‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 36 sur 94 · XII. — Le Roman depuis 1' « Astrée · texte numérisé non relu

XII. — Le Roman depuis 1' « Astrée

1° Les Sources. — Huet, De l'origine des romans, en tête de la Zayde de M™ de Lafayette, Paris, 1671; — Gordon de Percel [Lenglet-Dufresnoy], De l'usage des romans, 2 vol. in-18, Amsterdam, 1734; — G. Kërting, Geschichte des franzôsischen Romans im xvii Jahrhundert, Oppeln et Leipzig, 1885-1887;— A. Lebreton Roman au xvii« siècle, Paris, 1890; — P. Morillot, Le Roman en France depuis 1610, Paris, 1893.

V. Cousin, La société française au xvne siècle; — Rathery, Mademoiselle de Scudéry, Paris, 1873; — René Kerviler, Marin Le Roy de Gomberville, Paris, 1876.

2° L'Évolution du Roman. — Que l'action de Descartes ne s'est pas plus fait sentir dans le roman qu'au théâtre; — et que, pas plus qu'elle n'a détourné Corneille de ses voies, elle n'a détourné les romanciers des modèles de Y Astrée. — Si l'on peut dire qu'il y ait une esthétique cartésienne [Cf. Ém. Krantz, l'Esthétique de Descartes, Paris, 1882]? — mais qu'en tout cas on ne s'en douterait guère en lisant le Grand Cyrus; — et c'est l'influence de la préciosité qui continue de s'exercer ici.

Tendance idéaliste du roman au xvne siècle; — et que des parodies, comme celle de Sorel dans son Francion, ne font qu'en confirmer l'existence; — si l'on ne parodie que ce qui est à la mode. — La complication de l'intrigue ; — et, à ce propos, des rapports de la tragédie de Corneille avec le roman de La Calprenède et avec celui de Mue de Scudéri. — Même emploi de l'histoire et même préoc-

I'i6 MANUEL DE l'hISTOIRE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE

imaginations, tandis qu'avec les Scarron, les d'Assouci, les Saint-Amant le burlesque s'engendre, pour ainsi parler, du picaresque. L'influence italienne se mêle à l'espagnole. C'est de Robortelli ou de Castelvetro que l'on s'autorise pour chicaner Corneille. Les faiseurs d'épopées, rendus prudents depuis un demi-siècle par l'insuccès de la Franciade, reprennent alors courage au contact du Tasse et de sa Jérusalem. Mazarin introduit l'opéra dans nos mœurs françaises. La Fontaine, qui débute, achève son éducation littéraire dans le Dêcaméron ; Molière donne son Etourdi; Boileau gronde et s'écrie, dans une tirade qui plus tard a disparu de sa première satire :

cupation de Vactualité. — On donne seulement au hasard ce que Corneille imputait à l'action de la volonté. — L'allure épique et le caractère impersonnel dans le roman du xvne siècle. — Son intérêt « documentaire », et sa valeur psychologique.

A. Marin Le Boy de Gomberville [Ghevreuse ou Etampes, 1599 ou 1600; f 1674, Paris]. — Son Polexandre [1629-1637]. — Combinaison, dans ce roman, du genre d'intérêt des Amadis avec la curiosité géographique : — l'aventure du prince Zelmatide et l'histoire du Mexique; — l'histoire d'Almanzaïre, reine du Sénégal; — l'aventure de la princesse Perselide et la cour du Maroc. — Analogie du genre d'intérêt que présente le Polexandre avec certains romans « exotiques » de nos jours.

B. Gautier de Costes de la Calprenède [Cahors, 1609 ou 1610; -J- 1663, Andely-sur-Seine]. — Quelques mots sur le théâtre de la Calprenède: son Mithridate, 1635; son Essex, 1639; son fferménégilde, 1643. — Comment il essaie de fondre le genre d'intérêt qu'il voit que l'on prend aux tragédies de Corneille et aux traductions de Du Ryer. — L'emploi de l'histoire dans les romans de La Calprenède; — et des sous-titres qu'on pourrait leur donner : Cassandre, ou la dissolution de l'Empire d'Alexandre; — Cléopâtre, ou la dissolution de l'Empire romain; — Faramond, ou la fondation de la monarchie française. — Témoignages de Mme de Sévigné sur La Calprenède. — « La beauté des sentiments, la violence des passions, la grandeur des événements, et le succès miraculeux de leur redoutable épée, tout cela m'entraîne comme une petite fille » [lettre du 12 juillet 1671]; et, dans une lettre du 15 juillet : « Pour

LA NATIONALISATION DE LA LITTERATUfîE 147

Qui pourrait aujourd'hui, sans un juste mépris, Voir l'Italie en France, et Rome dans Paris!

Je ue puis sans horreur et sans peine,

Voir le Tibre à grands flots se mêler dans la Seine, Et traîner dans Paris ses mômes, ses farceurs, Sa langue, ses poisons, ses crimes, et ses mœurs.

Où trouve-t-on trace en tout cela de l'action de Descartes et du cartésianisme? Non! en vérité, le Discours de la méthode n'a point fait époque dans l'histoire de notre littérature. Pleins d'admiration pour le géomètre, les contemporains du « philosophe » l'ont presque ignoré comme tel. Et si la littérature a fini par secouer le jouo- de toutes ces influences qui semblaient conjurées contre elle

les sentiments... j'avoue qu'ils me plaisent et qu'ils sont d'une perfection qui remplit mon idée sur les belles âmes ». — Si d'ailleurs le style de La Calprenède est aussi « méchant » que la même Mme de Sévigné le prétend au même endroit. — Que les qualités n'en supportent pas la comparaison avec le style de Corneille ; — mais que les défauts en sont les mêmes, ou delà même famille. — Abondance de l'imagination de La Calprenède. — Que toute sa poétique est d'exciter « l'admiration », et qu'il y a réussi. — Analogie lointaine, mais certaine du genre des romans de La Calprenède avec ceux d'Alexandre Dumas.

Page 1