VIII. — François de Sales [château de Thorens, en Savoie
1567; iLyon, 1622].
1° Les Sources. — Charles-Auguste de Sales, Histoire du bienheureux François de Sales, 1634; — Bossuet, Panégyrique de François de Sales, 1662; — Bulle de canonisation de saint François de Sales, 1665; — Sainte-Beuve, Port-Royal, livre I, chap. ix et x, et Causeries du Lundi, t. VII; — A. Sayous, La littérature française à l'étranger, t. I, chap. i et n; Paris, 1853; — Robiou, Essai sur la littérature française pendant la première moitié du xvii0 siècle, Paris, 1858; — F. Strowski, Saint François de Sales, Paris, 1898; — Dom Mackey, ses Notices, dans l'édition des OEuvres, Annecy, 1892 et années suivantes '.
1. Naturellement, nous ne croyons pas devoir énumerer ici les publications très nombreuses qui relèvent plutôt de l'hagiographie cjue de l'histoire de la littérature.
LA FORMATION DE l'iDÉAL CLASSIQUE 99
but; et son originalité s'enrichit de la contrariété même de ses expériences.
On lit encore dans un traité de Guillaume du Vair : « De tous les biens que la société civile nous apporte, il n'y eu a point que nous devrions plus estimer et chérir que l'amitié des honnêtes gens; car c est la base et le pivot de notre félicité. C'est elle qui gouverne toute notre vie, qui adoucit tout ce qui y est d'amer, qui assaisonne tout ce qui y est de doux. Elle nous donne dans la prospérité à qui bien faire, avec qui nous réjouir de notre heur, en l'affliction qui nous secoure et console, en la jeunesse qui nous montre et enseigne, en la vieillesse qui nous aide et raisonne, en l'âge d'homme qui nous assiste et seconde. » Et d'abord on est tenté de ne voir là qu'un
2° Le Controversiste, l'Ecrivain, l'Orateur. — Sa famille et son éducation. — Le collège de Clermont et l'université de Padoue. [Cf. A. Favaro, Galileo Galilei e lo studio di Padova. Florence, 1883.] — Les débuts de François de Sales. — Son entrevue avec Théodore de Bèze. — La mission du Chablais [1594-1598]; — et les premiers écrits de François de Sales : Les Controverses et la Défense de l'étendard de la Croix [Cf. abbé Gonthier, La Mission du Chablais, Annecy, 1891]. — De la précision de coup d'œil, et de la netteté d'argumentation avec laquelle il réduit l'essentiel de la controverse entre protestants et catholiques à la matière de l'Eglise. — Son séjour à Paris en 1602; — et l'Oraison funèbre du duc de Mercœur. — Il est sacré évêque de Genève, 1602.
De Y Introduction à la vie dévote [Cf. Jules Vuy, La Philothée de saint François de Sales, Genève, 1878] ; — et comment dans ce livre François de Sales continue l'œuvre de Du Vair. — Charme et séduction du livre. — Les « harmonies de la nature » dans le livre de François de Sales. — Il est le premier de tant de Savoyards qui vont illustrer la littérature française. — Dans quelle mesure peut-on dire qu'il ait rendu la dévotion trai table, mondaine et séduisante ? — Sévérité réelle de sa doctrine; — et que, s'il la présentait d'une autre manière, elle ne serait plus le christianisme, mais le stoïcisme. — Le Traité de l'amour de Dieu.
De François de Sales comme prédicateur; — et pourquoi la-t-on
lOÔ MANUEL DE l'hISTOIRE DE LA LITTÉRATURE FltANÇAlSE
lieu commun de morale. Mais quand on en pèse tous les termes « comme aux balances des orfèvres; » et, d'autre part, quand on les confronte avec les événements de l'histoire du temps ; lorsque l'on sait enfin qu'ils sont contemporains de cette politique d'apaisement dont le souvenir demeure inséparable des belles années du règne d'Henri IV, il semble qu'ils revêtent une signification nouvelle. Parmi les maux de la guerre civile, compliqués de ceux de la guerre étrangère, on a compris ce que nous appellerions aujourd'hui la grandeur de l'institution sociale, et que le pire des malheurs était d'en voir les liens se briser ou seulement se détendre. On ne croit plus que l'objet de chacun soit le libre développement des puissances que la nature peut avoir mises en lui; et on ne croit pas
oublié parmi les « précurseurs de Bossuet » [Cf. Jacquinet : Les Prédicateurs du xvii» siècle avant Bossuet; et Freppel, Bossuet et l'éloquence sacrée au xvn° siècle]. - Comparaison du Sermon pour la fête de l'Assomption, 1602, avec ceux de Bossuet sur le même sujet — Utilité de ce genre de comparaisons, et qu'il n'y a pas de plus sûr moyen de caraelériser les divers orateurs de la chaire — Autre comparaison du Sermon pour la veille des Boys avec celui de Fénelon sur le même sujet. — Le Traité de la prédication, et la rhétorique de François de Sales. — « Le souverain artifice est de ne pas avoir d'artifice ». - Si François de Sales a toujours été lui-même fidèle à sa propre recommandation? — et qu'il y a bien quelque afféterie, quelque affectation de mignardise et de naïveté dans sa manière. [Cf. abbé Lezat, La Prédication sous Henri II, Paris, 1871, et dom Mackey, t. X.]
;}o Les Œuvres. — Elles se divisent en deux groupes : OEuvres polémiques et OEuvres ascétiques. Les premières comprennent : Les Controverses, publiées pour la première fois en 16 72 seulement; — la Défense de l'estendart de la Croix, 1600 — et quelnues opuscules de moindre importance. — Les secondes se composent de Y Introduction à la vie dévote, 1608-1609; - du Traité de l'Amour de Dieu, 1616; — et des Vrays Entretiens spirituels, qui n'ont paru pour la première fois qu'en 1629. — Il y faut joindre quelques opuscules, notamment l'opuscule sur les Degrés
davantage, avec l'auteur des Essais, que, comme des noix dans un sac, ainsi les hommes finissent toujours par « s'appiler » et se tasser dans une espèce d'inertie coutumière qui ressemble à de l'ordre. Mais tout de même que la santé du corps, que l'on croit être un don de la nature, n'est à vrai dire que le résultat d'une hygiène, et, par conséquent, d'un « travail » approprié, il ne suffit pas non plus d'abandonner le corps social à lui-même pour qu'il trouve son point d'équilibre, et il faut que chacun de nous travaille, de sa personne, à l'y ramener constamment.
C'est ce que veut dire le grave Du Vair, et avec lui, comme lui, c'est ce que sentent ou ce que pensent le théologal de Condom, Pierre Charron, dans son Traité
d'oraison, les Lettres spirituelles ou de direction, et les Sermons.
— La correspondance laïque du saint vaut aussi la peine d'être lue.
Peu de livres ont été plus souvent réédités que Y Introduction à la vie dévote. — Quant aux Œuvres complètes, il y en avait deux éditions passables, mais que remplace dès à présent celle qui se publie en ce moment même « par les soins des religieuses de la Visitation du premier monastère d'Annecy », et dont il a déjà paru dix volumes; Annecy, imprimerie Niérat.