré forme [CF. Ranke, Histoire de la PapautéYi — Is concentration du catholicisme sur lui-même; — et ia renaistance de la ferveur religieuse dans tes dernières années du xvt« siècle. — Du molinisme [qu'il ne faut pas confondre avec le molinosisme] ; — et comment il aemhle avoir accrédité l'idée que nous serions les maîtres de nos destinées. — C'est en travers de cette a corruption n du chrialianisme que se mettent Du Vergier de Hanranne, abbé de Saint-Cyran [1581; f 1643], et Jansénius on Janssen [1585; f 1638]. — Premiers écrits de Saint-Cyran. — La Question royale, 1609; — l'Apologie pour Henri... de la Bocke-

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ordre et quelque discipline. Par d'autres chemins que les siens on semblait tendre à cette unité, ou, pour dire quelque chose de plus, à cette homogénéité qui était le principal ou l'unique objet de sa politique intérieure. Comme il voulait faire de la monarchie française le type en quelque manière de l'État moderne, vraiment un, vraiment vivant, vraiment organisé, la littérature, elle aussi, semblait tendre vers le même idéal d'organisation et de vie commune. Et, de même enfin qu'an dehors il voulait faire de l'État français le régulateur de la politique européenne, ainsi l'ambition qui couvait jusque dans le cœur des grammairiens et des critiques, — de Vaugelas,

posay, évique de Poitiers, 1615. — ReDcontre d« S«iat-Cyr»o et d'Amaold d'Aotlilly, 1620; — lears relations avec les Pères de l'Oratoire ; — la Réfutation de la Somme du Père Garasse, 1626; — la publicalion du Petrua Aurelias, 1631 ; — traoelation à Paris du Port-Royal des Champs, 1626. — Saint-Cyran, directeur de P ort- Royal ; — son embastillemeot en 163S. — Publication de VAugustinus, 1640.

Analyse de V Avgustinus . — Les cinq proposilious [Cf. l'abbé Fuzet, Les Jansénistes et leur dernier historien ; et snr le fond de la question de la grâce, C. Mazzella, De Gralia Christi prxlectiones sclwlastieo-âogmaticx]. — Qu'il y va dons celle controrerse : — ■ du libre arbitre; — de la dé&Dition de lanalure humaine; — el finalement de toute la conduite. — Qu'il y va d'autre part, au point de vue de l'histoire littéraire, de l'intelligence des Provinciales et des Pensées.

1" Lbb SouncEB. — F. Conniot, Considérations tur la marche des idées dans les temps modernes, t. I, U». III, ch. 1, 2, 3, 4; Paris, 1872; — Fioreotino, Bernardino Telesio, Florence, 1874; ~ Ch. Renouvier, Philosophie analytique de tkistoire, l. III, livre XI, ch. 1 el 2, Paris, 1897.

A. BaîUel. La vie de Monsieur Descaries, Paris, 1691.

i. HUlel, Histoire de Descaries avant 1637, Paris, 1S67 ; — Louis

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par exemple, on de Chapelain, — c'était de faire succéder la langue française à la dignité de la romaine ou de la grecque. Il devait être facile de s'entendre; et, après quelques tâtonnements, c'est de cette entente qu'est sortie la pensée de l'Académie française. L'Académie française n'a pas été créée pour autre chose que pour inféoder les destinées de la littérature à celles de la France même; el pour qu'il ne fât pas dit qu'une force sociale aussi considérable qu'était déjà celle de l'esprit pût échapper entièrement à l'action du pouvoir central.

Mais sur quel terrain s'achèverait l'entente? Car, en plusieurs occasions, et an lendemain même de la fonda-

Liard, Descartes, Paris, 18S2; — - A. Fouillée, De*eaHeê, dans la colI«ctioD des Grand» Écrivain» français. Paria, 1S93.

Bord as-De moulin, le Cartêsiani»rae , Paria. 1843; — V. CoaaÎD, Fragments philosophiques , 1. IV et V : Philosophie moderne, Paris, 1845 ; — Francisque Bouillier, Histoire de la philosophie cartésienne, Paris, 185'i ; — RavaisBOu, Rapport aur le prix Victor Cousin, 1884; — G. Monchamp, Histoire du cartésianisme en Belgique, Bmielles, 1886; — F. BrUDelièrc, Études critiques, IV* série.

2" L'HoKHE, LE Pun-osoPHE ET l'Échitaib. — OÙ eQ était «ïant Dcscartes la coneeption de la science et de la philosophie P [Cf. Renouvier, loc. cit.l — et qu'en lui fuisant honneur d'avoir renversé 1j philosophie d'Ariatotc on ne ae trompe que de quelque cent ans. — Le rôle de l'Italie dans la constitution de l'idée de science. ~ Galilée [Gf, Fiorentino, op. cit. ; et J. Bertrand, Les Fondateurs de l'astronomie moderne, Paris, 1865]. -^ Quelques mots de Bacon, cl de aonpeu d'influence [Cf. Liebig, Bacon, Paris, 1866; et Claude Bernard, Introd. à la médecine expérimentale, Paris, 1865]. — De la savante ignorauce de Descartes; — et combien il a profité de ses prédécesseurs; — ayant certainement lu le Traité de la sagesse de Charron; — la Doctrine curieuse de Garasse; — et, de son propre aveu, les Lettres de Balzac. — S'il a été, comme le croyait Huyghens, n fort jaloux de la renommée de Galilée v?

Éducation de Descartes; — ses premières études au collège de la Flèche, 1604-1612; — ses débuts à Paris, et sa passion du jeu [Cf. Baillet, ch. 8]; — sa carrière militaire, 1617-1621 ; — il assiste à la bataille de Prague, 1G20. — Son voyage d'Italie el son pèle<

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tîoD de son Académie, Richelieu s'était bieo aperçu, — par l'affaire de Corneille et de la critique du Cid, — qu'il ne gouvernerait pas les gens de lettres comme il faisait ses a intendants ». Les gens de lettres n'ont pas toujours cet <c esprit de suite » que le cardinal exigeait de ses protégés; et leur obéissance, qui peut d'ailleurs très bien aller jusqu'à la bassesse, n'en a pas moins toujours quelque chose de capricieux et d'intermittent.

C'est ici que les historiens de la littérature française placent l'action de Descartes et de son Discours de la méthode, lequel est en effet de 1637. « L'influence de Descartes, a écrit Désiré Niiard, fut celle d'un homme

rîpage  Noire-Dame de Lorette, 1624-1625 ; — il séjourne à Paris, 1625-1629; — et il y compose probablement ses Régula ad direclionem ingeniî, — Les allusions mythologiques el la préciosité de l'expression dans les Reguhe. — Que tous ces traits nous fout voir dans Descartes un homme tout différent du spéculatif de la ti^gendo.

— Pi'ul philosophe plus mêlé au monde; — qui ait traversé plus de ic milieux s; — et avec l'intentioa d'y apprendre n à connaître le genre humain s. — Il a tiré de la vie et de l'obserTattoD dc?9 hommes ce que l'auteur des Essais demandait h l'observation de lui-même et aux livres. — 11 prend la résolution de se fixer en Hollande, et s'établit à Amsterdam, mars 1629. — Son roman : Hélène et Francine.

De quelques autres traits du caractère de Descaries; — et comment ses historiens n'en ont-ils pas tenu plus de compte? — Étendue de sa curiosité. — Que sont devenus ses vers sur la Paix de Munster? — et la comédie n eo prose mêlée de vers s dont il est fait meotico dans l'inventaire de ses papiers ? — Son inquiétude habituelle; — ses distractions; — ses changements de lieu»; — sa vie cachée; — ses manies. — Curieoi fragments de son Journal;

— ses illuminationa et ses songes; — la mémorable nuit du 10 novembre 1619, où « il lui sembla qne du haut do ciel l'esprit de vérité descendit sur loi pour le posséder s. — On ne trouve rien d'analogue dans la vie de Corneille ; — et encore moins dans celle de Malherbe. — Qu'il serait temps de faire entrer ces détails dans la composition du caractère historique de Descartes, — et dans les considéraDla du jugement à porter sur sa philosophie.

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de génie qui avait appris à chacun sa véritable nature, et, avec l'art de reconnaître et de posséder son esprit, l'art d'en faire le meilleur emploi, u Et dans un autre endroit : a Voilà pourquoi les écrivains qui vinrent immédiatement après lui... sont presque tous cartésiens. Ils le sont par les doctrines qu'ils adoptent entièrement on en partie; ils le sont par la méthode qu'ils appliquent ii tous les ordres d'idées comme à tons les genres. » Nisard donne encore à Descartes cet éloge d'avoir « atteint en français la perfection de l'art d'écrire d; et il ajoute que cette perfection consisterait « dans la parfaite conformité de la langue de Descartes avec le génie français ». Mais

La publication des Essais de philoscphie [iQ-4*, Leyde, 1637] compreDant : le Discours sur la méthode, la Dioptrique, le Traité des météores, et la Géométrie. — La polëmiqne de Descartes avec Voet [Cf. J. Bertrand, dans la Revue des Deux Mondes. 1S91]. — Il fait paraître ses Méditations métaphysiques, IS'il; — ses Priacipea de philosophie, 1644. — «11 tombe dans des dégoûts pour la qualité d'auteur qui lui fout perdre toute envie de rien imprimer v [Cf. Baillet, Vie de Descartes]. s Mais les compliments et les hon- DÔtetés que lui font les jésuites approbateurs de aa philosophie lui relèvent uo peu le courage, a — Son goût pour les études d'histoire naturelle et de physiologie. — Son dernier voyage en France, 1648,

— Désappointement qu'il y éprouve [Cf. ses Lettres sous cette date]. — Que les troubles de la Fronde auraieut d'ailleurs suFG pour le chasser de sa patrie. — Ses relations avec la reine Christine de Suède. — 11 se fixe à Stoclcholm, octobre 1649;

— et il y meurt [11 février 1650].

Si le style de Descartes mérite les éloges qu'on en fait quelquefois? — et, qu'à le considérer sans parti pris. Descartes écrit clairement; — et il dit assez bien ce qu'il veut dire; — mais son style n'a rien de trèa supérieur à celui d'Arnauld dans sa Fréquente communion. — Le principal mérite en est de manquer des « ornements ■ ou des o agréments » dont Voiture et Balzac o enrichissaient B Tolontiera le leur. — En revanche, et pour être parfaitement ■ naturel a , il lui manque d'être une peinture du caractère de son auteur; — la raison seule parlant dans sa prose; — et cepeDdaot nul philosophe n'ayant mis plus d'imagination dani sa vie.

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je ne crois pas que l'on puisse se tromper davantage; et sans parler de la « perfection du style de Descartes », dont je dirais volontiers, selon le mot célèbre, qu'elle ressemble « à l'eau pure, qui n'a point de saveur particulière », l'influence de Descartes, on le verra plus loin, ne s'est exercée ni dans le sens que l'on dît, ni surtout dans le temps précis où on la place. En fait, bien loin d'être suivie d'aucun progrès de la raison ou du bon sens, la publication du Discours de la méthode n'est suivie chronologiquement que d'un retour oSensif des influences étrangères : l'espagnole d'abord, l'italienne ensuite, et toutes les deux bientôt mêlées ensemble. L'explication

3" Les Œuvreb. — Elles se composeat des Essais de philosophie, publiés en 1637; — des Méditations métaphysique» , 1641; — des Réponses aux ùbjections, 1641-42; — de la Lettre à Gisbert Voet, 1643 ; — des Principes de philosophie. 1644 ; — et, en œuvres posthumes : — du Traité des passions, 1650; — du Traité de l'homme. 1662; — du Traité du fœtus. 1662; — et du Traité du monde. 1664, — Il y faut joindre une volumineuse Correspondance, publiée pour la première fois en 1657, par Cleraelier; et, sous la date de 1701, les Régula ad directionem ingenii. et l'Inquisilio verilatis per lumen naturx.

Il existe plusieurs éditions des Œuvres de Descartes qui sont : — l" l'édition d'Amsterdam. 8 vol. in-4°. 1670-1683, et 9 vol. in-18, 1692-1713; 2» l'édition de Paris, 1724-1729. 13 vol. in-12; — el 3' rédilion Victor Cousin, 11 vol. in-8", Paris, 1824-1826, Levrault. M. Foucher de Careil a publié deux volumes de Supplément aux eeuvres de Descartes, Paris, 1859-1860, Durand.

On en prépare en ce moment mfime (1898) une nouvelle édition plus complète, et définitive.

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