‹ Manuel de l'histoire de la littérature française (volume 3)Chapitre 52 sur 94 · XV. — Le salon de Mrae de Lambert · texte numérisé non relu

XV. — Le salon de Mrae de Lambert

1° Les Sources. — - Lettres choisies de M. de la Rivière, Paris, 1751 ;

— Fonlenelle, Eloge de Mme de Lambert; — Mémoires de Mmo de Staal-Delaunay, de d'Argenson. du président HénauU; — D Alembert, Éloges de Sacy, de Sainte-Aulaire, de La Motte; — Sainte- Beuve, Mme de Lambert, au t. IV des Causeries du lundi; — Desnoiresterres, les Cours galantes; — Ch. Giraud, la Maréchale de Villars; Paris, 1881; — Lescure, Etude en tète de son édition des OEuvres de Mmede Lambert, Paris, 1883; — Emmanuel de Broglie, Les mardis et les mercredis de la marquise de Lambert, dans le Correspondant des 10 et 25 avril 1895.

2° La Renaissance de la Préciosité ; — et qu'il y faut voir, comme à son origine, une protestation des femmes contre la grossièreté du langage; — l'indécence des mœurs; — et contre la tendance au naturalisme. — Anne-Marie-Thérèse de Marguenat de Courcelles, marquise de Lambert [1647, -J- 1733]; — sa jeunesse;

— son mariage et ses premiers écrits. — Sa « correspondance » avec Fénelon. — Les Avis d'une mère à son fils et les Avis d'une mère à sa fille. — Mme de Lambert s'installe à l'hôtel de Nevers, 1698 [aujourd'hui la Bibliothèque nationale]; — et se donne à ellemême le rôle de protectrice des lettres. — Ses mardis et ses mercredis. — Comme à l'hôtel de Rambouillet jadis, les gens de lettres

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leur tour, achèvent d'épurer la langue de tout pédantisme, et la pensée même de l'espèce d'orgueil dont elle se nourrit dans sa solitude. C'est pourquoi cette pensée d'une part, et de l'autre cette langue, deviennent la plus ressemblante image qu'il y ait de l'esprit français, si cet esprit, comme nous avons tâché de le montrer, est surtout un esprit de « sociabilité ». On n'écrit vraiment plus déjà que pour les autres, pour les amuser, pour leur plaire, pour être applaudi; — et un peu pour leur être utile. D'où que l'on vienne, dans quelque condition déjà que l'on soit né, quelque idée que l'on ait de son fonds, l'apprentissage de l'écrivain est d'en chercher le rapport ou l'accord avec les idées de son temps. La fortune littéraire, l'aulorité, la gloire, la réputation ne s'acquièrent

s'y mêlent aux grands seigneurs, — et les actrices [Cf. les Lettres d Advienne Lecouvreur publiées par M. G. Monval, Paris, 1892] aux grandes dames [Cf. Giraud, La maréchale de Villars]. — Mais le ton y est sensiblement plus libre; ■ — • ou libre d'une autre manière; — et les conversations s'y étendent à d'autres objets.

3° Le grand homme du salon de Mme de Lambert. — Antoine Houdar de La Moite [1672, f 1731]. [Cf. l'abbé Trublet, Mémoires sur M. de la Motte ; d'Alembert, Eloge de La Motte ; et Paul Dupont, Houdar de la Motte, Paris, 1898.] — Ses triomphes à l'Opéra : l'Europe galante, 1697; Issé, 1698; Amadis de Grèce, 1699. — Ses Odes, 1706; et ses Fables, 1719. — Son Discours sur Homère, 1714; — et la réponse de Mme Dacier : Des causes de la corruption du goût. — Intervention de Mme de Lambert dans la querelle. — Le « Salon » tout entier se range du parti des Modernes; — et, comme il se trouve représenter à la fois la politesse et le goût, — l'opinion littéraire achève de se détacher des Anciens. — Autres ouvrages de La Motte. — Ses tragédies : les Macchabées, 1721; — llomulus, 1722; — Lnès de Castro, 1723. — La Motte triomphe encore dans le « discours académique » ; — et devient l'oracle littéraire du salon de Mme de Lambert.

4° La formation de l'opinion publique. — De ce mélange de beaux esprits et d'hommes d'affaires dans le salon de l'hôtel de Is'evers se forme l'opinion publique. — Mrae de Lambert devient la

plus autrement. C'est une manière de comprendre la littérature, et nous venons d'en voir les avantages. Mais ces avantages ne sont-ils pas peut-être compensés par quelques inconvénients? C'est ce que nous examinerons dans le chapitre suivant.

grande électrice de l'Académie française; — et leur influence à toutes deux s'en augmente d'autant. — L'indifférence du pouvoir y aide; — ainsi que le désordre croissant. — La cour, qui a perdu le gouvernement des esprits, — ne se rend pas compte du mouvement qui s'opère; — et ce n'est plus à Versailles que les talents « naissants » vont chercher la consécration de leur mérite; — c'est dans le salon de Mme de Lambert. — Si Fontenelle et La Motte y régnent, Marivaux et Montesquieu y débutent. — La discussion des « grands sujets », sous une forme précieuse, y entre avec eux; — comme avec l'abbé de Saint-Pierre [Cf. G. de Molinari, l'Abbé de Saint-Pierre, Paris, 1857; et Goumy, Etude sur la vie et les écrits de l'abbé de Saint-Pierre, Paris, 1859]; — et, par l'intermédiaire des salons, se fonde le pouvoir de l'esprit.

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