‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 24 sur 94 · VII. — Guillaume du Vair [Paris, 1556; f 1621, Tonneins · texte numérisé non relu

VII. — Guillaume du Vair [Paris, 1556; f 1621, Tonneins

1° Les Sources. — Richelieu, dans ses Mémoires; — Niceron, dans ses Hommes illustres, t. XLIII; — C. Sapey, Essai sur la vie et les ouvrages de G. du Vair, Paris, 2e éd., 1858 ; — E. Cougny, Guillaume du Vair, d'après des documents nouveaux, Paris, 1857.

débauches d'Henri III, la corruption de la cour ont comblé la mesure. On n'en veut plus! Et, en attendant que ce mouvement se termine par un retour à la religion, on essaie de fonder en raison, de séculariser ou de laïciser, les enseignements que la religion donnait naguère au nom de sa seule autorité.

Pour y parvenir, on essaie en même temps de se dégager de la pression ou de l'obsession des influences étrangères. Elles sont deux : l'italienne d'abord, qui, sous le long règne de la mère de trois rois, s'est étendue de la littérature à la langue, et de la langue aux mœurs; et en second lieu l'espagnole, dont le progrès dans l'Europe entière a suivi les progrès de la politique ou des armes de Charles-Quint et de Philippe II. Tandis que les femmes

2° L'Homme et l'Ecrivain. — Injuste oubli dans lequel est tombé Du Vair; — quoique d'ailleurs il ait été évèque-comte de Lisieux, — premier président du parlement de Provence ; — et deux fois garde des sceaux de France; — ou peut-être pour l'avoir été. — Son rôle politique ne semble pas en effet avoir ajouté beaucoup à sa réputation [Cf. Bazin, Histoire de France sous le règne de Louis XIII. — Il n'a pas non plus laissé de trace bien profonde dans l'histoire de l'Eglise; — n'ayant été fait évèque de Lisieux qu'à plus de soixante ans; — mais il a beaucoup aimé les lettres; — et nul avant lui n'a fait faire plus de progrès à l'éloquence française ; — par ses traductions d'Eschine, de Démosthène, de Cicéron [Pour et Contre Ctésiphon et Pour Milon] ; — par la collection de ses Arrêts rendus en robe rouge; — et par le sentiment très délicat de ce qui manquait encore à la langue [Cf. son Traité de l'Eloquence française, et des raisons pourquoi elle est demeurée si basse].

Que son rôle philosophique n'a pas été non plus sans réelle importance. — De sa traduction du Manuel d'Epictète et de son Traité de la philosophie des Stotques. — Comment son œuvre est connexe de celle de Charron, qu'elle éclaire; — mais, de plus que Charron, il a été mêlé aux grandes affaires, et de là sa supériorité d'expérience; — le champ de l'observation psychologique et morale s'en élargit d'autant. — Il se fait aussi de la dignité de la raison et du pouvoir de la volonté une idée plus « stoï-

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s'éprenaient du romanesque des Amadis, la langue usuelle se chargeait et se bigarrait d'italianisme. Termes de guerre et termes d'art, termes de cour, termes de débauche, c'est en vain qu'Henri Estienne a essayé de les expulser du vocabulaire, et finalement ils y sont presque tous demeurés. La Noue, avec son Discours sur les Amadis, n'a pas prévalu davantage contre la mode des romans et l'imitation des mœurs espagnoles. Il put sembler un moment que les auteurs de la Satire Ménippée fussent plus heureux, mais n'a-t-on pas vraiment exagéré l'importance politique de ce pamphlet célèbre? En tout cas, et quand il aurait vain des armées, l'importance littéraire n'en est pas pour cela beaucoup plus considérable. Mais encore ici, comme plus

cienne »; — et plus haute, par conséquent, de la hauteur dont le point de vue stoïque dépasse le point de vue épicurien. — Enfin, dans son Traité de la sainte philosophie, il accomplit le dernier pas : — après avoir essayé de séculariser la morale, il y renonce; — et ne voyant plus de remède à la corruption que dans le retour à la morale chrétienne, il en proclame la nécessité. — Analogie de cette évolution avec celle de la pensée de Pascal. — Les Traités philosophiques de Du Yair sont aussi nécessaires que la Sagesse à l'intelligence du mouvement d'où va sortir le jansénisme.

3° Les Œuvres. — Les éditions de Du Yair étant très nombreuses, nous suivons ici pour l'énumération de ses œuvres l'ordre de la plus complète, qui nous a paru être celle de 1617 », à Cologne, chez Pierre Aubert. — 1° Actions et Traités oratoires, 1586-1614, parmi lesquels on notera : Exhortation à la paix adressée à ceux de la Ligue et la Suasion de l'arrêt pour la loi salique au Parlement; — 2° De l'Eloquence française, comprenant le traité proprement dit et les trois traductions ci-dessus citées; — 3° Arrêts prononcés en robe rouge, dont il y a trois de plus dans l'édition de 1641, in-f°, que dans l'édition de 1617, soit en tout huit; —

1. Nous n'avons pu réussir à relrouver les dates précises de la première publication des Œuvres séparées de Du Vair; et nous devons faire observer que, par exemple, on assigne à ses Traités philosophiques la date de 160G, qui est certainement erronée, puisqu'on en trouve des passages entiers dans la Sagesse de Charron, qui est mort en 1603.

haut, le symptôme est significatif. Contre l'enthousiasme de la Pléiade et l'engouement des gens de cour pour les choses d'Italie ou d'Espagne, une tradition de résistance est créée. Un but aussi est indiqué, que l'on ne touchera pas tout de suite, mais que l'on ne perdra plus de vue. La « nationalisation » de la littérature, si les circonstances ne lui permettent pas de se réaliser encore, est devenue l'objet que les écrivains, la société, la royauté même vont se proposer; et, en un mot, si l'idéal classique n'a encore qu'une conscience un peu vague de lui-même, il est cependant déjà formé. C'est ainsi que l'enfance du talent ou du génie s'agite confusément, se disperse en apparence ou même se dissipe, mais une force intérieure ne le dirige pas moins, de traverse en traverse, à son

4° Traités philosophiques, comprenant, en plus des ouvrages déjà mentionnés, un Traité de la Constance et une Exhortation à la vie civile; — 5° Traités de piété et méditations, comprenant le Traité de la sainte philosophie, et des Méditations sur l'Oraison dominicale, sur le cantique d'Ezéchiel, sur les Psaumes de la Pénitence, etc., etc.

Nous ne connaissons pas d'édition moderne de Du Vair.

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