‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 2)Chapitre 54 sur 74 · III. — La dernière époque de la Tie de Voltaire · texte numérisé non relu

III. — La dernière époque de la Tie de Voltaire

1* Les Sources. — [Cf, ci-dessus : La PBEUiËBe ipOQUE de la vie DE VoltjUKb].

2" LiBOïAUTÉDE Fehnbt; — et que cette expression n'a rien d'exagéré si l'on considère : — la situation même de Ferney [Cf. Correspondance, 2i décembre 1758] ; — les relations que Vollniro a su avec le roi de Prusse qu'avec l'impératrice de Russie ;

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impuissant de l'avocat Moreau : Mémoire pour servir à Fhistoire des cacouacs, 1757, sans discerner d'ailleurs très nettement si l'on y riait de l'autear on de ceux qu'il attaquait. Mais ce que l'on voyait très bien, c'est qu'aucune de ces critiques, sérieuse ou plaisante, n'atteignait le fond des choses, n'en approchait seulement de loin ; et non moins fiers de l'inutilité des efforts de leurs adversaires que de leurs propres talents, la réputation des Encyclopédistes et la fortune de l'Encyclopédie s'accroissaient, se fortifiaient, et se consolidaient par ces efforts mênies.

a C'est à ce moment même, écrit Garât, qu'une voix qui n'était pas jeune et qui était pourtant tout à fait inconnue, s'éleva, non du fond des déserts et des forêts, mais du sein même de ces sociétés, de ces académies et

— sa réputation croissante; — et l'espèce de consécration que lui donnent sou iotervealion dans l'affaire des Calas [Cf. Athanase Coquerel, Jean Calai et sa famitU, 2" édition, Paris, 1869]; — et dnns celle des Sin-po [Cf. Camille Rabaud, Étude Historique sur l'avènement de la tolérance, 2" édîtioD, Paris, 1891], — Il en pronie aussitôt pour publier ses Anecdotes sur Fréron, 1761 ; — ses Lettres sur la Nouvelle Héloïse, 1761 ; — soti Éloge de Créhillon. 1762; — et sa Belaiion du voyage de Pompignan. 1763; — qui ne

saires. — Il reçoit en même temps les n philosophes i> à Feroey;

— continue de faire des tragédies, Olympie, 1762; — des Contes, Jeannot et Colin, 1764; — écrit sa Philosophie de l'histoire. 1765;

— son Dictionnaire philosophique, 1765 [Cf., pour Je discernement des parties successives de ce Dictionnaire, Beuchol dans son édition, t. XXVI, et Bengesco, t. III] ; — et correspond avec tout l'univers. — Son intervention dans l'alTaire du chevalier de la Barre [Cf. Cruppi, l'Avocat Lingaet, Paris, 1895; el Edouard Heri, Voltaire und die Strafrechtspflege, Stuttgart, 1887]; — et son Commentaire du traité des délits et des peines [de Bcccaria], 1766. ■ ' " lui parait propice pour attaquer i fond le christianisme;^ et I les moyens lui deviennent bons ; — encouragé qu'il est à la fois les iasligalioDS de Frédéric, — et I' « avènement u de UDuBa

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LA DÉFORHATION DB l'iDEAL CLASSIQDB 347

de celte philosophie où tant de lumières faisaient naitre et nourrissaient taut d'espérances... et au nom de la vérité, c'est une accusation qu'elle intente^ devant le genre humain, contre les lettres, les arts, les sciences et la société même » [Cf. Garât, Mémoires sur M. Suard, t. I, p. 164]. Et — renseignement précieuxl — « ce n'est pas, ajoute-t-il, comme on le dit, le scandale qui fut général; c'est l'admiration et une sorte de terreur qui furent presque universelles ». 11 faut rapprocher ce passage d'un endroit des Confessants ; « Audacieux, fier, intrépide, écrit Rousseau, jeportais partout uneassurance d'autant plus ferme qu'elle était simple et résidait dans mon âme plus que dans mon maintien. Le mépris que mes profondes méditations m'avaient inspiré pour les mœurs, les maximes et les préjugés de mon siècle me

1769. — Son Histoire du parlement le remet en grâce auprès des puissaDccB. — PublicntioQ des Questions sur l'Encyclopédie, 1770-1772. — Son intervenlion dans lee affaires Monlbailly, 1770; — MorangièB, 1772 ; — Lally, 1773 [procès de réhabililation] ; — des serfs de Saint-Claude, 1770.-1777 ; — et comment l'iodéceiice de ses plaisoDlerics habituelles gâte l'effet de son dëtouemeDt. — Ses relations avec Turgot, 1776. — Les derniers écrits de Voltaire. — Son Commentaire sur l'Esprit des lois, 1777, et sa dernière escarmouche contre Montesquieu. — Ses dernières Remarques sur les Pensées de Pascal, \111 ; — el de l'intérêt qu'en offre le rapprochement avec les premières ; — qui sont de cinquante ans antérieures. — Les Dialogues d'Évhémère, el le Prix de la justice el de l'humanité, 1777. — Ses démarches pour obtenir qu'on le luisse rentrer à Paris. — Il quitte Ferney le 5 février 1778; — et arrive à Paris le 10 du même mois.

L'Œuvre philosophique de Voltaire; — et que sans vouloir en exagérer l'imporEance. — elle a toutefois plus de portée; — mais surtout plus de cohésion qu'on ne le croit quelquefois; — et que l'objet n'en diffère de celui de Montesquieu que dans la mesure où diCfèrent leurs tempèi-nmenia. — Trois idées uiBitresses ressorlcnt en elTcl de son Diclionna'tre philosophique comme de ■es tragédies; — et de son Candide ou de son Ingénu non moioi

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34S UAKUEL DB L aiSTOinS DE LA LITTERATUIIB FRANÇAISE

rendait insensible aux railleries de ceux qai les avaient, et j'écrasais leurs petits bons mots avec mes sentences, comme j'écraserais un insecte entre mes doigts » [Cf. Confessions, partie II, livre 9, sons la date de 1756]. Il a raison, et Garât aussi. C'est le mépris de «leurs mœurs n, de leurs a préjugés », de leurs i< maximes, » qui ont détaché violemment Rousseau de ses anciens amis les philosophes. Il a ouvert, à lui tout seul, une route nouvelle. Et, pnrce qu'ils le verront bien, ou plutôt, et avant de le voir, c'est parce qu'ils s'en doutent, c'est pour cela que tous ensemble, les Mnrmonlel et les Morellet, les Grimm et les Diderot, d'Alembert, la société du baron d'Holbach et celle de M"* d'Épiuay, Voltaire lui-même, à dater de la Lettre sur les spectacles, 1758, — qui est la déclaration de guerre du « citoyen de Genève », — ils

clniremeot que de son Essai sar les mteurs; — dont la première serait précisément le respect de l'institution sociale ; — si d'ailleurs ce mot de « respect • ne jurait stcc la manière de Voltaire. Mais B> philosophie n'en est pas moins une philosophie sociale;

— et l'on a pu dire de lui qu'il avait été « conservateur en tout, sauf en religion u, — Si en effet il n'i^orepas que les hommes ne valent pas grand'chose [Cf. Candide et l'Histoire d'un bon Bi-amin]; — il n'en considère pas moins n qu'on peut les dresser & la raison comme à la folie a; — et qu'en cela même doivent consister l'œuvre de la civilisation [Cf. ses Remarques sur les pensées de Pascal]; — et l'objet de la société [Cf. VA, B, C]. — C'est ce qui le sépare profondément de Rousseau; — et bien mieux que l'opposition de leurs intérêts; — c'est ce qui explique la violence de leurs disputes; — Voltaire airaot toujours vu la condition des Beuls progrès dont les hommes soient capables, — dans ce qui est aux yeux de Rousseau la cause de leur a dépravation u. — Cette première idée le conduit â une autre, qui est de poursuivre k outrance,

— et malheureusement par tous les moj'ens, — tout ce qu'il trouve d'irrationnel, ou seulement de déraisonnable dans l'organisation de la société; -~ et de là ses attaques à une < jaalice »

— dont il avait lui-même éprouvé l'injustice ; — de là ses déclamations contre lu guerre, — qu'il impute sans hésitation ni réflexion

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LA DÉPOnMATION DB l'iDÉAL CLASSIQUE 349

vont former conlre lui la plus compacte et la plus acharnée des coalitions.

On discute encore quelquefois l'inutile question de savoir qui des deux, de Diderot ou de Rousseau, a comme qui dirait le premier « retrouvé ■ cette idée de « nature », contre laquelle trois ou quatre générations d'écrivaine et de penseurs avaient jusqu'à eux si vigoureusement réagi? Admettons que ce soit Diderot, et, aussi bien, puisqu'il en a revendiqué la gloire, admettons qu'il ait« pMi n sur les premiers ouvrages de Rousseau. Il eût donc bien fait en ce cas de nous expliquer comment aucun de ses ouvrages, h lui, Diderot, n'a produit la même impression « d'admiration et de terreur universelles » que les deux premiers Discours de Rousseau. Que ne se vante-t-il aussi d'avoir pâli sur l'Emile, sur le Contrat social, sur les

à des mobiles toujours bas et întéreasés; — de là ses attaques à la religigu, qu'il considère à la Tois comme inhumaine, irrationnelle, et e bonne pour la canaille u [Cf. à ccl égara Dieu et les hommes, l'Examen de Mylord Botinghroke . et dix autres pamphlets]. — Mais après cela, comme il est Voltaire, . — c'est-à-dire trop perspicace pour ne pas SaToir ce que vaut une religion comme n principe réprimant i, — il croit à l'existeace d'ua n Dieu rémunérateur et vengeurs u, — ce qui implique la croyance a l'immortalité de l'àme;

— ainsi qu'à la Providence; — et généralement à tout ce qui cons< titue la » religion naturelle t; — y compris la confiance au a Dieu des bonnes gens d ; — avec celte arrière- pensée que, de tous les mortels, ce Dieu n'en regarde aucun avec plus de bienveillance que les amis des lumières; — quand surtout ils écrivent en vers; — et qu'ils font des tragédies.

n n'a d'ailleurs pas vu qu'il n'y a pus de « religion naturelle > ;

— pas plus qu'il n'y a pas de n nécessité libre o ou de « hasard constant « ; — l'association même de ces idées étant contradictoire dans les termes ; — toutes les vérités qu'enseigne la religion naturelle lui venant d'une autre source qu'elle-même; — et u'élant qu'une a laïcisation > des enseiguements de quelque religion ( révélée ». — U n'a pas vu davantage que. — si la raison peut atteindre quelques-unes des vérités coustilulives de ta religion, —

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t HISTOIRE DE tA tITTEBATURB FRANÇAISE

Lettres de la montagne? Mais la vérité, c'est qu'en s'emparant de cette idée de « nature » Rousseau en a saisi toutes les conséquences, y compris celles que l' imagination trop prompte et trop fuligineuse de Diderot n'avait point vues ; il l'a faite sienne, vraiment sienne, uniquement sienne à sa date; et l'échauSant alors de l'ardeur de ses rancunes, de ses haines, de son orgueil, l'enrichissant, pour ainsi parler, de sa propre substance, et lui communiquant la flamme de son éloquence et de sa passion, il lui a donné un degré d'importance et une vertu de contagion qu'elle n'avait jamais encore eus.

Considérons en eSet, que, de la manière qu'il opposait la nature, non plus comme autrefois les Rabelais ou les Montaigne, aux vices qui la déshonorent, maïs à l'art luimême, Rousseau décrétait, pour son coup d'essai, non aeu-

ce n'en sont point les plus hautos; — ai surtout les plus efficaces:

— et que la croyance eu un * Dieu rémunérateur et vengeur * ne pouvant être un principe ni surtout un mobile d'action, — mais uniquement un motif de ne pas faire, — ne saurait surQre à fonder la morale; — laquelle devient donc ainsi purement sociale; — et conséquemuient relative, diverse et cbaugeante. — Qu'au surplus, dans sa polémique injurieuse et grossière contre le christianisme, — il a manqué non seulement de justice, mais de loyauté;

— en méconnaissant la supériorité du christianisme sur le mahométisme, par exemple, ou sur le paganisme; — si, du point de vne purement historique ou humain, le christianisme a renouvelé la face du monde, — et si d'autre part l'intolérance et le n fanatisme B ne l'ont point attendu pour se déchaîner parmi les hommes.

— Il ne semble pas eu effet qu'une ardeur de prosélytisme ait précipité les Perses contre les Grecs ; — ni que les partisans de Mariua ou de Sylla se soient entr 'égorgés pour une question de dogme.

— Et ce qu'eo&n il a vu moins clairement encore que tout le reste,

— c'est que, dans cette société même, la raison toute seule n'a jamais rien fondé de vraiment durable; — si même On ne peut dire qu'elle tend plutât k l'anarchie qu'à l'union. — C'est ce qu'avaient fortement établi les Boaauet et les Pascal; — que pour ce motif Voltaire a tant combattus, sans les avoir toujours coni-

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LA DÉFORMATION DB l'iDÉAL CLABSIQOB SGI

Ictncnt de caducité, mais d'erreur originelle tout ce qu'oo avait fait depuis deux cent cinquante ans, pour « artialîser la nature ». On se trompait depuis plus de deux siècles! Il n'y avait qu' « erreur et folie dans la doctrine des sages » de Y Encyclopédie. On ébranchait les préjugés sans en atteindre ou sans en voir seulement la racine, et comment voulait-on qu'elle ne poussât pas d'âge en âge de nouveaux rejetons? « Dites-nous, célèbre Arouet, combien vous avez sacrifié de beautés fortes et mâles à notre fausse délicatesse? B [Cf. Lettre sur les spectacles et rapprochez Nouvelle Héloîse, partie II, lettres 14, 17, 21]. Ou, en d'autres termes, dites-nous combien votre art, en exigeant de vous des concessions que votre nature lui eât certainement refusées, a rabaissé votre génie. Vous avez dit, non ce que vous aviez à dire, mais ce que vous avez cru qui plairait à

prie. — Incomparable pour saisir arec rapidilé les aspects superûciels et la ressemblance extérieure des grandes choses, — Vollaire n'a Jamais eu la force de mt^ditation ; — il ne s'est jamais donne les loisirs stadieui qu'il faut pour les approfondir;

— et c'est ce que de bons juges veulent dire, — quand ils lui refusenl le litre de philonophe ou de penseur, — et qu'ils appellent son œuvre o un chaos d'idées claires u [E. Faguet].

Mais sa philosophie n'en forme pas moins un système lié; — si peu de gens ont le goût d'approfondir les grandes questions;

— et si c'est même celte disposilioa qu'on peut appeler le voltairianisme. — Elle est assez générale; — et de dire qu'elle est aaturelle à l'esprit français, ce serait assurément trop dire; — mais une espèce d'épicurisme înleliecluel noua y a de tout temps inclinés.

— Le génie de Vollaire est d'avoir incarné cette disposition; — comme personne a^ant lui, ni depuis ; — - et le secret de son influence est de l'avoir consacrée, — par la triple autorité de sou esprit; — de sa fortune littéraire; - et de son succès mondaio. — 11 a fait le tour des idées de son temps [Cf. Taiue, l'Ancien Rcsimé] ; — toutes ou presque toutes il les a résumées sous o une forme portative »;

— assez grossière quelquefois ; — ■ mais le plus souvent spirituelle, ingénieuse, plaisante; — généralement claire. — II en a vu les rapports sommaires; — indiqué les liaisons sufCsaDtcs; — il les ■

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S5S MANUEL DE L'HISTOIRE DE LA LITTÉItATURB FRANÇAISE

voB contemporains. Vous ne vous êtes pas contenté de vouloir leur plaire, mais vous avez imité, vous avez subi, pour leur plaire, des modèles que vous n'aviez point choisis, que vous avez souflert que l'on vous imposât. Il vous fallait être approuvé du public ! Ne pour être vous-même, unique peut-être en votre espèce, vous avez accepté la tyrannie de In mode, et vous avez mis votre gloire à ressembler à d'autres, aux autres, à tous les autres. Mais si c'est ainsi que l'art, bien loin d'aider en vous la nature, l'y a d'abord comprimée, puis asservie, et finalement pervertie, quel est le remède à ce mal, et quel enseignement votre exemple nous donne-t-il? C'est de retourner k la nature pour nous y conformer; et, rien qu'en posant ce principe, mais surtout en l'appuyant de ces « considérants », Rousseau renversait h la fois l'antique autorité des règles, le peu qui

rnlUcliécs, tellemeol quellement, les unes aui autres; — et ainsi son mt^rite éminent est d'avoir soulagé ses lecteurs de ce que l'atlentioD a nécessaîrcmenl de pénible. >— Il leur a procuré l'illusion de comprendre les grands problèmes; — et ils l'ont A leur tour admiré et aimé de se trouver cui-mêmes si intelligents. — C'est proba~ blement quelque chose de cela que Gcelhe voulait dire quand il l'appelait e le plus gr.-ind écrivain que l'on pût imaginer parmi les Français o ; — et, à ce propos, qu'avant d'accepter l'éloge, — oji se mêle un peu d'envie peul-flre, — il faut y faire allenlion; — et se demander s'il n'envelopperait pas. au fond, une critique assez méprisante. — de toute notre littérature et du génie de notre race.

Le retour à Paris et ta mort. — 11 ne reste plus qu'à rappeler brièvement les circonstDiices du dernier séjour de Voltaire il Paris [Cf, Dcanoiresterres, Voltaire et la société française., etc., t. VIII]. —Arrivé k Paris le 10 février, il descend ii l'hùlel de Bernières; — où dès le lendemain afEueut la ville et la cour, — l'Académie et la Comédie ; — les musiciens et les philosoplies; —l'ancien et le nouveau monde, — Une lettre de M"" du Defland ; « 11 est suivi dans les rues par le peuple, qui l'appelle l'Homme aux Calas u ; — et, à ce propos, qu'il y a peut-élrc quelque exagération dans ce trait; — comme aussi bien daus la plupart des témoi-

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LA DÉFORMATION DE l'iDBAL CLASSIQUE 3U

survivait du pouvoir de la tradition, et celui que la communauté s'arrogeait sur les sentiments de l'individu.

Car, nos sentiments c'est nous-mêmes, ou plutôt, chacun de nous n'est soi qu'autant que ses sentiments s'expriment en toute liberté, et c'est cette liberté même qui est la nature : « Nous naissons tous sensibles... Sitôt que nous avons, pour ainsi dire, conscience de dos sensations, nous sommes disposés à rechercher ou à fuir les objets qui les produisent. Ces dispositions s'étendent et s'affermissent... mais contraintes par nos habitudes ^ elles s'altèrent plus ou moins. Avant cette altération elles sont ce que j'appelle en nous la nature n [Emile, I, 1]. Qu'est-ce à dire, sinon qu'autant qu'à l'art en particulier « la nature n s'oppose à la civilisation en général? Rousseau le dit en propres termes :

goages coDlemporaJDS, — qui se plaisent à faire contraster l'enthousiasme de la ville avec la froideur de la cour [Cf. Grîmiii,(ou plutôt Meister), et La Harpe, dans leurs Correspondances Uiiiraires], — La journée du 30 mars : la séance de l'Académie; — et la siïième représenta lion d'Irène, — Le couronnement de Voltaire. — Il s'occupe de faire ù Paris un ctabHsBemeot définitif.

— Sa visite à la loge maçounique des Neuf Sœurs. — On lui ceint le tablier m du frère llelïclius u ; — qu'il o veut baiser avant de le recevoii- u [Cf, Desnoireslerres, VIII, p, 305-307],

— La séance du 29 avril à l'Académie des sciences. — Voltaire et Franklin. — La sdaoce du 7 mai à l'Académie française, et le Projet du Dictionnaire historique. — Fatigues, maladie, et mort de Voltaire [30 mai 177B]. — La lettre de Tronchiu, sur les derniers instants de Voltaire [Cf. Desnoireslerres, Vlll, p. 361-366]; et s' il convient d'en tirer le parti qu'on en a tiré. — Traditions qui

courent sur la mort de Voltaire; — et qu'il semble bien qu'elles

ne soient que des légendes.

3" Les CEuïhes, — Les OEuvres de Voltaire se composent de :

1° Ses Poésies, compren^uil de tout un peu; uo poème épique, la

Henriade, 1723-1728; — des Odes. Èpitres, Satires. Épigrammes,

Madrigaux, Contes ; — des poèmes didactiques ou philosophiques :

tels que les Discours sur Vliomme, 1738-1739; le Poème sur la loi

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354 MANUEL DE l'biSTOIRE DB tA LITTÉllATUBB FRANÇAISE

« Tout est bien, sortant des mains de l'Auteur des choses, tout dégénère entre les mains de l'homme... Les préjugés, l'autorité, la nécessité, l'exemple, toutes les institutions sociales dans lesquelles nous nous trouvons submergés, étouffent en nous la nature » [Émi/e, i, Ij. Quel sera donc l'objet de la véritable éducation? Ce sera de nous débarrasser des préjugés qui empêchent en nous la nature de se développer conformément a elle-même. « Dans l'ordre naturel, les hommes i^tant tous égaux, leur vocation commune est l'état d'homme, et quiconque est bien élevé pour celui-là, ne peut mal remplir ceux qui s'y rapportent... En sortant de nos mains notre élève ne sera ni magistrat, ni soldat, ni prêtre, il sera premièrement homme : tout ce qu'un homme doit être, il saura l'être au besoin tout aussi bien que qui que ce soit » [Emile, I, 1]. Est-il

naturelle, le Poème sur le désastre de Lisbonne, 1756, etc. ; — des Traductions ; — et enfin sa Pucelle.

T Son Théâtre, «'est-à-dire : des tragiîdics, dont les plus cdlèbrca sont Œdipe, 1718; Zaïre, 1732; Atzire. 1736; Mahomet, 1752; Mérope, 1743; Sémiranùs, XOki; Borne sauvée, M^l; l'Orphelin de la Chine, 1755; et Taacrède, 1760; — des comédies, dont il ne survit que l'Écossaise, 1760, pour des raisous qui n'out rien de litlcraire : — et quelques opéras.

3» Ses Histoires, qui sont VHisioire de Charles XII, 1732; — le Siècle de Louis XIV, 17S1-1752; — les Annales de l'Empire, i;53-1754; — V Essai aar les Mœurs, Xltè;— \ Histoire de Russie, 1763; — et VHistoire du Parlement, 1769.

4° Ses Contes en prose, dont les principaux sout : Zadig (sous letitrede Jtfe»inon),1747;— Micromégas.\n2; — Candide. 1752; — Jeannot et Colin, 1764; — l'Ingénu, 1767; — l'Homme aux quarante écus, — la Princesse de Babylone, 1768; et les Oreilles du comte de Chesterfield, 1775.

5" Son Dictionnaire philosophique, 1764; — et ses Questions sur l'Encyclopédie, 1770-1772, fondus ensemble et réunis par ordre olpbabéliqoe, h partir des éditions de KehI.

6" Son Commentaire sur Corneille, 1764.

7> Ses Mélanges, qui comprennent nu peu de tout, eux aussi,

LA DEFOUMATION DB L IDEAL CLASSIQQB SES

nécessaire de faire observer que c'est ici le renversement de l'aDcienue discipliae, qui se proposait avant tont de former l'homme pour la société? celui de l'ancienne mor.nle, dont le principe était de substituer en nous des motifs généraux d'action à l'impulsion personnelle de l'instinct? et le renversement de l'ancienne esthétique, dont le premier article consistait justement k se défier de la sensibilité comme étant de toutes nos facultés la plus ondoyante, la plus mobile, et la plus diverse?

Mais ce n'est pas tout encore, et l'homme n'étant pas à lui seul toute la nature, il reste à voir quels sont les rapports de la nature et de l'homme. Qu'est-ce donc que l'homme dans la nature? Si Rousseau s'était tout à l'heure emparé d'une idée de Diderot, c'est la grande idée de Buffon qu'il s'approprie maintenant, pour la pousser à

commE Bes Poésies : de véritables ouvrages, tels que ses Lettre»

anglaises, 1734; son Traité de Métaphysique, 1734; son Traité ffe la Tolérance, 1763; — et de simples opuscules, de la dimension et du caractère de nos articles de journaux, tels que ses pliiisanteries sur Lefranc de Pompignan, les Car, les Quand, les Si.

On ponrrait les diviser en Mélanges scientifiques; — Mélangea philosophiques; — Mélanges historiques; — Mélanges littéraires; — et Mélanges anti-religieux.

B" Sa Correspondance, — qui ne remplit pas moins de 20 volumee de l'édiliou Beuchot, 18 volumes de l'édLtiou Moland (au total plus de 10 000 lettres) et qui est loin d'être complète. Tous les jours en elTet OQ publie de nouvelles lettres de Voltaire. Nous savons où il y en a des centaines d'iudditca. Et quand elles seront publli^es, on en ddcûuvrira probablement d'autres encore. C'est d'ailleurs une chose admirable que, de tant de leUres. il n'y en ait presque pas une qui ne soit intéressante, et c'est ce qui les distingue des Lettres de Rousseau, lui-même, ou de Montesquieu. Disons roieui, et si Ton met à pari quelques Correspondances de femmes, ou plutôt les seules Lettres de M^^ de SÉvigué, la Correspondance de Voltaire est un monument unique dans notre littérature, et, de son œuvre entière, la partie la plus vivante.

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NUEL DB L HISTOIRE l>G lA LITTEIIA:

bout. Ln nnture est la couse des eflfets

Nous sommes donc à son égard dans une dépendauce entière; et, par conséquent, si nous voulons nous être intelligibles k nous-mêmes, il nous faut nous saisir dans la complexité des rapports qui nous unissent à elle. Là même est le secret du bonheur, b II n'est rien tel qu'un heureux climat pour faire servir à la félicité de l'homme les passions qui font ailleurs son tourment » [Nouvelle Hélotse, partie I, lettre 23]; et c'est la nature seule qui a procuré h Rousseau lui-même « quelques instants de ce bonheur plein et parfait, qui ne laisse dans l'âme aucun vide qu'elle sente le besoin de remplir » [Cf. Lettres à M. de Mafeskerbes]. Livrons-nous donc à la nature, et ne faisons plus désormais consister notre orgueil à la dominer, mais notre sagesse à lui obéir. Ne

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