C. Madeleine de Scudéri [Le Havre, 1607; f 1701, Paris]. Si
son rôle ne consisterait pas à avoir « embourgeoisé » la préciosité? — Toujours est-il qu'elle en a été la vulgarisatrice, en ajoutant, dans son Artamène, aux aventures du Polexandve, et aux détails historiques de la Cléopâtre : — 1° les allusions et les portraits des hommes et des femmes de la société précieuse [Cf. Cousin, Société française au xvn" siècle] ; — 2° des épisodes contemporains, comme dans sa Clélie, l'histoire de Scaurus et de Lydiane (Scarron et Françoise d'Aubigné) ; le songe d'Hésiode (tableau de la littérature) ; la description du pays de Tendre ; — et 3° une politesse ou une galanterie très supérieure à celles de La Calprenède et de Gomberville. — Finesse de quelques analyses. — Les romans de M"e de Scudéry sont des romans « psychologiques ».
Que le succès de tous ces romans a été considérable. C'est
ainsi que l'on connaît quatre on cinq éditions, en moins de vingt ans, de la Cassandre de La Calprenède. — Les Eizevier ou
pour l'empêcher cle devenir purement française, elle le doit à de tout autres causes, dont la première et la plus importante a été le réveil de l'idée chrétienne sous la forme de l'idée janséniste.
Quelque différence en effet qu'il puisse y avoir, et qu'il y ait sans doute, entre l'idée chrétienne et l'idée janséniste, 01. ne l'a pas reconnue d'abord; et s'il ne nous est plus permis aujourd'hui de les confondre ensemble, on les a cependant un moment confondues. Les Jansénius, les Saint-Cyran, les Saci, les Arnauld n'ont pas cru travailler à une autre œuvre que les Vincent de Paul, les Olier, les Bérulle, les François de Sales; et ce qu'il y
imprimé sa Cléopâtre, ce qui était le commencement de la gloire [Cf. lalettre de Balzac à MM. les Elzevier dans A. Willems, les Elzevier, Bruxelles, 1880]. — On en connaît des traductions allemandes et italiennes; — des imitations anglaises; — et si l'on en croit Pradon, le Grand Cyrus aurait passé même en arabe [Remarques sur tous les ouvrages du sieur Despréaux, La Haye, 1685]. — Qu'il faut chercher les raisons de ce succès dans l'accord de tout ce romanesque avec l'esprit du temps; — et qu'autant ou plus que des œuvres plus vantées ces inventions ont aidé à établir la suprématie de la langue et de la littérature françaises.
3° Les Œuvres. — 1° De Gomberville : —la Carithée, 1621; — le Polexandre, 1629-1637; —la Cythérée, 1640 et années suivantes ("2e édition des premiers volumes en 1642]; — la Jeune Alcidiane, 1651 : « C'est un roman de janséniste, a écrit Tallemant, car les héros, à tout bout de champ, font des sermons et des prières » [Historiettes, IV, 467]. On a encore de Gomberville un Recueil
de vers.
2° De la Calprenède : Cassandre, 1642; — Cléopâtre, 16*7 — Faramond, 1661, les trois premières parties seulement. Le roman a été achevé par P. de Vaumorière, 1665. Nous avons dit que La Calprenède avait aussi laissé des tragédies.
3° De Madeleine de Scudéri : Ibrahim ou l'illustre Bassa, 1641 ; Artamène ou le Grand Cyrus, 1649-1653; — Clélie, histoire romaine, 1654-1661. — Il n'y a pas de doute sur l'auteur de ces trois romans, et quoique Georges les ait « signés », ils sont bien de Madeleine. — On est moins certain qu'elle soit l'auteur aussi
avait entre eux d'émulation première pour le bien ne s'est changé que plus tard en opposition. Si d'ailleurs, comme il le faut dans l'histoire des idées, nous entendons moins, sous le nom de jansénisme, une doctrine théologique rigoureusement définie qu'une manière générale de sentir et de penser, ce n'est pas seulement chez les écrivains de Port-Royal qu'on la retrouve, mais c'est encore chez quelques-uns de leurs plus illustres adversaires. Le style qui ressemblera le plus à celui de Nicole, « un style grave, sérieux, scrupuleux », ce sera le style du père Bourdaloue. Et quand enfin le jansénisme, comme avant lui le
d'Almahide ou l'esclave reine, 1660, 1663 [inachevé d'ailleurs]; — mais elle a certainement écrit Mathilde d'Aguilar, 1667, courte nouvelle, qui, — avec celles de Segrais, publiées sous le titre de les Divertissements de la princesse Aurélie l, — relie les longs romans de cette période à Zayde et à la Princesse de Clèves.
On a encore de Mlle de Scudéri des Conversations morales, Paris, 1886; — et une intéressante Correspondance.
XIII — Le Poème héroïque.
1° Les Sources. — Les Préfaces de YAdone, 1623; — de YAlaric, 1654; — de la Pucelle, 1656; — du Saint Louys, 1658; — Boileau, Art poétique, chant m, 1674; — Voltaire, Essai sur la poésie épique, 1728.
J. Duchesne, Histoire des poèmes épiques français du xvne siècle, Paris, 1870.
Théophile Gautier, article Scudéry, dans ses Grotesques. — Tiathery, Mn" de Scudéry [Cf. ci-dessus].
Chapelain, Correspondance, publiée par M. Tamizey de Larroque, dans la collection des Documents historiques, 1880, 1883. — Les douze derniers chants de la Pucelle, introduction de M. René Kerviler, Orléans, 1882; — l'abbé Fabre [évêque actuel de la Réunion], les Ennemis de Chapelain, Paris, 1888.
René Kerviler, Jean Desmarets de Saint-Sorlin, Paris, 1879.
H. Rigault, Histoire de la querelle des anciens et des modernes, Paris, 1856; — P. Dehiporte, S. J., Le Merveilleux dans la
1. C'est d'une de ces nouvelles que Racine a tiré le sujet de son Bajaiet.
protestantisme, n'aurait rendu d'autre service à l'idée chrétienne que d'en imposer la préoccupation aux « gens du monde », c'en serait assez pour notre objet. Nous n'avons pas le droit d'en appeler des décisions de Rome en matière de foi, ni celui de rouvrir la querelle, ni celui de prétendre qu'à défaut du jansénisme une autre cause n'en eût pas opéré les effets; mais nous avons le droit de lui rapporter ces effets, s'ils sont siens; et d'affirmer qu'à ce moment critique du siècle, la victoire de l'idée janséniste a été celle de l'idée chrétienne.
C'est à ce titre que l'apparition du livre d'Arnauld sur
littérature française sous le règne de Louis XIV, Paris, 1891. 2° Les Auteurs. — De la parenté naturelle du roman et de l'épopée ; — et, h ce propos, des Histoires d'Hérodote et de Y Odyssée d'Homère. — Que le xvne siècle a bien connu cette parenté [Cf. les préfaces de Polexandre et d'Ibrahim, et Boileau dans ses Réflexions sur Longin]. — Que cependant les poèmes héroïques de l'époque ne procèdent d'aucune communication naturelle des deux genres ; — mais, tout simplement, on a suivi Ronsard ;
— on a eu l'ambition de rivaliser avec le succès européen de la Jérusalem délivrée du Tasse ; — et, à cette occasion, de 1 influence du Tasse dans la littérature française. — On a cru enfin qu'il était de la dignité de la France d'avoir ses Virgile et ses Homère. — Double erreur du classicisme : — sur les conditions nécessaires de l'épopée; — et sur le pouvoir des règles. — Elle n'est nulle part plus apparente que dans l'histoire des tentatives du genre deYAlaric et de la Pucelle. — Autre espèce d'intérêt que présentent ces œuvres manquées et illisibles : — elles ont posé la question du « merveilleux chrétien » et par cette question, ainsi qu'on le verra, elles ont ouvert la querelle des anciens et des modernes.
A. Georges de Scudéri [Le Havre, 1601; -f- 1667, Paris]. — Le premier vers de son Alaric :
Je chante le vainqueur des vainqueurs de la terre.
— Mélange de l'histoire, du roman et du merveilleux; — la table des matières du poème à' Alaric : table des « descriptions », et table des « comparaisons ». — Infaillibilité du mauvais goût de Scudéri; —
la Fréquente communion, en 1643, marque une date considérable. « Aucun livre de dévotion, a-t-on dit, n'eut plus de suites », ne fut plus lu, plus discuté, même par les femmes, et ainsi ne contribua davantage, sans enlever aux précieuses la direction de l'opinion littéraire, à les détourner elles-mêmes des questions simplement agréables vers des questions plus sérieuses. Il paraissait d'ailleurs dans le temps précis qu'il fallait pour interrompre les progrès possibles du cartésianisme, en rétablissant dans ses droits cette autorité de la « tradition », dont le Discours de la méthode eût risqué, sans cette contre-
et comment il en devient presque spirituel, en nous donnant l'impression d'une parodie de lui-même.
B. Jean Chapelain [Paris, 1595; -j- 1674, Paris]. — Qu'on ne saurait être moins « parisien » et moins « gaulois » que Jean Chapelain, né à Paris, qui vécut quatre-vingts ans à Paris, et mourut à Paris. — Étrange idée qu'on a eue de vouloir le réhabiliter [Cf. V. Cousin, La Société française, t. II, p. 158]. — Son admiration pour le cavalier Marin, et sa Préface de VAdone, 1623; — sa traduction du Guzman d'Alfarache , 1631 ; — sa réputation de critique, — et de prosateur. — Son rôle dans la Querelle du Cid; — et que les Sentiments de l'Académie sur le Cid demeurent son meilleur ouvrage. — Le caractère de l'homme; — et qu'il ne s'en est guère vu de plus plat, ni d'ailleurs de plus rancunier.
Le sujet de la Pucelle; — et s'il est vrai, comme le veut Cousin, qu'il n'y en ait pas de plus beau. — Mais il ne faut pas mêler inutilement le patriotisme et l'esthétique; — et ce que Cousin admire dans le « plan » de la Pucelle est précisément ce qui en fait l'infériorité. — Logique et Poésie. — La grande prétention de Chapelain : — il a voulu que son poème fût à la fois de l'histoire, de la poésie, et de l'allégorie morale. « Afin de réduire l'action à l'Universel, suivant les préceptes, et de ne la priver pas du sens allégorique par lequel la Poésie est faite un des instruments de l'architectonique, j'ai disposé toute ma matière de telle sorte que... la France représente l'Ame de l'homme,... le roi Charles la Volonté,... l'Anglais et le Bourguignon les transports de l'appétit irascible,... Amaury et Agnès l'appétit concupiscible,... Tanneguy l'Entendement,... la Pucelle la Grâce divine », etc. — Que
partie, d'affaiblir étrangement le pouvoir. Ajouteronsnous qu'il était écrit en français? Mais en 1643, quoi qu'on en ait dit, la nouveauté n'en était plus une que par rapport à VAugustinus de Jansénius; et malheureusement, comme l'a fait observer Sainte-Beuve, l'appareil en était tout scolastique ou théologique encore. Il était réservé à Pascal d'en finir avec cet appareil, et de fonder la prose purement française, en mettant le talent ou le génie du côté du jansénisme, dans ses Lettres provinciales.
Là, et non ailleurs, se trouvent réunies toutes les qualités à la poursuite desquelles on s'efforçait depuis une
de telles préoccupations eussent pu refroidir une imagination plus ardente que celle de Chapelain. — Prosaïsme de ses vers [Cf. son Père éternel, ch. i; son portrait d'Agnès Sorel, ch. v; la description du bûcher de Jeanne d'Arc, ch. xxm].
Qu'il faut bien savoir qu'en dépit de la légende — la publication de la Pucelle n'a rien enlevé à la réputation ni à l'autorité littéraire de Chapelain. — Sa Pucelle a eu six éditions en moins de deux ans. — Éloges pompeux qu'en ont fait Godeau, Ménage, Gassendi, Huet, Montausier [Cf. Goujet, Bibliothèque française, t. XVII, p. 378 et suiv.]. — C'est Chapelain que choisira Colbert, en 1661, pour en faire en quelque sorte le « surintendant des lettres » ; — et, en effet, même après Boileau, on ne reprochera à la Pucelle que d'être « ennuyeuse »; — mais ou eu avait dit autant de Polyeucte.
C. Jean Desmarets de Saint-Sorlin [Paris, 1595; -j- 1676, Paris].
— Celui-ci a essayé de tout : — du roman, dans son Ariane, 1632;
— de la comédie, dans ses Visionnaires, 1637; — de la tragédie, dans son Erigone, 1638; — dans son Scipion, 1639; — de la poésie lyrique dans son Office de la Vierge, 1645; — et de l'épopée dans son Clovis, 1657. — L'unique intérêt du Clovis est d'ailleurs dans la Préface de 1673, où l'un des premiers, Desmarets a posé clairement la théorie du « merveilleux chrétien ».
Qu'il n'y a pas lieu de parler des émules de Desmarets et de Chapelain dans l'épopée. — Rien de plus mort que le Saint Louys du Père Le Moyne, — et quoi que l'on ait fait pour le ressusciter.
— Le siècle était déjà trop raisonnable, — et surtout trop réglé pour qu'il y pût naître des épopées. — Mais 1 amour-propre
cinquantaine d'années. Ces grands problèmes dont il semblait, en vérité, que les théologiens eussent voulu comme nous dérober l'intelligence ou nous masquer l'intérêt, en les alourdissant du poids de leur érudition et de leur dialectique, les Provinciales, presque pour la première fois, les mettaient à la portée de tout ce qui savait lire. Il n'était pas jusqu'à cet air du monde, cette aisance et cette distinction d'allures, cet enjouement et cette grâce de plaisanterie, dont on faisait tant de cas, et tant de mystère, dans les « ruelles », qui ne s'insinuât parmi toute cette théologie. Le ton y changeait de lettre en lettre, avec les
français ne va pas moins s'obstiner à en imaginer de génération en génération; — et l'on parle de la continuité de la production dramatique; — mais celle de la production pseudo-épique ne sera pas moins régulière, et surprenante, chez nous.