V. — La Satire Ménippée
1° Les Sources. — Presque toutes les pièces un peu particulières, nécessaires ou utiles à l'intelligence de la Satire Ménippée, ont été réunies dans l'édition de Ratisbonne, donnée par Prosper Marchand, 3 vol. in-12, 1726, chez les héritiers de Mathias Kerner.
— Joignez l'introduction de Charles Labitte à son édition de la Satire, Paris, s. d. ; — et, du même : Les Prédicateurs de la Ligue, Paris, 1841.
2° Le Pamphlet; — et qu'il n'en faut exagérer ni le mérite, qui est tout à fait secondaire, ni la hardiesse, ni les conséquences.
— La Satire n'a point « donné la France à Henri IV », puisqu'elle a paru en 1593, et que la guerre civile n'a été pacifiée qu'en 1598; — il n'y a point de hardiesse : 1° à se mettre cinq pour écrire un livre, et nous savons assez que la division des risques est le principe même de l'assurance; — il n'y en a pas non plus : 2° à garder l'anonyme; — et 3° à avoir publié un pamphlet de cette nature neuf
LA FORMATION DE l'iDEAL CLASSIQUE 93
clierons en nous la nature, mais ce sera pour la discipliner. Catholiques ou protestants, c'est un point dont on ne tardera pas à tomber d'accord, et là est le bénéfice net, s'il est permis de parler ainsi, du mouvement de la Réforme et des guerres de religion. On a eu peur, nous l'avons dit, de la sombre et désespérante morale de Calvin. Mais, de son enseignement, on n'en a pas moins retenu l'utilité, la nécessité, l'urgence même de réagir contre la licence croissante des mœurs. Lisez à cet égard les Discours politiques et militaires de La Noue; la Sagesse de Charron et ses Trois Vérités; ou encore la Philosophie sloïque de Du Vair. Par des chemins différents, tous ces écrits, d'origine et de caractères si divers, tendent ensemble à deux ou trois fins : dont la première
mois après la conversion, et trois mois après la rentrée d'Henri IV à Paris. — Toute la bravoure des auteurs ne consiste donc qu'à avoir royalement injurié des gens à terre,et que d'ailleurs ils n'avaient pas eux-mêmes renversés. — Les auteurs de la Ménippée : Pierre le Roy, Gillot, Nicolas Rapin. Jean Passerat, Florent Crestien et Pierre Pithou : — et qu'ils n'ont pas fait preuve en se coalisant d'un talent qu'aucun d'eux ne possédait personnellement. — Il y a d'ailleurs dans quelques passages de la Satire une certaine verve de caricature ; — de satire même ; — et presque d'éloquence [Cf. la Harangue, souvent citée, du lieutenant civil Dreux d'Aubray]. — Mais on n'y trouve pas ombre d'élévation ni de noblesse; — ce sont des bourgeois furieux d'être gênés dans leurs plaisirs; — de grands ennemis des Jésuites; — et ils ont sans doute aimé leur patrie; — mais la Satire Ménippée n'en est pas moins à rayer du nombre des « grands monuments de l'esprit français ».