XI. —Le Triumvirat de Sorbonne [1815-1S30J
De la fortune commaoede FrançoiHGuizol [NtmcB. 1787 ;f 1874, le Val-Richer]; — d'Abel Villemain [Paris, 1790; f 1870, Paris] — et de Victor Cousip [Paria, 1792; ■( 1867, Cannesl. — et qu'elle est bien moins de s'ètro lous les trois servis de la littérature pour eu sortir; — d'aïoir éià tous les trois a ministre de l'instruction publique a ; ^ ou même d'avoir tous les trois et ensemble enseigné en Sorbonne ; — que d'avoir, par cet enscigoement, eicité les mêmes diiliances ou les mêmes enltiousiasmcs; — donné à Viiaquence o professorale s le même retentissement qii'i celle de la chaire, de la tribune ou du barreau; — et enfin imprimé Â l'histoire, à la philosophie, et k la critique littéraire les mêmes directions. — C'est pour cette raison qu'il convient de les joindre ensemble; — et aussi parce que n'étant pas très orlginaui; — ils ont plutôt été les omlcurs des » idées communes s de leur temp* que de véritables inventeurs; — o des vulgarisateurs s plulAt que des « penseurs s ; — et deux au moins d'entre eux des « rhéteurs d plutôt que de Trais orateurs — C'est Guizot qui est • le troi-
Tous les trois ils ont concouru à développer la curlosilé des choses étrangères: — Guizot, par ses traductions de Skaiespeare et de Gibbon; — et par des Histoires dont l'Angleterre est toujours l'âme invisible et présente ; — Villemain, par le plus célèbre de ses Court, le Cours de lilléralure française au i<! m' siècle; — où
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LA LITTÉUATURB HOOEIIXB ÏSO
se trouve enfin la première origine de toutes les innovations qu'il n'est que juste de leur rapporter. S'ils ont assoupli, et en quelque sorte brisé l'alexandrin classique, c'est que l'alexandrin était pour la pensée, mais surtout pour le sentiment, une enveloppe ou une armure, dont la rigidité se ployait mal aux exigences de ce que le sentiment et la pensée ont de plus personnel. Voulant traduire des émotions plus intimes, — dont ce nom même d'intimes rappelle qu'on les avait gardées jusqu'à eux pour soi-même, — les romantiques ont eu besoin d'une plus grande liberté de mouvement, et ils n'ont pas demandé autre chose à l'alexandrin réformé. Ils ont eu besoin également d'un vocabulaire plus étendu :
les écrivaÎDs et surloul Ici oraleurs politiques anglais ticoDcnl
ses (c adaptations i des philosophies de Rfid ou de Dugald-Stcwart, et des métaphysiques de Sciielling et d'Hegel. — Tous les trois ils oui fait de in critique gt^otirale; — OU plutAl de 1' v éclectisme n ; — Villcmaiaea litl<^ rature, et avec plus d'cGpcil; — CousÏd en philosophie, et avec plus de fougue, — et Guizot eu histoire, et arec plus de raideur; — mais sans avoir, à vrai dire, ni Guiiot de méthode personnelle ; — ni Cousin de philosophie originale, — ni Villemnin de doctrine d'art; — et eu ne s'aidant que des lumières de leur B libéralisme ■. — Que si d'ailleurs, avant Villemain, ta critique littéraire ne procédait guère que de l'humeur individuelle du critique; — avant Cousin, la t philosophie s que du besoin qu'où en croyait avoir pour combattre ou pour consolider quelque chose; — et l'histoire, avant Guizot, que du désir de trouver dans le passé des arguments pour le présent; — tous les trois ont Tait faire un grand pas à la critique générale en la fondant sur des principes plus ou moins contestables; — mais euvisagés du moins comme scienlifiques, — Et tous les trois enfin, par leur manière de traiter riiisloire, la philosophie et la critique littéraire, — ils Ont montra 1q solidarité qui liait les parties d'une même civilisation : — Guizot en enveloppant l'histoire, la littérature et la philosophie dans ■■ gL'UL'ralisation historique ; — Cousin, en exagérant d'ailleurs le rapport de la a philosophie i avec l'esprit général d'un temps; — et Villemain, en mêlant l'histoire et la littérature.
Quaod, tâchant de comprendre et de juger, j'ouvris Les yeui sur la nature et sur l'art; l'idiome, Peuple et noblesse, était Tiuiage du royaume ; La poésie était la mooarchie, un mot Etait un duc et pair ou n'était qu'un grimaud;
«t de ce que Victor Hugo dit dans ces vers célèbres, on en a vu plus haut lu raison. C'est qu'on n'exprimait, en ce temps-là, la nature même qu'en fonction de l'homme, et l'homme qu'en fonction de la société. Mais, du moment qu'on rendait chacun de nous à lui-même, ces distinctions s'évanouissaient avec la doctrine dont elles étaient l'expression ; tous les mots devenaient bons qui nous servaient à manifester notre personnalité; et en littérature comme
DiTereenent, mais presque également, — ils ont ainsi contribué h diriger dans ses voies a le siècle de la critique et de l'histoire • ;
— ils ont fait entrer de a l'air a dans les collèges ; — et l'esprit du temps d&ns l'enseignement. — Comme ils ont vécu tous les trois assez vieux; — et qu'ils ont eu tous les trois an t ministère a, dnas les 0 conseils s, ei dans les < académies a une grande influence,
— ils ont formé chacun toute une école* — et ils ont mis l'enseignement CD communication avec le o monde a; — dont on peut dire que depuis deux siècles il était isolé. — - Ils ont encore fait entrer l'objet de leurs propres études dans la i littérature génénalc t; — et, sous ce rapport, parce qu'ils regardaient volontiers au delà de nos frontières ; — dans le champ que M'"' de Staël avait ouvert à la curiosité; — leur action a été plus que nationale, vraiment européenne; — et rien qu'à ce titre, dans la mesure où le romantisme était un affranchissement de la tradition purement classique; — ils ont donc eu, eux aussi, du fond de leur Sorbonne ;
— leur part dans sa formation.
Xll. — Jacques-Nicolas- Angastin Thierry [Blois, 1795;-J- 1856, Paris].
1" Les Souhceb. — August'n Thierry, Dix ans d'études historiques, préface de 1840; — Charles Mngnin, Augustin Thierry, dans la Revue des Deux Mondes, mai 1811; — A. Nettement, Ili»tolre de la littérature française sous la Restauration, 1853; — Erucst RcuaD, dans ses Essais de morale et de critique, 1857; —
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LA LITTERATUnE MODERNE 431
en politique l' individualisme aboutissait à l'égalité. Et ne fallait-il pas enfin, qu'en prose comme en vers, à la liberté du choix des mots répondît la liberté du tour? une phr.tse plus souple à un vocabulaire plus varié? et une révolution de la syntaxe à celle de la langue?
Ainsi, par quelque côté qu'on le prenne, on le voit, c'est à l'individualisme que le romantisme se ramène, ou encore, le lyrisme est l'Intermédiaire par le moyen duquel l'individualisme s'est dégagé du romantisme; — et réciproquement. Nous en avons une dernière preuve dans la rapidité de contagion avec laquelle ils ont tous les trois, entre 1830 et 1840, envahi, pénétré, transformé tous les genres. Qui ne le sait, que les drames d'Hugo, de Musset,
Pierre Dufay et René Ribour, Le Centenaire d'Augustin Thierry, Rlois, 1895.
2° La. RÊKOVAnoH de L'Histoias; — et qu'U n'y a rien d'excessif k la rattacher au Dom tI'A.ugustin Thierry; — sur l'esprit duquel il convient d'observer avant tout, que, ni son passage par l'Ecole normale supérieure, de fondation toute récente alors; — ni sa collaboration avec Saint-Simon; — et aux journaux libéraux de l'époque, 1820; — tels que le Courrier français. — n'ont exercé de grande influence. — Mais ce sont Chateaubriand d'abord; — et ensuite Waller Scott qui lui ont révélé sa vraie vocation; — qui a été : 1° d'introduire dans l'histoire le sentiment de la diversité des époques;— toutes ou presque toutes confondues jusqu'alors sous l'uniformité d'un même coloris; — 2° d'introduire dans l'histoire, avec la doctrine de l'irréduclibililé des races, une espèce de fatalisme physiologique; — mais aussi un ferment ou un levain de poésie; — si, comme nous l'avons vu en partant de L'épopée du moyen âge, — toute épopée se déGoit par un conflit de races; — et 3* de faire voir enfin de quelle lumière — la préoccupation active du présent éclairait les obscurités du passé; — et leur donnait leur véritable sens.
3"LesŒcvrbs. — Les OEuvres d'Augustin Thierry comprennent; 1° ses Lettres sur l'histoire de France, 1820, et réunies en volume, augmentées et corrigées on 1827;— 2° »oa Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands, 1825, qui est son ouvrage capital; — 3» ses Considération» sur l'histoire de France, servant d'intro-
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b33 UAJi'UEL DE l'hISTOIRB DE LA LlTTÉRATtHE FRANÇAISE
de Dumas lui-même, que les romans, le Stella de Vigny, VIndiana, la Valenttne, la Lélta de George Sand, la Confession d'un Enfant du siècle, qui sont ce qu'il y a de plus « romantique » en français, sont aussi ce qu'il y a de plus n personnel »? Ajoutez-y le Raphaël et la Graziella de Lamartine. En vérité, ce ne sont là, pour user du vers de Du Bellay,
Que les papiers journaux, ou bien les
de leurs impressions de toute sorte! Mais ce qui est sans doute plus digne d'attention, c'est de voir la critique, dans les premiers écrits de Sainte-Beuve, dans ses Por-
dnction aux Récits des temps mérovingiens, 1840; — et 4° soo Essai sur la formation et le progrès du Tiers-État, 1853.
Le recueil iotitulé Dix ans d'études historii/ues. publié en t83'i, comprend, avec les Lettres sur Vhistoire de France [nouvelle éAïtiOD], un certain nombre d'arlicles de l'autour sur différents sujets d'histoire el de littérature ou de philosophie.
Il existe deux éditions des (Suvres complètes d'Augustin Thierry : Paris. 1859, Fume; — et Paris, 1883, P. Didot.