VI. — Jean- Baptiste Oresaet [Amiens, 1709; f 1777, Amlena
1° Les Souhces. — D'Alembert, Réponse au discours de réception
de Vabbé Mitlot. 1777; ~ le père Daire. Vie de Gressel. Paris, 17791
— Maiimilien Robespierre, Éloge de Gresset, Paris, 1 785 ; — Principaux trait» de la ri» de Cresset, en tète de l'édition Rcnouard,
:.bv Cookie
SOS MANUEL DB {.'hiSTOIRB BB LA LITTÉRATUBE FRANÇAISE
chercher entre les religions fausses celles qui sont les plus coDfortnes au bien de la société ». Et si nous voulons aller jusqu'au bout de sa pensée, quel reproche — en s'enveloppant, pour le lui faire, de précautions infinies — voyons-nous qu'il adresse à la « vraie religion s ? C'est que quelques-unes de ses lois peuvent nuire au bien de la société. « Quel moyen de contenir par les lois un homme qui croit être sûr que la plus grande peine que les magistrats lui pourront infliger, ne finira dans un moment que pour commencer son bonheur? » [Cf. Esprit des Lois, XXIV, cb, 14,] C'est l'idée maltresse de son livre, et c'est donc à ce point de vue qu'il nous faut nous placer si nous voulons a découvrir le dessein » de tout l'ouvrage. Quelque désordre de composition que l'on aperçoive dans sou livre, et quelque bizarrerie dans cette variélé de lois
Parii, 1811; — CampenoD, Essai sur la vie et les ouvrages de Gresaet, Paris, 1823; — E. Wogue, Gressel. Paris, 1894.
2° Le Poïte; — et que bod unique mérite est de reprûsenter nu moment très particulier de l'art d'écrire en vers ; — la pablication de Ver-Vert en 1734 ayant été presque un événement littéraire; — et le Méchant, qui date de 1747, étant certainement la meilleure comédie en vers que nous ait léguée le xviii° siècle ; — sans en ciiepler la Métromame, elle-même. d'Alexis Piron. — Le Méchant uc manque même pas d'une certaine force de satire ; — et de quelque valeur « documentaire s; — si le type du n méchunt » forme la transition entre les pelits-niaUres de Marivaux [Cf. l'Épreuve'\ et le Valmont des Liaisons dangereuses, — La palinodie de Gresset, 1759; — et les vers de Voltaire :
Greiiet ae trompe, il n'est pas si coupable
Si nous avons beaucoup perdu à l'autodafé des maDUScrits de Gresset? — et qu'il n'avait sans doute rien mis de plus dans sou Oui'ioir, ou dans son Gazetiii (inédits) que dans son Ver-Verl. 3' Les Œuvres. — Les tffi'uiTe.! de Gresset se composent : 1° De ses Poèmes, comprenant Ver-Vert, le Carême impromptu, le Lulrin nivant, la Chartreuse, des Épilres, des Odes; — et une assez faible traduction en vers des Églogaes de Virgile.
:.bv Cookie
LA DÉFORMATION DE l'iDÊAL CLASSIQUE SOS
qui en fait la matière, nous n'avons qu'à rapporter la variété de ces lois au « bien de la société » pour en voir les raisons apparaître, et en même temps son livre s'éclairer d'une lumière nouvelle. Montesquieu a ici sa revanche. Ce qui était obscur l'est moins ; ce qui était dispersé se rassemble; ce qui semblait contradictoire ne l'est plus. Et VEsprit de» Lois n'en demeure pas moins un livre manqué; mais on ne le trouve plus indigne de sa haute fortune; on comprend que l'influence en ait passé le mérite; et on se l'explique en se disant que le génie de Montesquieu a sans doute été supérieur à son œuvre.
Ne croyons pas toutefois que cette idée lui appartienne uniquement! et, au contraire, on la retrouverait chez presque tous les contemporains. Une littérature « sociale » y
3° De SOD Théâtre, comprenaat Edouard lit, tragédie; Sidnej; drame en vera ; le Méchant, comédie.
Et 3' de quelques pièces en prose, parmi lesquellea on cite son Discours de réception, 1748. On a publie de lui en 1810 an poème posthume, eu vers libres, le Parrain magnifique.
La meilleure édition de ses Œuvres est l'édition Renonard, 2 volumes, Paris, 18M.
VII. — Lnc de Clapiers, marquis de VauTenarg^eg [Aii, en Provence, 1715; + 1747, Paris].
i" LesSoubcbs. — Suard, Notice; et Saint-Maurice, Éloge de Vauvenargues, en tête des tomes I et III de l'édition de 1821; — Sainte- Beuve, Causeries du lundi, t. III, 1850; — A. Yinet, Littérature française au iviii' siècle; — Prévosl-Paradol. Moralistes français; — Gilbert, Éloge de Vauvenargues, ea tèle de son édition, Paris, 1857; — Maurice Paléologue, Vauvenargues, dans la collection des Gra/tds Écrivains français, Paris, 1890.
2" Le Moraliste. — Une destinée mélancolique; ^ et no type de transition. — Le caractère propre et original de Vauvenargues est d'avoir uni en lui quelques traits du pessimisme de Pascal à l'optimisme de J.-J. Rousseau; — et sou ceut-rc iuacbevëe est lu confession d'une âme.
HA MANUEL DB L'riISTOtKE DE LA LltTBBATURE PRANÇAISS
devait t6t ou tard aboutir; gagner ainsi d'abord en étendue ce qu'elle perdait en profondeur ; et sinon périr, du moins se déformer et se désorganiser par un effet de l'exagération de son principe. Dans le temps même que Montesquieu mettait la dernière main à son Esprit des Lois, Vauvenargues publiait son Introduction à la connaissance de Veaprit humain, 1746,. et on y lisait : a Afin qu'une cbose soit regardée comme un bien par toute la société, il faut qu'elle tende à l'avantage de toute la société, et afin qu'on la regarde comme un mal, il faut qu'elle tende à sa ruine : Voilà le grand caractère du bien et du mal moral». Il traitait alors brièvement, non de « l'esprit », mais de « l'origine n des lois ; et il ajousait : « Nous naissons, nous croissons à l'ombre de ces conventions solennelles; nous leur devons la sûreté de
Carrière mililaire et campagnes de Vauvenargues ; — son amour de la gloire; — sa générositë de cœur; — et son amour de l'humaDÎtë. — Comparaisou à cet égard de Vauvenargues et do La Rochefoucauld. — Si Vauvenargue» a une doctrine? — et qu'en totti cas sa mort prématurée ue lui a permis ni d'en concilier les contradictions, — ni d'en développer toutes les conséquences,
— Son culte pour l'institution sociale [Introduction à la connaissance, etc.. ch. 43]. — Son indulgence pour les passions, et l'apologie qu'il en fait [Cf. Introd., livre II, ob. 42, et Réflexions et Maximes, Ed. Gilbert, 122, 123, 124, 149, 1S1, 153, 154]. — Sa croyance à la bonté de la nature; — et sa théorie de la supériorité du sentiment sur la raison [Cf. Réflexions et Maximes, passim, cl Réflexions sur divers sujets, 54]. — Analogie de ces idées avec celles que Rousseau va bientôt exprimer ; — et d'où provient-elle ?
— de la ressemblance des temps? ■ — ou de ce que Vauvenargues est, comme Rousseau, ce qu'on appelle un o autodidacte s?
Combieu d'ailleurs la qualité de son âme est supérieure à la Qualité d'àme de Rousseau; — si son talent demeure inférieur. — Eloquence de Vauvenargues. — Accent mélancolique de quelquesunes de ses pensées. — Finesse de son goût littéraire.
3° Les Œuvbes. . — Les Œuvres de Vauvenargues se composent : i" de «on Introduction à la connaissance de l'esprit humain, qui a
I SB l'idéal classique SOS
notre vie et la tranquillité qui l'accompagae. Les lois sont aussi le seul titre de nos possessions : dès l'aurore de notre vie nous en recueillons les doux fruits, et nous nous engageons toujours à elles par des liens plus forts. Quiconque prétend se soustraire ii cette autorité dont il tient tout ne peut trouver injuste qu'elle lui ravisse tout, jusqu'à la vie. Où serait la raison qu'un particulier ose en sacrifier tant d'autres à soi seul, et que la société ne pût par sa ruine racheter le repos public! » Voilà des principes hardis, que nous n'avons pas d'ailleurs à discuter ici, mais dont il ne serait pas impossible que Montesquieu eût eu quelque connaissance, et en tout cas dont on voit la ressemblance avec ceux de VEsprii des Lais. Sons doute, c'est qu'ils flottaient dans l'air, épars et indcterminés, et l'un après l'autre, l'auteur de l'Introduction
paru pour la première fois eu 1746, et ù laquelle étaienl jolulg des Réflexions sur divers sujets, des Conseils ù un jeune homme, des Réflexions critiques sur quelques poètes; et quelques Caractères, dans le goût de La Brnyère ; — 2*' de ies Dialogues ; — 3» do sa Correspondance avec Voltaire, Fauries de Saint-Vinceat, et le marquis de Mirabeau.
Vanvenargoes n'ayant d'ailleurs eu le temps de mettre la der- Dière main qu'à son Introduction, les autres parties de aon œuvre se sont successivement enrichies de fragments inédits qui ont fini par en doubler le volume.
C'est ainsi que Suard a donné pour première fois en 1806 le Traité sur le libre arbitre ; — que qninze de ses dii-huit Dialogues n'ont vu le jour qu'en 1821 ; — et qu'enfin sa Correspondance avec Mirabeau ne figui'C que dans la dernière édition qu'on ait donnée de lui. C'est l'édition Gilbert, eo 2 volumes in-S"; Fume, 1857, Paris.