‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 51 sur 74 · VII. — Claude-Adrien Helvétius [Paris. 1715; + 1771, Paris · texte numérisé non relu

VII. — Claude-Adrien Helvétius [Paris. 1715; + 1771, Paris

Fils et petit'fila de médecin ; — fermier général et protecteur

des lettres ; — maitre d'hAtel ordinaire de la reine Marie Leczlnaka ;

— enragé de célébrité, il débute par ac faire la réputation d'un petit-maitre accompli. — II s'easaic ensuite dans la poésie; — et soumet ses essais a Voltaire; - — qui les encourage en lui rappelant qu'Atlicus était fermier général; — mais qui les trouve d'ail' leurs plulftt médiocres. — Helvélias se tourne alors du cAté des mathématiques ; — et finalement du côté de la philosophie. — Il se démet de sa charge de fermier général, et compose laborieusement son livre De l'Esprit, 1758. — Médiocrité générale du livre, — oii les pires paradoxes s'autoriseut de preuves; — qui ne sont la plupart que des n anecdotes i> seaudaleuaes ; — ce qui n'empMic qu'aucun livre, eu son temps, n'ait fait plus de bruit ; — ni répandu plus d'idées destinées i faire fortune. — C'est Helvétins qui a proclamé le premier n que la morale devait être traitée comme une physique eipi^rimcniale d [Cf De l'Esprit, Discours II, chap. 15];

— que les questions morales ne sont que des questions sociales, — • puisque les vices d'un peuple sont toujours cachés au fond de sa

bv Cookie

l'idAal classique 3SS

montré, depuis Ronsard jusqu'il Boileau, cent cinquante ou deux cents ans durant, plus que respectueux des anciens et de la tradition, au contraire, l'esprit encyclopédi[|ue n'est composé que du mépris des anciens et de la haine de la tradition, Lee mots ne sont pas trop forts. Nos encyclopédistes n'ont pas seulement méconnu les anciens, ils les ont méprisés! Ils n'ont vu qu'un préjugé, et un sot préjugé, pour ne pas dire une hypocrisie pédantesque, ditns l'admiration que de rares humanistes osaient encore professer j-our Virgile et pour Homère. « On me fit accroire autrefois que j'avais du plaisir en lisant Vlliade, — fait dire l'auteur de Candide au sénateur Pococnrante, — mais cette répétition continuelle de combats... me causait le plus mortel ennui. J'ai demandé quelquefois à des savants s'ils s'ennuyaient autant que moi à cette lecture...

Ugisliilion t [Cf. De l'Esprit, Discours II, cb. 15); — el qu'on conséquence, il n'est rien que ne puisse l'éducation [Cf. De l'Esprit, Discours III]. — Ëmoi suscité par son livre. — Complète et pileuse rétractation d'Hclvétius: — il rentre dans le silence; — et disparail de In scène littdriiirc.

VIII. — Frèdéric-HelctiiorOrimm [RatisbooDe, 1723; f 1807, Gotha].

Culture classique et philosophique de Grimm ; — ses débuts

littéraires et sa tragédie de Banlse (eu allemand], — Son arrivée k Paris; — ses liaisons avec Diderot, Rousseau, et la société de M" d'Épiuay, 1749-1750. — Deux Lettres sur la littéralure allemande [Cf, JHercure de France, 1751]; — la lettre sur Omphatc [opéra de Deslouches], 1752; — et le Petit prophète de Bœhmisckbroda, 1753 [Cf. Adolphe Jullieu, Zd Musique et les Philosophes au ivni'siècle, Paris, 187a]. —La Correspondancetittéraire[i75i-i'90] ;

— et comment elle est inséparable du mouvement encyclopédique;

— dont elle a pour a[nsi dire été, pendant quînie ou vingt ans,

— le 0 Moniteur s secret en Europe. — Tel a été le vrai rôle de Grimm, — et des nombreui collaborateurs qui ont travaillé sous sa direction; — ils ont traduit pour les souverains allemands qui étaient ses abonnés; — les idées du v corps des philosophes u :

i34 HANIIBL De L'uISTOIIiB bË tA UTTÉHÀrbRE FBANÇAlSb

Tous les gens sincères m'ont avoué que le livre leur tombait des mains, mais qu'il fallnit l'avoir dans sa bibliothèque comme un monument de l'antiquité, et comme ces médailles rouillées qui ne peuvent être de commerce u [Cf. Candide, ch, 25]. De cet endroit de Candide rapprochons un passage du Discours sur l'histoire universelle [Cf. partie III, ch. 5] : « Une des choses qui faisait aimer la poésie d'Homère est qu'il chantait les victoires et les avantages de la Grèce sur l'Asie. Du côté de l'Asie était Vénus, c'est-à-dire les plaisirs, les folles amours et la mollesse : du côté de la Grèce était Junon, c'est-àdire la gravité avec l'amour conjugal, Mercure avec l'éloquence, Jupiter et la sagesse politique. Du côté de l'Asie était Mars impétueux et brutal, c'est-à-dire la guerre faite avec fureur; du côté de la Grèce était Pallas, c'est-à-dire

— eu alléoaaat très habilemeat ce qu'elles pouvaiect aïoir de suspect à des yeux de princes; — et ea les leur présentaDt comme nae manière de s'émanciper eux-mEioes ; — des pouvoirs qui les gênaient encore. — Au reste, la Correspondance n'ayant paru publiquement pour la première fois qu'en 1812; ^ ce n'est poa ici le lieu de l'apprécier en elle-même; — et il Bnfiit d'sïoir nolii dans quelle mesure elle a contribué à la propagande encyclopédique.

Page 1