VI. — Louis Bourdaloue [Bourges, 1632; -j- 1704, Paris
1° Les Sources. — M'"e de Pringy, Eloge du P. Bourdaloue, dans le Mercure galant de juin 1704; — abbé Lambert, Histoire
lui-même ne sont pas tant à ce point de vue même des effets que des causes? Peut-on dire que les idées de Pascal ou celles de Bossuet, par exemple, fussent « dans le sens du mouvement général de l'Europe »?Ne le diraiton pas mieux des idées de Locke ou de Grotius? Et, en France même, d'où donc aurait procédé la résistance, l'opposition qu'ont rencontrée les Molière, les Boileau, les Racine, et dont je répète que, sans l'intervention per>
littéraire du règne de Louis XIV, 1751, t. I; — Maury, Essai sur l'éloquence de la chaire, Mil .
Vinet, Bourdaloue, dans le Semeur, 1843, et daus ses Mélanges;
— Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. IX; — J.-J. Weiss, Bourdaloue, dans la Revue des cours littéraires, septembre 1866;
— abbé Hurel, les Prédicateurs sacrés à la cour de Louis XIV, Paris, 1872; — A. Feugère, Bourdaloue, sa prédication et son temps, Paris, 1874; — le P. Lauras, S. J., Bourdaloue, sa vie et ses œuvres, Paris, 1881 ; — abbé Blampiguon, Etude sur Bourdaloue, en tète de son Choix de sermons du P. Bourdaloue, Paris, 1886; — H. Chérot, S. J.. Bourdaloue inconnu, dans les Études religieuses de 1898.
Louis Veuillot, Molière et Bourdaloue, 1863.
2° L'Orateur. — Absence de renseignements sur sa jeunesse; — et manque de toute espèce d'événements dans sa vie; — sincérité de sa vocation; — simplicité de son existence; — et unité de son œuvre. — Ses débuts dans les chaires de Paris, 1669; — et du mot de Voltaire : c que Bossuet ne passa plus pour le premier prédicateur dès que Bourdaloue eut para ». — Bourdaloue à la cour :
— Avents de 1670, 84, 86, 89, 91, 93, 97, et Carêmes de 1672, 74, 76, 80, 82, 95. — Succès prodigieux de Bourdaloue [Cf. les Lettres de MmC de Sévigné, passim, et le Journal de Dangeau]. — Si ce succès doit être attribué au caractère exclusivement moral et rarement dogmatique de sa prédication? — Exagération de Nisard à ce sujet.
— Si la cause du succès de Bourdaloue est dans les « portraits » ou « allusions » que contiendraient ses Sermons? — Difficulté de répondre à cette question. — Nous n'avons pas les vrais Sermons de Bourdaloue ; — mais ses Sermons retouchés, refondus et réduits plusieurs en un seul. — Les » portraits » de Pascal, dans le Sermon sur la médisance; — et d'Arnauld, dans le Sermon sur la sévérité chrétienne ; — et si ce sont vraiment des c portraits » ?
sonnelle de Louis XIV, ils n'auraient pas triomphé? Mais ce qu'il importe surtout d'observer c'est que le « siècle de Louis XIV » n'a guère duré plus de vingt-cinq ans, ce qui est peu pour un siècle, si l'on ne regarde qu'au nombre des années, mais ce qui est beaucoup si l'on fait attention qu'il n'y a pas une de ces vingt-cinq années qui ne soit illustrée de quelque chef-d'œuvre. Nous n'avons pas plus tôt gravi l'un des versants de la colline,
- La « hardiesse » de Bourdaloue; - et qu'il ne semble point qu elle ait passé l'ordinaire de la chaire chrétienne en son temps — Ll faut chercher ailleurs l'explication du succès de Bourdaloue • — et on la trouve aisément :
A. Dans la richesse de son invention oratoire. — Diversité des plans dans les Sermons de Bourdaloue, et, à ce propos, des Quatre sermons pour la Toussaint, - ou des trois Sermons : sur la Crainte de la mort, - sur la Préparation à la mort, - sur la Pensée de la mort. - Beauté particulière de ce dernier sermon. — Sévérité de la méthode; - et, à cette occasion, du paradoxe de Fénelon dans ses Dialogues sur l'éloquence. - Qu'il est aussi puéril de reprocher a un sermon d'être divisé d'ordinaire en trois points qu a une tragédie de l'être en cinq actes; - que Bourdaloue n'a d ailleurs pas pensé qu'il convînt de faire le bel esprit dans la chaire chrétienne; - et qu'on ne saurait trop diviser, distinguer et appuyer quand on se préoccupe avant tout, comme lui, d'instruire et de « morahser ,. Les transitions dans l'éloquence de Bourdaloue; - et, plus généralement, de l'importance des transitions dans 1 art oratoire; - comme servant à « faire communiquer , les idées entre elles; - à en établir la gradation naturelle; - et à les « changer » en idées voisines. - De la clarté souveraine, - mais surtout continue, - que ces qualités donnent aux sermons de Bourdaloue; - et qu'il y faut voir la première raison de son succès — On en trouve une autre :
B Dans le caractère pratique de sa prédication. - Les sermons de Bourdaloue sont de ceux où abondent les règles précises de conduite. - [Cf. les Sermons sur les Devoirs des pères, — sur le Soin des domestiques, - sur les Divertissements du monde, - sur la Destitution.] - Il ne se contente pas de dire ce qu'il ne faut pas faire; - mais il dit ce qu'il faut faire; - ses instructions sont concrètes, et ses conseils déterminés. — Comment Bourdaloue
qu'il en faut redescendre l'autre; et après tout, pourquoi nous en plaindrions-nous, si la vie ne consiste que dans le mouvement même?
En fait, le traité de Nimègue, en 1678, qui semble marquer l'apogée de la puissance de Louis XIV, commence précisément d'en annoncer le déclin. La galanterie des débuts du règne avait dégénéré en scandale public, et c'est en vain que les prédicateurs avaient tonné du haut
s'inspire de l'actualité [Cf. le sermon sur V Impureté]. -La polémique contemporaine dans les Sermons de Bourdaloue [Cf. les Sermons sur la Sévérité chrétienne, contre le jansénisme; sur l'Obéissance due à l'Église, contre le gallicanisme; ; - sur l'Hypocrisie, contre Molière et son Tartuffe}. - Une dernière raison du succès de Bourdaloue se trouve :
C Dans la nature de son éloquence et de son style. - Bourdaloue est le plus continûment éloquent de nos prédicateurs. - Par où l'on veut dire : - qu'il répand une lumière égale sur toutes les parties de son sujet; - que le mouvement ordinaire de son éloquence a moins de variété que d'ampleur; - et qu'il n a presque point de traits ni de morceaux. - Simplicité du style de Bourdaoue — Son dédain de toute rhétorique, - et si peut-être il ne 1 a pas poussé au delà des justes bornes? - Que la manière de l'homme que l'on a justement appelé « la vivante réfutation des Provinciales » est la plus janséniste qu'il y ait; - après celle de Nicole- — et que cette manière même l'a servi en son temps, —ht qu'elle'est trop exacte; - ou trop « raisonnable » pour notre goût contemporain; - mais qu'il ne faut pas qu'elle nous cache la finesse — la profondeur, - et l'étendue de sa psychologie. — Comparaison à ce propos des Essais de Nicole, et des Sermons de Bourdaloue; -admiration égale de M™ de Sévigné. - Que toutes ces raisons, qui expliquentle succès de Bourdaloue dans le sermon, — expliquent son infériorité dans V Oraison funèbre, le Panégyrique et la prédication des Mystères.
En revanche, et pour les mêmes raisons, - que Bourdaloue demeure en français le vrai maître du développement oratoire; — si nul mieux que lui n'a su poser, diviser et ordonner un sujet ; — le traiter selon sa constitution; - et n'y rien ajouter d extérieur ou de superflu. — Cette entière sincérité ne fait pas moins d honneur à son caractère qu'à son talent, - ou plutôt son talent et son
de la chaire! Aux leçons de Bourdaloue Louis XIV avait continué de préférer celles de Molière :
Un partage avec Jupiter
N'a rien du tout qui déshonore...
Maintenant c'est l'excès ou l'enivrement de la puissance qu, 1 engage dans des entreprises au-dessus de ses forces Son a,r de hauteur et d' « est.me de soi », qu'aucun'
6a Les Œuvres. — Les OFuvre* Aa vt„ j 1 F1 restants,
que de ses Sermons: - de ra Zen ts d T *' ** COmP0»^
ses éditeurs sous le litre de Se 1 etl', fT?"' **»** ^ de lettres. censées , - et d un très petit nombre
L'édition originale des Sermons ou des Œuvres dP R„ j i préparée certainement en partie par lui, maf "£„* Zt^ Bretonneau, son confrère, a paru de 1707 à 17 J l? idirecteur de l'imprimerie royale, et comprend ' T R,ffaUd'
l'A.1, 1707; - trois volumes' pour fe £ré me 1707 ' T* volumes de Mystère* 170Q- ^ i ""'e"ie, uuj ; deux
wc«/es, 1716; — et enfin rimt ™1 ' ,/rois volumes de Z>0,„|
Pari"'. ~~ Ni°°laS Boilea-DespréauX [Paris, ,636; t 17,,, 1" Les Sources '. - Desmaizeaux, La rie de M n, ■
^Cizeroa Riva,, UuZ ^Z^^BotlTÉef ^ Brossette, Lyon, 1770 — d'AlemW* #/ j0ll*au-Despreaux et collection £ ses ^^^^^^"^.1.
Samt-Pr«,2Ws«ri.0*7é«„, Paris 1830. ' ~ Bemat
.e^^'^^^^^^Sa^H, P iS; 1830, Langlois et Dela
familiarité désormais ne tempère et qui l'immobilise dans une attitude de solennité; ses abus de pouvoir; ses chambres de réunion, sa grande querelle avec la cour de Rome, la révocation de l'Édit de Nantes; son intervention dans les choses d'Angleterre, la politique brutale et despotique de Louvois indisposent, inquiètent, irritent l'opinion, soulèvent contre lui les armes de l'Europe entière. Et, dans l'infatuation où il est de sa personne, quand il n'a plus de Colbert pour diriger ses finances, de Turenne,
Sainte-Beuve, Portraits littéraires, t. I; Port-Royal Uv. VI, ch vir et Causeries du lundi, t. VI; - Philarète Chasles, les Victimes de Boileau, dans la Revue des Deux Mondes juin et août 1839- — F. Brunetière, article Boileau dans la Grande Encyclouédie 1887; Notice en tête des Œuvres poétiques de Boileau, 18b(9; et f Évolution des genres, t. I, 1890; - P. Morillot Boileau daîTia collection des Classiques populaires, 1891; - Lanson, Boileau, dans la collection des Grands Ecrivains français, 1892.
* Delaporte, S. J., l'Art poétique de Boileau commente par ses
contemporains, Lille, 1888.
2o L'Hommbet l'Écrivain.— Origine et jeunesse de Boileau; le Palais en 1640; — grande robe, moyenne robe, petite robe. — Les « études théologiques » de Boileau; - ses études de droit; ses premières pièces; -la composition des premières Satires, 1660 1661; — les Stances pour l'Ecole des femmes, lbW. — Liaison de Boileau avec Molière, La Fontaine et Racine. — Encore le Cabaret du Mouton blancl - La Dissertation sur Joconde. — Lecture des Satires dans les compagnies. - Le recueil de Hollande, 1665. - Boileau se résout de se faire imprimer lb66. Émotion produite par les premières Satires [I, M, Vil, 11, IV, HI vi et particulièrement dans la « Société précieuse ». — Répliques de Cotin : la Satyre des satyres, 1666, - et de Boursault 1669 — Leur violence injurieuse. — Courage et persévérance de Boileau. - Le Discours sur la Satire, 1668. - Coalition des ennemis de Boileau. - Chapelain et les Perrault 1 empêchent d'être inscrit « sur la liste des bienfaits du Roi » ; - et essaient de l'empêcher d'obtenir le privilège nécessaire pour 1 impression de ses œuvres; - pendant que M. de Montausier le menace de voies de fait. — h'Épilre au Roi; — Boileau la fait présenter au
de Condé, de Luxembourg pour diriger ses armées, de Lionne, enfin, ni de Pomponne pour diriger sa diplomatie, c'est le moment qu'il choisit pour se précipiter dans la guerre qui doit aboutir au funeste traité d'Utrecht.
Cependant, au dedans, tout s'assombrit aussi. La scandaleuse et tragique affaire des poisons entr'ouvre brusquement aux yeux comme un abîme d'ignominie [Cf. Ravaisson, Archives de la Bastille, t. IV, V, VI, Vil, Paris, 1870-1875]. Si la France en masse est malheu-
roi par M™6 de Montespan ; — et à ce propos des services rendus aux gens de lettres par Mme de Montespan, — qui expliquent, sans les excuser, les flatteries qu'ils lui ont tous ou presque tous adressées. — Pouvaient-ils être plus prudes que Vivonne, le frère de la dame? — et, vivant eux-mêmes comme ils faisaient [Cf. Lettres de Mma de Sévigné, 1671]; — les accuserons-nous de « bassesse »? — Publication des premières Epitres; — de l'Art Poétique; et des premiers chants du Lutrin, 1674. — Le « sieur Despréaux » figure pour la première fois sur la « liste des bienfaits du Roi » en 1676; — il est nommé pour « écrire l'histoire du Roi », 1677; — et renonce au « métier de poésie ».
A. La Critique de Boileau. — Du mérite éminent de la critique de Boileau, qui est : — d'avoir enlevé leurs lecteurs aux Chapelain et aux Scarron; — d'avoir presque révélé Molière [Cf. les Stances sur l'École des femmes] ; — La Fontaine [Cf. la Dissertation sur Joconde]; — Racine [Cf. le Dialogue sur les héros de roman], à eux-mêmes autant qu'au public ; — et d'en avoir de haute lutte comme imposé l'admiration. — Haines que cette manière d'entendre la satire a naturellement soulevées; — et comment Boileau y a fait tête; — sans avoir contre elles d'autre protection que sa probité [Cf. Discours sur la satire et Satire IX]. — Supériorité morale de Boileau [Cf. Satires I, V, VIII, et Épitres III, V, VI] sur la plupart de ses adversaires; — et sur deux au moins de ses illustres amis. — Son indépendance entière de situation, d'humeur, et de goût; — sa liberté de jugement [Cf. Satire V, sur la Noblesse, et Epitres VIII et IX]; — et qu'elle va beaucoup plus loin qu'on ne croirait d'abord. — Fécondité de sa critique, — et, à ce propos, si la « critique des défauts » ne suggère pas l'intelligence des qualités qui en sont le contraire? — De l'influence personnelle que Boileau a pu exercer sur Molière; — sur La Fontaine; — sur Racine; —
reusement complice de la révocation de l'Édit de Nantes, ce n'est pas seulement le commerce et l'industrie qu'on tarit dans leurs sources, en expulsant les protestants, mais c'est la moralité publique qui en est comme atteinte jusque dans ses fondements. La cour elle-même change de caractère. La Vallière expie ses amours dans les austérités du cloître; Fontanges est morte, « blessée au service du roi » ; Mme de Montespan a dû quitter la cour; et à leur place à toutes, dans une condition dou-
et d'une opinion de Sainte-Beuve à ce sujet. — De l'Art poétique; — et comment il continue l'œuvre « critique » de Boileau [Cf. notamment le chant III]. — Les « règles » de l'épopée y sont à la fois l'éloge littéraire de Virgile et la satire de la Pucelle; — comme les « règles » de la tragédie y sont ensemble l'apologie de la tragédie de Racine et la critique de celle de Corneille. — C'est encore ainsi que le Lutrin est la critique en action du Virgile travesti. — Comment une doctrine s'est naturellement dégagée de cette critique ; — et quelle est cette doctrine ?
B. La Doctrine de Boileau. — Que le point de départ en est l'imitation de la nature :
Jamais de la nature il ne faut s'écarter; —
et de là, comme dans la comédie de Molière, l'égale condamnation du burlesque; — et de la préciosité. — Nouveauté du conseil à sa date si presque personne depuis tant d'années ne l'avait donné; — à l'exception du seul Pascal. — Comment d'ailleurs le principe général de l'imitation de la nature est restreint dans la doctrine de Boileau; — par son indifférence de bourgeois de Paris à la nature extérieure; — par le goût qu'il tient de ses contemporains pour l'observation purement morale; — et par les exigences de la politesse ambiante.
Ne présentez jamais de basse circonstance.
De l'utilité de ces restrictions; — et de leurs dangers; — dont le plus considérable est de réduire l'imitation delà nature à ce qu'elle a de commun en tous les hommes ; — et par conséquent la nature elle-même à ce qu'elle a de plus abstrait. — Comment Boileau, qui
tcuse, qui tient ensemble de celle de la maîtresse, et de la femme de charge, ou de la gouvernante, c'est Mme de Maintenon qui règne. « Voilà l'état où les choses s'en trouvaient à mon départ de France, en 1690, — nous dit un témoin, l'envoyé de Brandebourg, Ézéchiel Spanheim, — et qui, après tout, d'une simple demoiselle, vieille, pauvre, veuve d'un auteur burlesque, la suivante de la maîtresse du Roi, d'une cour d'ailleurs la plus calante de l'Europe, en a fait la confidente, la maî-
l'a bien senti, a essayé d'éviter ce danger; — en donnant à la forme l'importance qu'il lui a donnée :
Dans cet art dangereux de rimer et d'écrire 11 n'est pas de degrés du médiocre au pire,
et en prêchant l'imitation des anciens ; — dont les œuvres ne sont pas seulement des modèles à ses yeux; — mais encore constituent le trésor de l'expérience accumulée des hommes; — et sont comme autant de témoins de l'identité de la nature humaine sous les variations extérieures qui l'affectent. — Comment la doctrine deBoileau se couronne d'une morale; — et combien sa morale est plus haute que celle des gens de lettres ses contemporains.
C. La Polémique de Boileau contre les Modernes. — De l'utilité des polémiques pour nous obliger à voir clair dans nos propres idées. — ■ La traduction du Traité du sublime, 1674; — et les Réflexions critiques sur Longin, 1694. — S'il n'entre pas un peu de superstition dans l'admiration de Boileau pour les anciens? — et que croyait-il avoir mis de « pindarique » dans son Ode sur la prise de Namur, 1693? [Cf. son Discours sur l'Ode]. — Qu'en tout cas la querelle a obligé Boileau de reviser ses principes ; — et qu'il ne les a pas abandonnés; — mais qu'il en a prolongé les conséquences ; — et mieux défini les applications. — La. septième Réflexion sur Longin, 1694. — De la distinction que Boileau convient qu'il y a lieu de faire entre Lycophron et Homère ; — et de l'importance de cette distinction; — si de Ronsard à Corneille on avait justement « confondu » tous les anciens ensemble. — Qu'il a fait encore un pas déplus; — en déterminant les « conditions historiques » de la perfection des œuvres; — qu'il a placées le premier dans la rencontre ou coïncidence du point de perfection des genres avec le
tresse, et, comme on croit, l'épouse même d'un grand monarque » [Cf. Ézéchiel Spanheim, Relation de la Cour de France en 1690. Paris, 1881]. Epouse ou maîtresse, la vieille demoiselle n'imagine qu'un moyen d'assurer à la fois et de se faire pardonner sa fortune, lequel est d'affecter la dévotion et la pruderie. Altri tempi , altre cure! Sa grande affaire est de diriger le roi dans les voies du salut. Elle le dirige; et Nanon, sa servante, la gouverne. Les beaux jours sont passes! C'est
point de maturité de la langue. — Les dernières œuvres de Boileau : les trois dernières Epitres, 1695; — la préface de l'édition de 1701, contenant la Lettre à M. Perrault; — et les trois dernières Satires, 1694, 1698 et 1705.
De Boileau comme poète, — - ou plutôt comme écrivain; — ses aveux à cet égard [Cf. Satires II, à M. de Molière, et XII, sur l'Equivoque, et les Epitres VI et X]. — Si l'on se douterait, à le lire, de la parenté de la Satire et du Lyrisme? — Combien son art est plus étroit que sa critique ; — et surtout moins hardi. — Les qualités qui lui manquent sont aussi celles qui manquent trop souvent à Molière; — élévation, distinction et grâce; — lesquelles ne sont pas seulement quelques-unes des qualités essentielles du poète; — mais aussi les qualités « aristocratiques » du style; — et à cette occasion que, tout en combattant les précieuses, — il eût pu recevoir d'elles plus d'une utile leçon. — En revanche, et comme aussi Molière, il a les qualités « bourgeoises », — et premièrement, dans les limites de sa vision, le sens de la réalité pittoresque [Cf. le Repas ridicule, la Satire des Femmes, les quatre premiers chants du Lutrin] ; — il a encore la plaisanterie vulgaire, mais souvent mordante; — et il a enfin, à un haut degré, le don d'enfermer sa pensée dans le raccourci du proverbe; — qui est le don tout simplement de mettre l'expérience commune sous une forme portative. — Les mêmes qualités et les mêmes défauts se retrouvent dans sa prose [Cl. sa Correspondance, son Discours sur la Satire, ses Préfaces] — avec moins de contrainte; — et quelque chose de prime-sautier ou de brusque; — qui est la vive peinture de son caractère; — et qui lui fait honneur.
3° Les Œuvres. — Les OEuvres poétiques de Boileau se composent — de ses Satires, au nombre de douze; — de ses Epitres, au nombre de douze également ; — de son Art poétique, en quatre
à peine, — après Ryswick et le mariage de Savoie, — si la vivacité de la duchesse de Bourgogne réveillera quelque étincelle des splendeurs éteintes. Quoique le roi vive toujours, et quand il vivrait dix ans, quinze ans, vingt ans encore, le règne est terminé! Plus de ris ni de jeux désormais; une tristesse morne; et insensiblement, sur les restes de ce qui fut « la cour la plus galante de l'Europe », se tisse et s'étend le voile terne, opaque, et lugubre de l'ennui.
chants; — de son Lutrin, en six chants; — et enfin de quelques Poésies diverses, dont Y Ode sur la prise de Namur^ et un certain nombre d'Epigrammes.
Ses OEuvres en prose comprennent: — la Dissertation sur Joconde et le Dialogue sur les héros de roman, qu'il n'a point publiés luimême; — sa traduction du Traité du sublime, — ses Réflexions critiques sur Longin; — les Préfaces des différentes éditions de ses OEuvres, 1666, 1674, 1675, 1683, 1685, 1694, 1701; — et un volume entier de Lettres dont les plus intéressantes sont les Lettres à Racine et les Lettres à Brossette.
Les premières éditions des Satires, et notamment celle de 1666, contiennent d'assez nombreux passages qui ont été supprimés, transposés ou modifiés dans les éditions suivantes. Et il est sans doute intéressant de savoir que, d'un autre côté, la première édition de la Satire des femmes, qui est de 1693, ne contenait pas le célèbre portrait du lieutenant criminel Tardieu :
Mais pour mieux mettre ici leur crasse en tout son lustre...
Boileau l'avait retranché, sur le conseil de Racine. Mais d'une manière générale les éditions qui font foi pour le texte de Boileau n'en demeurent pas moins l'édition de 1701 ; — et dans une certaine mesure, l'édition de 1713, qu'il semble bien qu'il ait préparée luimême pour l'impression.
Les meilleures éditions posthumes sont : l'édition Saint-Marc, Paris, 1747, en cinq volumes; — l'édition Berriat Saint-Prix, Paris, 1830; — et l'édition Gidel, Paris, 1880.
218 MANUEL DE l'iIISTOIKE DE LA LITTERATURE FRANÇAISE
Mais à la ville, aussitôt, les coteries se reforment. Molière est mort et Racine converti. Boileau, chargé d'écrire l'histoire des campagnes du prince, ne se sent pas de joie « d'être engagé dans le glorieux emploi qui l'a tiré, dit-il, du métier de poésie »: il se tait. Et voici qu'aussitôt les victimes qu'ils croyaient les uns et les autres avoir tuées ressuscitent; elles font de nouveau les agréables; et la préciosité renaît. Mme Deshoulières en tient école, et, soutenus par elle,
Avec impunité les Pradons font des vers!
Sixième Époque
De la cabale de « Phèdre » à la publication des « Lettres persanes ».