IV. — Jacques-Bénigne Bossuet [Dijon, 1627; f 1704, Paris
1° Les Sources. — Lévesquede Burigny, Vie de Bossuet, 1761; — cardinal de Bausset, Histoire de Bossuet, Paris, 1814; — Floquet, Études sur la vie de Bossuet, Paris, 1855; et Bossuet précepteur du dauphin, Paris, 1864; — abbé Guettée, Journal [1 vol.] et Mémoires t'3 vol.] de l'abbé Le Dieu, Paris, 1856; — abbé Réaume, Histoire de Jacques-Bénigne Bossuet, Paris, 1869; — abbé Delmont, Quid conférant latina Bossuetii opéra ad cognoscendam illius vitam... Paris, 1896.
P. de la Rue, Oraison funèbre de Bossuet, 1704 ; — Maury, Essai sur l'éloquence de la chaire, Mil ; — Dom Deforis, ses Notices, en tête des volumes de la première édition des Sermons de Bossuet, 1772; — Jacquinet, les Prédicateurs du xvne siècle avant Bossuet, Paris, 1863, et 2e édition, 1885; — abbé Vaillant, Étude sur les sermons de Bossuet, Paris, 1851; — Gandar, Bossuet orateur, Paris, 1867; et, à cette occasion, Edmond Scherer, dans ses Eludes, 1867; — abbé Lebarq, Histoire critique de la prédication de Bossuet, Paris, 2e édition, 1891 ; — Freppel, Bossuet et l'éloquence sacrée au xvne siècle, Paris, 1893 [leçons professées à la Sorbonne en 1855, 1856, 1857].
Gérin, Recherches sur l'assemblée du clergé de France en 1682, Paris, 1870, 2e édition; — abbé J.-T. Loyson, V Assemblée du clergé de France en 1682, Paris, 1870 [Cf. les livres de J. de Maistre, Du Pape et De l'Eglise gallicane, dont le second surtout est dirigé contre Bossuet].
Voltaire, Essai sur les mœurs; — Turgot, Discours de Sorbonne et Fragments historiques, dans la collection de ses Œuvres, t. II; — Herder, Idées sur la philosophie de l'histoire de l'humanité.
Rébelliau, Bossuet, historien du protestantisme, Paris, 1891.
Abbé Bellon, Bossuet, directeur de conscience, Paris, 1895.
Abbé de la Broise, Bossuet et la Bible, Paris, 1890.
des Espagnols ou des Italiens, nos écrivains croiraient donc désormais trahir « la pensée du règne », et faire publiquement acte d'ingratitude envers le roi qui les protège. C'est pourquoi, dans les œuvres les plus admirées de la précédente génération, — la Jérusalem délivrée du Tasse, par exemple, et la Diane énamourée de Georges de Montemayor, — ils ne veulent plus voir, pour eux, que l'obstacle qui les a trop longtemps détournés d'être
Th. Delmont, Bossuet et les saints Pères, Paris, 1896.
Tabaraud, Supplément aux histoires de Bossuet et de Fénelon, Paris, 1822 ; — A. Bonnel, la Controverse de Bossuet et de Fénelon sur le quiétisme, Mâcon, 1850; — Guerrier, Madame Guyon, sa vie et sa doctrine, Paris, 1881 ; — Crouslé, Bossuet et Fénelon, Paris, 1894.
Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. X, 1854; t. XII, 1856; t. XIII, 1857; et Nouveaux lundis, t. XII. — Poujoulat, Lettres sur Bossuet, Paris, 1854; — G. Lanson, Bossuet, Paris, 1891.
2° La Vie, le Rôle et l'Influence de Bossuet. — Que Bossuet n'ayant jamais écrit une ligue qui ne fût un acte, l'histoire de sa vie et celle de son œuvre sont donc inséparables. — Son origine, et qu'il importe de noter qu'il sort d'une famille de magistrats; — ses études à Dijon [collège des Godrans] ; — et à Paris, au collège de Navarre, et en Sorbonne. — Il est ordonné prêtre et nommé archidiacre de Sarrebourg, 1652; — son séjour à Metz [Cf. Floquet, t. II, et Gandar, Bossuet orateur]; — et que, de 1653 à 1659, c'est à Metz qu'il a comme arrêté presque toutes ses idées. — Si Bossuet a eu des doutes? — et comment il faut entendre la question. — Observation sur son caractère, et que peu d'hommes ont moins rassemblé à leur style. — Qu'il ne semble pourtant pas que ses doutes aient jamais ébranlé chez lui le fondement de la foi. — Dans quelle mesure ses perplexités ont ressemblé à celles de Pascal, et dans quelle mesure elles en ont différé. — De la prédilection de Bossuet, parmi les Pères grecs pour saint Jean Chrysostome, et parmi les Pères de l'église latine pour saint Augustin. — Si, dans sa vie studieuse, il n'a pas un peu négligé d'étudier les hommes? — Différence à cet égard de Pascal et de lui. — Son premier écrit public : la Réfutation du catéchisme de Paul Ferry, 1655. — Ses premiers sermons [Cf. Gandar, et surtout Lebarq, Histoire critique]. — Il se fixe à Paris, 1659.
eux-mêmes. Lisez plutôt à cet égard la Dissertation de Boileau sur Joconde, — qui est l'une de ses premières œuvres, — et voyez avec quelle assurance il y donne à La Fontaine, dans un sujet emprunté de l'Arioste, la supériorité sur l'Arioste! C'est comme s'il disait que le fond n'est rien, dans l'œuvre d'art, c'est la forme qui est tout; et, tout le monde admettant d'ailleurs que les Grecs et surtout les Latins sont à peine des étrangers pour nous,
A. Les Sermons de Bossuet. — Histoire des Sermons de Bossuet [Cf. Lebarq, Histoire critique). — Il 3 prêché à Paris : le Carême de 1660, aux Minimes de la Place Royale; — le Carême de 1661, aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques; — le Carême de 1662, à la cour ; — YAvent de 1665, à la cour; — le Carême de 1666, à la cour; — YAvent de 1668, à Saint-Thomas du Louvre; — ■ et YAvent de 1669, à la cour. — Il faut dater environ du même temps Y Oraison funèbre de Nicolas Cornet, 1663; et celle de la reine d'Angleterre, 1669. — Celle-ci est le second écrit qu'il ait fait imprimer, sur les instances de Madame, duchesse d'Orléans. Les trois manières de Bossuet. — La première est surtout « théologique et didactique » [Cf. Sermon sur la Bonté et la Rigueur de Dieu; — Premier sermon pour le Vendredi Saint; — Panégyrique de saint Gorgon; — Panégyrique des saints Anges gardiens]. — Les Sermons de cette manière sont plus longs; — plus embarrassés de dissertations; — moins habilement composés; — d'un réalisme de termes quelquefois excessif; — mais par cela même plus « colorés ». — Le chef-d'œuvre de cette première manière est le Panégyrique de saint Paul, 1657, — où d'ailleurs on peut voir aussi bien l'annonce de la seconde manière. — Celle-ci est surtout « philosophique et morale » ; — quoique non pas du tout pour cela « laïque » ; — et d'ailleurs pourvu qu'on ne prenne pas ces distinctions au pied de la lettre [Cf. Sermons : sur la Providence, 1656 et 1662, — sur la Mort, 1662, — sur l'Ambition, 1662 et 1666, — sur le Délai de la conversion, 1665, — sur la Justice, 1666, — pour la fête de la Toussaint, 1669]. — Bossuet s'efforce de démontrer, comme Pascal, qu'indépendamment de tant d'autres raisons qui commandent d'y croire, la religion est encore, de toutes les « philosophies », celle qui explique le mieux l'homme et la nature. — La composition, plus libre, est aussi plus originale; — le style, moins coloré peut-être,
mais plutôt des ancêtres, c'est d'abord en se libérant, par l'originalité de la forme, de toute influence étrangère, que la littérature devient véritablement nationale.
Elle le devient, d'une autre manière, en développant dès lors, de son propre fond, et comme à l'abri de toute action du dehors, des qualités plus intérieures, assez difficiles à définir, et dont la nationalité se reconnaît à ce signe que les étrangers ou ne les voient pas, ou ne
a plus d'ampleur et de mouvement, est plus oratoire ou « lyrique » même. — Enfin, et si l'on ne tenait compte que des Sermons proprement dits, la troisième manière serait plutôt « homilélique »,
— et on veut dire, moins tendue, plus indulgente, moins autoritaire surtout; — l'esprit de la Bible ou de l'Ancien Testament y occupe moins de place, et celui de l'Evangile une plus grande [Cf. les Sermons pour la Pentecôte, — (troisième) pour la fête de la Circoncision; — (troisième) pour le jour de Noël]. — On a moins de Sermons de cette dernière manière; — Bossuet improvisant avec plus de liberté, sans doute; — et il faut se souvenir qu'ils sont contemporains des grandes Oraisons funèbres.
Les contemporains ont-ils apprécié les Sermons de Bossuet à leur valeur? — Témoignages à ce sujet [Cf. Etudes critiques, t. V, l'Éloquence de Bossuet]. — Qu'il semble qu'en tout cas la gloire du controversiste ait nui à celle de l'orateur. — Que, de dire de Bossuet qu'il était trop supérieur à son auditoire pour en être apprécié, c'est se tromper étrangement sur des auditeurs qui étaient les lecteurs de Pascal et les spectateurs de Racine. — D'un mot de Nisard à ce sujet. — C'est méconnaître également la manière dont agit l'éloquence. — Que si, comme le dit Voltaire, « Bossuet ne passa plus pour le premier prédicateur quand Bourdaloue parut » la raison en est bien simple ; — c'est que Bourdaloue aborde les chaires de Paris au moment où Bossuet en descend, — pour n'y plus remonter qu'à de rares intervalles; — à partir de sa nomination comme évêque de Condom. 1669; — et comme précepteur du Dauphin, 1670.
B. Bu râle de Bossuet à la cour. — Il publie son Exposition de la doctrine de l'Église sur les matières de controverse, 1671;
— il essaie de détacher Louis XIV de Mme de Montespan; — ses Lettres au roi, 1675; — sa Lettre au maréchal de Bellefonds, 1675.
— Si Bossuet a manqué de courage dans cette occasion? — et que
les sentent point. Telles sont, entre autres, les qualités que nous goûtons peut-être le plus dans Racine : profondeur, subtilité d'analyse ou d'observation morale; négligence apparente mais étudiée du style, dont le contour sinueux imite en quelque sorte ce qu'il y a de plus caché dans les mouvements de la passion ; harmonie des proportions ; et, généralement, tout ce que la forme oratoire de sa tragédie semble, en vérité, dérober à tous ceux qui n'ont
voudrait-on qu'il eût fait davantage? — De l'éducation du Dauphin, et comment Bossuet l'a dirigée [Cf. la Lettre au pape Innocent XI, du 8 mars 1679]. — L'affaire de la régale et l'assemblée du clergé [Cf. Gérin et Loyson]. — Si Louis XIV eût été jusqu'au schisme?
— Le Sermon sur l'unité de l'Eglise, 1681. — Comment ses origines parlementaires; — son éducation de Sorbonne ; — une complaisance de sujet fidèle ou de bon Français ; — et l'idée qu'il se faisait du pape Innocent XI portaient Bossuet à l'attitude qu'il a prise à cette occasion. — Paroles caractéristiques de Joseph de Maistre dans son livre De l'Eglise gallicane [Liv. II, ch. 8]. — Les quatre articles. — Mariage du Dauphin, 1680 ; — Bossuet est nommé aumônier de la Dauphine, 1680; — et, l'année suivante, évêque de Meaux.
C. Le Discours sur l'histoire universelle. — Le Discours est, de tous les écrits que Bossuet a composés pour l'éducation du Dauphin, le seul qu'il ait publié lui-même. — Des raisons qu'il a eues de le publier; — et qu'elles sont analogues à celles de Pascal lorsqu'il composait son apologie. — Des objections que l'on a faites au Discours, et que les unes ne tiennent pas compte que le Discours que nous avons devait être suivi d"un second. — Qu'il y en a d'autres qui proviennent de ce qu'on le lit mal, et qu'on en néglige la seconde partie : la Suite de la Religion. — Que cependant cette seconde partie est la plus importante; — en ce sens que Bossuet y répond : aux attaques des « libertins » contre la religion; — au Traité théologico-politique de Spinoza; — et à la naissante exégèse de Richard Simon. — Beauté du plan du Discours.
— Simplicité, vigueur et majesté du style. — Dans quelle mesure l'érudition moderne a-t-elle ruiné le Discours sur l'histoire universelle? — Aveu de Renan sur ce point; et que le dernier effort de sa « philologie » a été de reconnaître qu'il n'y avait que « trois histoires de premier intérêt : la Grecque, la Romaine et la Juive s;
pas en naissant respiré l'air de France. Telles sont aussi quelques-unes des qualités de Bossuet. On rend universellement justice à la force et à la précision de sa langue; on admire en lui l'historien et le controversiste; on rend hommage à l'orateur, plus abondant que Cicéron et plus nerveux que Démosthène : je ne sais si l'on apprécie hors de France tout ce qu'il y a de naturel, de simplicité, j'oserai dire de familiarité sous la splendeur de cette inimi-
et que par conséquent d'acheminer les deux premières jusqu'à leur
rencontre avec la troisième, quand ce ne serait qu'une méthode, ce serait encore la bonne. — Que, ce point accordé, les jugements particuliers de Bossuet conservent une valeur « scientifique » réelle; — et contiennent des observations dont on n'a depuis lui dépassé ni la justesse ni la profondeur. — Ajoutez qu'il a fondé dans la littérature européenne la « philosophie de l'histoire » [Cf. Robert Flint, la Philosophie de l'histoire].
D. La grande idée de Bossuet : la réunion des Églises. — Quelles raisons il a eues de croire cette réunion possible. — Nombreuses conversions auxquelles il a coopéré. — La conversion de Turenne. — Embarras des protestants à réfuter la doctrine de l'Exposition. — La Conférence avec M. Claude, 1682. — Les grandes Oraisons funèbres. — Les progrès du « libertinage » et Y Oraison funèbre d'Anne de Gonzague. — L'Oraison funèbre de Michel Le Tellier et la révocation de l'Édit de Nantes. — Que, comme l'idée de la Providence domine toute la philosophie de Bossuet, l'idée ou le rêve de la réunion des Églises domine toute sa controverse.
— Que par là s'expliquent. — son indulgence [Cf. Ingold, Bossuet et le Jansénisme, Paris, 1897] pour le jansénisme; — sa sévérité contre les casuistes ; — son rôle dans l'assemblée de 1682; — et sa méthode apologétique. — Entre protestants et catholiques il n'y a pour lui qu'une question, qui est la question de l'Eglise; — et il n'a entrepris son Histoire des variations que pour montrer à quels signes certains se reconnaissait la véritable Église.
E. 'L'Histoire des variations des églises protestantes, 1688.
— Discussions récentes à ce sujet [Cf. Rébelliau, Bossuet historien] — et que Bossuet, dans ce grand livre, a fait vraiment œuvre d'historien. — Solidité de son érudition; — finesse et impartialité de sa critique. — Que d'ailleurs dans ce livre trop peu lu se trouvent quelques-unes des plus belles pages de Bos-
table éloquence, combien peu de rhétorique et d'apprêt, quelle absence d'amour-propre et de vanité littéraire! Et La Fontaine encore, combien y a-t-il d'étrangers qui comprennent ce que nous avons d'admiration singulière pour cet alliage, unique en lui, de nonchalance épicurienne, de malice gauloise, et de pure poésie? Ils ont peine surtout à concevoir que « le plus français de nos poètes » soit en même temps le plus « inspiré des
suet. — Les portraits dans l'Histoire des variations; — les narrations; — la dialectique. — Sobriété, force et rapidité du style de Bossuet. — Effet produit par l'Histoire des variations. — Elle est attaquée par Burnet, et par Jurieu, dans ses Lettres pastorales. — Bossuet répond à Burnet dans sa Défense de l'Histoire des variations, 1691; — et à Jurieu par ses Avertissements aux Protestants, 1689-1691. — Comment les Avertissements font corps avec l'Histoire des variations. — Les trois premiers Avertissements [Cf. Pressensé, les Trois premiers siècles de l'Eglise chrétienne; et Ad. Harnak, Lehrbuch der Dogmen Geschichte, 2e édition, Fribourg, 1888-1890]; — le quatrième Avertissement, sur le Mariage chrétien; — le sixième Avertissement; et si Bossuet n'y a pas prévu, indiqué et décrit par avance l'évolution du protestantisme contemporain? — Qu'en tout cas, le problème est toujours de savoir comment on conciliera l'individualisme protestant avec la prétention du protestanlisme à former des églises. — De la clarté souveraine dont Bossuet a illuminé ces questions difficiles et obscures; — et qu'il n'y a rien de plus oratoire, même dans ses Sermons, que dans les Avertissements, ou dans l'Histoire des variations.
F. Autres travaux de Bossuet. — Sa Defensio cleri gallicani [ouvrage posthume]. — Sa Défense de la tradition et des saints Pères contre Richard Simon. — Du respect de Bossuet pour la tradition. — Le jugement de l'envoyé de Brandebourg sur le rôle de Bossuet [Cf. Ezéclnel Spanheim, Relation de la cour de France en 1690]. — Correspondance avec Leibniz [Cf. Foucher de Careil, OEuvres de Leibniz, t. I et II, Paris, 1867]. — Les Maximes sur la comédie, 1693. — L'affaire du quiétisme. — Comment Bossuet s'y est trouvé mêlé sans y avoir songé. — Importance de la question, et comment elle s'est compliquée d'une question politique; — le parti du Dauphin et le parti du duc de Bourgogne
anciens » ; et qu'un recueil de Fables, dont il n'y en a pas une qui ne soit empruntée de quelque source étrangère, ne soit cependant qu'une perpétuelle création.
Ce n'est pourtant pas tout encore, et dans toutes ces œuvres, ce que je trouve de plus national, c'est l'impossibilité même d'y séparer ce qui est proprement et purement français de ce qu'elles contiennent d'universel. Elles sont universelles; et on ne conçoit pas qu'elles eussent
[Cf. la correspondance de Madame, duchesse d'Orléans]. — Du rôle que Bossuet a tenu dans la controverse. — Comment il comprend le mysticisme [Cf. dom Mackey, son introduction au Traité de l'Amour de Dieu, de Saint François de Sales]. — ls' Instruction sur les Etats d'oraison et la Relation sur le quiétisme, 1697-1698. — Que, s'il a manqué de « charité » dans l'ardeur de la lutte, ses adversaires y ont manqué de franchise. — Les dernières années de Bossuet [1700-1704]. — Il met la dernière main à ses anciens travaux. — Il achève sa Politique ; — ses Elévations et ses Méditations ;
— il reprend sa Défense de la tradition et des saints Pères.
— Son œuvre de direction. — Ses préoccupations de famille, et sa faiblesse pour son neveu. — Ses sollicitations auprès du roi. — Sa mort.
G. Les Elévations sur les mystères et les Méditations sur l'Évangile. — Dans quelles conditions ont été composés ces deux ouvrages; — et que Bossuet y a voulu faire passer la substance de ses anciens sermons. — C'est ce qu'il a fait aussi dans sa Politique [Cf. les sermons sur les Devoirs des rois et sur la Justice].
— Qu'il est possible encore qu'il y ait dans les Méditations et les Élévations quelque chose de ce que Bossuet avait dû rapprendre pour combattre Fénelon. — Plan des Elévations et des Méditations. — Originalité des premières, et leur portée philosophique.
— Les premières semaines des Elévations contiennent quelquesunes des plus belles inspirations de Bossuet. — De l'accent de tendresse des Méditations ; — et, à ce propos, de la douceur du caractère de Bossuet. — Témoignages à ce sujet : — du Père de la Rue, dans son Oraison funèbre; — de l'abbé Le Dieu, dans sou Journal; — de Saint-Simon, dans ses Mémoires. — Que les titres mêmes des Méditations cl des Elévations nous révèlent ce qu'il y a de lyrique dans le tempérament de Bossuet [Cf. les Elévations de Vigny, les Méditations de Lamartine]. — Que, pour cette raison,
pu naître ailleurs qu'en France, et au xvne siècle! Et cependant, d'être de tous les temps et de tous les pays, non seulement cela ne fait point qu'elles ne soient aussi du leur, mais il semble qu'une part au moins de leur originalité consiste en cela même. A cet égard, elles sont l'équivalent de la peinture italienne de la renaissance ou de la sculpture grecque de la grande époque, dont il faut bien que les chefs-d'œuvre soient nationaux de leui
les Elévations et les Méditations forment peut-être ensemble le plus « personnel » des ouvrages de Bossuet; — et qu'ainsi, en le ramenant aux préoccupations de ses débuts, elles terminent harmonieusement sa vie : — après l'enthousiasme de la jeunesse, les agitations, les inquiétudes, les combats de l'âge mûr; — peut-être aussi les faiblesses; — et, pour finir, la retraite dans le sanctuaire des hautes idées et de l'espérance.
H. De l'influence que Bossuet a exercée sur ses contemporains, — et de l'injustice du reproche qu'on lui fait [Cf. Sainte- Beuve, dans son Port-Royal, et Renan, Introduction à l'Histoire de l'Ancien Testament de Kuenen] de n'avoir pas deviné Voltaire. — Comment, au contraire, une partie de son œuvre est dirigée contre « les libertins » ; — comment une autre a pour objet d'empêcher qu'on augmente les difficultés de croire; — et comment une autre enfin prouve qu'il a compris que le premier danger que courût sa religion était dans la division des chrétiens [Cf. Sermons sur la Vérité de la religion, 1665; — l'Oraison funèbre de la Princesse palatine, 1685 ; — la Lettre à un disciple du P. Malebranche, 1687; — le sixième Avertissement aux protestants, 1691]. — Qu'il a également bien vu où tendait la critique de Richard Simon; — et qu'on ne peut raisonnablement lui faire un grief de n'avoir pas admis que la Bible fût un livre de la nature de l'Iliade ou du Ramayana. — Qu'en réalité Bossuet, pendant près d'un siècle, a été le maître de la pensée orthodoxe; — qu'à ce titre c'est contre lui que les « philosophes » porteront bientôt leur principal effort; — et que, pour cette raison, on ne saurait comprendre Voltaire, si l'on ne connaît d'abord Bossuet.
3° Les Œuvres. — On peut distinguer les Œuvres de Bossuet, qui ne forment pas moins d'une quarantaine de volumes [dans l'édition de Versailles] en OEuvres d'exégèse; — Œuvres d'édification et de piété; — OEuvres de controverse et de polémique;
universalité même, puisqu'enfin on les a partout imités et cependant nulle part, je ne veux pas dire égalés, mais reproduits seulement. Ainsi la tragédie de Racine, ou la comédie de Molière; et s'il est difficile d'éclaircir le mystère, ce n'est pas toutefois une raison de le nier. Naturelles en tant qu'humaines, disions-nous tout à l'heure; et maintenant il nous faut dire : nationales en tant qu'universelles, et universelles en tant que nationales.
— OEuvres composées pour l'instruction du Dauphin; — et Œuvres diverses.
A. Ses OEuvres d'exégèse nous appartiennent à peine, comme étant écrites en latin; — et celles qui sont écrites en français, — comme son Explication de l'Apocalypse, 1689; et ses deux Instructions sur la version du Nouveau Testament imprimé à Trévoux, 1702, 1703, — faisant aussi bien partie, ou même à plus juste titre, de ses OEuvres de controverse.
B. Ses OEuvres d'édification et de piété, sans parler de ses OEuvres pastorales, peu nombreuses d'ailleurs, comprennent : ses OEuvres oratoires, Sermons, Panégyriques et Oraisons funèbres;
— ses Élévations sur les mystères, ses Méditations sur l'Evangile;
— et ses Lettres de direction.
De cette collection unique, il n'a paru, du vivant de Bossuet, que les six grandes Oraisons funèbres, 1670, 1670, 1683, 1685, 1686, 1687; et le Sermon dit de l'Unité de l'Église, 1682.
Les Elévations et les Méditations, qu'il avait lui-même destinées à l'impression, n'ont paru qu'en 1727 et 1730-1731, par les soins de son neveu, l'évêque de Troyes.
Les Lettres de direction, presque toutes adressées à des religieuses, et dont les plus importantes sont les Lettres à la sœur de Saint-Bénigne [Mme Cornuau] et les Lettres Mm& d'Albert de Luynes, ont été publiées, les premières en 1746 et 1748, les secondes en 1778.
Quant aux Sermons, qui existent pour le plus grand nombre en manuscrits à la Bibliothèque nationale, ils ont paru pour la première l'ois, de 1772 à 1778, par les soins de Dom Deforis. Ils ont été revisés par M. Lâchât, pour son édition des OEuvres, Paris, 1862 et aun. suiv., Vives. Enfin et plus récemment ils ont été de nouveau revisés, et classés pour la première fois dans l'ordre chronologique, par M. l'abbé Lebarq, dans son édition ses OEuvres ora-
Un troisième caractère en dérive, ou s'en compose, explique les autres et s'explique par eux, qui est qu'en même temps que du désir de plaire, toutes ces œuvres sont animées de l'ambition d'instruire, didactiques ou morales, dans le sens élevé, clans le sens large de l'un et l'autre de ces deux mots. Que ce caractère s'aperçoive d'abord, et, presque sans métaphore, qu'il saute aux yeux dans un sermon de Bossuet ou de Bourdaloue, dans un
foires de Bossuet, Paris, 6 vol. in-8°, 1890-1896; Desclée et de Brouwer.
C. Les Œuvres composées pour l'éducation du Dauphin, — ou, pour mieux dire, à l'occasion de 1 éducation du Dauphin, sont : 1° le Discours sur l'histoire universelle, publié par Bossuet luimême en 1681; — 2° la Politique tirée des propres paroles de l'Ecriture Sainte, publiée par son neveu, avec la Lettre au pape Innocent XI sur l'éducation du Dauphin [en latin], 1709; — 3° le Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même, publié pour la première fois, en 1722, comme étant de Fénelon, dans les papiers duquel on l'avait retrouvé, et pour la seconde, sous le nom de son véritable auteur, en 1741 ; — enfin 4°, un Abrégé de l'histoire de France qui n'a paru pour la première fois qu'en 1747.
On range aussi dans cette classe le Traité du libre arbitre, publié par l'évêque de Troyes en 1731, mais nous avons peine à croire qu'il ait été composé pour l'éducation du Dauphin.
D. Les Ouvrages de controverse comprennent : 1° Les ouvrages Contre les protestants, dont les principaux sont :Y Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique en matière de controverse, 1671 ;
— la Conférence avec M. Claude, 1682; — Y Histoire des variations des églises protestantes, 1688; — les six Avertissements aux protestants, 1689-1691 ; — et les deux Instructions sur les promesses de l'Eglise, 1700 et 1701. Il y faut joindre le recueil de Dissertations et de Lettres, composées dans la vue de réunir les protestants d'Allemagne ci l'Eglise catholique, publié pour la première fois en 1753, complété dans les éditions successives des Œuvres, et, par M. Foucher de Careil, dans les deux premiers volumes de son édition inachevée de Leibniz, 1867.
2» Les ouvrages relatifs au Quiétisme, dont les principaux sont :
— l'Instruction sur les états d'oraison, premier traité, 1697; et second traité, retrouvé seulement de nos jours, 1897; — le recueil
chapitre de Malebranche ou dans une Satire de Boileau, rien de plus naturel, si même ce n'est un peu de naïveté que d'en faire ici la remarque. Il est déjà plus intéressant de retrouver la même intention dans les Maximes de La Rochefoucauld et dans les Fables de La Fontaine, de tous ces grands écrivains le plus irrégulier sans doute, et celui que l'on se plaît, trop volontiers peut-être, à regarder de nos jours comme une exception en son temps. Parce
intitulé : Divers écrits sur les Maximes des saints, 1698; — et la Relation du quiétisme, 1698. — 11 y faut joindre une volumineuse Correspondance, qui n'a paru qu'en 1788.
3° Les ouvrages relatifs à la Question Gallicane, presque tous composés en latin.
4° Enfin les ouvrages relatifs à R. Simon, et dont les principaux sont : — les Instructions sur la version du Nouveau Testament imprimé à Trévoux, 1702 et 1703; — et la Défense de la tradition et des Saints Pères, qui n'a paru qu'en 1753.
E. Une dernière classe peut être formée des Ecrits ou Opuscules divers et de la Correspondance de Bossuel. Nous nous bornerons à citer parmi ces écrits : — les Maximes sur la comédie, 1694; — le Traité de la concupiscence; — le Traité du libre arbitre, 1731; — le Traité de l'usure, 1753; — et une Correspondance considérable. [Cf. H. -M. Bourseaud : Histoire et description des manuscrits et éditions originales de Bossuet, Paris, 1897.]
Les meilleures éditions de Bossuet sont l'édition de Versailles, en 43 volumes in-8°, Versailles, 1815-1819, de l'imprimerie de Lebel; — et l'édition de M. Lâchât, 31 volumes in-8°, Paris, 1862, Vives. — Il y faut joindre aujourd'hui l'édition des OEuvres oratoires donnée, comme nous l'avons dit, par l'abbé Lebarq, Paris, 1890-1896.